Notes au radiodiffuseur
Au Mali, selon la septième et dernière Enquête Démographique et de Santé au Mali (EDSM-VII), le taux de prévalence contraceptive demeure relativement faible. Le document précise que seulement 22% des femmes, âgées de 15 à 49 ans, en union, utilisent une méthode de contraception contre 41% des femmes qui sont sexuellement actives, mais qui ne sont pas en union. Il explique cette faible utilisation de la planification familiale par le faible niveau d’instruction chez les femmes rurales, les résistances socioculturelles et religieuses qui entretiennent le tabou autour de la question, la faible implication des hommes, l’insuffisance des ressources financières pour permettre aux services techniques de couvrir l’ensemble du territoire entre autres. Pourtant, l’Etat du Mali reconnait l’importance de la contraception comme étant un moyen efficace pour améliorer la santé de la mère et de l’enfant, mais aussi pour éviter des grossesses non désirées, non planifiées ou à risque.
Pour faire face à ces défis, le pays a mis en place des services pour faciliter l’accès à l’information, des services de santé adéquats et des produits abordables et sûrs pour chaque malien et malienne. Il a aussi élaboré des textes juridiques et pris de nombreux engagements au niveau international pour garantir le droit à la contraception. Grâce à ces mesures d’information, de sensibilisation et d’accompagnement, de plus en plus de femmes font recours à des méthodes de contraception pour préserver leur santé, protéger leurs partenaires et leurs enfants afin de profiter d’une vie sexuelle épanouie et sûre et d’assurer leur bien-être en général.
Ce texte radiophonique explique pourquoi les femmes font recours aux méthodes de contraception et fournit des détails sur les avantages qu’elles tirent de ce choix dans une société qui résiste encore à ces pratiques. Il inclut les interventions de cinq (5) personnes ressources. Il s’agit de Yacouba Fousseni Coulibaly (enseignant) et son épouse Fatoumata Djitteye qui utilise une méthode de contraception, Dr Seydou Z Dao (un gynécologue), Edouard Keita, président du conseil d’administration de l’Association Malienne pour la Promotion et la Protection de la Famille (AMPPF) et Dr Djibril Magassouba, chargé du programme de Planification Familiale à l’Office Nationale de la Santé de la Reproduction (ONASR). Ils nous aideront à mieux cerner le sujet.
Pour produire une émission similaire sur l’utilisation de la contraception et la politique nationale vis-à-vis de la question, vous pouvez vous référer à ce texte. Si vous souhaitez créer des émissions sur le droit à la contraception, vous pouvez vous entretenir avec un couple qui utilise une méthode de contraception, un expert dans le domaine de la santé, de préférence un gynécologue, un responsable d’ONG ou d’association qui milite pour l’accès à la contraception et un représentant de l’Etat, notamment une personne travaillant au ministère de la santé ou dans une structure étatique qui traite ces questions.
Vous pourriez poser les questions suivantes à vos interlocuteurs :
- Quelle est l’importance de faire recours à la contraception?
- Quel est l’impact réel de cette pratique sur la vie d’un couple?
- Quels sont les défis que vous rencontrez dans l’utilisation de la contraception?
Durée de l’émission, y compris l’intro et l’extro : 25 à 30 minutes.
Texte
ANIMATEUR.TRICE:
Bonjour chers auditeurs et auditrices, bienvenus dans notre émission. Cela fait quelques années que l’Etat malien fait des efforts pour rendre accessibles les informations, les services adéquats et des produits nécessaires à la contraception. Malgré ce travail salué par les acteurs de la santé et des droits de l’Homme, le taux de prévalence contraceptive demeure insatisfaisant selon la septième et dernière Enquête Démographique et de Santé au Mali (EDSM-VII) de l’Institut National de la Statistique (INSTAT) en 2024.
Le document révèle que cette faible utilisation de la contraception s’explique par le faible niveau d’instruction des femmes, parlant des femmes rurales, l’insuffisance des ressources financières pour permettre aux services techniques de couvrir tout le territoire national, la faible implication des hommes, le poids des traditions et des croyances religieuses et l’insuffisance des séances d’information et de sensibilisation. Avec nos intervenants, nous allons évoquer les questions liées à l’utilisation de la contraception, les défis et les mesures à prendre pour garantir le droit à la contraception à chaque malienne.
Pour réaliser ce travail, nous avons fait appel à cinq (5) intervenants. La première intervenante est Fatoumata Djitteye, une jeune étudiante qui va nous parler de la motivation derrière son choix pour la contraception et les avantages qu’elle tire de la pratique. Sa réaction sera suivie par celle de son mari, Yacouba Fousseni Coulibaly qui est un enseignant. Il va nous dire pourquoi il a soutenu sa femme dans son projet d’utilisation de la contraception. Ensuite viendra l’intervention de notre expert, Dr Seydou Z Dao, un gynécologue au Centre de Santé de Référence de la commune II du district de Bamako qui va nous parler des différentes méthodes de contraception qui sont pratiquées dans son service. Après lui, on aura Edouard Keita, le président du conseil d’administration de l’Association Malienne pour la Promotion et la Protection de la Famille (AMPPF). Il va nous parler de la mission de son association et les défis qu’elle rencontre dans la mise en œuvre de leurs activités. Et on terminera avec Dr Djibril Magassouba, chargé du programme de Planification Familiale à l’Office Nationale de la Santé de la Reproduction (ONASR). Il expliquera la politique de l’État malien pour assurer le droit à la contraception pour tous et toutes.
SFX : INDICATIF SONORE
ANIMATEUR.TRICE :
Bonjour et bienvenue Madame Fatoumata Djitteye. Vous êtes une jeune femme mariée et étudiante qui utilise la contraception. Dites-nous par quel moyen avez-vous appris l’existence des méthodes de contraception?
FATOUMATA DJITTEYE :
J’ai appris l’existence des moyens de contraception lors de ma formation à l’école de santé. Mais bien avant cela, j’avais une petite idée sur la pratique à travers mes discussions avec mes amies et mes petites recherches sur internet. C’est lors de nos cours que j’ai eu des informations précises et obtenu les réponses à toutes mes questions.
ANIMATEUR.TRICE :
Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’utiliser une méthode de contraception?
FATOUMATA DJITTEYE :
Le cours sur la santé sexuelle et reproductive m’a permis d’avoir des informations précises sur l’importance de l’utilisation de la contraception surtout pour une femme mariée. Après avoir eu mon premier enfant, j’ai décidé d’utiliser la contraception pour pouvoir décider de mes périodes de grossesse afin de continuer mes études avec sérénité.
ANIMATEUR.TRICE :
Laquelle des méthodes utilisez-vous et pourquoi?
FATOUMATA DJITTEYE :
J’ai débuté par la Méthode de l’Allaitement Maternelle et de l’Aménorrhée appelée (MAMA). C’est une méthode naturelle, simple et efficace qui nécessite un allaitement exclusif et fréquent. Elle doit commencer avant les premières règles après l’accouchement et pendant les six (6) mois suivants. Son plus grand avantage, c’est qu’elle est gratuite et sans effets secondaires.
Après les six (6) mois, j’ai choisi la méthode de l’implant Jadelle qui a une durée de protection de cinq (5) ans. Elle se fait avec deux bâtons flexibles qu’on insère sous la peau du haut du bras. L’autre avantage, c’est qu’on peut retirer l’implant à tout moment. Elle ne nécessite pas une routine quotidienne, elle est réputée pour son efficacité et elle est discrète. J’utilise la méthode de l’implant Jadelle depuis deux (2) ans et je souhaite la garder pendant cinq (5) ans.
ANIMATEUR.TRICE :
Votre mari était-il d’accord avec l’idée d’utiliser une méthode de contraception depuis le début?
FATOUMATA DJITTEYE :
Mon mari est instruit et il avait déjà une bonne connaissance des avantages de la contraception. Lorsque je lui ai parlé de mon souhait d’utiliser la méthode, il a accepté et m’a soutenue dans le processus.
ANIMATEUR.TRICE :
Pensez-vous que les méthodes de contraception sont accessibles aux couples qui souhaitent les utiliser?
FATOUMATA DJITTEYE :
Je ne peux malheureusement pas me prononcer sur les autres méthodes. Mais celle de l’implant Jadelle que j’utilise, je la trouve accessible aux couples, même pour ceux qui n’ont pas assez de moyens. La mienne a été réalisée à cinq mille (5000) francs CFA soit environ 12,29 dollar Canadien et le produit est disponible dans les services de santé.
ANIMATEUR.TRICE :
Quel changement ce choix a-t-il apporté dans votre foyer?
FATOUMATA DJITTEYE :
L’utilisation de la contraception nous a donné plus de liberté et nous a permis d’avoir une vie sexuelle épanouie. Cela nous a aussi donné le temps nécessaire de mieux prendre soin de nous et de notre enfant. Avec le contrôle sur la période de grossesse, mon mari et moi avons pu faire des économies et mieux organiser notre vie. Quant à moi, je parviens à mieux me concentrer sur mes études et faire mes autres activités sans stress.
ANIMATEUR.TRICE :
Constatez-vous des difficultés liées à l’utilisation de cette
solution?
FATOUMATA DJITTEYE :
Je n’ai pas encore rencontré des difficultés liées à la méthode que j’utilise à part le fait que sa présence dans la peau me gênait un peu au début. Mais je suis habituée à cela et tout va bien jusque-là.
ANIMATEUR.TRICE :
Parlez-nous du coût de la solution que vous utilisez
FATOUMATA DJITTEYE :
J’ai placé mon implant Jadelle à cinq mille (5000) francs CFA y compris les frais de service. Mais il faut préciser que cette somme varie d’une structure à une autre.
ANIMATEUR.TRICE :
Quel est le regard de votre entourage sur votre choix d’utilisation de la contraception?
FATOUMATA DJITTEYE :
Au début, certaines de mes amies étaient contre mon choix. Elles trouvaient cela anti-religieux tandis que d’autres craignaient pour ses potentielles conséquences. Et la plupart d’entre elles étaient influencées par les préjugés vis-à-vis de la contraception. Mais maintenant, beaucoup ont changé d’avis en voyant ses avantages. Disons que le regard de mon entourage est plutôt positif maintenant.
ANIMATEUR.TRICE :
Pensez-vous que les femmes devraient s’intéresser davantage aux méthodes de contraception?
FATOUMATA DJITTEYE :
La contraception est indispensable pour les femmes. Elle leur permet de se maintenir en bonne santé, de prendre soin de leur mari, enfant, ou de leurs proches, mais aussi de se concentrer sur leurs projets. Et elle leur permet d’avoir une vie sexuelle épanouie.
ANIMATEUR.TRICE :
Merci beaucoup Madame Djitteye pour vos réponses. Adressons-nous à présent à Monsieur Yacouba Fousseini Coulibaly qui a accepté le choix de sa femme. Dites-nous M. Coulibaly, pourquoi avez-vous accepté la volonté de votre épouse d’utiliser une méthode de contraception ?
YCOUBA F COULIBALY:
J’ai accepté cette idée parce que je sais qu’après un accouchement, la femme peut tomber enceinte très vite. Cela nous complique la tâche quand on sait que chacun de nous a des occupations et que nous avons un premier enfant à entretenir. C’est une solution nécessaire pour que ma femme et moi puissions avoir du temps pour nous et de décider de quand nous souhaitons avoir notre deuxième enfant.
ANIMATEUR.TRICE :
Au Mali, l’utilisation de la contraception fait partie des sujets très peu débattus. Comment avez-vous eu des informations fiables avant de prendre votre décision?
YCOUBA F COULIBALY:
Je suis enseignant de profession. Donc, je lis énormément et je fais des recherches. Bien avant mon mariage, je m’intéressais à ces questions pour savoir comment mieux gérer ma famille. J’ai pu avoir des informations sur la planification familiale sur des sites internet, notamment celui de l’Organisation Mondiale de la Santé qui est une référence en la matière. Et lorsque, par coup de chance, je suis tombé sur une femme qui est passionnée par le domaine de la santé, cela m’a plus aidé dans la compréhension de ces pratiques et la prise de décision a été facile.
ANIMATEUR.TRICE :
Quels changements avez-vous constaté dans votre foyer avant et après l’utilisation de cette méthode?
YCOUBA F COULIBALY:
Avant l’utilisation de cette méthode, on était constamment stressé quant à la venue prématurée d’une nouvelle grossesse. Ma femme a un cycle menstruel irrégulier. On devait se poser des questions à chaque fois qu’on devait avoir un moment intime. Ces incertitudes nous poussaient à faire recours à d’autres moyens tels que le préservatif ou encore les pilules. Mais après avoir utilisé cette solution, on ne se soucie plus pour une grossesse non désirée et on se sent libéré.
ANIMATEUR.TRICE :
Etes-vous à l’aise à parler de votre choix avec votre
Entourage?
YCOUBA F COULIBALY:
Il m’arrive de vouloir aborder le sujet avec des amis. Mais force est de reconnaître que j’ai du mal à lutter contre cette timidité. Les questions liées à la sexualité demeurent un tabou pour moi. Mais je souhaite pouvoir y arriver un jour et aider d’autres personnes à faire le bon choix.
ANIMATEUR.TRICE :
Quel est le regard de la communauté sur votre choix?
YACOUBA F COULIBALY :
Comme mon épouse l’a dit, les gens qui sont autour de nous, ont compris le bien-fondé de notre choix. Ils nous voient comme une famille unie dans la santé, la stabilité et avec une bonne communication. Ce contraste avec les préjugés a aidé beaucoup à voir clair et à changer d’avis sur la contraception.
ANIMATEUR.TRICE :
Quelles sont les difficultés que vous pouvez souligner par rapport à la solution que vous utilisez?
YACOUBA F COULIBALY :
La première difficulté, c’est d’abord le jugement des personnes qui nous entourent. Comme nous l’avons dit, il a fallu du temps pour que cela change. Il y a aussi le côté religieux qui exerce une pression morale parfois. Bien vrai que nous n’avons pas encore rencontré ce problème, le manque de professionnalisme de certains agents de santé peut aussi exposer certaines femmes à des problèmes de santé.
ANIMATEUR.TRICE :
Nous vous remercions M. Coulibaly pour la pertinence de vos réponses. Recevons à présent notre expert, Dr Seydou Z Dao, le gynécologue. Dr, vous qui êtes dans cette profession depuis plusieurs années maintenant, dites-nous ce que c’est qu’une méthode de contraception.
DR SEYDOU Z DAO:
Si on se réfère aux politiques, normes et procédures qu’on appelle classiquement PNP au Mali, la planification familiale, que certains appellent la contraception, est un moyen ou une technique qui peut être médicale ou non médicale qu’on met à la disposition d’un individu ou d’un couple pour lui permettre d’assurer sa sexualité de façon responsable, de manière à éviter les grossesses non désirées, à espacer les naissances, à avoir le nombre d’enfants désiré et au moment voulu. Ce qu’il faut retenir, c’est que le Mali a surtout opté pour le concept d’espacement des naissances contrairement à la compréhension de beaucoup de personnes qui pensent que la planification familiale vise à limiter des naissances.
ANIMATEUR.TRICE :
Parlez-nous des moyens de contraception disponibles au Mali
DR SEYDOU Z DAO:
Au Mali, la plupart des méthodes contraceptives connues sont disponibles. Elles se répartissent en plusieurs catégories.
Il existe d’abord des méthodes de courte durée, comme la méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée, utilisée par les femmes qui viennent d’accoucher, à condition que certaines règles soient respectées.
Il y a aussi la méthode des jours fixes, basée sur la connaissance du cycle menstruel. Parmi les méthodes modernes, on retrouve les contraceptifs injectables, comme le Depo-Provera ou le Sayana Press, ainsi que les pilules contraceptives.
Les préservatifs masculins et féminins existent également, même si le préservatif féminin reste peu utilisé. Pour les méthodes de longue durée, on trouve le DIU, aussi appelé stérilet, et les implants, qui peuvent être efficaces pendant plusieurs années.
Enfin, il existe des méthodes permanentes comme la ligature des trompes chez la femme et la vasectomie chez l’homme.
ANIMATEUR.TRICE :
Quels sont les avantages de la contraception?
DR SEYDOU Z DAO:
La contraception a un impact direct sur la santé de la mère, de l’enfant et de la famille. L’espacement des grossesses aide à prévenir les maladies, réduit la mortalité maternelle et infantile, et évite les complications liées aux grossesses trop précoces, trop rapprochées, trop nombreuses ou trop tardives. Elle permet aussi de prévenir les grossesses non désirées et les avortements à risque, tout en contribuant au bien-être des familles et au développement du pays.
ANIMATEUR.TRICE :
Certaines de ces méthodes ont-elles des inconvénients sur le plan médical?
DR SEYDOU Z DAO:
Dans le domaine de la médecine, on n’aime pas trop utiliser l’expression « inconvénient » s’agissant surtout des médicaments. Parce qu’ils passent par plusieurs étapes avant l’administration à l’être humain. Et les corps des gens réagissent différemment face aux produits ou des pratiques. Nous parlons plutôt d’effets secondaires ou de complications.
Comme tout médicament, certaines méthodes comportent des effets secondaires. Il s’agit, par exemple, des troubles du cycle, l’absence des règles qu’on appelle aménorrhée, les règles peu abondantes, les maux de tête. Les Dispositifs Intra Utérin peuvent causer des crampes ou des règles abondantes durant les trois premiers mois après l’insertion. Chaque méthode a ses propres effets secondaires.
ANIMATEUR.TRICE :
Quelle la méthode la plus utilisée au Mali aujourd’hui?
DR SEYDOU Z DAO:
Les méthodes utilisées varient d’un endroit à un autre. Mais nous disposons des données qui proviennent des documents nationaux, notamment la septième Enquête Démographique et de santé qui a été réalisée en 2023 et 2024. Selon les données de ce document, la méthode la plus utilisée est celle des Implants (11%) suivie de celle des injectables (5%).
ANIMATEUR.TRICE :
Quelle est la méthode la plus efficace?
DR SEYDOU Z DAO:
En matière de contraception, aucune méthode n’est efficace à 100%. Chaque méthode a un récit d’échecs. Mais les méthodes les plus efficaces sont celles qui sont permanentes: la ligature des trompes après laquelle la femme ne peut plus avoir d’enfant et la vasectomie qui atteint son efficacité maximale après trois mois chez l’homme. Il y a aussi les méthodes de longue durée qui sont très efficaces.
ANIMATEUR.TRICE :
Quelles sont les catégories de personnes qui font recours à la contraception dans votre service?
DR SEYDOU Z DAO:
Toutes les femmes en âge de procréer font recours à la contraception. Nous, en tant que Centre de Santé de Référence, ce sont d’autres services qui nous envoient des femmes qui présentent des risques. Nous recevons alors toutes les catégories de femmes.
ANIMATEUR.TRICE :
Qu’en est-il de la disponibilité des produits de contraception?
DR SEYDOU Z DAO:
Toutes les méthodes sont actuellement disponibles au Mali. Il peut y avoir des difficultés d’approvisionnement en produits pour une méthode par moment sans que cela ne prenne assez de temps. On a beaucoup d’ONG qui interviennent dans la planification familiale. On a des campagnes de planification familiale chaque année pendant un mois au minimum. Au cours de ces campagnes, des informations sont données sur les médias, des rencontres sont organisées avec des leaders communautaires et religieux pour leur parler des avantages de la planification familiale. Et les méthodes sont gratuites durant cette période. L’Etat fait également des dons au niveau des structures de santé.
ANIMATEUR.TRICE :
Le prix de ces produits est-il abordable pour le citoyen lambda?
DR SEYDOU Z DAO:
Les méthodes contraceptives ne sont pas du tout chères au Mali. Les coûts varient, certes, selon les structures et la méthode choisie. Selon le dernier Plan d’Action National Budgétisé de Planification Familiale (PANB) basé sur la période 2019-2023, le prix varie entre 100 francs CFA (0,25 dollar Canadien) pour les produits oraux tels que la plaquette ou cycle à 10 mille francs CFA (24,69 dollar Canadien) voire plus pour des méthodes telles que la stérilisation féminine. On peut dire que ces méthodes sont plus ou moins accessibles à la population.
ANIMATEUR.TRICE :
Quels conseils pouvez-vous donner aux personnes qui souhaitent utiliser une méthode de contraception?
DR SEYDOU Z DAO:
Avant d’utiliser une méthode contraceptive, il est recommandé de s’adresser à un agent de santé qui va expliquer les différentes méthodes et aider la personne dans son choix. Il faut donc éviter l’achat des médicaments contraceptifs sans avoir consulté un agent de santé car il peut y avoir des contre-indications si la personne a déjà des problèmes de santé.
ANIMATEUR.TRICE :
Merci beaucoup Dr Dao pour vos réponses éclairées. Adressons-nous maintenant à Monsieur Edouard Keita qui est aussi un spécialiste de ces questions et le président du conseil d’administration de l’Association Malienne pour la Promotion et la Protection de la Famille (AMPPF). Dites-nous M. Keita ce que c’est que le droit à la contraception?
EDOUADRD KEITA
: Le droit à la contraception fait partie intégrante des droits sexuels et reproductifs. Il s’agit du droit pour chaque femme, chaque homme et chaque couple de décider librement et de manière responsable s’ils veulent avoir des enfants, quand, et combien, sans pression, ni discrimination. Ce droit implique également l’accès à des informations complètes, à des services de qualité et à des méthodes contraceptives sûres, efficaces et abordables. C’est un droit fondamental reconnu par de nombreux textes internationaux et par les politiques nationales de santé au Mali.
ANIMATEUR.TRICE :
Ce droit est-il respecté au Mali?
EDOUADRD KEITA
: Des progrès importants ont été réalisés ces dernières années, notamment à travers la Politique Nationale de Santé Reproductive et les efforts du gouvernement à travers l’Office Nationale de la Sante de la Reproduction et ses partenaires comme l’AMPPF. Cependant, le respect total de ce droit reste encore inégal selon les régions, les milieux urbains et ruraux, et les groupes sociaux. Certaines femmes, notamment les adolescentes et les femmes vivant en milieu rural, rencontrent encore des obstacles liés à la culture, à la religion, ou à la méconnaissance de leurs droits.
ANIMATEUR.TRICE :
Quel est le degré de connaissance de la population malienne par rapport à l’utilisation de ces méthodes de contraception?
EDOUADRD KEITA
: Globalement, le niveau de connaissance est assez bon, surtout en zone urbaine, grâce aux campagnes d’information menées par l’AMPPF, l’ONSR et d’autres partenaires. Mais de nombreuses fausses idées persistent. Beaucoup de femmes connaissent le mot “contraception” sans vraiment comprendre les méthodes disponibles, leurs avantages, ni où les obtenir en toute sécurité.
ANIMATEUR.TRICE :
Parlez-nous de votre mission en faveur de la contraception
EDOUADRD KEITA
: Depuis plus de 53 ans, l’AMPPF promeut les droits en santé sexuelle et reproductive au Mali. Notre objectif : permettre à chacun, surtout aux femmes et aux jeunes vulnérables, d’accéder à une information complète, à des services de santé de qualité et à des contraceptifs sûrs et abordables, grâce à nos centres, cliniques, volontaires et programmes de sensibilisation.
ANIMATEUR.TRICE :
Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre vision?
EDOUADRD KEITA
: Nous faisons face à plusieurs défis : les résistances socioculturelles et religieuses, qui entretiennent des tabous autour de la contraception. Le manque de ressources financières pour couvrir l’ensemble du territoire. Les ruptures ponctuelles de stock de produits contraceptifs. Et parfois, la faible implication des hommes, alors qu’ils jouent un rôle clé dans les décisions familiales.
ANIMATEUR.TRICE :
Comment jugez-vous l’intérêt de la population malienne pour les méthodes de contraception?
EDOUADRD KEITA
: L’intérêt progresse nettement, surtout chez les jeunes et les femmes instruites. On observe une évolution positive des mentalités, mais beaucoup de couples continuent d’avoir besoin de conseils et d’accompagnement pour faire des choix éclairés. La demande est réelle, mais souvent freinée par la peur du jugement ou des préjugés sociaux.
ANIMATEUR.TRICE :
Y a-t-il une résistance de la population face à ces méthodes de contraception?
EDOUADRD KEITA
: Oui, elle existe encore, notamment dans certaines communautés où la contraception est perçue comme contraire à la religion ou à la tradition. Mais ces résistances diminuent progressivement grâce à la sensibilisation communautaire, au dialogue avec les leaders religieux et traditionnels et à l’implication des jeunes pairs éducateurs.
ANIMATEUR.TRICE :
Avons-nous des statistiques sur le taux d’utilisation de la
contraception au Mali?
EDOUADRD KEITA
: Selon les dernières enquêtes démographiques et de santé (EDS), le taux de prévalence contraceptive moderne au Mali tourne autour de 17 à 21 %. C’est un progrès par rapport aux années précédentes, mais nous sommes encore loin de l’objectif national de 30 % d’ici 2030.
ANIMATEUR.TRICE :
Comment jugez-vous la politique de l’Etat vis-à-vis de la contraception?
EDOUADRD KEITA:
La politique de l’État est globalement favorable et encourageante. Le Mali s’est engagé à renforcer la planification familiale à travers la feuille de route PF 2030. Cependant, il faut renforcer la mise en œuvre effective, la coordination intersectorielle et le financement national durable pour garantir l’accès équitable à toutes les couches sociales.
ANIMATEUR.TRICE :
Que faut-il faire pour améliorer le taux d’utilisation de la
contraception?
EDOUADRD KEITA:
Il faut renforcer l’éducation sexuelle complète, dès le jeune âge, impliquer davantage les leaders religieux, les hommes et les jeunes, assurer la disponibilité continue des produits dans toutes les localités, et renforcer les campagnes de sensibilisation pour briser les tabous et la peur du jugement.
ANIMATEUR.TRICE :
Quelles sont les catégories de personnes qui font recours à la contraception?
EDOUADRD KEITA
: Nous recevons surtout des femmes mariées âgées de vingt-cinq (25) à quarante (40) ans, mais nous observons une hausse de la demande chez les jeunes et les adolescentes. Les hommes commencent aussi à s’impliquer davantage, notamment à travers les programmes de couples.
ANIMATEUR.TRICE :
Le Mali dispose-t-il des textes qui garantissent le droit à la contraception?
:
Le Mali dispose d’une loi sur la santé reproductive, la loi n°044 de 2002, l’une des premières en Afrique de l’Ouest. Mais elle est désormais jugée obsolète et sa révision est en cours. Selon une évaluation de l’ONASR, elle ne répond plus aux besoins actuels, notamment ceux des jeunes et des patients atteints de maladies chroniques, rendant une mise à jour indispensable pour garantir un accès équitable et abordable aux soins.
ANIMATEUR.TRICE :
Merci M. Keita toutes pour ces informations. On termine avec Dr Djibril Magassouba, spécialiste en médecine de famille/communautaire et chargé de programme de planification familiale à l’Office National de la Santé de la Reproduction (ONASR). Quel est la politique de l’Etat malien vis-à-vis du droit à la contraception?
DR MAGASSOUBA:
L’Etat du Mali a élaboré en 2002 un texte de loi qui régit l’exercice de la santé de la reproduction. Il est stipulé dans l’article 4 de cette loi que tous les hommes, les femmes, les adolescents et les jeunes ont le droit de liberté et de responsabilité d’être informées et d’utiliser la méthode de contraception de leur choix. Mais cela doit respecter les normes en vigueur.
ANIMATEUR.TRICE :
Quels sont les moyens que l’Etat a mis en place pour soutenir cette politique?
DR MAGASSOUBA:
Après l’adoption de cette loi, l’État a diffusé ses dispositions auprès de la population, des prestataires et des ONG partenaires. Il a aussi créé l’Office National de la Santé de la Reproduction, qui coordonne tout ce qui concerne la santé reproductive. Sur le plan international, le Mali s’est engagé à faire de la contraception un pilier pour tirer le dividende démographique.
ANIMATEUR.TRICE :
Quelles sont les difficultés que l’Etat rencontre dans la mise en œuvre de sa politique?
DR MAGASSOUBA:
Cela fait quinze (15) ans que le Mali traverse une crise multidimensionnelle – sécuritaire, politique et sociale – qui impacte la mise en œuvre de la planification familiale. Le financement de la santé diminue chaque année, ce qui limite les ressources pour les contraceptifs, la formation des prestataires et la couverture nationale. Malgré cela, l’État continue de fournir des efforts pour répondre à ces besoins.
ANIMATEUR.TRICE :
Quelles sont les solutions envisagées pour faire face à ces difficultés?
DR MAGASSOUBA:
L’ONASR, sous la direction du ministère de la Santé, cherche des solutions innovantes pour renforcer la planification familiale. Nous mobilisons les ressources domestiques, faisons du plaidoyer auprès des collectivités et du secteur privé, et utilisons le digital pour sensibiliser le plus grand nombre. Maîtriser la démographie est essentiel pour le développement, et nous nous battons pour rendre la contraception gratuite. La route est encore longue, mais la dynamique est lancée.
ANIMATEUR.TRICE :
Quelles sont les objectifs que l’Etat malien se fixe pour les années à venir?
DR MAGASSOUBA:
Nous avons un document national qu’on appelle le Plan d’Action National Budgétisé (PANB). C’est un plan quinquennal dont la troisième génération a été élaborée cette année pour la période de 2025 à 2029. Dans ce document, nous avons des objectifs très clairs. Le principal est que le taux de prévalence contraceptive moderne quitte les 21% pour atteindre les 30% d’ici 2029. Et des actions sont déjà déclinées pour y arriver. Certes, les défis sont énormes. Tant qu’il n’y a pas la sécurité, il est très difficile d’assurer une couverture à 100%. Si nous parvenons à trouver une solution à ces difficultés, je pense que le Mali, à l’horizon 2030, sera cité parmi les bons élèves en matière de planification familiale et cela va impacter sur le développement durable de notre pays.
ANIMATEUR.TRICE :
Merci beaucoup Dr Djibril Magassouba et à vous cher.e.s auditeurs et auditrices pour votre intérêt pour ce programme qui aborde la question de la contraception au Mali et qui arrive à son terme. Cela fait plusieurs années maintenant que ce droit est garanti par les textes au Mali, mais le pays est encore loin des objectifs qu’il s’est fixés à cause de nombreux facteurs tels que le poids des traditions et l’insuffisance des ressources humaines, matérielles et financières.
Mais grâce à l’appui des partenaires associé aux initiatives de l’Etat du Mali, les efforts commencent à produire des résultats comme le démontre les chiffres officiels. Selon les hauts responsables du pays, les nouvelles stratégies telles que la mobilisation des ressources endogènes devraient permettre d’atteindre l’objectif global qui est d’obtenir un taux de prévalence contraceptive de 30% d’ici 2030.
C’est ce qui met fin à notre émission du jour. Je vous remercie pour votre attention. Merci à mes invités pour leur disponibilité et à bientôt pour un prochain numéro.
Acknowledgements
Rédigé par : Issa O. Togola, Pigiste malien résidant à Bamako
Révisé par : Yeli Togola, spécialiste des droits des femmes
Information sources
Ressources visitées
- « Enquête Démographique et de Santé au Mali (EDSM-VII» : un rapport de l’Institut National de la Statistique (INSTAT) en collaboration avec la Cellule de Planification et de Statistique du Secteur Santé, Développement Social et Promotion de la Famille (CPS/SS-DS-PF) au Mali.
Entretiens et interviews :
Fatoumata Djitteye : Une jeune étudiante, mariée qui utilise la contraception, interviewée le 02 octobre 2025.
Yacouba Fousseni Coulibaly : Un enseignant, mari de Fatoumata qui utilise la contraception, interviewé le 02 octobre 2025.
Dr Seydou Z Dao : Un gynécologue au Centre de Santé de Référence de la commune II du district de Bamako, interviewée le 05 octobre 2025.
Edouard Keita : Président du conseil d’administration de l’Association Malienne pour la Promotion et la Protection de la Famille (AMPPF), interviewé le 08 octobre 2025.
Dr Djibril Magassouba, chargé du programme de Planification Familiale à l’Office Nationale de la Santé de la Reproduction (ONASR), interviewé le 10 octobre 2025.
La présente nouvelle a été produite grâce à l’initiative « HÉRÈ — Bien-être des femmes au Mali » qui vise à améliorer le bien-être des femmes et des filles en matière de santé sexuelle et reproductive et à renforcer la prévention et la réponse aux violences basées sur le genre dans les régions de Sikasso, Ségou, Mopti et le district de Bamako au Mali. Le projet est mis en œuvre par le Consortium HÉRÈ – MSI Mali, en partenariat avec Radios Rurales Internationales (RRI) et Women in Law and Development in Africa (WiLDAF) grâce au financement d’Affaires mondiales Canada.