Les agriculteurs et agricultrices des pâturages de Buyende et Kamuli renforcent leur résilience face au changement climatique en plantant des arbres, des pâturages et des cultures vivrières

Arbres et agroforesterieChangement climatiqueEnvironnement

Notes au radiodiffuseur

Les zones de pâturage sont vastes, sèches, avec des sols pauvres et de faibles précipitations. Il s’agit de paysages ouverts composés d’arbustes et d’arbres épars, tels que l’acacia (Gasiya), l’albizia (Mugavu ou Musita) et le markhamia (Musambya). En Ouganda, les zones de pâturage, également appelées « corridor bovin », s’étendent du sud-ouest au centre et au nord-est du pays.

Dans la région de Busoga, à l’est de l’Ouganda, les pâturages couvrent principalement les districts de Kamuli, Buyende et Kaliro ainsi que le bassin du lac Kyoga. Les communautés de cette région s’adonnent à l’agriculture de subsistance et à l’élevage.

Cependant, les pâturages sont confrontés à des problèmes de surpopulation, de surpâturage, de déforestation, et les effets du changement climatique dégradent les terres. Ces problèmes ont entraîné une baisse des rendements agricoles, une diminution des troupeaux et une aggravation de l’insécurité alimentaire, laissant les familles avec peu ou pas de revenus.

Pour remédier à cette situation, les communautés des pâturages de Buyende et Kamuli adoptent désormais de nouvelles pratiques, avec l’aide d’équipes techniques et de partenaires de développement, afin de renforcer leur résilience. Ces efforts comprennent la plantation d’espèces d’arbres indigènes, la création de pâturages pour le bétail, la culture de plantes alimentaires améliorées et la mise en place de banques de semences.

Ce script explique comment les communautés agricoles et pastorales de ces districts intègrent les arbres, l’agriculture et le pastoralisme afin de restaurer les pâturages pour une utilisation durable des terres. Grâce aux écoles pratiques d’agriculture, elles apprennent, travaillent ensemble et trouvent des solutions pour rendre leurs communautés plus résilientes face au changement climatique.

Voici quelques-unes des questions que les animateurs et animatrices radio peuvent poser à un(e) agriculteur ou agricultrice, à un éleveur et à un(e) expert(e) technique :

  • Comment mettez-vous en place des banques de semences ?
  • Comment les femmes de votre communauté contribuent-elles à la restauration des pâturages et au renforcement de la résilience ?
  • En quoi cette pratique a-t-elle changé votre façon de nourrir et de soigner vos vaches, vos chèvres ou vos moutons ?
  • Quels avantages tirez-vous du travail et de l’apprentissage en groupe ou dans les écoles pratiques d’agriculture ?

Cette émission de radio de 15 à 20 minutes peut être diffusée dans son intégralité, avec le générique, les introductions et les conclusions proposés par l’équipe de production.

Texte

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Dans toute l’Ouganda, les pâturages constituent le pilier de l’économie des éleveurs et des agro-éleveurs.

Cependant, dans les districts de Buyende et de Kamuli, ces pâturages sont gravement menacés : les sécheresses prolongées, la pauvreté des sols et la diminution des pâturages ont rendu la vie difficile tant pour les animaux que pour les populations. Aujourd’hui, je vais découvrir comment les communautés de ces deux districts de la région de Busoga, à l’est de l’Ouganda, réagissent en plantant des espèces d’arbres et d’herbes indigènes et en créant des banques de semences pour permettre à leurs animaux et à leurs familles de résister aux conditions climatiques difficiles. Nous recevrons quatre invités spéciaux qui participent à des activités visant à renforcer la résilience grâce à la plantation d’arbres et à l’aménagement de pâturages, mais qui créent également des banques de semences pour faire face aux conditions difficiles de ces derniers. Nous sommes également rejoints par Mme Jessica Nairuba, agricultrice et présidente du groupe d’agriculteurs Kyebaja Tobona, basé dans le sous-comté de Kagulu, paroisse de Nsomba-Busalwa, dans le district de Buyende. Le panel compte également un agriculteur basé dans le village de Nambaale, paroisse de Kagumba, dans le sous-comté du même nom du district de Kamuli. Ils sont accompagnés de Mme Bridget Babirye, responsable forestière pour le gouvernement local du district de Kamuli, et du Dr Brian Owoyesigire. Ce dernier est responsable du programme de recherche sur les ressources animales à l’Organisation nationale de recherche agricole, basée à l’Institut régional de recherche et de développement agricole de Buginyanya, dans la région de Bugisu, à l’est de l’Ouganda. Je suis _____, l’animateur.

Le sujet à débattre est le suivant : les agriculteurs et agricultrices des zones de pâturage de Buyende et de Kamuli renforcent leur résilience face au changement climatique en plantant des arbres, des pâturages et des cultures vivrières.

 

SFX :
GÉNÉRIQUE.

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Je vais commencer par vous, Jessica. Pouvez-vous vous présenter pour plus de clarté ?

 

JESSICA :
Je m’appelle Jessica Nairuba. Je viens du sous-comté de Kagulu, paroisse de Nsomba, village de Busalwa, district de Buyende. Je suis agricultrice et également présidente du groupe d’agriculteurs Kyebaja Tobona basé à Kagulu-Busalwa. Notre groupe a été créé par des agriculteurs et agricultrices locaux de notre communauté. Nous sommes plus de 30 petits agriculteurs et agricultrices, dont la plupart – environ une vingtaine – sont des femmes. Nous cultivons des denrées alimentaires telles que des pommes de terre, du maïs et du manioc. Certains membres élèvent également des chèvres, des vaches et de la volaille. Pour ma part, je cultive principalement des pâturages pour le bétail. Je les utilise pour nourrir mes animaux et j’en vends une partie afin de générer un revenu supplémentaire. Merci de m’avoir incluse dans ce programme.

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Merci d’être avec nous ! Vous avez dit que vous cultivez des pâturages pour vos animaux. Quels types de pâturages cultivez-vous et comment les décririez-vous ?

JESSICA :
Il en existe plusieurs types : le Napier, le Gayana, et nous cultivons également du Bracheria. Le Napier cultivé dans notre région atteint presque la hauteur des roseaux. Nous appelons l’herbe Napier « E’bigada ». Le Gayana ressemble au millet à chandelle. Le Bracheria est très court et ne pousse pas très haut. Voici à quoi ils ressemblent.

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Merci beaucoup pour ces explications. J’aimerais maintenant vous demander quels défis vous avez rencontrés avant les interventions de plantation d’herbe dans votre région ?

JESSICA :
Nous sommes dans une région très sèche qui bénéficie d’un ensoleillement important. La pluie met longtemps à venir et parfois, nous n’avons qu’une seule saison de plantation par an. Pourtant, auparavant, nous en avions deux saisons. Certaines parties de la région sont si sèches que les cultures telles que les bananes, les légumes à feuilles ou encore les fruits comme la pastèque et le fruit de la passion ne poussent pas bien.

Il y a longtemps, nous recevions suffisamment de précipitations, mais au fil des ans, les périodes de sécheresse prolongées de plus de quatre mois sont devenues courantes. La famine frappe notre région en raison du manque de nourriture, car nous ne pouvons pas planter lorsqu’il fait trop sec. Les animaux meurent également en raison du manque de pâturages et d’eau, et les maladies se sont propagées, tuant beaucoup d’entre eux.

Avant de commencer à planter des pâturages à Kagulu, nous étions confrontés à tous ces défis. Mais lorsque nous avons appris qu’un nouveau projet nous incitait à suivre des formations pour devenir résilients au changement climatique, nous avons accueilli cette idée avec enthousiasme. Comme nous étions déjà organisés en communauté, nous avons saisi cette opportunité.

Après avoir été formé par des chercheurs, des équipes techniques du district et leurs partenaires, j’ai décidé de commencer à planter des pâturages tout en continuant à cultiver des denrées alimentaires pour la consommation domestique. Au début, certains de mes collègues agriculteurs se moquaient de moi en disant : « Ce n’est que de l’herbe ! » Mais aujourd’hui, je gagne ma vie en vendant du fourrage à ceux qui ont des animaux, et beaucoup d’entre eux reconnaissent désormais sa valeur et participent à ces activités.

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Merci, Jessica. Je reviendrai vers vous pour en savoir plus sur les changements que vous avez constatés dans votre vie et dans celle de votre famille depuis que vous avez adopté ces méthodes pour lutter contre le changement climatique, ainsi que sur la manière dont vous aidez d’autres femmes à devenir résilientes. Je vous emmène maintenant dans le district de Kamuli. Nous avons le plaisir d’accueillir M. Simon Nduhura, éleveur de bétail dans le village de Nambaale, dans la paroisse de Kagumba, dans le sous-comté du même nom, dans le district de Kamuli. M. Nduhura, je vous remercie de nous consacrer un peu de votre temps et de bien vouloir nous rejoindre.

SIMON :
Merci, modérateur, de m’avoir invité à participer à cette émission.

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Monsieur Ndahura, nous avons discuté il y a quelque temps, lorsque vous veniez de commencer à participer à des activités visant à renforcer la résilience face au changement climatique. En tant qu’éleveur, pouvez-vous nous dire quels changements vous avez constatés depuis que vous vous êtes engagé dans ces activités de lutte contre le changement climatique ?

 

SIMON :
Eh bien, vous savez, ce projet a démarré lorsque nous, éleveurs de bétail, avions déjà commencé à nous organiser en groupe. Des responsables du district de Kamuli nous avaient auparavant mobilisés et nous avaient appris à survivre au mieux pendant les périodes de sécheresse, à protéger nos animaux des difficultés et à les prémunir contre les maladies rampantes telles que la fièvre aphteuse, qui tue de nombreuses vaches. Cela remonte à plus de dix ans. Comme vous le savez, cette région fait partie du corridor de transhumance et de nombreux éleveurs utilisent ces terres depuis longtemps pour faire paître leurs animaux. Je parcourais de longues distances à pied à la recherche de pâturages et d’eau pour mes animaux. Nous en perdions souvent en chemin, à cause des longues distances et du risque de maladie. Nous, les éleveurs, étions également épuisés par ces déplacements. On nous a conseillé de garder un nombre raisonnable d’animaux dans nos enclos afin de pouvoir les soigner correctement tout en obtenant suffisamment de lait. Dans le cadre de ce projet visant à renforcer la résilience, nous avons été formés à la culture de pâturages de qualité, comme l’E’bigada, dans nos jardins ou à proximité de nos habitations, afin de nourrir nos animaux. Nous pouvons désormais les nourrir directement chez nous, au lieu de nous débattre avec de grands troupeaux d’animaux de mauvaise qualité que nous devions emmener paître loin de chez nous. Cette approche demande de l’engagement, mais elle nous a considérablement facilité la vie.

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Merci pour ces réponses et ces précisions, M. Ndahura. Vous avez mentionné que cette approche exigeait de l’engagement. Pouvez-vous nous en dire davantage à ce sujet ?

SIMON :
Ce que je veux dire, c’est que pour tirer pleinement profit de ces activités — comme une meilleure agriculture, l’élevage et l’utilisation durable de nos terres —, nous devons y consacrer notre temps et notre énergie, et mettre en pratique ce qu’on nous enseigne. Parce que parfois, les gens reçoivent des conseils sur la façon de survivre dans ces zones arides, mais ils ne les prennent pas au sérieux.

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
C’est vrai ! Lorsque les conseils ne sont pas pris au sérieux, cela peut avoir des répercussions même sur ceux qui sont prêts à les suivre. En tant qu’éleveur, quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté lorsque vous rencontrez des difficultés dans le cadre de vos activités ?

 

SIMON :
Comme je l’ai déjà dit, ces activités exigent un engagement. Nous avons été touchés parce que beaucoup de nos membres ont quitté le groupe pour chercher leur salut ailleurs. Au départ, nous étions vingt-huit, mais aujourd’hui, seuls quatorze membres sont encore actifs. Et quand je dis que pour y parvenir, nous devons faire des efforts et mettre en œuvre des activités visant à sauver nos animaux, nos jardins et nous-mêmes, je veux dire que nous ne devons pas nous attendre à ce que tout nous soit donné gratuitement; cela ne peut pas fonctionner ainsi. Nous disposons actuellement d’un réservoir d’eau à Nambale, mais nous avons besoin d’une pompe solaire pour puiser l’eau. Nous essayons de collecter des fonds pour en acheter une. Il nous faut un million sept cent mille shillings (663,36 CAD) pour l’acquérir et nous continuons à contribuer à son achat. Si nous avions plus de membres, nous aurions pu récolter les fonds plus facilement. Si nous pouvions obtenir le soutien d’un sponsor ou du gouvernement pour financer l’achat de la pompe, ce serait un grand soulagement.

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Il est encourageant d’apprendre que lorsque vous vous réunissez, vous unissez vos efforts pour faire avancer une cause. Merci Simon pour ces informations. J’aimerais maintenant donner la parole à Mme Bridget Babirye. Elle est responsable de l’environnement dans le district de Kamuli. Bienvenue dans notre émission, Mme Babirye. Vous travaillez en étroite collaboration avec des chercheurs et des partenaires pour aider les petit(e)s agriculteurs/agricultrices et les éleveurs des zones de pâturage à s’adapter au changement climatique. Pouvez-vous nous expliquer quel a été votre rôle dans ce projet et comment les agriculteurs et agricultrices en bénéficient ?

 

BRIDGET :
Notre rôle consiste à fournir des conseils techniques tout en collaborant étroitement avec des chercheurs et d’autres partenaires, en plaçant les communautés pastorales et les agriculteurs au centre de toutes nos activités. Nous leur fournissons des conseils sur les meilleures pratiques à mettre en œuvre et nous les guidons également dans le choix des essences d’arbres, des cultures vivrières et autres connaissances environnementales.

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Le district de Kamuli n’est pas différent de celui de Buyende, car il se trouve dans le corridor de transhumance. Les agriculteurs et les éleveurs sont confrontés depuis toujours aux défis du changement climatique, car cette région est très sèche. Pouvez-vous nous parler de certains de ces défis et des conseils que vous leur donnez ?

 

BRIDGET :
Le district de Kamuli est particulièrement confronté à des problèmes de déforestation qui touchent à la fois les agriculteurs et les éleveurs, car les animaux dépendent de l’herbe et des feuilles d’arbres tels que le chariandra et le ficus. Ces espèces fournissent du fourrage que les vaches, les chèvres et les moutons mangent. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une forte croissance démographique qui s’accompagne d’une forte demande de terres pour la construction, la culture et d’autres activités. Nous devons également faire face à l’augmentation de la production de charbon de bois, utilisé comme combustible ou source d’énergie. Par exemple, dans les sous-comtés de Kagumba et Namasagali, la plupart des arbres ont été abattus pour fabriquer des briques, laissant la région presque dénudée.

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Il est en effet alarmant de voir l’environnement se dégrader au point de devenir presque un semi-désert. Que conseilleriez-vous aux agriculteurs/agricultrices et aux éleveurs dans cette situation ?

 

BRIDGET :
Nous les sensibilisons aux meilleures pratiques, comme la plantation et l’entretien d’arbres sur leurs terres. Les arbres agissent comme des brise-vent, rajeunissent les terres et créent un environnement frais. Nous avons travaillé avec des partenaires, notamment des instituts de recherche et des organisations de la société civile, et nous avons collaboré directement avec les agriculteurs. Ce projet, qui vise à renforcer la résilience, fait partie de ceux sur lesquels nous avons travaillé pour autonomiser la communauté. Il aborde de nombreux aspects liés aux arbres et au fourrage. Les agriculteurs renforcent ainsi leur résilience pour s’adapter au changement climatique.

Il aborde des éléments clés, comme la plantation d’arbres et le développement du fourrage. Cette intervention aide les agriculteurs à s’améliorer à bien des égards : si le nombre d’arbres augmente, nous pouvons espérer de bons rendements de la part des animaux et des exploitations agricoles, car ces arbres font office de brise-vent. Nous avons récemment été touchés par une forte tempête de grêle dans les sous-comtés de Kagumba, Magogo et Nawanyago, en raison de l’abattage massif d’arbres dans ces régions. Cette situation a affecté les rendements agricoles ainsi que les animaux. Les agriculteurs ont perdu leurs récoltes et leurs animaux à cause de cette violente tempête. Grâce à cette intervention, nous espérons que le nombre d’arbres augmentera et qu’ils serviront de mesures préventives contre de telles catastrophes.

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Merci, Bridget ! On prévoit une augmentation des rendements agricoles si les catastrophes naturelles sont réduites. Mais Mme Bridget, avant de passer à une autre personne, quel rôle jouez-vous, vous les techniciens du gouvernement local, pour garantir que cela devienne une réalité durable?

 

BRIDGET :
Eh bien, le district de Kamuli joue un rôle très important, par exemple. Il se fait le champion de la conservation de l’environnement. Il apporte également un soutien technique au projet. Les services chargés de l’environnement et des ressources naturelles collaborent étroitement avec des chercheurs et d’autres partenaires pour assurer la réussite de ce projet. Il crée un pont entre les équipes politiques et les membres de la communauté afin d’influencer la durabilité de la conservation et de mener la plantation d’arbres dans la région. Nous avons incité les dirigeants politiques à apporter tout le soutien nécessaire et à participer à la plantation d’arbres par les membres de la communauté. Nous sommes reconnaissants que ce projet unique puisse être mené dans cette zone de passage du bétail. Nous nous engageons donc à poursuivre les activités visant à atténuer le changement climatique. Nous sommes ravis de voir les agriculteurs apprendre à faire face aux effets du changement climatique, notamment en participant à des écoles pratiques d’agriculture où ils ont appris à créer des pépinières, à tailler et à greffer. Ces activités ont été mises en place par les agriculteurs eux-mêmes, avec l’aide des équipes techniques. Ces activités se poursuivront même lorsque les partenaires auront mis fin à leurs projets. Nous continuerons à sensibiliser les agriculteurs de cette région aux enjeux de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique.

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Oui, la durabilité est essentielle à toute activité de développement. En tant qu’équipe technique du district, vous jouez un rôle essentiel pour garantir la pérennité des activités d’atténuation du changement climatique. Merci ! Il est maintenant temps d’écouter le chercheur qui a proposé des idées et des produits permettant de rendre les agriculteurs et les éleveurs résilients face au changement climatique dans le corridor de transhumance. Il s’agit du Dr Brian Owoyesigire, chef d’équipe et responsable du projet de renforcement de la résilience basé à l’Institut de recherche et de développement agricole de Buginyanya. Les actions menées par le Dr Owoyesigire pour renforcer la résilience des moyens de subsistance des agriculteurs et des éleveurs s’appuient sur les recherches de l’Institut. Bienvenue, Dr Brian !

 

DR BRIAN :
Merci !

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
On entend souvent parler de renforcement de la résilience climatique. Dans votre travail, qu’est-ce que cela signifie concrètement et comment se traduit-il dans le projet que vous dirigez ?

 

DR BRIAN :
Il s’agit d’un projet intitulé « Intégrer la résilience climatique dans l’agriculture et la production pastorale en Ouganda grâce à l’approche des écoles pratiques d’agriculture et d’élevage ». Il est soutenu par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). L’objectif principal est de renforcer la résilience climatique dans le secteur agricole afin de réduire efficacement la vulnérabilité et de diffuser des mesures d’adaptation au niveau communautaire. Il est mis en œuvre dans les districts de Kaberamaido, Amuria, Katakwi, Buyende et Kamuli, qui sont des zones de pâturage. Ce projet de quatre ans devrait s’achever fin décembre 2025, avec l’espoir de le prolonger de deux ans. Nous collaborons avec les équipes techniques des districts de pâturage sélectionnés, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, ainsi que d’autres partenaires, en plaçant les éleveurs et les agriculteurs au cœur de nos actions.

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Lorsque vous parlez de renforcer la résilience, vous faites référence aux agriculteurs/agricultrices et aux éleveurs ; pourriez-vous nous expliquer ce concept ?

 

DR BRIAN :
Oui, ces zones sont principalement des zones d’élevage ou de pastoralisme. Elles ont été fortement touchées par le changement climatique, comme en témoignent les périodes de sécheresse sévère, la rareté et la pénurie de pâturages, entre autres. La survie des moyens de subsistance pastoraux est donc gravement menacée. Ce projet vise donc à promouvoir l’agrobiodiversité. Il met l’accent non seulement sur les espèces d’arbres, mais aussi sur les cultures et les pâturages qui présentent des caractéristiques de résilience face aux phénomènes climatiques extrêmes, tels que les sécheresses. En encourageant les agriculteurs et agricultrices à diversifier leur production dans le cadre d’écoles de terrain, on leur offre des alternatives leur permettant d’exploiter des opportunités favorisant à la fois la sécurité alimentaire et l’amélioration de leurs moyens de subsistance. Il encourage des actions délibérées utilisant les espèces fruitières et forestières préférées des agriculteurs et agricultrices dans leurs communautés afin de renforcer leur résilience face au changement climatique. Les agriculteurs et agricultrices et les membres de la communauté sont encouragés à planter des arbres tels que des ficus, ainsi que des arbres fruitiers comme des manguiers, des jacinthes et des orangers. Les écoles pratiques d’agriculture bénéficient d’un soutien pour créer des banques de semences et des pépinières communautaires fonctionnelles. Celles-ci sont destinées à fournir du matériel végétal de qualité pour les zones de pâturage. Le projet aide également les districts ciblés à créer des pépinières pour les agriculteurs et agricultrices.

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Vous avez mentionné les écoles pratiques d’agriculture. Qu’est-ce que cela signifie et pourquoi est-ce une bonne approche ?

 

DR BRIAN :
Une école agricole est une structure qui reproduit un environnement scolaire, avec un directeur, des formateurs ou des animateurs, ainsi que des stagiaires ou des apprenants qui jouent différents rôles dans l’apprentissage d’une stratégie d’adaptation spécifique. L’école agricole aide les éleveurs et les agriculteurs à s’organiser en une sorte d’école. Dans ces zones de pâturage, nous ciblons les éleveurs qui sont en train de se convertir à l’agro-pastoralisme. Ceux qui apprennent vite deviennent des animateurs et sont habilités à enseigner aux autres, et le cycle se poursuit.

 

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Cela semble être une approche très importante ! Merci. J’aimerais maintenant revenir à Jessica. Vous êtes la responsable de votre groupe qui participe à ces activités. En tant que femme, comment vous assurez-vous que les femmes puissent participer à ces activités, alors que les questions liées au changement climatique les touchent davantage et différemment ?

 

JESSICA :
Il est vrai que nous, les femmes, jouons un rôle essentiel pour subvenir aux besoins de la famille. Dans le groupe que je dirige, la majorité des membres sont des femmes, comme je l’ai déjà mentionné. Nous voulons augmenter notre nombre afin de faire entendre notre voix et de partager nos connaissances sur la manière de lutter contre le changement climatique. Beaucoup de femmes gèrent leur foyer comme si elles n’avaient pas de mari. Certains hommes ont même abandonné leur famille pour fuir la pauvreté et le manque de produits de première nécessité. De nombreux foyers sont touchés par la pauvreté à cause du changement climatique. Les terres ne sont plus productives. Ceux qui possèdent des animaux, comme des vaches ou des chèvres, ont vu leur cheptel diminuer, voire disparaître, à cause du changement climatique. En tant que femmes, nous avons donc rejoint des groupes qui nous forment aux meilleures pratiques agricoles. Nous avons également accès à des semences à haut rendement, comme le maïs, les pommes de terre et différentes variétés de manioc, que nous cultivons désormais pour nourrir notre famille. Nous travaillons également avec des hommes, même si les femmes sont majoritaires au sein de ce groupe. Nous avons encouragé les femmes à nous rejoindre et elles sont très investies. Nous continuons à encourager d’autres femmes à nous rejoindre. Nous commençons à en voir les bénéfices.

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
C’est important à noter ! Les femmes travaillent plus dur, car elles endossent de nombreux rôles pour subvenir aux besoins de leur famille et de leur communauté. Comment la disponibilité des pâturages et la production alimentaire ont-elles changé votre vie de femme ?

 

JESSICA :
Cela a vraiment changé ma vie, ainsi que celle de certaines de mes collègues. Les espèces fourragères que nous avons appris à cultiver sont devenues une source de revenus pour moi. Je cultive des espèces fourragères de type Napier, Guyana et Brachiaria. Localement, nous appelons la Brachiaria « Ekiryama » et le Napier « E’bigada Byente ». Je vends ce fourrage à d’autres agriculteurs qui élèvent également des animaux. Je les emballe dans des sacs que je vends 30 000 shillings ougandais (11,75 dollars canadiens) l’unité. De plus, nous avons été formés aux méthodes de plantation appropriées pour les cultures vivrières. Par exemple, lorsque nous plantons du maïs, nous ne mettons plus qu’une seule graine par trou, alors qu’auparavant, nous en mettions plusieurs. Nous avons ainsi de quoi manger tout au long de l’année et nous ne souffrons plus de la faim.

Nous utilisons également des variétés de semences améliorées. Même les semences de pâturage que nous multiplions dans nos pépinières proviennent de l’Institut de recherche où elles ont été développées par des scientifiques.

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Il est encourageant de voir que de plus en plus de femmes sont désormais autonomes pour travailler et gagner leur vie, et qu’elles luttent contre l’insécurité alimentaire ! Merci, Jessica ! Simon, vous avez évoqué certaines difficultés pouvant affecter la plantation d’arbres et d’herbe, en tant que berger. Que suggéreriez-vous pour aller de l’avant ?

 

SIMON :
Nous demandons au district de se charger de ce projet pour des raisons de durabilité. Il faut que le district s’implique à tel point que, même si l’organisme de recherche cesse ses activités communautaires, le projet puisse se poursuivre. Nous avons également besoin d’aide pour puiser de l’eau à l’aide d’une pompe solaire. Nous sommes quelques membres engagés au sein de notre groupe, mais nous avons du mal à trouver les ressources nécessaires pour approvisionner nos animaux en eau et mener à bien nos autres activités agricoles, car nous ne pouvons pas puiser l’eau. Nous avons donc besoin d’une pompe solaire.

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Merci pour votre réponse, Simon. Maintenant, Dr Brian, en tant qu’expert et chercheur spécialisé dans le renforcement de la résilience des communautés de zones de pâturage, quel est l’objectif à long terme des activités menées dans ces zones et ces communautés ?

 

DR BRIAN :
L’Organisation nationale de recherche agricole (NARO), en collaboration avec les gouvernements locaux de district, identifie les agriculteurs progressistes qui ont reçu des semences et ont été formés à tous les aspects de l’agronomie des pâturages, ainsi qu’à leur conservation, comme la fabrication de foin et d’ensilage. Des banques de semences ont été créées par les agriculteurs et agricultrices. Il s’agit de champs préparés et cultivés spécialement pour produire des semences destinées à eux/elles. Ces banques de semences visent à garantir la sécurité alimentaire et la sécurité des revenus. La composante pâturage en fait partie, car ces agriculteurs vivent dans des zones de pâturage où l’élevage est essentiel. Nous incluons également des interventions telles que l’utilisation de variétés d’arachides et de manioc à haut rendement (NAROCAS 1). En collaboration avec les instituts partenaires de la NARO, nous mettons au point des variétés de semences à haut rendement destinées aux zones de pâturage. Nous veillons à ce que ces pratiques soient durables.

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Quelles sont les pratiques agronomiques mises en avant dans ce cadre ?

 

BRIAN :
Tous les aspects de la préparation des terres, l’espacement adéquat des semences, le désherbage, la lutte contre les ravageurs et les maladies, la récolte des semences, etc.

 

ANIMATEUR/ANIMATRICE :
Il est très important de noter que les approches visant à s’adapter au changement climatique dans les zones d’élevage bovin font appel à un large éventail d’interventions. Celles-ci comprennent notamment la plantation d’arbres, la création de pâturages et l’utilisation de semences à haut rendement. Nous remercions le Docteur Brian Oweyesigire pour les informations techniques qu’il nous a fournies. Nous remercions également M. Simon Nduhura et Mme Jessica Nairuba d’avoir partagé leur expérience. Nous tenons également à remercier l’équipe technique du district, représentée par Mme Bridget Babirye, qui nous a accompagnés dans la mise en œuvre des meilleures pratiques pour revitaliser les pâturages.

 

Au cours de cette émission, nous avons appris comment associer arbres, pâturages et cultures afin de garantir la durabilité des écosystèmes des zones de pâturage sec. Les districts de Kamuli et de Buyende, dans lesquels nous sommes engagés, sont représentatifs des autres districts où de telles activités sont menées. Il s’agit également d’une stratégie permettant de relever les défis évoqués. Après tout, des résultats ont été obtenus depuis le début de la mise en œuvre de ces activités, il y a environ cinq ans.

À la prochaine, je suis ______. Au revoir !

Acknowledgements

Remerciements

Rédigé par : Sarah Mawerere, productrice, Uganda Broadcasting Corporation (UBC)

Révisé par : Pascal Mweruka : chef d’équipe senior, Green Leaf Enterprise

Personnes interrogées :

Jessica Nairuba, agricultrice et présidente du groupe d’agriculteurs Kyebaja Tobona, situé dans le sous-comté de Kagulu, paroisse de Nsomba-Busalwa, district de Buyende.

Simon Nduhura, éleveur et agriculteur, village de Nambaale, paroisse de Kagumba, sous-comté de Kagumba, district de Kamuli (interviewé en septembre 2025)

Bridget Babirye, agente forestière, administration locale du district de Kamuli

(Interviewé en septembre 2025)

Brian Owoyesigire, scientifique principal et responsable du programme de recherche sur les ressources animales à l’Organisation nationale de recherche agricole, basée à l’Institut régional de recherche et de développement agricoles de Buginyanya à Bugisu, dans l’est de l’Ouganda (interviewé en septembre 2025)

Information sources

Projet : Plateforme