Comment les communautés de Mulanje, au Malawi, restaurent-elles les forêts et leurs moyens de subsistance ?

Arbres et agroforesterieChangement climatiqueSolutions fondées sur la nature

Notes au radiodiffuseur

Le village de Mulanje, situé dans le sud du Malawi, dépend fortement de l’agriculture pour sa viabilité. Ces dernières années, il a été confronté à plusieurs phénomènes météorologiques extrêmes qui ont eu un impact terrible sur son écosystème et provoqué une déforestation massive. Il a notamment été dévasté par le cyclone Freddy en 2023 et par la sécheresse. En 2019, la communauté a reçu l’aide de Greenpop, une organisation à but non lucratif basée dans la province du Cap-Occidental, en Afrique du Sud.

Grâce à des activités telles que la replantation d’arbres, la gestion de pépinières et l’apiculture, le projet de restauration du paysage de Mulanje vise à réhabiliter la biodiversité locale. Ces initiatives illustrent les solutions fondées sur la nature, qui consistent à collaborer avec celle-ci pour relever les défis du changement climatique, tout en améliorant les moyens de subsistance et en préservant les écosystèmes. Ce texte radiophonique donne la parole à plusieurs responsables du projet, dont Chris Nash de Greenpop, Christopher Mwale de l’hôpital Mulanje Mission, Tennyson Chinseu, chef du village, ainsi que deux producteurs de maïs, Lydia Kachingwe et Jack Mingole.

Ce texte radiophonique est basé sur des entretiens réels. Si vous décidez d’utiliser ce texte radiophonique, n’oubliez pas d’informer votre public que les voix sont celles d’acteurs et non de personnes ayant participé aux entretiens. Vous pouvez également vous en inspirer pour mener des recherches et créer une émission de radio sur les avantages de la limitation de la déforestation dans les zones agricoles.

Si vous choisissez d’utiliser ce texte radiophonique comme source d’inspiration pour créer votre propre émission, vous pourriez notamment interviewer des agriculteurs et agricultrices ainsi que d’autres experts. Vous pourriez leur poser les questions suivantes :

  • Quels sont certains des changements observés dans les activités quotidiennes de la communauté, en particulier chez les agriculteurs et agricultrices, en raison de la déforestation ?
  • Quels ont été les défis liés à la déforestation auxquels la communauté a été confrontée ?
  • Quelles ont été, selon vous, les principales causes de la déforestation dans la région ?
  • En quoi les interventions visant à freiner la déforestation ont-elles aidé la communauté, tant sur le plan écologique que social et économique ?

Texte

MUSIQUE INSTRUMENTALE, PUIS BAISSE DU VOLUME

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Bonjour à tous, cher(e)s auditeurs et auditrices, et bienvenue à une nouvelle émission consacrée à l’agriculture à petite échelle. Aujourd’hui, nous nous intéressons à la communauté rurale de Mulanje, au Malawi.

Ce magnifique village est niché au pied du mont Mulanje, mais la région a été gravement touchée par des phénomènes climatiques extrêmes. En mars 2023, le village a reçu en seulement six jours l’équivalent de six mois de précipitations, lorsque le cyclone Freddy a frappé la région. La région était déjà déboisée en raison de l’exploitation forestière illégale, des incendies et de la demande en bois de chauffage. Sans arbres, les pentes de la montagne se sont transformées en rivières de rochers et de boue. Les champs ont été recouverts, mais les villageois font preuve de résilience : ils s’efforcent de restaurer leurs terres et de planter des arbres afin de les protéger en cas de futurs phénomènes climatiques extrêmes.

Afin de réparer les dégâts causés par des années de pratiques agricoles non durables et de déforestation, la communauté a choisi une autre voie. Les habitants de Mulanje ont décidé de recourir à des solutions fondées sur la nature, comme l’utilisation de fourneaux à bois plutôt que l’abattage d’arbres pour le bois de chauffage, la création de pépinières pour reboiser les zones déboisées ou encore l’apiculture, afin de générer un revenu durable pour la communauté plutôt que de dépendre de la vente de charbon de bois.

Nous allons aujourd’hui explorer certaines de ces initiatives en écoutant les témoignages des villageois et en nous intéressant au travail de deux organisations à la tête d’un vaste projet de développement durable. Nous nous intéresserons tout d’abord à Greenpop, une organisation basée dans la province du Cap-Occidental, en Afrique du Sud, et à l’hôpital Mulanje Mission.

MUSIQUE D’ENTRÉE ET DE FIN

 

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Nous commençons notre émission aujourd’hui en nous entretenant avec Chris Nash, responsable de la restauration chez Greenpop.

Nash, j’ai cru comprendre que l’une des raisons pour lesquelles votre équipe s’est engagée était de lutter contre la déforestation dans le village de Mulanje. Pourriez-vous tout d’abord décrire la situation et nous expliquer quelques-unes des principales causes de la déforestation à Mulanje ?

CHRIS NASH :
Eh bien, tout d’abord, la cuisine se fait encore principalement au bois. Il y a une forte demande en bois de chauffage et le charbon de bois présente un intérêt économique. Il faut également tenir compte de l’importance de la population, du déclin de la production agricole, de la réduction de la taille des exploitations foncières et de la vulnérabilité climatique. Lors des années marquées par des événements climatiques majeurs, comme les cyclones (le cyclone Freddy, par exemple), les sécheresses sévères et les conditions entraînant de mauvaises récoltes, les taux de déforestation connaissent une forte hausse.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Parlez-nous du travail de Greenpop. Où se situent certains de vos projets ?

CHRIS NASH :
Notre champ d’action est assez vaste. Nous menons des actions de verdissement urbain dans quatre villes d’Afrique du Sud, ainsi que des projets de restauration forestière dans les provinces du Cap-Occidental et du Cap-Oriental, et au Malawi. Nous avons également entrepris des projets en Zambie et en Tanzanie, qui ne sont plus actifs pour le moment, mais celui au Malawi se poursuit.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Qu’est-ce qui vous a poussés à vous impliquer au Malawi ?

CHRIS NASH :
Nous nous sommes impliqués dans le projet paysager au Malawi au départ, lorsque nous avons été engagés pour un volet éducatif d’un projet de renforcement des capacités lié à l’adaptation au changement climatique, entre 2017 et 2019, en collaboration avec la Rainforest Alliance. Nous aidions à élaborer des lignes directrices et à former les petit(e)s agriculteurs et agricultrices aux méthodes permettant de renforcer leur résilience. Nous avons commencé par proposer une éducation environnementale liée à l’adaptation au changement climatique, et c’est ainsi que nous avons rencontré nos partenaires actuels, le Mulanje Mission Hospital. Ils avaient mis en place un programme fantastique de moyens de subsistance durables, ce qui est assez intéressant pour un hôpital caritatif fournissant des services de santé à la communauté. Ils ont compris qu’ils devaient adopter une approche préventive pour relever les défis en matière de santé. Ils ont notamment aidé les villageois à créer des pépinières et à se créer des moyens de subsistance alternatifs pour renforcer leur résilience. L’un des principaux programmes consiste à promouvoir l’apiculture.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Ces activités sont des exemples de solutions fondées sur la nature, qui consistent à travailler avec la nature pour relever les défis du changement climatique tout en améliorant les moyens de subsistance et en protégeant l’écosystème. Pouvez-vous nous en dire davantage sur le projet d’apiculture ?

CHRIS NASH :
Nous avons réalisé que dans les zones en cours de restauration, par exemple là où des arbres sont plantés sur les berges pour les stabiliser et enrayer l’érosion, nous pouvions encourager la protection de ces espaces grâce à l’apiculture. Nous fournissons des ruches et une formation, ce qui permet de générer des revenus à partir de ces terres, car sans cela, les villageois considéreraient que cela réduit leur espace agricole. Cette initiative a connu un grand succès, car les villageois ont pris conscience qu’ils pouvaient en fait gagner un revenu plus élevé et diversifié grâce à l’apiculture, qui demande moins d’investissement en temps et en énergie. Elle permet également d’obtenir un produit à forte valeur ajoutée.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Intéressant ! M. Nash, je crois savoir que vous avez mis en place d’autres programmes pour aider la communauté à créer d’autres sources de revenus durables, plutôt que d’abattre des arbres pour vendre du charbon de bois. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

CHRIS NASH :
Il existe d’autres programmes comme le « Livestock Pass-on Programme », dans le cadre duquel ils peuvent obtenir un financement et distribuer des poulets ou des chèvres à certains villages sous forme de prêt. La progéniture de ces animaux doit ensuite être transmise à d’autres ménages. Il y a aussi un programme d’épargne et de crédit villageois qui vise à relier les structures villageoises aux services financiers, et à les inciter à ouvrir un compte bancaire et à gérer leurs ressources plus efficacement. Nous sommes impressionnés par l’ampleur du programme à Mulanje.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Quel est votre rôle dans le projet de Mulanje ?

CHRIS NASH :
Une grande partie de notre travail repose en réalité sur des partenariats. Nous travaillons avec des partenaires locaux. Dans ce cas précis, il s’agit de l’hôpital Mulanje Mission, par le biais de son programme « Sustainable Livelihoods ». Nous ne venons pas de loin pour tout faire nous-mêmes ; nous soutenons ce qui est déjà en cours, et nous apportons notre contribution, notamment par le biais de financements. Nous collectons des fonds pour nos partenaires et finançons la reforestation. Les entreprises peuvent parrainer un arbre dans l’un de ces projets de régénération en Afrique. Nous apportons également notre expertise. Nous essayons de partager nos connaissances sur les meilleures pratiques en matière de restauration des écosystèmes, de reforestation et de développement durable.

ANIMATEUR/ANIMATRICE:
Merci beaucoup, M. Nash, pour les précieuses informations que vous avez partagées avec nous aujourd’hui.

 

SFX : SIGNE SONORE PENDANT QUELQUES SECONDES, PUIS FONDU SOUS LA VOIX DE L’ANIMATEUR

 

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Bienvenue à tous ! Si vous nous rejoignez seulement maintenant, nous venons de nous entretenir avec Chris Nash, de Greenpop, une organisation basée dans la province du Cap-Occidental, en Afrique du Sud. Nous avons parlé du travail qu’il mène avec l’hôpital Mulanje Mission, au Malawi. Nous allons maintenant nous entretenir avec Christopher Mwale, responsable du programme « Sustainable Livelihoods » à l’hôpital Mulanje Mission. Bienvenue, M. Mwale, et merci de participer à cette émission. Pouvez-vous nous parler du projet que vous menez au sein de la communauté ?

CHRISTOPHER MWALE :
Notre programme a démarré en 2017, après avoir mené des évaluations dans nos villages modèles. Ce sont des villages dans lesquels nous concentrons la plupart de nos activités, afin que d’autres villages puissent s’en inspirer. À la suite d’une évaluation publique en milieu rural, des inquiétudes ont été soulevées concernant la dégradation de l’environnement naturel. Il a été constaté que les communautés étaient confrontées aux conséquences du changement climatique. L’hôpital missionnaire de Mulanje a alors lancé un projet de reboisement dans le cadre de son programme de moyens de subsistance durables.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
M. Mwale, vous avez mentionné les évaluations rurales publiques, au cours desquelles vous rencontrez la communauté afin de dresser un état des lieux des problèmes environnementaux qui la préoccupent et de trouver des solutions à ces problèmes. Comment l’hôpital interagit-il avec la communauté lorsqu’il s’agit de programmes visant à l’aider ?

CHRISTOPHER MWALE :
Chaque fois que nous lançons un projet au sein de la communauté, nous procédons à des évaluations afin de cerner les difficultés auxquelles elle est confrontée. Nous organisons des réunions pour discuter avec tout le monde. Nous tenons ensuite des réunions de suivi avec la communauté et les autres parties prenantes pour vérifier si les activités mises en place ont un impact réel.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Merci de nous faire part de cela. Selon vous, quelles sont les causes de la déforestation dans la région ?

CHRISTOPHER MWALE :
Nous avons constaté que le principal facteur était la pauvreté. Les niveaux élevés de pauvreté accélèrent la déforestation au sein de la communauté. Les communautés, qui manquent de ressources, sont obligées d’abattre des arbres pour fabriquer du charbon de bois qu’elles vendent afin de subvenir à leurs besoins.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Quels types d’arbres sont replantés dans le cadre du projet et vous assurez-vous qu’ils sont indigènes à la région ?

CHRISTOPHER MWALE :
Nous utilisons des arbres indigènes de la région. Nous veillons à ce qu’ils ne soient pas envahissants. Nous choisissons des arbres à croissance rapide ainsi que ceux qui atteignent leur maturité tardivement, comme l’acajou. Ainsi, lorsque certains arbres sont abattus, d’autres peuvent subsister.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
D’après vos observations et votre expérience, en quoi le projet a-t-il profité à la communauté ?

CHRISTOPHER MWALE :
Pour lutter contre la pauvreté, nous avons introduit un volet apicole. Grâce à cette initiative, l’hôpital Mulanje Mission a contribué à créer un marché fiable pour le miel, permettant aux participants de tirer un revenu de sa vente. Les jeunes, les hommes et les femmes sont tous impliqués, car le programme est ouvert à tous, quel que soit l’âge ou le genre. En conséquence, la communauté est devenue plus autonome sur le plan économique et plus résiliente. Nous avons également constaté le retour progressif de la beauté naturelle du paysage. Même les villages qui ne font plus officiellement partie du projet, en raison de son calendrier, continuent d’appliquer les pratiques et les principes de conservation qu’ils ont appris.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Comment le cyclone Freddy et d’autres catastrophes naturelles ont-ils affecté le projet et la communauté ?

CHRISTOPHER MWALE :
Nous avons subi les effets dévastateurs du cyclone Freddy et d’autres catastrophes naturelles. De nombreux arbres, qui faisaient partie du programme de conservation depuis plusieurs années, ont été perdus. Les membres de la communauté ont également subi de lourdes pertes, avec des maisons détruites par des vents violents et des récoltes emportées par des cyclones. Les berges des rivières ont été gravement touchées — au moins 80 % des arbres qui les bordaient ont été emportés —, mais grâce au soutien de Greenpop, nous avons pu les remplacer. Malgré les dégâts, ces catastrophes ont en réalité renforcé la participation de la communauté. Les gens souhaitent désormais être plus résilients et mieux préparés à faire face à de telles conditions climatiques difficiles à l’avenir.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Merci pour votre contribution, M. Mwale. Après une courte pause, nous nous rendrons à Mulanje recueillir les témoignages des habitants.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Nous sommes maintenant dans le village de Mulanje, au pied du mont Mulanje. Nous sommes au cœur de la région productrice de thé du Malawi. Le paysage est une véritable palette de verts. Les forêts de miombo dominent les pentes inférieures de la montagne. Ce type de forêt est courant dans toute l’Afrique australe. Plus haut, sur les pentes de la montagne, se trouvent des forêts brumeuses et des prairies abritant près de 70 plantes endémiques. C’est ici que naissent neuf grands fleuves et d’innombrables ruisseaux.

Le mont Mulanje est l’une des plus anciennes réserves forestières du Malawi et a été classé réserve de biosphère par l’UNESCO. Cependant, ces classements ne suffisent pas à protéger la biodiversité de la montagne. C’est là que le soutien local est nécessaire.

En effet, plus d’un million de personnes vivent dans les districts de Mulanje et de Phalombe. Les agriculteurs y cultivent du thé, du maïs, des haricots, des légumes et d’autres cultures vivrières. Ces populations ont besoin de combustible, de charbon de bois et des revenus que peuvent leur procurer les arbres. Le cèdre de Mulanje résiste aux termites et à l’eau, ce qui lui permet d’être vendu à un bon prix.

Tennyson Chinseu, chef du village, nous parlera des efforts déployés par la communauté pour lutter contre la déforestation, notamment la mise en place de règlements visant à empêcher l’abattage des arbres.

Chinseu, que signifient ces règlements pour la communauté ? Quelles sont les conséquences pour une personne qui décide d’abattre un arbre dans une zone protégée ?

TENNYSON CHINSEU :
Ces règlements visent à protéger à la fois la communauté et les arbres. Si une personne est surprise en train d’abattre un arbre dans une zone protégée, elle peut se voir infliger une amende, par exemple, en donnant une chèvre, et être tenue de planter 50 arbres dans la même zone sous la supervision du chef. Si elle ne respecte pas ces conditions, la police intervient. Elle peut être arrêtée et traduite en justice, où il appartient au tribunal de décider de la suite à donner. Dans certains cas, elle peut également être condamnée à effectuer des travaux d’intérêt général au profit de l’ensemble de la communauté.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Pourquoi la protection des arbres est-elle si importante pour vous et pour la communauté ?

TENNYSON CHINSEU :
Après une abattage effréné des arbres, les précipitations ont été affectées – nous n’avions plus assez de pluie. Depuis que nous avons lancé des programmes de régénération naturelle et que nous préservons les arbres, il semble que nous retrouvions les conditions climatiques normales avec lesquelles nous avons grandi. Il est important de protéger ce retour à la normale.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
En quoi votre collaboration avec Greenpop a-t-elle soutenu la communauté, alors que vous disposiez déjà d’un règlement municipal pour protéger les arbres ?

TENNYSON CHINSEU :
L’arrivée de Greenpop a renforcé notre engagement à protéger et à préserver les arbres de notre région. Greenpop soutient le groupe qui défend cette cause au sein de ma communauté en aidant à créer une pépinière communautaire où sont produits localement des plants qui sont ensuite cultivés dans toute la région afin de restaurer les terres dégradées et de soutenir les efforts de conservation à long terme.

MUSIQUE, PUIS FONDU SOUS LA VOIX DE L’ANIMATEUR / ANIMATRICE

 

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Nous venons d’entendre Tennyson Chinseu, le chef du village de Mulanje, qui nous a expliqué comment les règlements mis en place par les autorités traditionnelles en collaboration avec la communauté avaient contribué à réduire l’abattage des arbres dans la région. Nous allons maintenant nous entretenir avec Lydia Kachingwe, âgée de 42 ans et mère de quatre enfants, qui cultive du maïs et du sorgho. Elle nous fera part de son expérience en tant que participante au projet de restauration forestière.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Mme Kachingwe, nous sommes ravis de vous accueillir dans notre émission. Pouvez-vous nous faire part de votre expérience en tant qu’agricultrice dans votre village ?

LYDIA KACHINGWE :
Depuis longtemps, j’ai du mal à cultiver en raison des conditions climatiques épouvantables. J’ai également du mal à me procurer les semences, les engrais et les autres intrants agricoles nécessaires à mon travail. Je dois les acheter, mais je n’en ai pas toujours les moyens, car certains sont trop chers et difficiles à trouver dans ma région.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Quels sont les défis climatiques spécifiques qui vous compliquent la tâche en tant qu’agricultrice, et comment affectent-ils vos cultures et vos récoltes ?

LYDIA KACHINGWE :
Nous subissons de longues périodes de sécheresse et il pleut très peu pendant la saison. En outre, nous sommes confrontés à un problème majeur de ravageurs qui dévorent nos cultures. Ils détruisent souvent des parties de nos plantes — les racines, les feuilles et les épis — et nous nous retrouvons sans rien. Nous récoltons juste assez de maïs pour survivre, juste ce qu’il faut pour moi et mes enfants. Je n’ai donc aucun surplus à vendre au marché.

ANIMATEUR / ANIMATRICE
:
Mme Kachingwe, je crois savoir que vous êtes non seulement cultivatrice de maïs, mais aussi productrice d’arbres et que vous prenez soin des forêts avec d’autres membres de la communauté. Selon vous, quelle est la responsabilité de la communauté dans la lutte contre la déforestation ?

LYDIA KACHINGWE :
Il incombe à la communauté de patrouiller les zones où des arbres sont plantés et d’empêcher toute coupe d’arbres dans ces zones. C’est également à la communauté de vérifier si des dommages ont été causés aux zones protégées. Dans ma région, nous faisons tout cela actuellement en tant que communauté. Nous patrouillons et nous prenons soin des pépinières.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
C’est une excellente initiative ! Pouvez-vous m’en dire plus sur les programmes de patrouille que vous menez en tant que membres de la communauté ?

LYDIA KACHINGWE :
Lors des patrouilles, nous sommes généralement dix par session, de jour comme de nuit. Nous patrouillons régulièrement pour surveiller les activités et veiller au respect des règles, en particulier la nuit, lorsque les activités illégales sont plus susceptibles de se produire. Nous faisons le tour pour vérifier qu’il n’y a pas de personnes en train de voler des arbres dans les zones protégées. Bien que nous soyons armés de bâtons pour nous protéger, nous ne faisons rien aux personnes que nous surprenons en train de voler des arbres. Nous les renvoyons vers les autorités compétentes pour qu’elles soient traduites en justice
.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Merci, Mme Kachingwe, d’avoir accepté notre invitation pour venir nous parler du travail accompli par la communauté agricole de Mulanje pour restaurer le paysage pour restaurer l’écosystème de la région.

SFX : CHANT D’OISEAUX ET BOURDONNEMENT D’ABEILLES

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Nous passons maintenant directement à Jack Mingole, un producteur de maïs qui s’est reconverti en apiculteur après avoir rejoint le projet de restauration forestière. Monsieur Mingole, pouvez-vous nous dire comment se passe votre culture de maïs ?

JACK MINGOLE :
J’ai actuellement des difficultés avec mon exploitation agricole car je ne dispose pas de ressources suffisantes et nous sommes également confrontés à des conditions climatiques très difficiles. Tout cela m’empêche de cultiver correctement. Nous avons trop peu de pluie et trop de soleil, ce qui est très néfaste pour les cultures et affecte gravement nos récoltes.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Merci de nous en faire part. Ces informations nous sont très utiles pour comprendre les défis auxquels vous êtes confronté. Revenons un peu en arrière. Comment avez-vous commencé à cultiver ?

JACK MINGOLE :
J’ai grandi dans une famille d’agriculteurs et d’agricultrices, mes parents cultivaient eux aussi du maïs.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Vos parents ont-ils connu les mêmes problèmes à l’époque où ils cultivaient la terre ?

JACK MINGOLE :
Ils avaient leurs propres difficultés, mais leurs récoltes n’étaient pas aussi mauvaises que les nôtres. Autrefois, ils cultivaient en utilisant peu d’intrants, c’est-à-dire de semences, d’engrais, d’eau, etc., mais ils récoltaient davantage. Aujourd’hui, c’est l’inverse : avec les conditions climatiques actuelles, nous investissons davantage et récoltons moins.

Nous avons même besoin d’une pompe à eau, alors qu’avant, ils puisaient l’eau dans les rivières et cela suffisait.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Soutenez-vous le mouvement en faveur de la plantation d’arbres ainsi que la mise en place de règlements pour les protéger ?

JACK MINGOLE :
En tant qu’agriculteurs, nous soutenons la protection et la replantation des arbres. Je participe à tous les projets de reconstitution des forêts et de replantation d’arbres. Je respecte également les règlements. Nous espérons que cela permettra d’endiguer le problème de la déforestation et de réduire les effets du changement climatique sur nos vies.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
En quoi votre participation au projet d’apiculture a-t-elle eu un impact sur vous et votre famille ?

JACK MINGOLE :
L’apiculture m’a donné un nouvel élan. J’ai rénové ma maison et installé un toit en tôle. Avant de me lancer dans l’apiculture, ma famille et moi vivions dans une maison au toit de chaume. L’apiculture m’a donc vraiment aidé à prendre soin de ma famille et à subvenir à ses besoins.

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Merci beaucoup, M. Mingole. Chers auditeurs, nous venons d’entendre Jack Mingole, un cultivateur de maïs qui est également apiculteur. Il nous a fait part de son expérience des pertes subies à cause de la déforestation dans sa communauté, et de la manière dont il travaille désormais avec d’autres membres de la communauté pour y remédier.

Nous aimerions connaître votre avis sur ce sujet. Envoyez-nous vos commentaires et suggestions par SMS au numéro indiqué à la fin de l’émission.

MUSIQUE D’ENTRACTE, PUIS FONDU

ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Nous arrivons à la fin de notre émission, après avoir discuté de la manière dont la communauté de Mulanje a restauré son écosystème. Elle a mis en place l’apiculture et d’autres projets pour fournir une source de revenus alternative à l’abattage des arbres. Elle a également adopté des règlements et mis en place des patrouilles pour protéger la forêt et empêcher l’abattage des arbres. Nous avons entendu nos invités, dont Chris Nash, responsable de la restauration chez Greenpop, Christopher Mwale, chargé de projet pour le programme « Sustainable Livelihoods » de l’hôpital missionnaire de Mulanje, et Tennyson Chinseu, chef du village. Ils nous ont expliqué comment l’hôpital missionnaire de Mulanje, par le biais de son programme de moyens de subsistance durables, et la communauté de Mulanje, avec l’aide de Greenpop, travaillent à la restauration de l’écosystème forestier de la région, afin de ramener l’environnement à son état d’origine et d’améliorer les conditions de vie de la communauté.

Acknowledgements

Rédigé par : Lungi Langa, journaliste indépendant, Afrique du Sud

Révisé par : Mme Joyce Mbingo, responsable nationale du programme Nature Positive Foodsystems, Canadian Foodgrains Bank.

 

Sources d’information

Entretiens :

  • Chris Nash, responsable de la restauration, Greenpop, Cap-Occidental, Afrique du Sud, interviewé le 29 octobre 2025
  • Christopher Mwale, Hôpital Mulanje Mission, chargé de projet, Programme pour des moyens de subsistance durables, Mulanje, Malawi, interviewé les 30 octobre et 1er décembre 2025
  • Tennyson Chinseu, chef de village à Mulanje, au Malawi, interviewé le 17 novembre 2025
  • Lydia Kachingwe, productrice de maïs à Mulanje, au Malawi, interviewée le 21 novembre 2025
  • Jack Mingole, producteur de maïs et apiculteur à Mulanje, au Malawi, interviewé le 21 novembre 2025

Information sources

Documents :

Kamnitzer, Ruth. « Reforester l’« île dans le ciel » du Malawi pour sauver ses forêts en voie de disparition ». 28 février 2025 :