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Le Rwanda est surnommé “pays des milles collines”, et c’est un des pays de la région des Grand Lacs.

Bien que le Rwanda jouisse d’abondantes ressources en eau, l’accès à l’eau potable n’est que de 54% en milieu urbain et de 44%, en zone rurale. Le gouvernement a récemment redoublé d’efforts pour assurer l’accès à l’eau potable et l’utilisation de l’eau dans les activités comme l’agriculture et l’élevage du bétail.

Cependant, certains projets du gouvernement ralentissent, d’autres échouent. Peut-être que c’est à cause de la corruption?

Dans ce texte, deux radiodiffuseurs parlent de la corruption dans le secteur de l’eau. Ils explorent certains des enjeux et des concepts qui sont impliqués dans la corruption.
Ce texte est une conversation entre deux animateurs, conversation basée sur d’authentiques interviews et sur des documents qui traitent de la corruption dans le secteur de l’eau. Il pourrait vous servir d’inspiration pour conduire une recherche ou pour écrire un autre texte sur un sujet similaire touchant votre région. Alternativement, vous pourriez choisir de produire ce texte dans votre station, en ayant recours aux voix d’acteurs pour représenter les personnages. Le cas échéant, veuillez vous assurer d’informer l’auditoire, au début de l’émission, que les voix sont celles d’acteurs, et non celles des personnes impliquées dans l’interview originale.

Script

Jean Paul :
Bonjour, chers auditeurs de Radio Salus. Comme d’habitude, il est temps de discuter différents sujets de la vie courante, ici dans notre pays. Comme vous le savez, le Rwanda lutte contre la corruption sous toutes ses formes. Cependant, la corruption persiste dans le pays. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, dans notre programme, nous allons aborder le sujet de la corruption dans le secteur de l’eau.

(Courte pause) Comme vous le savez tous, l’eau c’est la vie. L’eau est tout pour les humains. Cependant, l’eau est devenue un secteur d’exploitation, de «business» comme tant d’autres. C’est pour cette raison que nous parlons de la corruption dans le secteur de l’eau. Vous êtes en compagnie de Jean Paul Ntezimana et de Carine Umutoni. Bonjour, Carine!

Carine :
Bonjour, Jean Paul; bonjour chers auditeurs de Radio Salus, et bienvenus dans notre émission.
Jean Paul :
Maintenant que j’ai présenté Carine, je voudrais vous rappeler que nous allons parler de la corruption dans le secteur de l’eau. Mais, avant de commencer, nous pouvons nous poser quelques questions. Qu’est-ce que la corruption dans le secteur de l’eau? Est-ce que c’est boire beaucoup d’eau? Est-ce que c’est limiter l’accès à l’eau? Qu’est-ce que c’est? C’est ce que nous allons discuter dans le cadre du programme d’aujourd’hui. Soyez les bienvenus dans notre émission.

Musique thématique sur l’eau pendant 5-10 secondes

Carine :
Comme tu viens de le dire, Jean Paul, nous allons parler de corruption dans le secteur de l’eau. Nous utilisons l’eau pour nous laver, pour préparer de la nourriture, pour le transport maritime, pour l’agriculture et pour l’élevage du bétail, et pour beaucoup d’autres choses. Dis-moi, sur quelle partie du secteur de l’eau allons-nous nous concentrer? Je pense qu’avec toi, «l’agronome», comme on t’a surnommé, nous allons parler de l’utilisation de l’eau pour l’agriculture et l’élevage du bétail. Mais puis-je te poser une question, Jean Paul? Est-ce que l’eau pour l’agriculture et le bétail constitue un sujet de débat au Rwanda?

Jean Paul :
Carine, je crois que l’eau peut servir de sujet de débat puisqu’elle est très importante dans tout ce que nous faisons. C’est la vie, comme nous venons de dire. Alors, si nous parlons d’agriculture et d’élevage, ce sont là deux activités inséparables qui dépendent fondamentalement de l’eau. La population rwandaise est composée à 90% d’agriculteurs et d’éleveurs. L’eau, comme les autres secteurs de notre pays, est sujette à la corruption. Pour mieux aborder notre sujet, je vais vous faire écouter un éleveur de bétail à qui j’ai rendu visite dans le nord-est du pays. Il parle d’un projet de captage d’eau dans cette région.

Clip d’un éleveur du nord-est du Rwanda :
Il y a des projets liés à l’eau que le gouvernement initie à la campagne pour accroître le développement.Nous ne savons pas si ils sont corrompus ou pas. Par exemple, il y a un projet de développement ici chez nous. Il incluait une activité consistant à nous fournir de l’eau pour l’usage domestique et pour l’élevage du bétail. Mais la mise-en œuvre a été très lente. Nous ne savions pas combien de temps le projet durerait, quelles étaient les activités… Nous ne sommes que des «bénéficiaires» passifs. Nous avons entendu des rumeurs selon lesquelles les coordinateurs du projet changent souvent. Le projet semble corrompu. Nous savons que le gouvernement est contre la corruption. Mais il parait qu’il y a eu de la corruption dans les appels d’offre pour l’exécution des travaux de ce projet, il y a longtemps. Aujourd’hui, le projet aide certains éleveurs de bétail.

Jingle

Jean Paul :
Chers auditeurs, c’était là un des éleveurs du nord-est du pays. Carine, est-ce que tu as compris ce que cet éleveur de bétail du nord-est du Rwanda vient de dire? Moi, j’ai compris que «le projet de captage d’eau pourrait avoir fait face à la corruption ». Bien qu’il affirme que maintenant, la situation s’est améliorée, il dit que le début a été pénible. Le marché de captage de l’eau pour les puits des éleveurs de bétail a fait face à la corruption.

Carine :
Je pensais que la corruption était une question d’argent, une question de pots-de-vin. Autrement dit, quelqu’un donne un pot-de-vin afin qu’un individu ou une famille en particulier puisse recevoir beaucoup d’eau. Mais il s’agit de la corruption dans les situations où le gouvernement invite des compagnies à soumettre leur candidature pour des contrats de construction de systèmes publics de distribution d’eau!

Jean Paul :
Pas seulement cela, Carine! Il y a aussi la corruption des marchés, là où le népotisme peut jouer un grand rôle. Le népotisme consiste à donner à quelqu’un qu’on connaît (peut-être quelqu’un de sa propre famille) une opportunité d’emploi, même si la personne pourrait ne pas savoir quoi faire ou n’a pas des moyens de faire le travail! Cela peut aussi impliquer des pots-de-vin. Après, alors que le travail se fait, celui qui a payé le pot-de-vin pour recevoir le contrat peut ne pas être capable de terminer le travail avec succès. Il n’y a pas assez d’eau, et ce ne sont pas tous les bénéficiaires du projet qui sont servis. C’est peut-être pour ça que l’éleveur a dit «aujourd’hui le projet aide certains éleveurs»!

Carine :
Mais c’est grave! Imagine-toi, si un tel événement arrivait aux riziculteurs. Si le riz n’est pas suffisamment irrigué, il va mourir. Le riz ne peut pas résister! Ce genre de corruption est un gros handicap pour les agriculteurs! Mais, Jean Paul, pourquoi est-ce que l’éleveur n’a pas révélé le nom du projet? Il faut dénoncer et punir les malfaiteurs qui abusent nos agriculteurs et nos éleveurs!

Jean Paul :
Mais ne sais-tu pas que la corruption est un sujet tabou dans notre pays? On en parle, mais pas ouvertement. Et puis, les petits agriculteurs ont tendance à avoir peur des paroles qui accusent directement. Cependant, il faut quand même traduire les malfaiteurs en justice. Dans ce cas-ci, nous devons continuer d’enquêter afin de savoir ce qui s’est passé et afin de punir les personnes qui étaient impliquées.

Comme tu viens de mentionner les riziculteurs, j’ai parlé à Rutayisire, un ancien riziculteur de Butare. Il m’a dit qu’au cours des années passées la corruption était un problème pour eux.

Clip d’un riziculteur :
Avant, quand l’eau se faisait rare, nous devions acheter des bouteilles de bière locale de banane appelée «ururwagwa» aux dirigeants et à ceux qui avaient des champs en amont afin de pouvoir irriguer nos champs de riz. Quand on n’achetait pas ces bouteilles, le riz devenait jaune et la récolte était maigre. Mais le gouvernement est intervenu. Aujourd’hui, nous avons une personne en charge des questions relatives à l’eau. En d’autres termes, cette personne est chargée de partager l’eau entre toutes les parcelles cultivées. Ces parcelles reçoivent de l’eau à tour de rôle, alors il n’y a aucune inquiétude par rapport à la corruption parmi les riziculteurs, aujourd’hui.

Jean Paul :
Alors, tu vois, Carine, les riziculteurs de Butare ont résolu le problème de la corruption dans leur région.

Carine :
Mais une chose, Jean Paul, le gouvernement est intervenu. C’est peut-être pour cette raison que le Rwanda a la première place dans la région, dans la lutte contre la corruption.

Jean Paul :
Merci Carine pour cette information. Il pourrait être utile à nos auditeurs d’avoir quelques autres exemples de corruption en matière d’agriculture et d’irrigation. Parfois, la corruption se passe juste entre agriculteurs. Par exemple, certains agriculteurs qui sont en amont par rapport à d’autres agriculteurs pourraient faire dévier des cours d’eau pour irriguer seulement leurs fermes, ce qui nuirait aux agriculteurs en aval. Ils pourraient aussi polluer les rivières en amont en laissant de gros troupeaux de bétail déposer des excréments en amont ou endommager les rives des cours d’eau. Cela constituerait des pratiques injustes ou de corruption par des agriculteurs individuels.

Un autre type de corruption serait une situation où des gens riches ou politiquement puissants dans une région font du lobbying auprès du gouvernement pour installer des projets d’irrigation qui ne profitent qu’à eux-mêmes plutôt qu’à tous ceux qui ont besoin d’eau. Ces gens pourraient aussi coopérer avec des entreprises qui sont impliquées dans la construction de digues, de sorte qu’elles profitent essentiellement aux riches et aux puissants. Beaucoup de modèles d’irrigation ont la flexibilité d’ouvrir ou de fermer des digues pour laisser passer l’eau. Ceux qui contrôlent les digues peuvent se faire soudoyer pour les ouvrir au profit de ceux qui les payent.

Carine :
Oui, Jean Paul, je vois qu’il y a de nombreux types de corruption possibles en agriculture et en irrigation.

Jean Paul :
Ce ne sont là que des exemples fictifs. Mais est-ce que la corruption peut réellement être un problème dans le secteur l’eau? C’est la question que j’ai posée à M. Mupiganyi Apollinaire, Secrétaire Exécutif de Transparency Rwanda, une organisation non gouvernementale internationale qui lutte contre la corruption. Voici ce qu’il a répondu:

Clip Mupiganyi :
L’eau est un élément de base dont tout le monde a besoin. Quand l’eau n’est pas bien gérée, la corruption se produit sous forme de pots-de-vin, de coercition, de népotisme, et d’autres façons. Nous n’avons pas encore mené de recherche pour voir s’il y a corruption dans le secteur de l’eau, au Rwanda. Mais ça existe certainement au Rwanda, parce que cela existe dans d’autres pays. Nous ne sommes pas isolés des autres pays. Il est possible qu’il ait de la corruption ici, surtout quand l’eau se fait rare.

Jingle

M. Mupiganyi :
Il est important que tout le monde combatte la corruption dans le secteur de l’eau. Cela est important, que l’on soit distributeur ou bénéficiaire d’un projet relatif à l’eau. L’eau est un élément de base, comme je l’ai dit. La corruption en matière d’eau est comparable à la corruption dans les services de soins médicaux. La distribution d’eau sale peut causer la mort! La mort peut aussi survenir quand l’eau est détournée et empêche les agriculteurs de produire de la nourriture. La distribution inégale de l’eau est aussi une violation des droits humains fondamentaux. Nous avons tous droit à l’eau. Une telle inégalité peut créer des sentiments de colère de la population contre ceux qui sont au pouvoir. Ainsi, quand la corruption est découverte, il est très important de la combattre sérieusement. Nous, à Transparency Rwanda, nous allons effectuer une recherche pour trouver des solutions là où nous découvrirons qu’il y a corruption dans le secteur de l’eau, au Rwanda.

Jean Paul :
Carine, tu as compris pourquoi ces malfaiteurs ne sont pas sanctionnés?

Carine :
Il n’y a pas encore eu suffisamment d’enquêtes sur le problème de la corruption dans le secteur de l’eau au Rwanda pour identifier les corrompus.

Jean Paul :
Oui, c’est vrai. (Pause) Il pourrait être utile,pour nos auditeurs, de considérer quelques-uns des différents types de corruption. Par exemple, Carine, sais-tu ce que c’est que la «petite corruption»?

Carine :
Je suppose que c’est la corruption qui n’implique pas de grosses sommes d’argent. Est-ce que c’est ça?

Jean Paul :
En gros, c’est ça, Carine. Par exemple, la «petite corruption» se produit quand des agents de la fonction publique, de bas ou de moyen niveau, reçoivent de l’argent de certaines personnes pour faire des connections illégales avec un système d’eau.

Carine :
Alors, il doit y avoir un nom pour le genre de corruption qui implique les fonctionnaires de plus haut rang et des sommes d’argent plus importantes. N’est-ce pas?

Jean Paul :
Oui. Quand les leaders du gouvernement ou d’autres agents haut placés changent des règlements ou des politiques ou des arrangements pour leur propre bénéfice privé, on appelle cela «grande corruption». Cela peut impliquer beaucoup d’argent. Je vais te donner un exemple de «grande corruption» qui a eu lieu dans le sud de l’Afrique, au Lesotho. Le Projet Lesotho Highlands Water était un projet de 8 milliards de dollars américains visant à fournir de l’eau à l’Afrique du Sud et de l’électricité au Lesotho. Plus de 6 millions de dollars ont été échangés, en pots-de-vin, dans le but d’obtenir des contrats et des promesses dans le cadre du processus d’appel d’offres. Le gouvernement du Lesotho a porté l’affaire en cour de justice et a obtenu la condamnation de compagnies et de consultants tant locaux qu’internationaux.

Carine :
C’est formidable que le gouvernement du Lesotho ait eu le courage et ait pris l’initiative de porter l’affaire en cour.

Jean Paul :
Oui, en effet. Pour clôturer notre émission, nous pouvons suggérer que des enquêtes soient menées sur la corruption dans le secteur de l’eau, au Rwanda, et que…

Carine :
(Interrompant Jean Paul) … Et que les agriculteurs et éleveurs soient informés sur tous les détails des projets relatifs à l’eau dont ils sont bénéficiaires. Ainsi, ils pourront contrôler et dénoncer les cas de corruption quand ils se manifestent. Toutefois, nous ne pouvons pas achever cette émission sans vous rappeler, chers agriculteurs, que récemment, Transparency Kenya a publié un rapport sur l’état de la corruption dans les pays d’Afrique de l’Est. Ce même rapport présente le Rwanda comme le pays le moins corrompu de la région.

Une chanson thématique sous la voix de Jean Paul, crescendo vers la fin

Jean Paul :
Je crois que tu as raison et merci pour cette information. Merci Carine et merci chers auditeurs de Radio Salus, je crois que vous comprenez qu’il y a probablement de la corruption dans le secteur de l’eau. Si vous trouvez qu’un projet d’eau potable ou de captage d’eau pour l’élevage ou pour l’agriculture stagne, essayez de l’analyser pour voir s’il n’y aurait pas de corruption qui pourrait handicaper vos activités agricoles.
C’est ici que nous clôturons notre émission. Merci de votre aimable attention. Vous étiez en compagnie de Carine Umutoni et de Jean Paul Ntezimana. À la prochaine!

Carine :
Bye bye!

Indicatif de fin

Acknowledgements

Rédaction : Jean Paul Ntezimana, rédacteur confirmé, Radio Salus, Butare, Rwanda, partenaire radiodiffuseur de Radios Rurales Internationales.
Révisé par : Erik Nielsen, gestionnaire de programmes nationaux, Réseau d’Intégrité de l’Eau (WIN), et Alexandra Malmqvist, coordonnatrice adjointe des communications, Réseau d’Intégrité de l’Eau (WIN).

Information Sources

Interviews :
Un éleveur d’Umutara, 13 mai 2010
Mupiganyi Apollinaire, Transparency Rwanda, juin 2010
Rutayisire, un riziculteur de Butare, 10 août 2010

Documents :
République du Rwanda. Ministère des Terres, de L’environnent, des Forêts, de L’eau et des Mines, 2004. Politique sectorielle de l’eau et de l’assainissement.
http://amis.minagri.gov.rw/sites/default/files/user/Politique_sectorielle_de_leau_et_de_lassainissement_octobre_2004_0.pdf
Transparency International Kenya, 2010. East Africa Bribery Index 2010
http://www.tikenya.org/documents/EABI-2010.pdf