Déni d’accès à la contraception au Mali

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Notes au radiodiffuseur

Les dénis de ressources et d’opportunités se présentent sous plusieurs formes. Il s’agit généralement des barrières imposées par la communauté quant à l’accès à des ressources économiques ou à des opportunités de subsistance, à l’éducation mais aussi et surtout à la santé. Sur le plan de la santé de la reproduction, on parle de déni de ressources généralement lorsqu’une personne se voit interdire d’adopter un moyen de contraception, de fréquenter les centres de santé, de jouir pleinement de sa sexualité ou encore la mauvaise perception de la communauté de permettre aux jeunes filles de choisir elles-mêmes leurs maris. Force est de reconnaître qu’il peut se présenter sous d’autres formes maintenant généralement les femmes et les filles dans une situation de vulnérabilité. 

Société conservatrice, au Mali comme dans beaucoup de pays d’Afrique, les pratiques traditionnelles persistent. Cet environnement demeure favorable aux barrières mettant en branle le concept de la santé sexuelle et reproductive, empêche cette couche vulnérable de s’épanouir et de bénéficier des nombreux services existants. Profondément attachée au patriarcat, ou l’on pense que seuls les hommes ont le privilège de décisions.

En effet le concept de la santé de la reproduction fait face à plusieurs difficultés, prit d’assaut par les rumeurs et fausses informations exposant les femmes à de sérieux problèmes de santé (Grossesse Non Désirée ou Rapprochée, Avortement provoqué, etc..) accentuant ainsi leur vulnérabilité alors que la constitution du 22 juillet 2023 stipule que « Tous les Maliens naissent et vivent libres et égaux en leurs droits et devoirs. Toute discrimination fondée sur l’origine sociale, la couleur, la langue, la race, le sexe, la religion ou l’opinion politique est interdite. » Alors la présente thématique suscite de vifs débats.

Si certains comprennent et donnent la possibilité voire aider les femmes à connaître, comprendre et avoir accès aux services de la santé de la reproduction même en zone rurale, d’autres restent toujours fidèles au mode de vie dicté par la société et demeurent un véritable obstacle. Et cela malgré qu’elles demeurent le principal soutien dans les familles au Mali et dominent le secteur informel à 66% selon la banque mondiale.

Pour une meilleure compréhension globale de la thématique, ce texte radiophonique s’entretient avec trois personnes. D’abord, un juriste qui nous parlera des dispositions de la loi sur le sujet. Ensuite, une victime de déni de ressources, qui s’est vu refuser le recours de la planification familiale à cause des pesanteurs sociales, elle nous apportera son témoignage. Et enfin, nous allons nous entretenir avec un responsable de la Direction de la Promotion de la Femme de l’Enfant et de la Famille. 

Le présent texte radiophonique s’inspire d’interviews réelles. Vous pourriez vous en inspirer pour effectuer des recherches aux fins de rédaction d’un texte radiophonique sur un sujet similaire dans votre région. Dans le cas contraire, vous pourriez choisir des comédiens et des comédiennes pour interpréter ce texte dans votre station radio. Si tel est le cas, assurez-vous d’avertir votre auditoire au début de l’émission qu’il s’agit de voix d’acteurs. (trices) et non celles des personnes avec lesquelles les interviews originales ont été réalisées.

À ceux qui souhaitent produire des émissions sur les défis de la santé de la reproduction notamment étudier la perception de la communauté sur l’accès des femmes aux services de santé sexuelle et reproductive, il est recommandé d’effectuer des recherches approfondies. Cela leur permettra d’avoir une meilleure compréhension du sujet et de choisir les personnes ressources qualifiées pour les interviews. Prenez la peine de recueillir le témoignage d’une survivante, d’interviewer un spécialiste du droit et un responsable d’un service ou Organisation Non-Gouvernementale qui travaille sur la thématique. Vous pourrez poser des questions telles que :

  • Quelle est la perception de la société du déni de ressources en lien avec l’accès des femmes des services de santé sexuelle et reproductive? 
  • Quelles sont les sanctions légales prévues en la matière?
  • Quelles sont les couches les plus ciblées?
  • Qui sont les responsables et comment faire pour un changement de comportement?

Durée de l’émission, y compris l’intro et l’extro : 25 à 30 minutes.

Texte

 

MONTÉE DE L’INDICATIF MUSICAL, PUIS FONDU ENCHAÎNÉ

 

ANIMATEUR.TRICE :
Bonjour et bienvenue dans notre émission sur le déni de ressources ou d’opportunités sous le prisme de la santé sexuelle et reproductive. Un phénomène qui tire ses racines des pratiques traditionnelles.

Pour en parler, nous recevons trois intervenants. Marama Sangaré, 33 ans, mère de deux filles. Elle est victime de cette pratique et en subit toujours les conséquences. Elle partagera avec nous son expérience. Juriste de formation et administrateur à l’Institut Kôrè des Arts et des Métiers au Mali, Thiery Idrissa Goro est également point focal d’ONU Femmes à Ségou et travaille sur les questions de santé sexuelle et reproductive au niveau communautaire. Il nous apportera son analyse d’expert sur le sujet. Enfin, Mamadou Bagayogo, chef de programme à la Direction Régionale de la Promotion de la Femme de l’Enfant et de la Famille, évoquera la prise en charge des victimes.

MONTÉE DE L’INDICATIF MUSICAL, PUIS FONDU ENCHAÎNÉ

ANIMATEUR.TRICE :
Monsieur Thiery Goro, merci de nous accorder ce temps d’antenne. Pour commencer, dites-nous de façon simple ce que c’est que le déni de ressources et d’opportunités.

GORO THIERRY IDRISSA :
Bonjour! Le déni de ressources, c’est lorsqu’on refuse à quelqu’un ce dont il a besoin pour vivre ou travailler dignement. Exemple : l’argent, les outils, la terre, l’école et bien d’autres. Autrement dit, c’est aussi lorsqu’on empêche quelqu’un de saisir des chances d’avancer comme trouver un emploi, etc.

 

ANIMATEUR.TRICE :
Alors, comment cela se décline sur le plan de la santé sexuelle et reproductive?

GORO THIERRY IDRISSA :
Nul n’est sans savoir que nous vivons dans une société traditionnelle où jusqu’à présent, les pratiques traditionnelles restent profondément enracinées. Une société de patriarcat avec un rapport de force inégal.

 

Cette situation s’embrase notamment avec les rumeurs et les fausses informations sur les questions de santé sexuelle et reproductive, du planning familial pour les femmes.

Ici, les hommes croient fermement à tort que la contraception est un moyen importé afin de permettre à la femme de ne pas avoir d’enfants. Donc, de porter atteinte à la lignée de la famille ; voire la possibilité de tromper leurs époux ou encore permettre aux jeunes filles de continuer dans la débauche sans le moindre souci de tomber enceinte. Et pour d’autres, un moyen de se lancer dans une activité pour éviter les travaux domestiques.

 

Ils ont l’impression que ces méthodes donnent à la femme, une sorte de pouvoir et d’épanouissement pour échapper à leur contrôle, et cela porter atteinte à leur dignité et au respect à leur égard.

 

Ainsi, ils sont prêts à user de tous les moyens, profitant de leur pauvreté afin d’empêcher les femmes d’accéder aux services de santé de la reproduction (planning familial, consultation pré et post natal, post abortif, obstétricaux, confiscation de ressources financières pour accéder aux frais etc.) D’où la déclinaison du déni de ressources ou d’opportunités sur le plan de la santé de la reproduction. Autrement, toute entrave intentionnelle à l’accès aux services de santé sexuelle et reproduction. C’est une forme silencieuse mais très grave d’atteinte au droit à la santé, à l’autonomisation et à la dignité humaine.

 

ANIMATEUR.TRICE :
Ce phénomène existe-il au Mali et qui en sont généralement les victimes?

GORO THIERRY IDRISSA :
Oui bien sûr! C’est fréquent, notamment en milieu rural mais les zones urbaines ne sont pas non plus épargnées. Je trouve que parmi les causes profondes figure la pauvreté. Elle est plus élevée en milieu rural qu’en milieu urbain. En 2023, le taux de pauvreté multidimensionnelle au Mali était estimé à 22,8 % contre 33 % en 2020. Les hommes dans la plupart des cas profitent pour maintenir un certain contrôle sur les femmes, les empêchant ainsi de s’épanouir et de prendre leur santé sexuelle en main.

 

A ceci, s’ajoute également le faible taux d’alphabétisation chez les femmes. Selon le cinquième recensement général de la population et de l’habitat, en 2022, le Mali affiche un taux d’alphabétisation de 33,7 % chez les personnes âgées de 15 ans ou plus. Ce taux était de 30,9 % en 2009, soit une progression de 2,8 points seulement. Quelle que soit la région, les hommes sont plus alphabétisés que les femmes.

 

Les victimes en général sont les filles et les femmes, les enfants déplacés internes. Les populations rurales surtout avec les conflits inter et intracommunautaires.

ANIMATEUR.TRICE :
A votre avis, comment la communauté perçoit ce sujet au Mali?

GORO THIERRY IDRISSA :
Nous vivons dans un contexte où le déni de ressources et d’opportunités est souvent perçu comme une injustice structurelle, et il nourrit un sentiment d’exclusion, voire d’invisibilité dans plusieurs couches de la société malienne.

Notre société est complexe et multidimensionnelle. Nous rencontrons plusieurs ethnies et chacun a en effet son mode de vie, ses coutumes et sa tradition. Mais le point commun partout, ce qui est dommage est la thèse selon laquelle, la femme devait être soumise à son conjoint et ne doit prendre d’initiatives spécifiquement lorsqu’il s’agit de sa santé et de la reproduction. Car, selon eux, ce sont des attribues réservées aux hommes. Une fois mariée, la femme devient la propriété exclusive de l’homme et c’est à lui de décider du nombre d’enfants et surtout l’espacement des grossesses sans se soucier du bien-être général de la femme.

Nous devons véritablement changer de comportement vis-à-vis de nos pratiques et revoir la femme sous un autre angle. Nous devons comprendre que la femme aussi a son mot à dire en ce qui concerne sa santé et affirmer ses choix. Cela ne fera que rendre le cadre de vie plus conviviable et garantir un avenir meilleur.

La femme et l’homme doivent jouir des mêmes privilèges et opportunités sans distinction aucune. Refuser que la femme ait accès aux services de santé de la reproduction de qualité est puni d’ailleurs par la législation malienne.

ANIMATEUR.TRICE :
Justement, quels sont les dispositifs juridiques prévus en la matière?

GORO THIERRY IDRISSA :
Au Mali, des dispositions en place tranchent sur la thématique. On peut retenir la loi 02-044 sur la santé sexuelle de la reproduction. Cette loi garantit le droit à tous les couples et aux individus de disposer d’informations et de services de qualité en matière de santé sexuelle et reproductive. Mais attention, là-aussi nous devons aller plus loin, parce que la présente loi donne accès avec des garde-fous. En effet, l’article 14 de la loi indique que « toute personne majeure peut, sur son consentement écrit, bénéficier d’une méthode de contraception irréversible ». Toutefois, concernant une femme en couple, l’accord du conjoint est obligatoire. Le fait d’avoir l’accord du conjoint est problématique, car, dans la plupart des cas, ils s’opposent à l’adoption même si cela peut inclure de sérieux problèmes de santé chez la femme.

 

Par ailleurs, la constitution malienne de la 4e République (Juillet 2023) contient des principes d’égalité, de non‑discrimination et de droits fondamentaux qui peuvent servir de base légale pour réclamer justice dans ce type de situation.

 

Mais le chemin reste encore long sur le plan juridique. L’adoption des lois ne suffit pas. Elles doivent être appliquées en tenant compte des spécificités sociétales et punir sévèrement les auteurs des infractions pour l’avenir des femmes.

 

ANIMATEUR.TRICE :
Merci Monsieur Idrissa Thierry Goro. Maintenant, nous nous tournons vers Madame Marama Sangaré. Vous avez avoué avoir été victime d’une forme de déni de ressources qui a fini par bouleverser votre vie. Qu’avez-vous subi comme conséquences?

MARAMA SANGARÉ :
Effectivement, j’ai été une victime. Je suis la seconde épouse de mon mari. Il est l’un des conseillers du chef de village et réputé comme dépositaire des traditions. J’ai 34 ans et mère de deux filles de moins de deux ans. C’étaient des grossesses rapprochées. Affaiblie, je rencontrais des difficultés pour maintenir l’équilibre entre les travaux domestiques et l’entretien des enfants. Après plusieurs tentatives de me planifier, ma belle-famille s’est farouchement opposée à cette idée et m’a menacé.

 

Quelques mois après, alors que je m’activais pour le dîner du soir, j’ai vomi et j’avais aussi des vertiges. Soudainement, je me suis évanouie. Après cela, je me suis retrouvée au centre de santé communautaire du village. C’est là que j’apprends que j’étais de nouveau enceinte.

Par manque de suivi régulier, j’ai eu de graves complications lors de l’accouchement. Malheureusement, l’enfant fut mort-né et j’ai été victime de fistule.

Là commence mon calvaire. Ici, les hommes désapprouvent la contraception en se basant sur des normes traditionnelles du village et vont jusqu’à empêcher les femmes d’y faire recours, sous peine de divorces ou de stigmatisation ; voire devenir polygame. Si mon mari avait accepté, toute cette souffrance n’allait pas arriver.

 

ANIMATEUR.TRICE :
Pourquoi n’avez-vous pas informé vos proches de l’attitude de votre mari?

MARAMA SANGARÉ :
Je me suis dit que cela n’allait rien changer. Vous savez, ici on dit que la femme ne doit jamais s’opposer à son mari, et qu’il faut qu’elle laisse tout ce qu’il n’aime pas. C’est d’ailleurs une recommandation de la religion.

Je connais déjà la position de mon père qui n’a jamais adhéré à l’idée que la femme se rende elle-même au centre de santé ou fasse recours aux méthodes contraceptives. Il trouve que cela encourage la débauche. En le faisant, d’autres hommes vont te côtoyer. Dans la communauté, on nous dit aussi qu’une mère doit être soumise à son époux, le devenir des enfants en dépend.

 

ANIMATEUR.TRICE :
Comment ton mari a-t-il réagi après toute cette épreuve?

MARAMA SANGARÉ :
Malheureusement, il ne se sent pas du tout coupable et trouve que c’est ce que Dieu a voulu. Il pense que nous avons été mal chanceux. En tout cas, contrairement aux autres qui abandonnent leur épouse, lui est resté. Il me soutient et me donne un peu d’argent de temps en temps pour mes besoins.

 

ANIMATEUR.TRICE :
Comment vous vous sentez actuellement et quels conseils pouvez-vous donner aux femmes qui nous écoutent?

MARAMA SANGARÉ :
C’est un sentiment de regret qui m’anime et je me sens abandonnée par mes proches. Si j’avais eu de l’aide pour espacer les grossesses et fréquenter le centre de santé, tout cela ne serait pas arrivé. J’aurais pu vivre dignement sans connaître toute cette souffrance.

Je recommande aux femmes qui traversent actuellement la même situation que moi, de ne pas garder le silence, d’en parler et de se rapprocher des ONG ou autres services de défense des droits des femmes pour demander de l’aide. Même si la société va mal le prendre, il faut briser la chaîne. Je demande aux hommes d’accepter que leurs épouses se planifient, de les accompagner et de s’assurer qu’elles aient accès aux services de santé sexuelle et reproductive. Cela pour le bonheur de toute la famille.

 

ANIMATEUR.TRICE :
Merci beaucoup Ami. On se tourne à présent vers Mamadou Bagayoko, Chef de Division Femme et Fille de la Direction Régionale de la Promotion de la Femme de l’Enfant et de la Famille de Ségou. Qu’est-ce que votre service fait concrètement dans cette situation?

MAMADOU BAGAYOKO :
Le service de la promotion de la Femme de l’Enfant et de la Famille travaille avec plusieurs organisations pour le bien-être des femmes, des enfants et des filles. Nous faisons la promotion de la planification familiale à travers des séances de sensibilisation communautaire et nous supervisons des projets et programmes de santé sexuelle et reproductive et de lutte contre les violences basées sur le genre dans la région.

 

ANIMATEUR.TRICE :
Donc, on ne doit pas s’opposer à ce qu’une personne ait accès aux services de santé de la reproduction?

MAMADOU BAGAYOKO :
Absolument! Il est important de préciser ici que le déni de ressources axé sur l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive ne concerne pas uniquement les femmes ou les jeunes filles. D’autres cibles sont aussi vulnérables comme les personnes handicapées ou des personnes issues d’une communauté minoritaire. Ils subissent une pression énorme. Par peur, ils se taisent et deviennent vulnérables à tout risque.

Pour revenir à votre question, on ne doit en aucun cas représenter un obstacle quant à l’accessibilité des services de santé de la reproduction. Mais la société telle qu’elle est constituée contribue à la vulnérabilité de la femme et des filles, d’abord en rendant tabou tout ce qui concerne les questions ou problématiques liées à la sexualité. Elle place l’homme au-devant comme détenteur du contrôle sur le corps de la femme, de sa reproduction et de son bien-être.

 

ANIMATEUR.TRICE :
Alors comment cela se manifeste réellement en milieu communautaire?

MAMADOU BAGAYOKO :
En milieu rural, les hommes refusent de donner de l’argent à leur femme pour accéder aux produits contraceptifs. Nous faisons souvent de la gratuité des services en stratégie avancée. Mais même avec cela, les femmes restent à la maison craignant des représailles.

Il y a aussi un sérieux problème d’accès à l’information, et cela est inquiétant pour la santé maternelle et infantile. Nous devons agir pour créer un environnement propice au devenir de tout un chacun.

 

ANIMATEUR.TRICE :
Vous venez tout à l’heure d’entendre Madame Aminata, qui a été victime d’une forme de déni de ressources. Que pensez-vous de la perception de la communauté face à cette problématique?

MAMADOU BAGAYOKO :
Son histoire met en évidence le principal défi auquel nous sommes confrontés. Elle n’est pas la seule. Malheureusement, elles sont nombreuses dans cette situation difficile, mais gardent le silence.

Il s’agit de l’attitude de la communauté. La persistance des pratiques traditionnelles néfastes, la non-adhésion des leaders communautaires et religieux dans la promotion des droits des femmes et le droit en matière de santé sexuelle et reproductive. Les femmes ne sont pas simplement des sujets, elles doivent avoir le contrôle de leurs corps, elles ont droit à l’information et à accéder aux services de santé de la reproduction, planning familial, IST etc.

 

ANIMATEUR.TRICE :
Quels sont donc les facteurs propices à cette attitude des communautés?

MAMADOU BAGAYOKO :
Je dirais l’inégalité de genre. Les normes sociales et culturelles privilégient l’homme et lui accordent un statut supérieur à celui de la femme et de la fille. Avec ce système patriarcal, elles n’ont pas le droit de décision et doivent s’aligner sur les directives de leurs maris.

S’ajoute le faible niveau d’instruction des filles, la précarité des ressources, et la crise sécuritaire qui secoue le pays depuis 2012. Tout ceci contribue à créer un environnement propice à ce genre d’attitude envers les couches les plus vulnérables.

Mais un autre point très important est le silence des victimes. Beaucoup, par peur de la perception de la communauté, acceptent et restent dans l’ombre, s’exposant à de graves maladies. Les coupables restent impunis et c’est cela qui encourage certains d’ailleurs.

 

ANIMATEUR.TRICE :
En cas d’abus ou de refus d’accès à l’information ou aux services de santé de la reproduction, où est-ce que les victimes peuvent se diriger?

MAMADOU BAGAYOKO :
Nous recevons les victimes au niveau de la direction et les référons vers les centres de prise en charge holistiques comme les One Stops Centre, vers les centres de santé ou vers les ONG (ASDAP, AMPPF) pour suivre des counselings personnalisés et leur offrir des services.

Si ce ne sont pas des cas compliqués impliquant une violence physique, nous accompagnons la personne dans sa famille pour sensibiliser les parties et résoudre le problème.

 

ANIMATEUR.TRICE :
Merci pour toutes ces informations. Que devons-nous donc faire?

MAMADOU BAGAYOKO :
Nous devons mettre en place des réformes pour orienter les politiques, veiller à l’application et à la vulgarisation rigoureuse des textes. Selon l’UNFPA, 27% des femmes mariées ont un fort besoin non satisfait de planification familiale malgré la forte demande.

Nous devons continuer avec les sensibilisations, outiller les jeunes, les femmes, les leaders communautaires et religieux surtout pour faire face aux défis de la société.

 

ANIMATEUR.TRICE :
Cher.e.s auditeurs et auditrices, nous sommes à la fin de cette émission. Merci pour votre écoute et votre attention. Merci à nos invités. Retenons que le déni de ressources et d’opportunités sous le regard de la santé de la reproduction consiste à refuser à quelqu’un l’accès aux informations ou aux services qualifiés de santé sexuelle et reproductive.

Au Mali, des mécanismes juridiques existent pour sanctionner toute personne qui s’adonne à cette pratique. Cependant, il est essentiel de renforcer la sensibilisation au niveau communautaire et de mettre en place des mesures dissuasives afin de favoriser un véritable changement de comportement social. Malgré les nombreuses approches déjà mises en œuvre, telles que la DBC (Distribution à Base Communautaire) des produits contraceptifs, les besoins non satisfaits persistent. Il est donc nécessaire de poursuivre et d’intensifier les programmes de sensibilisation communautaire.

Cette émission a été réalisée avec la participation de Monsieur Idrissa Thierry Goro, juriste de formation, Monsieur Mamadou Bagayoko du service de la promotion de la Femme de l’Enfant et de la Famille et de Madame Marama Sangaré, une femme victime de déni de ressources. Merci pour vos différentes contributions. On se donne rendez-vous la prochaine fois. D’ici là, portez-vous très bien.

Acknowledgements

Rédigé par : Dioro CISSE Journaliste MALI  (SEGOU)

Révisé par : Yeli Togola, spécialiste des droits des femmes

 

Entretiens et interviews :

Goro Thierry Idrissa juriste et Juriste de formation et administrateur à l’Institut Kôrè des Arts et des Métiers au Mali, date de l’entretien le 16 janvier 2026 ;

Mamadou Bagayoko chef de programme à la Direction Régionale de la Promotion de la Femme de l’Enfant et de la Famille, date de l’entretien le 10 décembre 2026 ;

Aminata Diallo, une femme victime de dénis de ressources, date de l’entretien le 15 décembre 2026.

Information sources

 

La présente nouvelle a été produite grâce à l’initiative « HÉRÈ — Bien-être des femmes au Mali » qui vise à améliorer le bien-être des femmes et des filles en matière de santé sexuelle et reproductive et à renforcer la prévention et la réponse aux violences basées sur le genre dans les régions de Sikasso, Ségou, Mopti et le district de Bamako au Mali. Le projet est mis en œuvre par le Consortium HÉRÈ – MSI Mali, en partenariat avec Radios Rurales Internationales (RRI) et Women in Law and Development in Africa (WiLDAF) grâce au financement d’Affaires mondiales Canada.