{"id":14951,"date":"2022-07-06T19:40:50","date_gmt":"2022-07-06T16:40:50","guid":{"rendered":"https:\/\/scripts.farmradio.fm\/fr\/?post_type=radio-resource-packs&#038;p=14951"},"modified":"2022-07-06T20:20:28","modified_gmt":"2022-07-06T17:20:28","slug":"obstacles-la-participation-des-femmes-dans-lagriculture-au-mali","status":"publish","type":"radio-script","link":"https:\/\/scripts.farmradio.fm\/fr\/texte-radiophonique\/obstacles-la-participation-des-femmes-dans-lagriculture-au-mali\/","title":{"rendered":"Obstacles \u00e0 la participation des femmes dans l\u2019agriculture au Mali"},"content":{"rendered":"<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Bonjour Madame Namaoro Coulibaly!<\/p>\n<p><strong>NAMAORO COULIBALY :<\/strong> Heureuse d\u2019\u00eatre ici et bonjour \u00e0 tous les auditeurs et auditrices!<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Vous \u00eates la pr\u00e9sidente r\u00e9gionale de la coop\u00e9rative Tchimporoko des femmes agricultrices de Sikasso au Mali. Soyez la bienvenue.<\/p>\n<p>Nous sommes aussi avec Monsieur Mamadou Bassirou N&rsquo;Diaye, expert en agriculture. Soyez le bienvenu, Monsieur.<\/p>\n<p><strong>M. BASSIROU N\u2019DIAYE :<\/strong> Je vous remercie. C&rsquo;est un r\u00e9el plaisir d&rsquo;\u00eatre avec vous. Bonjour \u00e0 tous les auditeurs et auditrices.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Enfin, nous avons Monsieur Adama Camara, sp\u00e9cialiste des questions du genre \u00e0 la direction r\u00e9gionale de la promotion de la femme, de l&rsquo;enfant et de la famille de Sikasso au Mali. Monsieur Camara, bonjour!<\/p>\n<p><strong>ADAMA CAMARA :<\/strong> Bonjour! Merci de me recevoir dans cette \u00e9mission.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Sans plus tarder, allons dans le vif du sujet. Madame Namaoro Coulibaly, pouvez-vous nous dire \u00e0 quel degr\u00e9 les femmes sont impliqu\u00e9es dans l&rsquo;agriculture au Mali?<\/p>\n<p><strong>NAMAORO COULIBALY\u00a0:<\/strong> Il est difficile de r\u00e9pondre \u00e0 cette question car aucune \u00e9tude formelle n&rsquo;a encore fourni d&rsquo;informations \u00e0 ce sujet. Le pourcentage exact des femmes n&rsquo;est pas connu dans l&rsquo;agriculture. Cependant, la loi n\u00b052 sur la promotion du genre dans l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 des postes d\u2019affectation ou de d\u00e9signation stipule qu&rsquo;un pourcentage de 30 % de tous les postes dans tous les domaines doit \u00eatre attribu\u00e9 aux femmes et que 30 % des aides gouvernementales doivent aller aux femmes.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Cela est bien compris. \u00c0 pr\u00e9sent, dites-nous si les femmes maliennes utilisent les intrants agricoles!<\/p>\n<p><strong>NAMAORO COULIBALY :<\/strong> Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est un peu am\u00e9lior\u00e9. Certaines agricultrices utilisent les intrants agricoles mais d&rsquo;autres ne le font pas. Celles qui le font estiment que le rendement a baiss\u00e9 et gr\u00e2ce aux intrants agricoles, qu\u2019elles peuvent augmenter leur productivit\u00e9. Celles qui utilisent les intrants agricoles chimiques sont plus focalis\u00e9es sur la intrants agricoles productivit\u00e9. Certaines agricultrices pr\u00e9f\u00e8rent utiliser des intrants biologiques, tel que l\u2019engrais biologique. Elles estiment que les engrais chimiques rendent leurs produits plus p\u00e9rissables alors que les engrais biologiques permettent \u00e0 leurs produits de conserver une bonne qualit\u00e9 sur une plus longue p\u00e9riode. Et elles utilisent des engrais biologiques pour r\u00e9pondre aux besoins de certains acheteurs et acheteuses qui pr\u00e9f\u00e8rent manger des aliments biologiques pour des raisons de sant\u00e9.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Celles qui utilisent les intrants agricoles chimiques, ont-elles facilement acc\u00e8s \u00e0 ces produits?<\/p>\n<p><strong>NAMAORO COULIBALY :<\/strong> Les agricultrices n\u2019ont souvent pas les moyens d\u2019acheter les intrants agricoles chimiques. D&rsquo;abord, ils sont chers pour les femmes rurales que nous sommes. Actuellement, un sac d\u2019engrais chimique est c\u00e9d\u00e9 \u00e0 11,000 FCFA (US $ 17.75). Ce n\u2019est pas le cas par le pass\u00e9.<\/p>\n<p>Les intrants agricoles chimiques que l\u2019Etat a subventionn\u00e9s sont distribu\u00e9s aux coop\u00e9ratives et aux associations de femmes. Pour pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;intrants subventionn\u00e9s, il faut faire partie d\u2019une coop\u00e9rative alors que la plupart des femmes ne le sont pas. Chaque ann\u00e9e, les enregistrements sont ouverts entre le mois de f\u00e9vrier et avril. Plusieurs femmes se font enregistrer et ne re\u00e7oivent au final que la moiti\u00e9 de la quantit\u00e9 d\u2019intrants agricoles chimiques dont elles ont besoin. Celles qui ne sont pas membres d&rsquo;une organisation ont du mal \u00e0 obtenir ne serait-ce qu&rsquo;un montant minimum.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> La r\u00e9gion est grande et les femmes sont \u00e9parpill\u00e9es partout. Combien d\u2019associations avez-vous?<\/p>\n<p><strong>NAMAORO COULIBALY :<\/strong> Nous avons plus de mille coop\u00e9ratives dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Vous disiez que la quantit\u00e9 d\u2019intrants chimiques distribu\u00e9s est faible. Est-ce que cela est d\u00fb au fait que le nombre exact des femmes n&rsquo;est pas connu?<\/p>\n<p><strong>NAMAORO COULIBALY :<\/strong> Non. Lors de l&rsquo;enregistrement, les coop\u00e9ratives sont tenues de donner le nombre de femmes membres et le nombre de sacs d\u2019intrants agricoles chimiques dont elles ont besoin. Malgr\u00e9 cela, nous sommes oblig\u00e9s de partager les intrants chimiques que nous recevons dans de plus petits r\u00e9cipients.<\/p>\n<p>Tout le monde ne peut pas avoir un sac. Le nombre de sacs disponibles ne le permet pas. Chaque ann\u00e9e, chaque femme qui est membre d\u2019une coop\u00e9rative cotisent. Elles utilisent ces fonds pour acheter des intrants chimiques. Ainsi, chacune d&rsquo;entre elles doit recevoir une portion. Celles qui ont des moyens arrivent \u00e0 trouver d&rsquo;autres issues pour s&rsquo;en procurer davantage.<\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e, un sac d\u2019engrais chimique a \u00e9t\u00e9 vendu aux coop\u00e9ratives \u00e0 11,000 FCFA. \u00c9galement, certains projets soutiennent les femmes avec des pr\u00eats bancaires pour acheter les engrais. Mais les femmes doivent rembourser les pr\u00eats, ce qui pose probl\u00e8me \u00e0 beaucoup de femmes qui pr\u00e9f\u00e8rent ne pas accepter cette aide.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Parlons maintenant de l&rsquo;usage de ces intrants agricoles. Avez-vous appris de bonnes techniques d&rsquo;utilisation?<\/p>\n<p><strong>NAMAORO COULIBALY :<\/strong> Des formations ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es sur la production et l&rsquo;usage des engrais biologiques. Mais la majorit\u00e9 des femmes ne l\u2019ont pas encore re\u00e7u. Quant aux intrants agricoles chimiques, nous n&rsquo;avons b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;aucune formation sur leur utilisation. Mais, il faut dire aussi que toutes les femmes n&rsquo;utilisent pas les intrants agricoles chimiques.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Y a-t-il une diff\u00e9rence entre les intrants biologiques et les intrants chimiques?<\/p>\n<p><strong>NAMAORO COULIBALY :<\/strong> Il y a bel et bien une diff\u00e9rence. Les produits qui ont re\u00e7u les intrants biologiques et les intrants agricoles chimiques ont un bon rendement. C&rsquo;est ce que font certaines femmes. Celles qui utilisent uniquement les intrants agricoles chimiques font de bons b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 cause de la productivit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e. Mais ces produits sont difficiles \u00e0 conserver. Et ils ont moins de go\u00fbt que les produits n\u2019ayant re\u00e7u que les intrants biologiques. Ceux qui n&rsquo;ont re\u00e7u que les intrants biologiques ont un meilleur go\u00fbt et sont faciles \u00e0 conserver, m\u00eame s&rsquo;ils peuvent ne pas produire autant que les autres.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Que faites-vous concr\u00e8tement pour faciliter cet acc\u00e8s aux intrants agricoles chimiques?<\/p>\n<p><strong>NAMAORO COULIBALY :<\/strong> Pour l&rsquo;instant, nous n&rsquo;avons aucun moyen. Nous ne pouvons que faire des dol\u00e9ances aupr\u00e8s des autorit\u00e9s mais, peu de r\u00e9ponses suivent.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Merci Madame Namaoro Coulibaly. J&rsquo;esp\u00e8re que les auditeurs et auditrices ont beaucoup appris avec vous. \u00c0 pr\u00e9sent, revenons \u00e0 notre expert en agriculture, Monsieur Mamadou Bassirou. Vous venez d&rsquo;\u00e9couter Madame Coulibaly, comment expliquez-vous ce difficile acc\u00e8s aux intrants agricoles chimiques?<\/p>\n<p><strong>BASSIROU N\u2019DIAYE :<\/strong> L\u2019Etat octroie des subventions pour faciliter l\u2019acc\u00e8s des agricultrices aux intrants agricoles chimiques. Mais il faut \u00eatre dans une organisation pour avoir la reconnaissance de l&rsquo;Etat en tant qu&rsquo;exploitant agricole. Elles peuvent b\u00e9n\u00e9ficier de ces subventions en pr\u00e9sentant la carte d&rsquo;identit\u00e9 qu&rsquo;elles re\u00e7oivent du fait de leur appartenance \u00e0 une coop\u00e9rative ou \u00e0 un groupement de femmes. Cela permet aux agricultrices de b\u00e9n\u00e9ficier de tous les avantages que l&rsquo;Etat accorde aux exploitants agricoles. Raison pour laquelle, nous encourageons les agricultrices \u00e0 s&rsquo;enregistrer au niveau des chambres r\u00e9gionales d&rsquo;agriculture.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> D&rsquo;accord. Monsieur N&rsquo;Diaye, notre agricultrice disait que les intrants chimiques ne sont pas accessibles \u00e0 toutes les femmes, notamment celles qui ne sont pas dans des coop\u00e9ratives. Cela contraste un peu avec ce que vous dites. Quel est votre commentaire sur ce point?<\/p>\n<p><strong>M. BASSIROU N\u2019DIAYE :<\/strong> Les intrants agricoles chimiques sont distribu\u00e9s proportionnellement, en fonction de la taille de la terre agricole. Au niveau des chambres d\u2019agriculture, des personnes sont charg\u00e9es de calculer la superficie des terres exploit\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019Etat est confront\u00e9 \u00e0 des difficult\u00e9s financi\u00e8res qui entravent la distribution des intrants agricoles chimiques. Sinon, qu&rsquo;on soit dans une coop\u00e9rative ou pas, quand on est enregistr\u00e9, on doit pouvoir recevoir des intrants chimiques. L\u2019Etat fait de son mieux, mais le vrai probl\u00e8me se situe au niveau du suivi. Il faut une utilisation rationnelle et judicieuse de ces intrants chimiques. Il arrive que les sacs subventionn\u00e9s soient vendus au march\u00e9. Les auteurs de ces actes doivent rendre compte.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Il y a clairement un manque d&rsquo;intrants chimiques. Mais il y a aussi un probl\u00e8me pour les utiliser \u00e0 bon escient, \u00e9tant donn\u00e9 que les agricultrices ne sont pas form\u00e9es. Et comme le disait Madame Coulibaly, l\u2019utilisation des intrants chimiques pourrait fait pourrir les produits plus rapidement. Existe-t-il une technique recommand\u00e9e pour l&rsquo;application des intrants agricoles?<\/p>\n<p><strong>M. BASSIROU N\u2019DIAYE :<\/strong> Tout r\u00e9cemment, nous avons form\u00e9 nos producteurs et productrices en agro\u00e9cologie. Cette technique respecte la biodiversit\u00e9 et aide \u00e0 chasser les insectes nuisibles sans les tuer. Une pratique agro\u00e9cologique consiste \u00e0 fabriquer l\u2019engrais biologique \u00e0 partir des d\u00e9bris v\u00e9g\u00e9taux, les ordures m\u00e9nag\u00e8res et les cendres. Cela est appliqu\u00e9 sur les produits pour promouvoir la croissance. Nous encourageons les agricultrices \u00e0 aller vers l&rsquo;agro\u00e9cologie. En plus d\u2019engrais biologique, elles peuvent utiliser les engrais chimiques de fa\u00e7on minime et obtenir de bons r\u00e9sultats. Avec la mauvaise r\u00e9partition des pluies, nous encourageons toujours l&rsquo;utilisation des engrais biologiques. Il existe un service de vulgarisation de ces techniques mais il manque de ressources pour accomplir sa mission.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Qu&rsquo;en est-il de l&rsquo;acc\u00e8s aux engrais chimiques et de leur utilisation?<\/p>\n<p><strong>M. BASSIROU N\u2019DIAYE :<\/strong> Nos techniques sont davantage ax\u00e9es sur l&rsquo;utilisation d&rsquo;engrais biologiques, car les gens sont conscients des cons\u00e9quences des engrais chimiques, comme le disait Madame Coulibaly. Et les consommateurs et consommatrices sont de plus en plus exigeants aussi en termes de qualit\u00e9 des produits. Ils veulent consommer des produits bio.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR. TRICE\u00a0:<\/strong> Les femmes rencontrent \u00e9galement des difficult\u00e9s telles que l&rsquo;acc\u00e8s limit\u00e9 aux services de vulgarisation, \u00e0 la formation et encore au cr\u00e9dit bancaire. Comment ces probl\u00e8mes sont-ils trait\u00e9s?<\/p>\n<p><strong>M. BASSIROU N&rsquo;DIAYE\u00a0:<\/strong> Pour ce qui est de l&rsquo;acc\u00e8s difficile au sol, les femmes s&rsquo;organisent de plus en plus en associations et en coop\u00e9ratives pour faire des plaidoyers aupr\u00e8s des propri\u00e9taires terriens et des d\u00e9cideurs. Le cadre agricole national stipule que les femmes doivent avoir l\u2019acc\u00e8s aux 15 % de terres agricoles.<\/p>\n<p>Ceci commence \u00e0 avoir un impact sur l\u2019acquisition des terres. Le cas du cr\u00e9dit bancaire reste compliqu\u00e9. Il faut plaidoyer \u00e0 haut niveau pour que l&rsquo;Etat puisse garantir cette possibilit\u00e9 aupr\u00e8s des banques ou n\u00e9gocie pour une r\u00e9duction du taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour les femmes. Mais, il y a une alternative\u00a0: le Fonds d&rsquo;appui \u00e0 l&rsquo;autonomisation de la femme et \u00e0 l&rsquo;\u00e9panouissement de l&rsquo;enfant, aussi appel\u00e9 FAFE. Un autre fonds du nom de\u00a0\u00ab\u00a0Agriculture, Femme et D\u00e9veloppement,\u00a0\u00bb ou AGRIFED, est aussi disponible \u00e0 l&rsquo;ONU Femmes. Ce fond contractualise avec les ONG pour appuyer les femmes. Donc, ces quelques ressources sont disponibles pour les femmes. Cela peut pallier le difficile acc\u00e8s au cr\u00e9dit bancaire.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Merci pour ces explications, Monsieur N&rsquo;Diaye. Nous venons vers M. Camara, notre sp\u00e9cialiste genre. Peut-on dire que les femmes sont assez repr\u00e9sentatives dans le secteur agricole aujourd&rsquo;hui?<\/p>\n<p><strong>ADAMA CAMARA :<\/strong> Oui et non. Il existe une loi d&rsquo;orientation agricole qui stipule que 15% des terres am\u00e9nag\u00e9es doivent revenir aux femmes. Mais, force est de constater qu&rsquo;elles n&rsquo;obtiennent que de petites parcelles. Il n&rsquo;existe pas d&rsquo;autres m\u00e9canismes pour permettre aux femmes de cultiver comme elles le souhaitent. Et il y a aussi une disparit\u00e9 en termes de distribution des intrants agricoles chimiques. On ne donne pas aux femmes assez d&rsquo;intrants chimiques, car elles ne poss\u00e8dent que des petites superficies.<\/p>\n<p>Dans nos soci\u00e9t\u00e9s, les femmes ont un statut inf\u00e9rieur par rapport \u00e0 l&rsquo;homme. M\u00eame en ce qui concerne le compost familial qu&rsquo;on fabrique, la grande partie revient aux hommes. \u00c0 cette liste, on peut ajouter l&rsquo;analphab\u00e9tisme et l&rsquo;acc\u00e8s limit\u00e9 \u00e0 la radio qui d\u00e9favorise \u00e9galement les femmes. La radio sert de moyen pour diffuser les r\u00e9sultats des recherches, les faits et statistiques et les services d\u2019orientation agricole. Et peu d\u2019entre elles prennent part aux rencontres locales avec les agents techniques.<\/p>\n<p>Le manque de garantie aupr\u00e8s des banques et le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat trop \u00e9lev\u00e9 constituent un blocage \u00e0 l\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit bancaire. Pour que la banque puisse leur faire un pr\u00eat, il faut que le demandeur ou demandeuse de pr\u00eat pr\u00e9sentent un objet de valeur comme garantie. Au cas o\u00f9 ils ou elles n\u2019arrivent pas \u00e0 rembourser, cet objet de valeur peut \u00eatre saisi pour rembourser le pr\u00eat. Mais, comme Monsieur N\u2019Diaye l\u2019a dit, il y a d&rsquo;autres mani\u00e8res pour acc\u00e9der aux financements.<\/p>\n<p>Lorsque la femme fait l&rsquo;\u00e9levage, les animaux m\u00e2les appartiennent \u00e0 son mari. M\u00eame pour vendre les animaux femelles, c&rsquo;est l&rsquo;homme qui discute avec l&rsquo;acheteur ou l\u2019acheteuse. Ce manque de pouvoir de d\u00e9cision sur les fruits de leur travail est aussi une question importante, car ces b\u00e9n\u00e9fices devraient permettre aux femmes d&rsquo;investir dans d&rsquo;autres projets qui la passionnent. L&rsquo;homme a toujours le monopole sur la femme et ses biens.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> La loi stipule que les femmes doivent \u00eatre davantage impliqu\u00e9es dans l&rsquo;agriculture. Qui est charg\u00e9 d&rsquo;appliquer cette loi?<\/p>\n<p><strong>ADAMA CAMARA :<\/strong> C&rsquo;est l&rsquo;Etat! Mais, comme le disait Monsieur N&rsquo;Diaye, il n&rsquo;y a pas de suivi. Ce droit est viol\u00e9 sans cons\u00e9quence. Il faut porter plainte mais les femmes sont r\u00e9ticentes \u00e0 le faire. Elles ont peur d\u2019\u00eatre discrimin\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> En tant que sp\u00e9cialiste des questions du genre, dites-nous, existe-il des mouvements qui militent pour cette cause?<\/p>\n<p><strong>ADAMA CAMARA :<\/strong> Nous menons des activit\u00e9s d&rsquo;information et de sensibilisation pour que les hommes aident les femmes \u00e0 acqu\u00e9rir des terres et des intrants agricoles. Nous participons \u00e0 des rencontres ordinaires organis\u00e9es chez les chefs traditionnels que les communaut\u00e9s tiennent pour discuter de probl\u00e8mes tels que l&rsquo;acc\u00e8s et la distribution des intrants agricoles chimiques ou la vente des produits agricoles. Au cours de ces rencontres communautaires, nous parlons de l&rsquo;importance de l&rsquo;implication des femmes dans l&rsquo;agriculture. Cela peut avoir un impact sur la gestion de la famille \u00e9tant donn\u00e9 que l&rsquo;homme ne peut pas tout faire. Quand les femmes ont des sources de revenus, elles peuvent ainsi aider la famille financi\u00e8rement. \u00c0 travers nos formations dont b\u00e9n\u00e9ficient les coop\u00e9ratives et les associations de femmes, nous leur apprenons comment plaidoyer aupr\u00e8s des autorit\u00e9s. Et nous les encourageons d\u2019en faire. Et les hommes sont de plus en plus conscients de l&rsquo;importance de cette implication des femmes.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Quelles pourraient \u00eatre les cons\u00e9quences de cette disparit\u00e9 dans l&rsquo;acc\u00e8s aux intrants agricoles chimiques et \u00e0 la terre pour les femmes?<\/p>\n<p><strong>ADAMA CAMARA :<\/strong> Elle a des cons\u00e9quences aussi bien sur la femme que la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9rale. Elle constitue une violation des droits \u00e9conomiques et compromet la promotion \u00e9conomique des agricultrices. Si la femme n&rsquo;est pas \u00e9conomiquement \u00e9panouie, elle restera d\u00e9pendante de l&rsquo;homme. Elles doivent avoir l&rsquo;autorisation de leur mari et aussi de l\u2019argent pour se rendre aux consultations pr\u00e9natales ou postnatales. Cela porte atteinte \u00e0 la sant\u00e9 de la femme et \u00e0 la vie \u00e9conomique du pays. Si la femme n&rsquo;a pas une source de revenus, cela peut avoir un impact sur la qualit\u00e9 nutritionnelle de la famille. Si elles manquent de moyens financiers, les besoins des enfants en habits et jouets, en m\u00e9dicaments et en kits scolaires, ne sont pas satisfaits. La communaut\u00e9 est aussi impact\u00e9e. Dans les march\u00e9s et points de vente, la plupart des clients sont des femmes. Elles contribuent beaucoup \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie locale. Et si elles ont un faible pouvoir d&rsquo;achat, c&rsquo;est toute l&rsquo;\u00e9conomie qui en souffre.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Qu&rsquo;est-ce qu\u2019il y a lieu de faire pour changer cette situation?<\/p>\n<p><strong>ADAMA CAMARA :<\/strong> Il faut toujours sensibiliser la communaut\u00e9 pour changer le comportement en faveur de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 du genre et prendre en compte les besoins g\u00e9n\u00e9raux et agricoles des femmes. Il faut que les autorit\u00e9s soient aussi plus exigeantes afin de minimiser les in\u00e9galit\u00e9s sociales et les discriminations \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des femmes. Nous devons donner plus de moyens \u00e0 nos services de vulgarisation pour que les femmes aient acc\u00e8s non seulement aux techniques agricoles, mais aussi qu&rsquo;elles soient conscientes de leurs droits et qu\u2019elles s&rsquo;organisent pour mieux les d\u00e9fendre. Il faut aussi n\u00e9gocier avec les banques pour qu&rsquo;elles r\u00e9duisent leurs taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Enfin, on peut continuer \u00e0 solliciter l&rsquo;appui des ONGs.<\/p>\n<p><strong>ANIMATEUR.TRICE :<\/strong> Cher.e.s auditeurs et auditrices, nous sommes \u00e0 la fin de cette \u00e9mission. Nous vous remercions pour votre attention. \u00c0 vous chers invit\u00e9s, merci d&rsquo;avoir consacr\u00e9 de votre temps \u00e0 cette \u00e9mission.<\/p>\n<p>Rappelons que la lutte pour engager efficacement les femmes dans l&rsquo;agriculture est longue et continue. Ce probl\u00e8me impacte aussi bien les femmes que la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re.<\/p>\n<p>La bonne nouvelle est qu&rsquo;il existe une loi qui garantit la participation des femmes et qu\u2019il y a des structures qui les accompagnent \u00e0 apprendre des nouvelles techniques agricoles. Nous esp\u00e9rons que ces services pourront pleinement jouer leurs r\u00f4les pour que les agricultrices soient \u00e9conomiquement \u00e9panouies.<\/p>\n<p>Cette \u00e9mission a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e avec la participation de Madame Namaoro Coulibaly, pr\u00e9sidente de la coop\u00e9rative \u00ab Tchimporoko \u00bb qui veut dire \u00ab\u00a0fraternit\u00e9\u00a0\u00bb en la langue s\u00e9noufo. Nous avons aussi parl\u00e9 avec l\u2019expert en agriculture Monsieur Mamadou Bassirou N&rsquo;Diaye. Sans oublier notre sp\u00e9cialiste des questions du genre, Monsieur Adama Camara qui est aussi dans la r\u00e9gion de Sikasso.<\/p>\n<p>Merci et \u00e0 bient\u00f4t pour un prochain num\u00e9ro.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ANIMATEUR.TRICE : Bonjour Madame Namaoro Coulibaly! NAMAORO COULIBALY : Heureuse d\u2019\u00eatre ici et bonjour \u00e0 tous les auditeurs et auditrices! ANIMATEUR.TRICE : Vous \u00eates la pr\u00e9sidente r\u00e9gionale de la coop\u00e9rative Tchimporoko des femmes agricultrices de Sikasso au Mali. Soyez la bienvenue. Nous sommes aussi avec Monsieur Mamadou Bassirou N&rsquo;Diaye, expert en agriculture. 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