Les agriculteurs combinent cultures, bétail et arbres pour réaliser de gros profits

AgricultureÉlevage d'animaux et apicultureSolutions fondées sur la nature

Notes au radiodiffuseur

L’agro-sylvo-pastoralisme est un système de gestion et d’exploitation des terres qui combine l’agriculture (production agricole), la sylviculture (gestion des forêts ou arbres) et le pastoralisme (production animale). Elle allie élevage et agriculture et se pratique en milieu forestier ou dans les arbres. Elle vise à optimiser l’utilisation des ressources naturelles tout en répondant aux besoin économiques et sociaux des communautés rurales. Dans certains cas, l’agro-sylvo-pastoralisme peut être inclus dans la définition de l’agroforesterie.

L’agro-sylvo-pastoralisme a toujours été présent en Afrique. De nombreux paysans la pratiquaient sans le savoir. Aujourd’hui, cette pratique se développe, car elle permet aux agriculteurs d’obtenir de bons revenus, mais aussi parce que c’est une méthode de lutte contre le changement climatique.

Ce texte radiophonique donne la parole à des paysans qui associent culture, élevage et environnement. Il prend appui sur des interviews avec trois invités dont deux paysans et un expert. Il s’agit de Tuo Dognima Augustin, un paysan installé au Nord de la Côte d’Ivoire, Yao Kouamé René, un paysan spécialisé dans l’agroforesterie, et Kouamé Yao Allay Emmanuel, économiste agricole et technicien spécialisé en cultures pérennes à l’Agence nationale d’Appui au Développement Rural.

Pour la production de ce texte sur votre station de radio, vous pouvez utiliser des voix d’acteurs ou d’actrices pour jouer le rôle des interviewés. Dans ce cas, veuillez-vous assurer d’informer votre auditoire dès le début de l’émission que les voix sont celles d’acteurs ou d’actrices, pas celles des personnes interrogées à l’origine. Il faudra également préciser que le programme a été adapté à votre auditoire local mais qu’il est basé sur des interviews réelles.

Si vous souhaitez créer des émissions sur l’agro-sylvo-pastoralisme, entretenez-vous avec des paysans et un expert sur ces questions.

Vous pourriez par exemple, poser les questions suivantes à vos personnes interrogées :

  • Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’agro-sylvo-pastoralisme?
  • Quels sont les bénéfices pour la communauté et l’environnement?
  • Quels sont les principaux défis et comment les relever?
  • Est-ce que le revenu de l’agro-sylvo-pastoralisme est suffisant pour soutenir toute une famille ?

Durée de l’émission, y compris l’intro et l’extro : 25 à 30 minutes.

Texte

ANIMATEUR.TRICE :
Bonjour à nos auditeurs et auditrices et bienvenue dans notre émission. Aujourd’hui avec nos invités, nous allons parler d’une pratique agricole qui s’appelle l’agro-sylvo-pastoralisme.

C’est un système agricole qui concilie les arbres, la production végétale et la production animale. De nombreux paysans pratiquent l’agro-sylvo-pastoralisme aussi bien dans les zones forestières que dans les zones arides en Côte d’Ivoire

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Dans le cadre de cette émission, nous nous entretiendrons avec Monsieur Tuo Dognima Augustin qui pratique l’agro-sylvo-pastoralisme au nord de la Côte d’Ivoire. Avec lui, nous parlerons de cette technique agriculturale, ses avantages et ses inconvénients.

Ensuite, nous échangerons avec Monsieur Yao Kouamé René spécialisé dans l’agroforesterie. Il abordera les avantages de cette pratique pour la communauté et l’environnement. Kouamé Yao Allay Emmanuel, économiste agricole et technicien spécialisé en cultures pérennes à l’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural nous apportera pour finir, son avis d’expert.

Montée de l’indicatif musical, puis fondu enchaîné

ANIMATEUR.TRICE:
Bonjour Monsieur. Pouvez-vous vous présenter à nos auditeurs.trices?

TUO DOGNIMA AUGUSTIN:
Je suis Tuo Dognima Augustin. Je vis dans le village de Ganon, dans le département de Korhogo, à plus de 600 kilomètres d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Je suis paysan spécialisé dans l’agro-sylvo-pastoralisme.

ANIMATEUR.TRICE:
Plus précisément, comment pratiquez-vous ce type d’agriculture ?

TUO DOGNIMA AUGUSTIN:
Je cultive du riz, du maïs, du coton et quelques noix de cajou sur 15 hectares de terre. J’élève également des cochons et quelques chèvres. Le terrain est divisé en plusieurs parties : quatre hectares pour les noix de cajou, deux hectares pour le riz, quatre hectares pour le coton et deux hectares pour le maïs. La zone dédiée aux noix de cajou est exclusivement réservée à cette culture. Les noix de cajou produisent leurs fruits pendant la saison sèche, de mars à mai. Je récolte les graines comestibles pour les vendre. Chaque année, le gouvernement fixe le prix par kilogramme. En 2023, le prix des noix de cajou a été fixé à 315 FCFA par kilogramme.

ANIMATEUR.TRICE:
Comment vous organisez-vous pour faire toutes ces culturessur la même parcelle?

TUO DOGNIMA AUGUSTIN:
Je plante les mêmes cultures chaque année, mais en rotation. En d’autres termes, si je plante du coton sur mon terrain de quatre hectares cette année, je planterai du riz sur le même terrain l’année prochaine. L’endroit où je plante du maïs cette année, je peux y planter des arachides l’année prochaine, et ainsi de suite. Ce qui est difficile, c’est de cultiver le maïs. Par exemple, je ne peux pas le cultiver deux années de suite sur le même sol. Ainsi, la rotation des cultures permet de régénérer le sol et de le rendre plus productif. Si vous cultivez la même culture sur la même parcelle de terre chaque année, le sol s’appauvrit en nutriments.

ANIMATEUR.TRICE:
Quels sont les avantages d’une telle pratique pour la terre? Est-ce que les rendements sont meilleurs et plus importants?

TUO DOGNIMA AUGUSTIN:
Il y a des cultures qui appauvrissent le sol en extrayant beaucoup de nutriments. Par exemple, cultiver des noix de cajou ou du coton n’est pas compatible avec la culture du maïs car elles nécessitent toutes beaucoup de nutriments dans le sol. Certaines cultures ajoutent des nutriments tels que l’azote au sol, notamment les légumineuses comme les arachides. Avec une rotation appropriée, les cultures se développent bien, ce qui est rentable. Les rendements des champs sont plus élevés. Par exemple, pour un champ de coton d’un hectare, je gagne entre 200 et 300 mille FCFA à la fin de la récolte. Une bonne récolte d’arachides signifie que je peux vendre un sac de 50 kg pour 5 000 FCFA, avec un coût de production d’environ 200 à 250 mille francs CFA par hectare.

En ce qui concerne les cultures qui épuisent le sol, vous ne pouvez pas cultiver des noix de cajou et des mangues sur la même terre. Ce sont toutes deux des cultures dont les systèmes racinaires cherchent des nutriments en profondeur dans le sol, ce qui perturbe la croissance des autres. Il en va de même pour le riz et le maïs.

ANIMATEUR.TRICE:
Au-delà de ces cultures, vous êtes également éleveur dans votre région. Quel est le rapport entre ces deux pratiques?

TUO DOGNIMA AUGUSTIN:
J’ai 10 porcs, cinq chèvres et quatre bovins, dont deux vaches et deux taureaux. Les bovins fournissent beaucoup de compost pour mes champs. Avec les bovins, nous utilisons une daba (note de l’éditeur : une daba est un outil africain qui permet aux agriculteurs de labourer le sol avec l’aide des animaux) pour créer des buttes dans les champs, par exemple. J’utilise également le fumier d’animaux comme engrais pour nos semences. C’est un engrais naturel qui permet de réduire les coûts. Le prix de l’engrais chimique varie entre 30 000 et 35 000 FCFA pour un sac de 50 kg. Pour un champ d’un hectare, j’ai besoin de cinq sacs de 50 kg d’engrais chimique. Avec du compost, j’utilise seulement trois sacs d’engrais chimique, ce qui coûte 105 000 FCFA au lieu de 175 000 FCFA. J’utilise également les cultures et les résidus de culture comme alimentation pour mes animaux.

ANIMATEUR.TRICE:
Comment avez-vous appris cette technique agricole?

TUO DOGNIMA AUGUSTIN:
J’ai été formé par des ONG locales telles que l’Animation Rurale de Korhogo et l’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural. Ces organisations nous supervisent et nous montrent comment cultiver certaines plantes simultanément dans le champ. En ce qui concerne les plantes à éviter, on nous conseille de ne pas cultiver d’eucalyptus ou de teck dans nos champs, car ces plantes absorbent beaucoup d’eau. En revanche, associer un champ de manguiers avec des noix de cajou est une bonne combinaison.

ANIMATEUR.TRICE:
Donnez-nous un exemple de pratique!

TUO DOGNIMA AUGUSTIN:
Il existe une technique qui consiste à construire des diguettes en terre dans nos champs lorsque ceux-ci sont érodés par les eaux de pluie. Le diguetage est une technique principalement utilisée pour capter l’eau de pluie et/ou limiter les dommages causés au sol et aux cultures par son ruissellement. Elle implique la construction d’une structure compacte en terre sous forme de petit mur. Nous utilisons également la technique de la ligne de pierres sur la parcelle en question. Cela empêche la formation de petits ravins sur les pentes descendantes du champ à cause des eaux de ruissellement. Nous pratiquons également la reforestation.

ANIMATEUR.TRICE:
Y a-t-il d’autres arbres que l’anacardier sur vos terres agricoles ?

TUO DOGNIMA AUGUSTIN:
Les essences d’arbres présentes sur le site sont principalement le teck et le karité.

ANIMATEUR.TRICE:
Faites-vous seul tout ce travail?

TUO DOGNIMA AUGUSTIN:
Non, j’ai trois épouses et des enfants, filles comme garçons. Les tâches sont bien reparties entre chacun d’eux. Ce sont mes épouses et mes filles qui sont chargées tous les matins de nettoyer les enclos des animaux. J’ai une fosse à la maison où nous accumulons tous les déchets d’animaux pour les composter. Mes épouses et mes filles nettoient et rassemblent à tour de rôle l’engrais que nous acheminons vers le champ à l’aide de charrette. Les femmes aident aussi pour la cuisine. Elles nous aident dans les travaux champêtres, le désherbage et la récolte. Une journée de travail commence à 5 heures du matin et se termine vers 18 heures le soir.

ANIMATEUR.TRICE:
Vos revenus sont-ils importants pour prendre en charge toute cette famille?

TUO DOGNIMA AUGUSTIN:
Je dirais oui, car je peux envoyer mes huit enfants à l’école et aussi subvenir à leurs besoins quand ils sont malades. Quand je vends du coton, du riz et des arachides, nous en gardons également pour notre propre consommation. De plus, mes animaux sont inestimables. Les porcs se reproduisent assez bien. Lorsque je dois en vendre certains pour m’en sortir, les porcs sont très rentables. Je les vends quand ils sont assez grands et âgés. Il y a un intervalle de neuf à dix mois entre la naissance d’un porc et le moment de la vente. Je vends un porc pour 50 à 60 mille francs CFA. Dix porcs peuvent me rapporter 600 000 francs CFA.

ANIMATEUR.TRICE:
Est-ce que l’agro-sylvo-pastoralisme est difficile à pratiquer?

TUO DOGNIMA AUGUSTIN:
Rien n’est facile dans la vie. Il faut tous les jours se lever tôt le matin puisqu’il s’agit de multiples tâches à exécuter. Quand je suis absent, ce sont mes trois épouses, et mes filles qui nourrissent les bêtes. Elles leur donnent de l’eau à boire et de la nourriture comme l’herbe et le son de maïs. Elles traient les vaches pour recueillir le lait qui sert à la consommation. A force de m’accompagner au champ et de m’observer dans mes tâches quotidiennes, elles ont appris auprès de moi et maîtrisent le travail. Elles sont aguerries à cette pratique culturale.

Montée de l’indicatif musical, puis fondu enchaîné

ANIMATEUR.TRICE:
Nous accueillons maintenant M. Yao Kouamé René. Vous êtes agriculteur à Azaguié, à 40 km d’Abidjan, dans la région sud de la Côte d’Ivoire. Vous êtes spécialisé en agroforesterie. Pouvez-vous décrire ce que vous cultivez et quelles pratiques vous utilisez ?

YAO KOUAME RENE:
Je fais du cacao. Sur ma parcelle, j’ai associé des arbres compatibles à la culture du cacao. J’ai du fraké, un arbre tropical, dont le nom scientifique est Terminalia superba; du niangon, un arbre de la famille des Sterculiacées; du framiré, dont le nom scientifique est Terminalia ivorensis, et de l’acajou. Ce sont des arbres qui contribuent à nourrir le cacaoyer car leurs feuillages constituent du compost. En plus, ils offrent de l’ombrage au cacao. En effet, le cacao n’aime pas trop le soleil et l’eau. Les arbres fruitiers permettent d’atténuer cela. J’ai également ajouté des arbres fruitiers tels que l’avocatier, l’oranger et le mandarinier.

ANIMATEUR.TRICE:
Quels sont les avantages de l’association de toutes ces plantes?

YAO KOUAME RENE:
C’est pour obtenir un meilleur rendement de mon cacao. Comme je l’ai mentionné, les autres arbres protègent les cacaoyers en fournissant de l’ombre. Je gagne de l’argent en vendant du cacao et je vends le bois de ces arbres à l’industrie forestière. Les arbres fruitiers permettent aux agriculteurs de vendre des fruits de bonne qualité et de gagner de l’argent. Les fruits sont vendus saisonnièrement. Par exemple, j’ai des avocatiers et trois avocats sont vendus pour 100 FCFA. Une partie des fruits est également utilisée pour la consommation locale. En ce qui concerne le cacao, j’ai huit hectares. Avec un prix du cacao fixé à 1 000 FCFA par kilogramme, je produis souvent 700 kg par hectare. Cela fait 700 000 FCFA par hectare.

ANIMATEUR.TRICE:
Cette association de diverses plantes n’a-t-elle pas de conséquences sur le sol?

YAO KOUAME RENE:
Non, cela dépend de la distanciation qu’il faut respecter. Et ce sont des arbres qui n’ont pas assez d’ombrage. Les feuilles qui tombent fertilisent le sol.

ANIMATEUR.TRICE:
Depuis que vous pratiquez l’agroforesterie, quels avantages avez-vous constatés ?

YAO KOUAME RENE:
L’agroforesterie lutte contre l’érosion des sols. Les arbres plantés interceptent la pluie pour éviter qu’elle n’érode le sol, surtout lors des fortes pluies. Cela crée un microclimat qui augmente les rendements des cultures. En Côte d’Ivoire, le Ministère d’État et le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural parlent d’un rendement de 500 kilogrammes par hectare pour le cacao. Mais ceux d’entre nous qui pratiquent l’agroforesterie atteignent un rendement plus élevé, autour de 600 à 700 kilogrammes par hectare. En associant les arbres et en mettant en œuvre de bonnes pratiques agricoles, on peut augmenter ses revenus en combinant cela avec l’élevage, notamment la production de volaille. Les fientes de poulet peuvent être utilisées comme engrais. Dans le champ de cacao, on peut diversifier les sources de revenus en plantant des arbres orange et des avocatiers. À côté de cela, on peut aménager un espace pour l’élevage de poulets. Lorsque les poulets arrivent à maturité, nous pouvons les vendre.

ANIMATEUR.TRICE:
Que signifient les bonnes pratiques agricoles ?

YAO KOUAME RENE:
La première chose à faire est de s’occuper du champ et de couper les rejets, qui sont des tiges qui poussent autour des plants de cacao et consomment des nutriments. Cela empêche les fruits de se développer. Ensuite, il faut bien compostage et désherber le champ, ce qui inclut enlever les feuilles et branches mortes et espacer ces plantes correctement. Lorsque vous espacez les plants de cacao de 10 mètres dans une rangée et les rangées de 10 mètres les unes des autres, vous obtenez 100 arbres par hectare. Environ 70 % des arbres atteignent la maturité. Vous pouvez planter n’importe quel arbre fruitier entre les cacaoyers car les arbres fruitiers ne poussent pas très haut et n’ont pas de racines profondes. Ainsi, ils n’ont pas d’impact négatif sur l’arbre de cacao.

ANIMATEUR.TRICE:
L’agroforesterie a-t-elle des inconvénients?

YAO KOUAME RENE:
A mon avis non, je ne vois que des avantages. Actuellement, il n’y a plus de forêts. En protégeant le verger avec tous ces arbres, c’est une forme d’avantage. Ils atténuent la chaleur pour les cacaoyers.

ANIMATEUR.TRICE:
Qu’en est-il de la protection de l’environnement?

YAO KOUAME RENE:
Tous ces arbres aident à réguler le climat, à lutter contre l’érosion côtière et à enrichir le sol en matière organique. Les arbres et arbustes stabilisent les berges des rivières, et les racines entrelacées retiennent le sol et limitent l’érosion. Les arbres ont la capacité de retenir de grandes quantités d’eau dans leurs feuilles, branches et troncs. Au début d’une averse, une grande partie de l’eau est retenue par les parties sèches de la plante, réduisant l’impact sur le sol et le potentiel d’érosion hydrique. En ce qui concerne la matière organique, la décomposition des branches mortes, des racines et des feuilles contribue à augmenter l’activité biologique dans le sol, à améliorer la structure du sol, et à maintenir voire à accroître la profondeur de la couche arable.

La régulation du climat dont je parle implique la modulation des saisons en atténuant le réchauffement climatique. Les arbres réduisent le CO2 atmosphérique en séquestrant le carbone dans leurs troncs, branches et feuilles. Ils atténuent également l’impact des fortes précipitations et des ruissellements, protégeant ainsi les sols et les cacaoyers des rayons ultraviolets.

Dans notre région, nous encourageons de nombreux agriculteurs à adopter ces pratiques.

Montée de l’indicatif musical, puis fondu enchaîné

ANIMATEUR.TRICE:
Nous allons maintenant nous entretenir avec Monsieur Kouamé Yao Allay Emmanuel. Il est économiste agricole et technicien spécialisé en cultures pérennes à l’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural. Alors Monsieur, comment définissez-vous l’agro-sylvo-pastoralisme?

KOUAME YAO ALLAY:
L’agro-sylvo-pastoralisme est une association volontaire de cultures, d’arbres et d’animaux sur la même parcelle.

ANIMATEUR.TRICE:
Quelles sont les zones propices à l’agro-sylvo-pastoralisme en Côte d’Ivoire?

KOUAME YAO ALLAY:
Toutes les zones agricoles sont adaptées à cette pratique. Avant de commencer l’agriculture, il faut comprendre l’environnement dans lequel on se trouve. En d’autres termes, selon le type de sol, le climat et que le terrain soit vallonné ou plat, il existe des cultures spécifiques, des types d’arbres et des types de bétail qui peuvent être élevés. Par exemple, dans le sud forestier où la culture du cacao est bien établie, on trouve l’élevage de volailles sous les cacaoyers en association avec des arbres forestiers comme l‘iroko, dont le nom scientifique est Milicia excelsa, et le dabema, scientifiquement connu sous le nom de Piptadeniastrum africanum. Que ce soit dans une zone aride ou très humide, l’adaptation dépend de prendre en compte les aspects que j’ai mentionnés ci-dessus.

ANIMATEUR.TRICE:
Quelles sont les meilleures pratiques pour combiner cultures, arbres et animaux ?

KOUAME YAO ALLAY:
Il est essentiel de s’assurer que les espèces que vous souhaitez cultiver simultanément sont compatibles. Pour pratiquer la rotation des cultures et enrichir le sol, il est nécessaire d’éviter de garder des animaux qui pourraient consommer les produits agricoles et/ou des plantes dangereuses ou des espèces d’arbres incompatibles avec la culture. Une combinaison positive est la culture du cacao, associée à des arbres forestiers tels que le fraqué, le framiré, le tiama et d’autres, ainsi qu’à l’élevage traditionnel de poulets sous les cacaoyers. En termes de danger, le risque est pratiquement nul, car l’activité des poulets a un impact bénéfique sur le sol et réduit les insectes nuisibles. Les arbres espacés à une distance raisonnable ont des effets bénéfiques.

ANIMATEUR.TRICE:
Quels sont les avantages qu’offre l’agro-sylvo-pastoralisme pour un paysan?

KOUAME YAO ALLAY:
En termes d’avantages, on pourrait parler de l’enrichissement du sol grâce aux animaux élevés sur la parcelle qui fournissent des engrais organiques. Cette méthode diversifie également les sources de revenus. Elle lutte contre le changement climatique en séquestrant le carbone, préserve la biodiversité et crée un climat propice à l’agriculture.

ANIMATEUR.TRICE:
Pourquoi seulement peu de personnes pratiquent l’agro-sylvo-pastoralisme?

KOUAME YAO ALLAY:
Il y a la méconnaissance de la pratique et la non maitrise de la gestion des éléments à associer. Mais certains le font sans même savoir qu’il s’agit de cette pratique culturale.

ANIMATEUR.TRICE:
Merci pour tous vos commentaires, M. Kouamé Yao Allay. Aujourd’hui, nous avons entendu deux agriculteurs et un spécialiste technique sur l’agro-sylvo-pastoralisme. Ils ont expliqué cette méthode agricole, ses avantages, ses difficultés et ses inconvénients. Notre spécialiste du jour, M. Kouamé Yao Allay, a encouragé les agriculteurs à adopter cette pratique. Il en va de même pour Tuo Dognima Augustin et René Yao, dont la vie a été transformée grâce à la combinaison de cultures, d’animaux et d’arbres. Nous espérons que vous franchirez le pas et récolterez les bénéfices en termes de diversification des cultures, d’augmentation des revenus et de protection de l’environnement. Merci à tous nos invités et à vous qui nous suivez. À bientôt pour une autre émission.

Acknowledgements

Contribué par : Soro Yafolo Sita, journaliste, Côte d’Ivoire.

Révisé par : TANNE K. Christian Yannick, Agronome, Production Animale & Zootechnie.

Interviews :

Tuo Dognima Augustin, agriculteur. Interview réalisée en septembre 2023.

Kouamé Yao Allay, économiste agricole et technicien spécialisé en cultures pérennes à l’Agence Nationale D’Appui au Développement Rural (ANADER) Adzopé, Côte d’Ivoire. Interview réalisée en octobre 2023.

Yao Kouamé Réné, agriculteur spécialisé en agroforesterie. Interview réalisée en décembre 2023.