Perception de la communauté : droit de choisir son conjoint ou sa conjointe

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Notes au radiodiffuseur

Dans nos sociétés, le mariage est souvent perçu comme un engagement collectif, une alliance entre familles, voire entre lignées. Cependant, cette conception traditionnelle évolue progressivement. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes souhaitent choisir eux-mêmes leur partenaire, au nom de la liberté et de l’amour. Entre traditions, valeurs familiales et aspirations personnelles, ce choix de vie, parfois simple en apparence, reste un véritable terrain de débat au sein de nos sociétés.

Pour mieux comprendre la thématique choisie, nous allons discuter avec quelques personnes : M. Boubacar Diallo, chef de quartier à Bamako, Mme Aïssata Traoré, mère de famille et membre d’une association de femmes, Mademoiselle Fatoumata Koné, une jeune femme ayant librement choisi son conjoint, Aminata Diarra, vingt-deux (22) ans, mariée contre son gré, Mamadou Coulibaly, jeune homme de vingt-sept (27) ans, contraint lui aussi au mariage et Dr. Moussa Sangaré, un expert des questions de défense des droits des jeunes filles et un enseignant-sociologue engagé pour la même cause. Ils parleront de l’ampleur du phénomène et de leurs efforts pour lutter contre le mariage forcé.

Pour produire une émission similaire sur la perception de la communauté sur le droit de choisir son ou sa conjoint.e, vous pourriez vous inspirer de ce texte. Si vous décidez de le présenter dans le cadre de votre émission régulière, vous pouvez choisir des acteurs et des actrices ou des animateurs et des animatrices pour représenter les personnes interviewées.

Dans ce cas, veuillez informer votre auditoire au début de l’émission, qu’il s’agit de voix d’acteurs et d’actrices ou d’animateurs et d’animatrices et non celles des véritables personnes interviewées.

Si vous souhaitez créer des émissions sur la perception de la communauté sur le droit de choisir son ou sa conjoint.e, entretenez-vous avec des acteurs.trices, une experte sur les questions de défense des droits des jeunes filles et un sociologue. Vous pourriez par exemple, poser les questions suivantes à vos interlocuteurs :

  • Quelle place la tradition laisse-t-elle aujourd’hui à la liberté individuelle dans le choix du conjoint?
  • Le mariage arrangé est-il toujours une réalité au Mali?
  • Comment les jeunes perçoivent-ils cette question dans un contexte d’ouverture au monde?
  • Et surtout, comment concilier respect des valeurs culturelles et droits fondamentaux de la personne?

Durée de l’émission, y compris l’intro et l’extro : 25 à 30 minutes.

Texte

Montée de l’indicatif musical, puis fondu enchaîné

 

ANIMATEUR.TRICE:
Bonjour auditeurs et auditrices, bienvenue dans notre émission. Aujourd’hui avec nos invités, nous parlerons de la perception de la communauté sur le droit de choisir son conjoint ou sa conjointe. Ils évoqueront les causes et les conséquences du choix de son partenaire. Nous parlerons également des actions des associations et des organisations pour mettre fin à cette pratique.

Pour en parler, nous avons réuni autour de la même table plusieurs invités représentant différentes voix de la communauté :

Monsieur Boubacar Diallo, chef de quartier à Bamako, très attaché aux valeurs traditionnelles et au rôle des familles dans le choix du conjoint.

Madame Aïssata Traoré, mère de famille et membre d’une association de femmes, pour qui le dialogue entre générations est essentiel.

Mademoiselle Fatoumata Koné, jeune femme de 25 ans, ayant librement choisi son conjoint, symbole d’une jeunesse en quête d’autonomie.

Aminata Diarra, 22 ans, mariée contre son gré à un homme choisi par sa famille, elle partagera avec nous son expérience et ses ressentis.

Mamadou Coulibaly, jeune homme de 27 ans, contraint lui aussi à renoncer à la femme qu’il aimait sous la pression familiale.

Et enfin, Dr. Moussa Sangaré, sociologue et enseignant-chercheur à l’Université de Bamako, qui nous aidera à analyser ces différentes perspectives sous un angle scientifique et social.

 

Montée de l’indicatif musical, puis fondu enchaîné

 

ANIMATEUR.TRICE:
Bonjour Madame Fatoumata. Vous avez 25 ans et vous avez choisi librement votre mari. Comment votre famille a-t-elle réagi à ce choix, racontez-nous.

FATOUMATA KONE :
Au début, c’était très difficile. Mes parents ne voulaient pas entendre parler de lui parce qu’il n’était pas de notre région.
Mais j’ai insisté, j’ai expliqué mon choix calmement. Aujourd’hui, ils ont fini par l’accepter, car ils voient que je suis heureuse.

ANIMATEUR. TRICE :
Comment vous avez procédé pour expliquer ce choix afin qu’ils finissent par accepter?

FATOUMATA KONE :
J’ai d’abord choisi de garder mon calme afin de ne pas aggraver la situation. Ensuite, je leur ai posé une simple question : préférez-vous voir votre fille rester célibataire toute sa vie plutôt que de la voir heureuse?

Je leur ai expliqué que ni la religion ni la coutume ne devrait interférer dans les affaires de cœur. On ne choisit pas la personne qu’on aime, tout comme on ne choisit pas ses parents. Mais lorsqu’une histoire d’amour se termine, il faut simplement l’accepter.

J’ai aussi précisé que, s’il s’agissait d’une question de religion, je n’avais nullement l’intention d’en changer. C’était d’ailleurs l’une de leurs plus grandes inquiétudes. Ils craignaient surtout le regard de la communauté, pensant que les gens se moqueraient d’eux.

Selon eux, la religion chrétienne est celle des mécréants, et pour cette raison, une musulmane ne devrait pas épouser un chrétien, de peur d’apporter la honte sur sa famille.

ANIMATEUR. TRICE:
Et selon vous, qu’est-ce qui manque aujourd’hui pour que les jeunes puissent vraiment choisir librement leur conjoint?

FATOUMATA KONE :
Il faut plus de confiance. Les parents doivent croire en nos capacités à faire le bon choix. Et surtout, il faut que les jeunes respectent aussi les valeurs familiales, pour ne pas rompre les liens.

ANIMATEUR.TRICE :
Que pouvez dire à ceux ou celles qui vous écoutent en ce moment se trouvant de cette situation?

FATOUMATA KONE :
À celles ou ceux qui vivent la même situation que moi, je leur dirai de garder confiance. L’amour sincère ne devrait jamais être une honte. Parle avec ton cœur, explique ton choix avec respect et patience. Parfois, les mentalités changent lentement, mais elles finissent toujours par évoluer. Ce qui compte, c’est de rester fidèle à soi-même, sans rompre le lien avec sa famille.

ANIMATEUR.TRICE :
Merci Fatoumata. Aminata, votre histoire est différente. Vous avez été mariée contre votre gré. Que s’est-il passé?

AMINATA DIARRA :
J’étais encore très jeune à peine vingt ans. À cet âge, j’avais des rêves, des projets, et surtout, une idée bien à moi de ce que devait être le mariage : une union fondée sur l’amour, la complicité et le respect. Mais mes parents en ont décidé autrement.

Un jour, sans même me consulter, ils m’ont annoncé qu’ils avaient choisi pour moi l’homme que j’allais épouser. J’ai d’abord cru à une plaisanterie. Puis j’ai compris que tout était déjà décidé : la date, la dot, la cérémonie et tout le reste. J’ai plusieurs fois refusé.

J’ai essayé de leur expliquer que je ne l’aimais pas et que je n’étais pas prête. Mais on m’a répété sans cesse la même phrase : « C’est pour ton bien, ma fille. Tu comprendras plus tard. » Alors, j’ai fini par céder par peur de les décevoir. Par respect aussi, parce qu’on m’a appris qu’une fille bien élevée ne contredit pas ses parents.

Aujourd’hui, je vis avec cet homme…Mais la vérité, c’est que je ne suis pas heureuse. Je fais semblant chaque jour, pour éviter les reproches, pour ne pas créer de scandale. Je souris devant les autres, mais à l’intérieur, il y a un grand vide.

Je me sens enfermée dans une vie que je n’ai pas choisie. Parfois, je me demande si le bonheur est vraiment réservé à celles et ceux qui ont eu la chance de choisir librement.

ANIMATEUR.TRICE :
C’est très touchant, Aminata. Quel message aimeriez-vous envoyer aux parents qui forcent encore leurs enfants à se marier?

AMINATA DIARRA :
Je leur dirai qu’un mariage sans amour n’apporte pas de paix. Il vaut mieux écouter son enfant que de le voir souffrir toute sa vie.

ANIMATEUR.TRICE :
Mamadou, chez les hommes aussi, la pression existe. Pourquoi avez-vous dû renoncer à la femme que vous aimiez?

MAMADOU COULIBALY :
J’ai renoncé à la femme que j’aimais parce qu’elle n’était pas de la même ethnie que moi. Ma famille s’y est opposée. J’ai essayé de les convaincre, mais la pression était trop forte. Finalement, j’ai abandonné.

ANIMATEUR.TRICE :
Et aujourd’hui, comment vivez-vous cette situation?

MAMADOU COULIBALY :
C’est une blessure. Je me suis marié plus tard, mais sans amour au début. Avec le temps, j’ai compris que la liberté de choisir son conjoint est un droit, pas un luxe.

ANIMATEUR.TRICE :
Merci beaucoup!

 

Montée de l’indicatif musical, puis fondu enchaîné

ANIMATEUR.TRICE :
Monsieur Boubacar Diallo, pour vous qui êtes très attaché aux valeurs traditionnelles et au rôle des familles dans le choix du conjoint, pourquoi dans beaucoup de familles maliennes, le choix du conjoint reste encore une affaire collective?

BOUBACAR DIALLO :
Chez nous, le mariage n’est pas seulement une affaire de sentiments ou d’amour entre deux personnes. C’est avant tout une union entre deux familles, parfois même entre deux communautés.

C’est un lien social et culturel très fort, qui engage non seulement les époux, mais aussi leurs proches, leurs ancêtres et leur avenir. Dans notre tradition, le mariage représente un symbole d’équilibre, de continuité et de respect mutuel entre les familles.

Il ne s’agit pas donc d’un simple choix personnel, mais d’une décision collective, où chacun doit veiller à préserver l’honneur et la cohésion du groupe. C’est pourquoi les parents que nous sommes devons souvent être attentifs à la compatibilité entre les familles : la religion, l’éducation, les valeurs, les coutumes… tout cela compte.

Nous essayons d’éviter les unions qui pourraient créer des tensions, des divisions ou des conflits dans la communauté. Il ne faut pas y voir un refus du bonheur des enfants, mais plutôt une manière de les protéger.

Les parents ont plus d’expérience, ils ont connu la vie, les épreuves, les compromis.

Leur avis est donc essentiel, non pas pour imposer, mais pour guider et prévenir les erreurs qui pourraient blesser leurs enfants à long terme.

En fin de compte, dans notre culture, le mariage n’est pas seulement un acte d’amour, mais aussi un acte de sagesse, de responsabilité et de respect envers la famille et la société toute entière.

ANIMATEUR.TRICE :
Certains disent pourtant que cela prive les jeunes de liberté. Que répondez-vous à ceux qui affirment que cette pratique est une forme de contrainte?

BOUBACAR DIALLO :
Ce n’est pas une contrainte, c’est un cadre. Nous voulons simplement éviter les erreurs. Mais il est vrai que certains parents imposent leur choix sans dialogue, et cela peut créer des frustrations. Je dirai à ces parents d’essayer de comprendre les jeunes car le sujet les concerne directement.

ANIMATEUR.TRICE :
Madame Traoré, vous êtes mère de famille et membre active d’une association de femmes. D’après vous, comment les femmes perçoivent-elles aujourd’hui la question du libre choix du conjoint?

AISSATA TRAORE :
Les mentalités évoluent beaucoup, surtout chez les femmes. Autrefois, une fille n’avait pratiquement pas son mot à dire : c’étaient les parents ou les anciens du village qui décidaient à sa place. Aujourd’hui, ce n’est plus pareil. Les femmes, qu’elles soient mères ou jeunes filles, veulent être écoutées, respectées et considérées comme des partenaires à part entière dans les décisions qui concernent leur vie.

Nous pensons qu’un mariage doit avant tout reposer sur le consentement mutuel, l’amour et la compréhension. Quand une union est imposée, elle finit souvent par devenir une source de souffrance et de frustration, non seulement pour la femme, mais aussi pour toute la famille. Une femme qui n’a pas choisi son mari peut difficilement s’épanouir, et un foyer sans bonheur finit par se briser.

ANIMATEUR.TRICE :
Et selon vous, Madame Traoré, comment peut-on concilier le respect des traditions avec la liberté individuelle, surtout dans notre contexte culturel?

AISSATA TRAORE :
Je crois qu’il faut d’abord beaucoup de dialogue. Les jeunes doivent comprendre l’importance des valeurs familiales, du respect des anciens et des coutumes. Mais, en même temps, les parents doivent aussi apprendre à écouter leurs enfants, à leur faire confiance et à reconnaître que le monde d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier.

Nous devons trouver un équilibre entre tradition et modernité. Il ne s’agit pas de rejeter nos coutumes, mais de les adapter à la réalité actuelle. Quand il y a de l’écoute, du respect et de la communication entre générations, il y a toujours de l’harmonie. Et c’est dans cette harmonie que peut naître un mariage durable et heureux. Une étape très difficile.

ANIMATEUR.TRICE :
Et selon vous, comment concilier respect des traditions et liberté individuelle?

AISSATA TRAORE :
Il faut du dialogue. Les jeunes doivent comprendre les valeurs familiales, et les parents doivent apprendre à faire confiance à leurs enfants. Quand il y a écoute, il y a harmonie.

ANIMATEUR.TRICE :
Dr. Sangaré, vous avez écouté tous ces témoignages. Que révèlent-ils, selon vous, sur la société malienne d’aujourd’hui?

DR MOUSSA SANGARE :
Ces témoignages révèlent une société malienne en pleine transition. Nous sommes à un moment charnière où deux mondes se côtoient : celui des traditions profondément enracinées et celui d’une jeunesse ouverte, instruite, connectée au reste du monde, et qui veut s’affirmer.

Nos pratiques coutumières restent encore très fortes, notamment dans tout ce qui touche au mariage et à la famille. Mais on sent aussi un vent de changement. Les jeunes, hommes comme femmes, aspirent à plus de liberté dans leurs choix, à plus de reconnaissance de leurs sentiments, tout en gardant du respect pour les valeurs ancestrales.

C’est une évolution naturelle. La société change, les mentalités aussi, et il faut accompagner ce mouvement au lieu de le bloquer. Si on rejette cette évolution, on crée des frustrations, des conflits générationnels et parfois même des ruptures dans le tissu social. Mais si on l’encadre avec sagesse, elle peut devenir une source d’équilibre entre modernité et tradition.

ANIMATEUR.TRICE :
Et selon vous, Dr. Sangaré, comment peut-on favoriser le dialogue entre les générations sur cette question du libre choix du conjoint?

DR MOUSSA SANGARE :
Je pense que la clé, c’est avant tout l’éducation c’est-à-dire une éducation qui commence dans la famille et se poursuit à l’école. Les parents doivent être encouragés à parler avec leurs enfants, à les écouter sans jugement, à comprendre leurs aspirations. De leur côté, les jeunes doivent aussi apprendre à exprimer leurs choix avec respect et à reconnaître le rôle et la sagesse de leurs aînés.

Les discussions familiales sont essentielles. Mais au-delà de la famille, les médias comme cette émission aujourd’hui, ont un rôle fondamental à jouer. En ouvrant des espaces de prise de parole, en favorisant les échanges et en donnant la voix à toutes les générations, ils participent à l’éducation collective et à la construction d’une société plus équilibrée.

Il faut comprendre que la liberté ne détruit pas la tradition, au contraire : elle la modernise, elle lui donne un nouveau souffle. Une tradition vivante est celle qui sait s’adapter sans perdre son âme.

ANIMATEUR.TRICE:
Merci à tous nos invités pour leurs paroles sincères et constructives.

Ce débat nous rappelle que le mariage doit être une union de cœurs, pas une contrainte imposée.

Et comme le dit un proverbe africain : “Le mariage forcé est un feu qui brûle sans lumière.”

Chers auditeurs et auditrices, nous sommes au terme de notre émission de dialogue et de réflexion.

Merci pour votre fidélité, et à très bientôt pour un nouveau numéro!

Acknowledgements

Rédaction : Cheick Coulibaly, journaliste

Révisé par : Yeli Togola, spécialiste des droits des femmes

Information sources

Entretiens et interviews :

  • Boubacar Diallo, chef de quartier à Bamako. Interview réalisée le 25 octobre 2025.
  • Aïssata Traoré, mère de famille et membre d’une association de femmes. Interview réalisée le 27 octobre 2025.
  • Aminata Diarra, 22 ans, mariée contre son gré. Interview réalisée le 28 octobre 2025.
  • Fatoumata Koné, jeune femme de 25 ans, ayant librement choisi son conjoint. Interview réalisée le 28 octobre 2025.
  • Mamadou Coulibaly, jeune homme de 27 ans, contraint à renoncer à la femme. Interview réalisée le 30 octobre 2025.
  • Moussa Sangaré, enseignant-sociologue. Interview réalisée le 03 novembre 2025.

Ressources visitées :

  1. https://idl-bnc-idrc.dspacedirect.org/bitstreams/6fe9f939-35e1-49aa-b4ed-0c236ae5a6dc/download, https://data.unicef.org/wp-content/uploads/2017/12/Declaration-de-mariage_Mali.pdf

La présente nouvelle a été produite grâce à l’initiative « HÉRÈ — Bien-être des femmes au Mali » qui vise à améliorer le bien-être des femmes et des filles en termes de santé sexuelle et reproductive, et renforcer la prévention et les solutions à la violence basée sur le genre dans les régions de Sissoko, Sékou, Mopti et le district de Bamako, au Mali. Ce projet est mis en œuvre par le Consortium HÉRÈ-MSI Mali, en partenariat avec Radios Rurales