Notes au radiodiffuseur
En Ouganda, les communautés rurales dont les terres sont dégradées adoptent des pratiques agricoles circulaires et régénératrices (CRA) pour améliorer la fertilité des sols, augmenter les rendements agricoles et protéger l’environnement. Ces pratiques sont également adoptées dans les zones urbaines et périurbaines de Kampala, où le jardinage vertical connaît un essor croissant au sein des communautés à faibles revenus confrontées à une insécurité alimentaire chronique. Grâce à ces jardins, les habitants peuvent cultiver des denrées alimentaires dans de petits espaces, ce qui leur permet de prendre trois repas par jour et de vendre leurs excédents pour générer des revenus supplémentaires. Myres Ndyabawe et Lilian Nakigozi sont deux jeunes entrepreneurs sociaux ougandais qui introduisent l’agriculture circulaire et régénérative dans leurs communautés respectives, l’une en milieu rural et l’autre en milieu urbain.
Ce script aborde les pratiques agricoles circulaires et régénératrices telles que le fumier composté, le lombricompostage, l’agroforesterie, la rotation des cultures et les cultures associées.
Ce script s’appuie sur de véritables entretiens avec M. Ndyabawe et Mme Nakigozi, mais il a été remanié pour plus de clarté. Lors de l’utilisation de ce script, veuillez informer les auditeurs que les voix sont celles d’acteurs et non pas celles des personnes interviewées à l’origine. Vous pouvez utiliser ce script pour mener des recherches et élaborer des émissions de radio traitant en profondeur de ces pratiques, afin de sensibiliser les communautés qui souhaiteraient les adopter. Pour ce faire, vous devrez interviewer des experts et des agriculteurs ayant adopté ces pratiques afin de discuter des avantages qu’ils ont constatés dans leurs exploitations, notamment en termes d’augmentation des rendements et d’amélioration de la fertilité des sols. Les questions et réponses de l’animateur ou l’animatrice peuvent être modifiées pour plus de clarté.
Vous trouverez ci-dessous quelques questions que vous pouvez poser aux experts/expertes en la matière, ainsi qu’aux agriculteurs/agricultrices ruraux et urbains qui adoptent ces pratiques :
- Quelles sont les pratiques agricoles circulaires et régénératrices les plus pertinentes dans cette région ?
- Comment encouragez-vous les communautés agricoles à adopter des pratiques agricoles circulaires et régénératrices, alors qu’elles sont habituées aux pratiques traditionnelles ?
- Quels changements avez-vous observés sur vos sols depuis la mise en œuvre d’une agriculture circulaire et régénératrice ?
- En milieu urbain, les sols peuvent être pollués par les effluents. Comment gérez-vous ce problème lorsque vous les utilisez pour créer les jardins verticaux ?
- Quels sont les obstacles ou les raisons qui poussent les agriculteurs et agricultrices à hésiter à adopter des pratiques agricoles circulaires et régénératrices ?
- Les pratiques agricoles circulaires et régénératrices peuvent-elles être associées à des pratiques agricoles traditionnelles, comme l’épandage d’engrais ?
- Avez-vous constaté une amélioration des rendements après l’adoption de ces pratiques ?
- Comment les éleveurs peuvent-ils s’engager dans des pratiques agricoles circulaires et régénératrices ? Comment peuvent-ils trouver un équilibre entre la nécessité de pailler le sol avec les tiges des cultures et celle de les utiliser pour nourrir leur bétail?
Durée estimée du script, introduction et conclusion comprises : 30 minutes.
Texte
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Bonjour à tous. Dans l’émission d’aujourd’hui, nous allons discuter des avantages des pratiques agricoles circulaires et régénératrices en milieu rural et urbain en Ouganda. Partout dans le pays, les agriculteurs et agricultrices adoptent ces pratiques pour améliorer la fertilité des sols en utilisant des intrants provenant de leur propre exploitation. C’est important, car environ 41 % des terres ougandaises sont dégradées. Les experts expliquent que cela est dû à la fragmentation des terres, à la surexploitation agricole, à de mauvaises pratiques de conservation des sols, au surpâturage dans les régions pastorales et à la croissance démographique rapide. En conséquence, les rendements pour les denrées alimentaires de base telles que le maïs, les haricots, les arachides, les patates douces et le manioc sont faibles.
Mais il y a de l’espoir. Grâce à l’adoption de diverses pratiques agricoles circulaires et régénératrices, nos terres dégradées peuvent retrouver leur productivité. Ces pratiques comprennent notamment le labour minimal ou zéro labour, l’utilisation de cultures de couverture, la rotation des cultures, l’utilisation de fumier composté, le paillage, la conservation des sols et de l’eau, ainsi que des pratiques de pâturage bien gérées, entre autres.
En milieu urbain, ces pratiques peuvent être mises en œuvre dans les potagers familiaux afin d’augmenter la production et de permettre aux familles de disposer de plus de fruits et de légumes. Les jardins verticaux permettent d’augmenter l’espace disponible pour la culture alimentaire dans les zones urbaines restreintes, tout en tirant parti du fumier composté, de la gestion de l’eau, de la rotation des cultures et des associations de cultures.
Aujourd’hui, nous allons nous entretenir avec deux jeunes entrepreneurs sociaux qui promeuvent les pratiques d’agriculture circulaire et régénérative en milieu rural et urbain. Restez à l’écoute.
RÉGLAGE DU SIG, PUIS FONDU EN SORTIE
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Nous recevons dans notre studio Myres Ndyabawe, journaliste devenu entrepreneur social et fondateur de Simbula Ventures. Basée à Kamwenge, Simbula Ventures forme les petits agriculteurs ruraux aux pratiques agricoles circulaires et régénératrices. Monsieur Ndyabawe, bienvenue. Parlez-nous de Simbula Ventures et expliquez-nous comment vous vous êtes lancé dans cette aventure.
NDYABAWE :
J’ai fondé Simbula Ventures en 2021 après avoir obtenu un diplôme en journalisme et communication à l’université de Makerere. Nous sommes situés dans le district de Kamwenge, dans l’ouest de l’Ouganda, et exploitons sept acres de terres sur lesquelles nous cultivons du café en association avec des bananes, ainsi que des haricots, du maïs et de la canne à sucre. Nous disposons également d’une installation où nous cultivons des champignons à partir de déchets agricoles.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Qu’est-ce qui vous a poussé à former des agriculteurs et agricultrices de subsistance à l’agriculture circulaire et régénérative, plutôt qu’aux pratiques agricoles traditionnelles ?
NDYABAWE :
Je suis passionné par la préservation de l’environnement. Mes échanges avec des personnes pratiquant l’agriculture circulaire et régénérative, ainsi que la lecture d’ouvrages et le visionnage de vidéos montrant comment les gens utilisent les ressources disponibles pour améliorer la santé, la fertilité et la productivité des sols, m’ont inspiré à opter pour l’agriculture régénérative. J’ai également grandi dans une ferme et j’ai constaté que les rendements augmentaient là où nous épandions du fumier animal. Avec le temps, j’ai réalisé que nos sols n’étaient plus aussi performants qu’autrefois. De plus, les sécheresses prolongées et les régimes pluviométriques imprévisibles constituent une menace pour notre productivité ; nous avons donc dû chercher des solutions. L’autre raison qui m’a motivé était le désir de transformer ma communauté en l’impliquant dans l’élaboration de solutions aux défis rencontrés, à l’aide de moyens à sa portée.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
En tant que Simbula Ventures, quelles pratiques agricoles circulaires et régénératrices enseignez-vous aux agriculteurs de subsistance ?
NDYABAWE :
Nous formons les agriculteurs et agricultrices à réutiliser les déchets agricoles biologiques comme paillis afin de maintenir l’humidité des sols, d’améliorer leur fertilité et de renforcer leur santé.
Nous leur apprenons également l’agroforesterie, en particulier aux personnes impliquées dans la culture du café. Des arbres tels que le ficus et l’Albizia coriaria sont plantés pour fournir de l’ombre aux cultures intercalaires de café et de bananes. L’albizia coriaria améliore la fertilité du sol en y fixant l’azote. Ces deux essences possèdent également un système racinaire robuste qui stabilise le sol et prévient l’érosion, notamment lors des pluies.
Nous leur apprenons aussi à utiliser les déchets agricoles, comme les épis de maïs, les cosses, les tiges ou la paille de haricots et de millet, pour cultiver des champignons, ce qui leur permet d’améliorer leurs revenus et leur sécurité alimentaire.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Comment luttez-vous contre les ravageurs et les maladies du café et des autres cultures sans recourir à des produits chimiques nocifs pour l’environnement ? Par exemple, contre le perce-tige noir du caféier ?
NDYABAWE :
Nous effectuons des inspections régulières pour identifier les branches touchées, que nous élaguons et retirons des exploitations afin de limiter leur propagation au maximum. Nous pratiquons également la rotation des cultures dans certaines parties de l’exploitation afin de briser les cycles de vie des ravageurs et des maladies. De plus, en ajoutant du fumier organique à nos sols, nos plantes deviennent plus résistantes aux ravageurs et aux maladies.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Comment veillez-vous à préserver l’eau présente dans le sol, en particulier pendant les saisons sèches, lorsque les pluies se font rares ?
NDYABAWE :
Nous formons les agriculteurs et agricultrices à l’agroforesterie, au paillage à l’aide de tiges de maïs et de canne à sucre, ainsi qu’à la plantation de cultures de couverture pour protéger la surface du sol et maintenir son humidité. Nous leur apprenons aussi à collecter et à conserver l’eau de pluie en creusant des tranchées, en particulier sur les terrains en pente. Nous utilisons également de la matière organique, comme le compost et le fumier, pour augmenter la capacité de rétention d’eau du sol. Nous renforçons également nos capacités afin de mettre en place des solutions d’irrigation simples et des systèmes de production économes en eau. L’irrigation est plus efficace lorsqu’elle est associée au paillage, qui permet d’augmenter la rétention d’humidité.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Combien d’agriculteurs et d’agricultrices de subsistance avez-vous formés à l’agriculture circulaire et régénérative ? Et combien d’entre eux sont des jeunes et des femmes ?
NDYABAWE :
À ce jour, nous avons formé cent quatre-vingt-douze (192) agriculteurs et agricultrices aux pratiques agricoles circulaires et régénératrices, dont plus de soixante-dix pour cent (70 %) étaient des jeunes et des femmes. Nous prévoyons d’en former deux cent cinquante (250) supplémentaires d’ici la fin de l’année 2026.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Ce sont là des résultats louables, M. Ndyabawe. Quel changement constatez-vous chez les agriculteurs et agricultrices que vous formez ? De combien les rendements et les revenus ont-ils augmenté pour les communautés agricoles qui ont adopté ces pratiques ?
NDYABAWE :
On constate une nette amélioration. Les agriculteurs et agricultrices qui se sont pleinement engagés dans cette démarche ont vu leurs rendements doubler par rapport à ceux obtenus avec l’agriculture traditionnelle. Ils tirent également des revenus de terres initialement dégradées grâce à la culture du café. Certains, qui cultivent du café sur de petites parcelles, gagnent au moins un million de shillings ougandais (270 dollars américains) par an après avoir épandu du fumier, grâce à la formation que nous leur avons dispensée sur ces pratiques. Ceux qui se sont lancés dans la culture maraîchère, la culture de champignons et l’élevage de volaille déclarent une hausse d’environ 150 000 shillings ougandais par mois (40 dollars américains).
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Simbula Ventures forme également les agriculteurs et agricultrices à la culture financière. En quoi est-ce important ?
NDYABAWE :
Nous mobilisons les communautés pratiquant l’agriculture de subsistance pour qu’elles intègrent l’économie monétaire en leur apprenant à transformer l’agriculture, qui n’est qu’une activité de survie, en une entreprise rentable. C’est la raison pour laquelle nous leur dispensons une formation en matière d’éducation financière, de tenue de comptabilité et d’accès aux marchés.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
M. Ndyabawe, pourriez-vous expliquer pourquoi les agriculteurs et agricultrices de subsistance, et les jeunes en particulier, devraient adopter des pratiques agricoles circulaires et régénératrices dans leur exploitation ?
NDYABAWE :
Ils devraient accepter le fait que les effets du changement climatique constituent une menace majeure pour la sécurité alimentaire. Les terres arables ne s’étendent pas, alors que la population augmente, ce qui signifie qu’il y a davantage de bouches à nourrir. Nous devons donc trouver un moyen de protéger notre environnement si nous voulons qu’il reste productif. Nous avons beaucoup de jeunes ; la population la plus importante d’Afrique est aujourd’hui constituée de jeunes sans emploi. L’agriculture régénérative crée donc des opportunités d’emploi. J’encourage tout particulièrement les jeunes diplômés à retourner dans leurs communautés pour les transformer. Il faut leur apprendre à cultiver leurs terres sans nuire à l’environnement et à faire de leurs communautés des communautés productives. Outre le fait de lutter contre l’insécurité alimentaire, les opportunités offertes par l’agriculture circulaire et régénérative peuvent augmenter leurs revenus. Au final, on crée un impact positif en atténuant les problèmes liés au climat et en créant des communautés agricoles résilientes.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Monsieur Ndyabawe, les agriculteurs et agricultrices de subsistance souhaitant en savoir plus sur l’agriculture circulaire et régénérative peuvent-ils contacter Simbula Ventures ?
NDYABAWE :
Oui ! Nous commençons par cerner leur intérêt et les activités qui les intéressent. Nous nous assurons qu’ils ont accès à des déchets organiques avant de commencer la formation. Ensuite, nous convenons d’un tarif. Après la formation, nous assurons un suivi pour nous assurer qu’ils progressent bien. Vous pouvez nous contacter à l’adresse simbulaventures@gmail.com ou au +256-789-038721.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Merci, M. Ndyabawe, pour ces précieuses informations sur la manière dont les agriculteurs et agricultrices ruraux peuvent adopter l’agriculture circulaire et régénérative dans leurs exploitations.
COURT INTERMÈDE MUSICAL, PUIS FONDU EN FONCEMENT SOUS LA VOIX DE L’ANIMATEUR
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Chers auditeurs et auditrices, nous allons maintenant aborder la manière dont l’agriculture circulaire et régénérative est mise en œuvre par les communautés urbaines de Kampala, qui vivent dans des espaces restreints. Pour nous aider à aborder ce sujet, nous accueillons Lilian Nakigozi, fondatrice de Women Gro Initiative Uganda, une organisation qui forme les communautés urbaines à faibles revenus de Kampala et de sa périphérie à cultiver des légumes afin de lutter contre la faim et de générer des revenus grâce à la vente des excédents de production. Madame Nakigozi, bienvenue. Pour commencer, pouvez-vous nous présenter Women Gro Initiative Uganda et de la mission de votre organisation.
NAKIGOZI :
Nous avons démarré en novembre 2018 avec une vingtaine de femmes dans le bidonville de Katanga. Nous leur avons d’abord dispensé une formation et fourni quelques intrants. Ce projet n’est pas né dans un bureau ni lors d’une réunion stratégique. Il est né de mon expérience personnelle d’enfant ayant grandi dans un bidonville urbain.
J’ai grandi dans le bidonville de Katanga, ici à Kampala. J’ai été élevée par une mère célibataire avec mes huit frères et sœurs ; nous n’étions donc jamais sûrs d’avoir de quoi manger. Certains jours, nous survivions avec un seul repas par jour, composé de bouillie de maïs. D’autres jours, nous ne mangions pas du tout et nous nous couchions le ventre vide. Ce qui m’a frappée, même à l’époque, c’est que nous n’étions pas les seuls dans cette situation. C’était la réalité de presque toutes les familles qui nous entouraient, car nous n’avions pas de terre pour cultiver notre nourriture. C’est là que l’idée a germé.
Je me sens chanceuse d’avoir pu faire des études grâce à des bourses. Après mes études universitaires, je me suis demandé quelles solutions pourraient réellement fonctionner pour les personnes vivant dans des espaces urbains exigus et surpeuplés. C’est alors que j’ai découvert le jardinage vertical. Cette technique était pratique, abordable et pouvait être mise en œuvre chez soi. C’est ainsi qu’est née l’initiative Women Grow en Ouganda. Cette prise de conscience que, même dans les espaces les plus réduits, les familles peuvent cultiver leur propre nourriture, générer des revenus et améliorer leur alimentation.
Nous avons mis en place environ 5 000 fermes verticales dans différentes communautés ougandaises, permettant ainsi à près de 12 000 personnes d’améliorer la production alimentaire de leur foyer. Ces fermes sont conçues pour optimiser un espace limité tout en permettant aux ménages, en particulier à ceux dirigés par des femmes, de cultiver des aliments nutritifs de manière durable.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Au cours de votre enfance, quel événement a façonné votre vision de l’impact de l’insécurité alimentaire sur les communautés urbaines ?
NAKIGOZI :
Quand j’avais huit ans, ma petite sœur de trois ans est décédée de malnutrition et de faim. C’est une épreuve que les familles n’oublient jamais. Ce qui a rendu cette épreuve encore plus douloureuse, c’est que lorsque nous avons demandé de l’aide, personne n’a pu nous venir en aide, car tout le monde était lui aussi en difficulté. Ce moment a donc changé ma perception de l’insécurité alimentaire. Il ne s’agit pas seulement de savoir si la nourriture existe. Il s’agit de savoir si les familles y ont accès. J’ai pris conscience que la faim dans les bidonvilles est souvent invisible. Beaucoup de gens pensent que les villes regorgent de nourriture, mais de nombreuses familles n’ont pas les moyens de s’offrir des repas équilibrés. C’est quelque chose de profondément personnel pour moi et mon objectif est de faire en sorte qu’aucun enfant ne vive ce que ma sœur a vécu et qu’aucune mère ne se sente impuissante face à la nécessité de nourrir sa famille. C’est ce qui m’a façonnée et c’est la raison pour laquelle je fais ce travail aujourd’hui.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
C’est à la fois émouvant et inspirant. Pouvez-vous nous décrire ce qu’est une ferme verticale et comment elle est conçue ? Quel est le montant de l’investissement nécessaire pour en créer une ?
NAKIGOZI :
Lorsque nous avons lancé notre projet pilote, une unité verticale nous coûtait environ 300 dollars américains, car nous étions en phase de test et de perfectionnement. Aujourd’hui, nous avons simplifié le système, car nous travaillons avec des communautés à faibles revenus. Ainsi, une famille ou une femme peut disposer d’un jardin vertical pour seulement 35 dollars. Cependant, les familles à faibles revenus n’ont toujours pas les moyens de s’en offrir.
Avec mon équipe, nous avons donc imaginé des modules de jardins verticaux destinés à ces communautés, fabriqués à partir de matériaux disponibles localement, comme des bouteilles en plastique, des seaux, des bassines et des pneus. Nous fabriquons également des modules de jardinage vertical à partir de filets d’ombrage. L’accessibilité financière est essentielle, car si une solution n’est pas abordable, elle ne peut pas être déployée à grande échelle. Nous mélangeons ensuite la terre avec des engrais biologiques. Nous avons donc adapté notre modèle pour qu’il soit accessible à tous, afin qu’il puisse être facilement déployé à grande échelle.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Quels types d’aliments cultive-t-on dans ces jardins verticaux ?
NAKIGOZI :
Dans les fermes verticales, nous cultivons principalement des plantes riches en nutriments et à croissance rapide, telles que des légumes-feuilles (épinards, chou frisé, laitue, oignons, sukuma wiki (chou vert) etc., des herbes aromatiques, des épices et d’autres légumes. Ces cultures sont destinées à la fois à la consommation des ménages et à la génération de revenus. Un jardin vertical standard peut accueillir jusqu’à 200 plantes.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Comment les pratiques agricoles circulaires et régénératrices sont-elles intégrées dans les jardins verticaux ?
NAKIGOZI :
Nous formons les communautés au compostage à partir de déchets organiques ménagers, tels que les restes de cuisine (épluchures de légumes, peaux de bananes et d’aubergines, pelures d’oignons, restes alimentaires, déchets de fruits). Nous leur apprenons également à utiliser des vers pour fabriquer du compost, à mettre en œuvre la lutte biologique contre les ravageurs et les maladies, ainsi que des techniques de conservation de ANIMATEUR / ANIMATRICE : Comment les pratiques agricoles circulaires et régénératrices sont-elles intégrées dans les jardins verticaux ?
NAKIGOZI : Nous formons les communautés au compostage à partir de déchets organiques ménagers, tels que les restes de cuisine (épluchures de légumes, peaux de bananes et d’aubergines, pelures d’oignons, restes alimentaires, déchets de fruits). Nous leur apprenons également à utiliser des vers pour fabriquer du compost, à mettre en œuvre la lutte biologique contre les ravageurs et les maladies, ainsi que des techniques de conservation de l’eau, comme l’irrigation goutte à goutte et le paillage, et à améliorer la fertilité des sols.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Vous formez les agriculteurs et agricultrices urbains pratiquant l’agriculture verticale à utiliser des vers pour fabriquer du compost. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
NAKIGOZI :
C’est ce qu’on appelle le lombricompostage, qui utilise des vers de terre. Cela permet de décomposer les déchets organiques pour en faire des engrais riches. On utilise notamment des épluchures de légumes, comme celles d’aubergines ou de pommes de terre. On mélange ces ingrédients humides dans un bac recouvert d’un film plastique ou d’une litière, puis on y ajoute des vers de terre qui contribuent à décomposer ces déchets en matière organique, un engrais très riche. Le lombricompost est prêt à être récolté au bout de deux à six mois, lorsqu’il est de couleur foncée, qu’il a l’aspect de la terre, qu’il est friable et terreux, et qu’il ne contient plus aucun résidu alimentaire.
L’engrais issu du lombricompostage permet d’améliorer la qualité du sol, de renforcer sa capacité de rétention d’humidité, de réduire les coûts d’achat d’intrants et d’augmenter les rendements agricoles. C’est un excellent moyen de transformer les déchets de cuisine en quelque chose de précieux afin que rien ne soit gaspillé.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Mme Nakigozi, expliquez-nous comment les communautés avec lesquelles vous travaillez luttent contre les ravageurs et les maladies dans les jardins verticaux.
NAKIGOZI :
Pour cela, nous utilisons actuellement des méthodes naturelles. L’une d’entre elles consiste à pulvériser de l’urine de lapin sur les plantes. Cela permet de lutter contre les ravageurs et de contrôler les maladies. Une autre méthode consiste à pratiquer la culture associée. Nous intégrons par exemple des oignons dans nos jardins verticaux, car ils aident à éloigner certains ravageurs. Nous utilisons aussi de l’ail. Nous pressons de l’ail et du piment afin d’en extraire un liquide que nous utilisons pour lutter contre les ravageurs. Une autre méthode consiste à épandre de la cendre sur le sol. Nous encourageons nos agriculteurs à privilégier ces méthodes naturelles aux pulvérisations chimiques, car elles sont sûres, abordables et très efficaces.
NAKIGOZI :
Pour cela, nous utilisons actuellement des méthodes naturelles. L’une d’entre elles consiste à pulvériser de l’urine de lapin sur les plantes. Cela permet de lutter contre les ravageurs et de contrôler les maladies. Une autre méthode consiste à pratiquer la culture associée. Nous intégrons par exemple des oignons dans nos jardins verticaux, car ils aident à éloigner certains ravageurs. Nous utilisons aussi de l’ail. Nous pressons de l’ail et du piment afin d’en extraire un liquide que nous utilisons pour lutter contre les ravageurs. Une autre méthode consiste à épandre de la cendre sur le sol. Nous encourageons nos agriculteurs à privilégier ces méthodes naturelles aux pulvérisations chimiques, car elles sont sûres, abordables et très efficaces.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Comment fabriquez-vous le pesticide à base d’urine de lapin ?
NAKIGOZI :
Sous les abris des clapiers, on installe des bâches ou des matériaux de toiture en pente, raccordés à une gouttière. Celles-ci recueillent l’urine des lapins dans des récipients tels que des jerricans. L’urine est ensuite diluée pour éviter qu’elle ne brûle les cultures, puis pulvérisée sur celles-ci en tant que biopesticide.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Quel est le rendement d’une ferme verticale classique ?
NAKIGOZI :
Chaque ferme verticale produit en moyenne entre 25 et 35 kilogrammes de légumes par mois, selon les pratiques de gestion. Cela représente environ 300 à 420 kilogrammes par ferme et par an.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
En quoi les jardins verticaux aident-ils les communautés urbaines à mieux résister aux effets du changement climatique ?
NAKIGOZI :
Bien sûr, ces jardins verticaux renforcent la résilience climatique de plusieurs façons. Premièrement, ils consomment beaucoup moins d’eau que l’agriculture conventionnelle. Deuxièmement, ils permettent aux familles de cultiver des denrées alimentaires toute l’année, ce qui les met à l’abri des aléas climatiques. Troisièmement, ils réduisent la dépendance vis-à-vis des marchés saisonniers. Grâce aux modules verticaux, il est possible de planter des cultures à tout moment. En cas de pénurie de certains produits, vous pouvez produire pour le marché en tant que jardinier vertical. L’autre aspect important est l’utilisation de compost et de fumier. Cela permet de protéger l’environnement de l’épandage d’engrais toxiques.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
De combien les revenus de ces communautés pratiquant l’agriculture verticale ont-ils augmenté ?
NAKIGOZI :
En moyenne, les revenus des ménages ont augmenté de 70 à 80 %. C’est une augmentation très importante. Nous les regroupons désormais. Au sein de ces groupes, ils forment des SACCO (groupes d’épargne). Au sein de ces SACCO, certains épargnent de l’argent. Grâce à une épargne régulière, ils peuvent accéder à des prêts. Nous leur dispensons également une formation aux compétences de base en agro-industrie, comme la tenue de registres, la maîtrise du numérique, la valorisation des produits et les relations avec les marchés.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
C’est un progrès formidable, Mme Nakigozi. Pourquoi est-il important d’impliquer les femmes dans l’agriculture verticale, en particulier au sein des communautés urbaines à faibles revenus ?
NAKIGOZI :
Les femmes sont au cœur de notre action et représentent plus de quatre-vingts pour cent (80 %) des participants à notre programme d’agriculture verticale, soit environ huit mille (8 000) personnes au total. Ce choix est délibéré, car les femmes jouent un rôle essentiel dans l’approvisionnement alimentaire et la nutrition des ménages au sein de nombreuses communautés africaines. Notre approche associe production alimentaire, création de revenus et durabilité environnementale, permettant ainsi aux femmes et à leurs familles de renforcer leur résilience à long terme tout en améliorant leur situation nutritionnelle.
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Comment les communautés urbaines souhaitant en savoir plus sur l’agriculture circulaire et régénérative dans des espaces restreints peuvent-elles contacter votre organisation, Mme Nakigozi ?
NAKIGOZI :
Elles peuvent contacter Women Gro Initiative Uganda. Nos numéros de téléphone sont le +256-752-610523 ou le +256-706303171, et notre adresse e-mail est info@womengro.org .
ANIMATEUR / ANIMATRICE :
Merci, Mme Nakigozi, pour l’excellent travail accompli par votre association à but non lucratif, Women Gro Initiative Uganda, qui permet aux communautés urbaines à faibles revenus de cultiver des denrées alimentaires dans de petits espaces grâce à des jardins verticaux, tout en intégrant des pratiques agricoles circulaires et régénératrices.
Dans l’émission d’aujourd’hui, nous avons également pu découvrir, grâce à M. Ndyabawe, fondateur de Simbula Ventures, une organisation qui forme les agriculteurs et agricultrices ruraux ougandais aux pratiques agricoles circulaires et régénératrices leur permettant de régénérer leurs terres et d’augmenter le rendement de leurs cultures.
Chers auditeurs et auditrices, merci de votre attention. Nous espérons que notre émission d’aujourd’hui, consacrée aux différentes approches de l’agriculture circulaire et régénérative dans diverses régions vous aura été instructive et informative. A bientôt pour la prochaine émission.
SIG TUNE UP, PUIS FADE OUT
Acknowledgements
Rédigé par : James Karuga, journaliste agricole, Kenya
Révisé par : Dismas Cheptoek, expert en agriculture régénérative, AidEnvironment (bureau d’Afrique de l’Est), et Aidah Sanyu, experte en agriculture régénérative, AidEnvironment (bureau d’Afrique de l’Est
Cette ressource est financée par la Fondation IKEA dans le cadre du projet « Plateformes de communication pour un dialogue durable et le partage des connaissances ».
Information sources
Myres Ndyabawe, fondateur et chef d’équipe, Simbula Ventures. 13 et 16 juin 2026
Lilian Nakigozi, fondatrice et directrice générale de l’initiative WomenGro en Ouganda. Les 5 et 19 juin 2026.
Documents :
De la crise à une croissance verte et résiliente : investir dans la gestion durable des terres et l’agriculture intelligente face au climat. Groupe de la Banque mondiale. Juin 2021.
Le lombricompostage est une méthode de compostage qui utilise des vers de terre pour transformer les déchets organiques… » Plant Village Africa. Reel Facebook. 23 juillet 2025. https://www.facebook.com/PlantVillageAfrica/videos/1836312050625589/