English

Script 92.8

Notes to broadcasters

Save and edit this resource as a Word document.

L’eau est un enjeu qui stimule discussion et action passionnées un peu partout sur la planète. Au Bénin, seulement 52% des ménages en milieu rural ont accès à de l’eau potable et salubre. Les maladies liées à l’eau comme les infections dues au ver de Guinée, la fièvre typhoïde et le choléra sont monnaie courante. Ici, comme dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, certaines communautés ont un accès très limité à l’eau, qu’elle soit potable ou non. Des villages entiers peuvent migrer quand il y a une sécheresse. Les conflits entre agriculteurs et éleveurs ou entre villages voisins sont fréquents autour des points d’eau.

Pourtant, l’accès à l’eau est un droit humain fondamental. La Convention internationale sur les droits économiques, sociaux et culturels reconnait le droit à l’eau. Cet accord international exige que les gouvernements assurent que de l’eau de bonne qualité soit disponible et accessible pour les citoyens, quel que soit leur statut socio-économique, et pas seulement pour ceux qui ont les moyens de se l’offrir.

Mais ce n’est pas le cas dans la plupart des pays. Dans les grandes villes, la privatisation ou la surfacturation de l’eau peut rendre celle-ci difficile d’accès pour les pauvres. Cela permet aux fournisseurs d’eau d’escroquer ceux qui ont besoin d’eau. Les scandales financiers, les détournements de deniers publics, la corruption, les ajustements structurels qui privatisent et réduisent la taille des agences étatiques, tout cela affecte la mesure dans laquelle les gens pauvres ont accès à l’eau. La corruption détourne les ressources et limite l’expansion des systèmes d’eau desservant les villages.

Selon le rapport 2006 des Nations unies sur l’eau, la corruption est une des raisons pour lesquelles 1,25 milliard de gens dans le monde ont un accès limité à de l’eau potable et salubre. Une étude sur les Objectifs de développement du millénaire au niveau de l’Afrique a montré que quelques 20 milliards de dollars US pourraient être détournés en Afrique sub-saharienne. Selon le Rapport 2008 de Transparency International sur la corruption dans le monde, le Bénin se classe 118ème mondial sur un total de 180 pays. Face à ces scandales, la vigilance citoyenne et la gestion participative des ressources en eau font cruellement défaut.

Ce texte raconte l’histoire d’un village qui décide que la gestion participative des systèmes d’irrigation est la meilleure manière de lutter contre la corruption dans le secteur de l’eau.

Ce texte est un mini-feuilleton basé sur d’authentiques interviews. Il pourrait vous servir d’inspiration pour conduire une recherche ou pour écrire un autre texte sur un sujet similaire touchant votre région. Alternativement, vous pourriez choisir de produire ce texte dans votre station, en ayant recours aux voix d’acteurs pour représenter les personnages. Le cas échéant, veuillez vous assurer d’informer l’auditoire, au début de l’émission, que les voix sont celles d’acteurs, et non celles des personnes impliquées dans l’interview originale.

Script

Personnages

Chef
Papa
Maman, (aussi présidente du groupement de femmes rizicultrices)
Awalé
Fifonsi
Groupement de femmes rizicultrices
Présentateur : Pacôme Tomètissi

Son de beuglement de bœuf, d’eau qui coule, d’oiseaux qui crient, de klaxons de voitures, de pas sur le sol et d’applaudissements.

Chanson locale sur l’eau, l’assainissement ou la corruption

Générique de l’émission pendant 30 secondes

Pacôme Tomètissi:
Bonjour à tous et merci de nous rejoindre, pour votre programme radio préféré. C’est Pacôme Tomètissi, au micro. L’émission d’aujourd’hui s’articule autour de l’eau et la corruption. Eh oui, vous avez bien entendu: l’eau et la corruption. L’eau c’est la vie. Elle est indispensable aussi bien pour la boisson que pour faire pousser les plantes et pour élever le bétail. Mais quand la corruption s’en mêle, bonjour les dégâts! Dans l’histoire que vous allez entendre dans un instant, un riche fils de la région de Djidja, au Bénin, a fait faire plusieurs milliers de bouteilles d’eau minérale avec sa photo dessus. Il comptait donner les bouteilles à un village dont la rizière et le bétail souffrent d’un manque d’eau. Suivez plutôt…

Sons du matin : coqs, etc. Sons de voix pêle-mêle.

Maman :
Fifonsi, debout! Vite, la jarre doit être remplie d’eau. Et tu sais qu’il faut trois allers et retours de la maison à la rivière pour faire le plein. (Sarcastique) Mais prends ton temps si tu veux arriver à l’école deux heures après l’heure comme hier.

Silence puis bruit de pas qui s’éloignent rapidement.

Fifonsi :
(Se parlant à elle-même) Huit kilomètres chaque jour avant l’école. Ce n’est vraiment pas facile d’être la benjamine.

Cri d’oiseau, bruit de l’eau de la rivière.

Fifonsi :
(Se parlant à elle-même) Pourvu que le crocodile ne surgisse pas comme la semaine dernière.

Bruit de pas qui s’éloignent. Fifonsi revient à la maison.

Bruit de bol puis bruit d’eau versé dans une bassine. Bruit de pas se rapprochant du micro.

Fifonsi sursaute. Elle pousse un cri et laisse tomber lourdement le bol dans la bassine d’eau.

Maman :
(Fâchée) Fifonsi, c’est la troisième fois que tu bois l’eau en très peu de temps. Chaque fois que tu ne vas pas à l’école, c’est ce que tu nous fais vivre. Tu bois comme un chameau quand il n’y a pas assez d’eau.

Papa :
(Au micro) C’est encore Fifonsi, toujours elle. Hier, sous prétexte que vous étiez en composition, tu es partie à l’école à sept heures sans puiser l’eau en laissant ta mère seule à la maison. Au lieu d’aller aux soins obstétricaux comme préconisé par la matrone, elle a dû aller puiser de l’eau. Tu as déjà bu trois fois aujourd’hui. Va tout de suite au marigot chercher de l’eau…sinon je te mets à genoux au soleil (Note de l’éditeur: c’est la façon dont son père veut la punir)!

Bruit de pas

Papa :
Fifonsi, avant de retourner à la rivière, apporte-moi ma radio.

Bruit de radio qu’on allume. La radio est réglée sur une station d’information.

Radio :
Bienvenue au bulletin d’information. Une somme de 10 milliards de francs CFA (Note de la rédaction: environ 19 millions de dollars US) à été détournée. Nous avons obtenu cette information de la Commission anti-corruption.

Papa coupe la radio et pousse un soupir.

Maman :
J’espère que j’ai mal entendu. Dix milliards de francs CFA détournés! Nous n’avons besoin que de cinq millions pour construire des digues afin d’irriguer notre rizière, en plus d’obtenir un abreuvoir pour le bétail. Ça, c’est ce qu’on appelle un scandale financier.

Papa :
On doit absolument faire quelque chose. Il parait qu’Awalé, notre frère homme d’affaires, sera dans notre région la semaine prochaine. Qu’il ne mette pas les pieds ici pour nous faire à nouveau des promesses électorales. Je vais voir le Chef. Il faut qu’on boycotte sa venue.

Pause de trois secondes puis bruit de pas.

Papa :
(Venant au micro) Que la paix soit sur cette maison. Bonjour Chef. Je suis venu vous voir à propos de la visite de notre frère, Awalé.

Chef :
Oui. Nous devons tous nous préparer pour l’accueillir. En tant que crieur public, tu es chargé de répandre la nouvelle dans tout le village. Et tu dois motiver tous ceux qui hésitent à venir l’accueillir.

Papa :
Chef, je vous respecte mais j’ai aussi une nouvelle et une proposition. Ce matin, la radio a annoncé un détournement de dix milliards de francs CFA. J’étais très fâché. Et puis, je me demande pourquoi on doit continuer à accueillir des gens qui n’en valent pas la peine. Awalé est passé maître dans les promesses non tenues.

Chef :
Je comprends ta résistance à l’accueillir. L’argent qui est détourné chaque année pourrait construire un bon système d’irrigation pour notre rizière et un abreuvoir pour notre bétail. Je me souviens des promesses d’Awalé avant les élections. Il a promis construire un dispositif d’irrigation et aussi un abreuvoir. Dès qu’il a été élu, paf! Il nous a oubliés! Ah ce n’était pas juste!

Papa :
Voilà pourquoi on devrait boycotter son arrivée.

Chef :
On ne refuse pas un appel; c’est son contenu qu’on peut refuser. Accueillons-le. Sinon nous n’aurons même pas une opportunité de lui rappeler qu’il a fait de fausses promesses.

Musique locale sur l’eau. Fondu sous un bruit de voiture.
Bruit de klaxons de véhicule. Bruits de moteur de voiture. La voiture s’immobilise. Bruits de portière qui s’ouvre.

Awalé :
Bonjour, chère population de Djidja.

Groupements des femmes :
Le Groupement des femmes souhaite la bienvenue au frère Awalé.

Awalé :
Merci, chères mamans, pour l’accueil que vous m’avez réservé. Je salue le conseil des riziculteurs et des éleveurs du village! Vous êtes venus nombreuses. J’en suis ravi.

Bruits d’applaudissements puis silence.

Chef :
Maman Fifonsi, apportez de l’eau à notre frère.

Bruit de pas venant au micro.

Maman :
Voici de l’eau. Encore une fois, soyez le bienvenu chez vous.

Bruit de gens parlant entre eux, dans la foule.

Awalé :
Merci de me donner de l’eau. En passant, il y a une voiture de mon convoi qui arrive. Elle est remplie de bouteilles d’eau minérale conçues spécialement avec ma photo. L’eau est pour vous! Vous pouvez en boire à volonté.

Chef :
M. Awalé?

Awalé :
Oui, Chef.

Chef :
Je vous remercie pour votre visite. C’est une grande joie de vous recevoir chez nous. Je veux aussi vous remercier pour l’eau minérale en bouteille. Néanmoins, je vous prie d’aller la donner à d’autres personnes qui en ont vraiment besoin.

Awalé :
Mais il y a deux mille bouteilles! Je les ai fabriquées à cinq mille francs l’unité dans ma compagnie. C’est une grosse perte si vous refusez.

Chef :
N’insistez pas. Les villages voisins ont besoin de bouteilles d’eau minérale avec votre photo. Nous, non. Je sais que vous savez pourquoi. Néanmoins, la présidente du groupement des femmes va vous rappeler les raisons de ce refus devant tout le monde. Chère population, j’ai refusé cette eau qu’on veut nous offrir en cadeau, qu’est-ce que vous en pensez?

Une voix dans la foule :
C’est une décision juste et bonne!

Présidente du groupement des femmes rizicultrices:
Merci mon Chef. Nous les femmes nous avons un grief sérieux contre Awalé. Il y a trois ans, il nous a promis qu’il construirait un dispositif d’irrigation pour notre rizière. Si nous avions un système d’irrigation, les crues ne détruiraient pas nos champs. Et on pourrait faire l’arrosage même quand il y a peu de pluies. Il a également promis de construire un abreuvoir pour le bétail. Mais après les élections, il nous a oubliés. Et voici qu’il débarque avec des bouteilles d’eau minérale. Cette eau coûte des millions de francs. Mais nous pourrions finir de boire toute cette eau en une journée! Ne comptez pas trop sur nous pour les prochaines élections.

Awalé:
Je vous remercie d’avoir ouvert votre cœur. Je puis vous assurer que ce n’est pas ma faute si vous n’avez pas accès à l’eau potable. Il y a tellement de choses à faire qu’on est souvent limité par le temps et les finances.

Papa:
Comment avez-vous pu faire embouteiller de l’eau minérale pour dix millions de francs par votre compagnie? D’où vient tout cet argent?

Awalé :
Ne parlons pas de ce dont nous avons déjà parlé. Parlons de nos problèmes. Ici, c’est ma région. Je tiens toujours mes promesses. Et vous verrez que – oui! Je ferai construire le dispositif d’irrigation de la rizière et celui du breuvage du bétail en un rien de temps!

Présidente du groupement de femmesriziculteurs:
Si ce n’est pas avant les élections nous ne le croyons pas!

Awalé:
Ce sera avant les élections. Donnez-moi une semaine. Mais avant, je vous prie d’accepter les bouteilles d’eau minérale au nom de l’amour que vous avez pour votre fils que je suis.

Chef :
Nous allons accepter cette eau en bouteille. Mais nous allons la garder à la coopérative agricole jusqu’à ce que vous teniez votre promesse. Si avant les élections vous ne tenez pas vos promesses, nous vous rendrons votre eau.

Musique locale sur l’eau, l’assainissement ou la corruption.

Fondu enchainé. Bruit de pas venant au micro.

Bruit et klaxon de voiture. Un petit silence puis bruit de pas venant au micro. Murmures puis, soudain, silence.

Chef :
Merci d’être venus à nouveau à la rencontre de notre frère Awalé. Il a promis d’être là après une semaine, et il a tenu sa promesse. (Courte pause) Il vient de me chuchoter quelque chose à l’oreille. C’est la plus belle nouvelle qui soit. Awalé est venu avec des gens pour construire le dispositif d’irrigation de la rizière, y compris des digues et des dispositifs d’évacuation d’eau.

Cris de joie, puis une salve d’applaudissements.

Chef :
Nous devons nous impliquer dans le processus, depuis la mise en place jusqu’à la gestion. Nous mettrons sur pied un comité villageois pour la gestion de la rizière. Je voudrais donner la parole au groupement des femmes rizicultrices.

Groupement des femmes rizicultrices :
Merci, M. Awalé, pour ce bonheur que vous nous offrez. La fin de nos problèmes approche. Maintenant, nous ouvrons un nouveau chapitre. Pendant que nous y sommes, nous devons dénoncer la corruption. Mais la meilleure manière de lutter contre ce fléau dans le secteur de l’eau, c’est d’être un exemple de transparence et d’intégrité. Je propose que le comité de gestion de la rizière soit formé de façon participative. Les membres devraient prendre des responsabilités à tour de rôle, et impliquer toutes les couches de la société, y compris les jeunes, les femmes, les pasteurs, les agriculteurs, les pêcheurs et autres.

Papa :
Discutons de comment nous allons gérer cela. Je crois que nous devons instaurer un système tel que tout le monde paye des frais mensuels ou annuels. Nous contribuerons tous en versant une modique somme pour entretenir les puits. Les rapports financiers devront être présentés publiquement et régulièrement.

Chef :
Cher peuple… assez parlé! Il faut que les techniciens commencent à travailler. Tous nos braves jeunes peuvent les y aider. Les femmes feront la cuisine pendant les trois jours de travaux. Je vous demande d’accepter avec moi les bouteilles d’eau minérales d’Awalé. Nous l’en remercions. Ce sont des millions de francs CFA. Allez! Tous au travail!

Bruit de pioches. Fondu enchainé sous la voix du Chef. Bruit de pas allant et venant.

Chef :
Vite, nous devons finir ce travail rapidement. Il faut construire les billons autour de chaque parcelle, de même que des systèmes de drainage pour évacuer l’eau en excès.

Musique sur l’eau, l’assainissement ou la corruption. Fondu enchaîné sous des applaudissements.

Chef :
Mon peuple, notre calvaire est derrière nous. Il y a quelques temps, notre bétail se noyait dans la rivière en voulant s’abreuver. Quand il y avait des crues, nous avions tous de l’insomnie, à force de rester éveiller des nuits entières pour maintenir la surveillance. Il y a quelques temps, les crues causaient d’énormes dégâts. Mais aujourd’hui, nous pouvons détourner l’eau de la rivière pour irriguer la rizière. Les éleveurs de bétail pourront abreuver leurs bêtes sur place. J’ai quelques mots pour le comité de gestion qui sera créé pour gérer la rizière et son dispositif d’irrigation: la gestion doit être aussi claire et aussi saine que l’eau. Et un mot pour la population: s’acquitter des cotisations est un acte citoyen.

Pacôme Tomètissi :
C’est la fin de notre émission. Merci de nous avoir écoutés. Bonne suite de programme sur votre radio. Salut!

Générique de l’émission pendant 30 secondes

Acknowledgements

  • Rédaction : Pacôme Tomètissi, journaliste et réalisateur, Réseau de réalisateurs et journalistes pour population et développement (ReJPoD), Bénin, partenaire radiodiffuseur de Radios Rurales Internationales.
  • Révision : Erik Nielsen, gestionnaire de programmes nationaux, Réseau d’Intégrité de l’Eau (WIN), et Alexandra Malmqvist, coordonnatrice adjointe des communications, Réseau d’Intégrité de l’Eau (WIN).

Information Sources

  • Transparency International, Rapport mondial sur la corruption – corruption dans le secteur de l’eau, 2008
  • Brochure de Water Integrity Network