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L’élevage laitier est une activité agricole importante au Kenya. Il fournit du lait pour la consommation, contribuant ainsi à l’amélioration de la nutrition, et la vente du lait et des veaux rapporte un revenu aux agriculteurs. L’élevage laitier fournit également du travail dans le domaine des services de soutien, par exemple, le transport de lait, la prestation de services d’insémination artificielle, la fabrication d’équipement laitier, la production et la commercialisation de fourrage et les services financiers, entre autres.

Le présent texte radiophonique explique comment stocker du fourrage de haute qualité pour les vaches laitières en préparant du foin et de l’ensilage en saison pluvieuse. Pendant l’hivernage, les agriculteurs disposent souvent de plus de fourrage qu’ils n’en ont besoin, et ce fourrage est gaspillé ou reste sur les exploitations agricoles jusqu’à ce que la qualité se détériore. En coupant et en conservant le fourrage, les paysans peuvent cultiver, récolter une deuxième fois ou utiliser la terre à d’autres fins.

Ce texte est basé sur les interviews réelles. Vous pouvez vous en inspirer pour faire des recherches et rédiger un texte radiophonique sur un sujet similaire dans votre région. Sinon, vous pourriez faire interpréter le texte par des comédiens et des comédiennes de doublage dans votre station à la place des intervenants. Si tel est le cas, assurez-vous d’informer votre auditoire au début de l’émission qu’il s’agit de voix de comédiens, et non celles des personnes impliquées dans les interviews originales.

Vous pourriez utiliser le texte radiophonique comme document de recherche ou vous en inspirer pour réaliser vos propres émissions sur les avantages liés au stockage du fourrage. Entretenez-vous avec des producteurs laitiers, des agents agricoles et d’autres spécialistes.
Vous pourriez leur poser des questions :

  • Quel est l’historique de l’élevage laitier dans la région?
  • Quels problèmes les petits producteurs laitiers rencontrent-ils?
  • Quelles solutions ont-ils trouvées à ces problèmes?
  • Quels avantages supplémentaires les producteurs ont-ils en adoptant ces solutions?

En plus de vous entretenir directement avec des producteurs et d’autres spécialistes, vous pourriez vous en inspirer pour une tribune téléphonique ou une émission avec envoi de messages textes.

Durée estimée du présent élément : 25 minutes avec l’indicatif sonore, l’intro et l’extro.

Script

ANIMATEUR:
Bonjour et bienvenue à votre émission agricole préférée. Mon nom est _____.

L’élevage laitier est une source de revenus majeure pour les agriculteurs kényans. Les petits éleveurs produisent du lait pour la consommation familiale et pour en vendre aux consommateurs sur le marché informel et aux transformateurs. Ils gagnent aussi de l’argent en vendant les veaux et les génisses. La production laitière fluctue en fonction de la disponibilité des aliments pour animaux. En saison pluvieuse, il y a une surabondance de lait et les prix baissent. En saison sèche, l’offre de lait diminue et les prix augmentent, et les consommateurs ressentent le coup. Toutefois, les producteurs laitiers qui ont assez d’aliments pour animaux sont heureux de gagner plus.

Dans cette émission, nous découvrons comment les producteurs laitiers peuvent tirer profit des prix élevés du lait en saison sèche en stockant suffisamment de fourrage pour leurs vaches laitières.

EFFETS SONORES:
Montée de l’indicatif sonore, qui s’estompe ensuite sous la voix de l’animateur.

EFFETS SONORES:
BRUITS D’UN HACHOIR DE FOURRAGE, MEUGLEMENT DE VACHES ET DE VEAUX.

ANIMATEUR:
Je suis dans le village de Ndathiine, dans la circonscription de Githunguri du comté de Kiambu, au centre du Kenya. Madame Mary Muchai et ses deux ouvriers agricoles sont occupés à hacher l’herbe à éléphant pour nourrir ses vaches laitières. Avec son mari, elle élève des vaches laitières et des poules qui sont leurs principales sources de revenus depuis plus de 18 ans.

MADAME MUCHAI:
Je travaillais pour une société à Nairobi, mais j’ai quitté en 2000 lorsque celle-ci fut sur le point de fermer et que les salaires n’étaient plus réguliers. Je suis revenue à la maison et j’ai démarré l’élevage laitier. Je me suis associée à une société de transformation de lait appelée Fresha, et je leur livrais par jour sept kilogrammes de lait que me procuraient mes deux vaches.

La production de lait était faible, car les bêtes n’étaient pas bien nourries et elles n’étaient pas vraiment des vaches hautes productrices. C’était des animaux fondateurs. (Note de la rédaction: Les animaux fondateurs sont les vaches que les éleveurs choisissent pour démarrer leur programme de sélection. L’éleveur définit les caractéristiques qu’il ou elle souhaite obtenir de la sélection. Par exemple: une haute production de lait, un bon tempérament, une efficacité à produire plus de lait avec la même quantité d’aliments que ne l’aurait fait une vache moins efficace et une tolérance aux extrêmes de température. Ensuite, les animaux fondateurs sont inséminés avec la semence de taureaux ayant les qualités recherchées).

Alors, j’ai économisé l’argent de mes ventes de lait, contracté un prêt et acheté une autre bête. J’ai continué ainsi jusqu’en 2008 quand j’ai eu six vaches, et je me suis par la suite concentrée sur l’amélioration de la qualité des vaches par l’insémination artificielle. Je garde les bonnes génisses (Note de la rédaction: bovin femelle qui n’a pas encore eu de veau) et je vends les mères (Note de la rédaction: mère d’un veau), et j’utilise l’argent pour entretenir les animaux ou subvenir aux besoins de la famille comme payer les frais de scolarité.

ANIMATEUR:
La répartition des rôles est intéressante. Dans la plupart des fermes que je visite et où le mari et la femme sont des éleveurs, je trouve que les hommes ont une préférence pour les vaches laitières tandis que les femmes ont tendance à préférer la volaille.

MADAME MUCHAI:
(RIANT) Quand nous avons commencé, nous avons examiné ce qui intéressait chacun de nous et nous avons trouvé que j’avais un penchant pour les vaches et que mon mari aimait la volaille. Il n’est pas nécessaire de faire quelque chose qui ne vous passionne pas. Comme j’aime les vaches, je prends bien soin d’elles. Même lorsqu’il y a des problèmes, je persévère jusqu’à ce que la situation s’améliore.

ANIMATEUR:
Quelle quantité de lait vendez-vous?

MADAME MUCHAI:
En ce moment, je livre chaque jour à Fresha 300 kilogrammes de lait que me procurent 11 vaches laitières. Avec ça, j’arrive à payer mes ouvriers, entretenir les bêtes et réaliser un bénéfice. J’aimerais continuer à augmenter le nombre des bêtes, mais ce n’est pas facile d’en prendre soin sur cette ferme d’une acre.

ANIMATEUR:
Cela fait une production moyenne de 27 kilogrammes de lait par vache, par jour. C’est assez exceptionnel pour un élevage avec zéro-pâturage et la taille de votre ferme. (Note de la rédaction: Dans un système avec zéro-pâturage, les vaches sont ravitaillées avec tous leurs aliments et toute leur eau. Elles sont confinées dans une étable et ne vont pas brouter dans les pâturages.) Comment parvenez-vous à obtenir et à maintenir ce résultat?

MADAME MUCHAI:
Comme vous pouvez le voir, j’ai de l’herbe à éléphant qui pousse sur une partie inférieure de la ferme et deux autres acres que me louent des voisins pour fournir du fourrage frais aux animaux. Mais ce n’est pas suffisant. Ces bêtes ont besoin de beaucoup plus.

J’achète de l’herbe mise en balles à des agriculteurs de Nakuru entre août et novembre, quand les prix sont bas et l’herbe de bonne qualité. J’ai de bonnes relations de travail avec certains agriculteurs là-bas et je peux avoir une balle d’herbe de Rhodes Boma pour ma ferme à 150 shillings kényans (1,50 $ US). Parfois, je loue une terre pour cultiver de l’herbe. Mais c’est difficile à cause de la distance qui sépare ma ferme laitière à Githunguri des terres louées à Nakuru. Alors, je préfère acheter de l’herbe déjà en balles.

ANIMATEUR:
Quels sont vos critères de choix pour le fourrage que vous servez à vos bêtes?

MADAME MUCHAI:
Premièrement, la qualité, puis le prix, et les quantités nécessaires. J’achète entre août et novembre quand les prix sont bas et de l’herbe verte et de bonne qualité. Après décembre, la saison sèche arrive rapidement et la qualité de l’herbe fraîchement mise en balles commence à baisser. J’ai noué de bonnes relations de travail avec certains agriculteurs de Nakuru et je peux avoir une balle d’herbe de Rhodes Boma à 150 shillings kényans (1,50 $ US) et une balle de luzerne à 170 shillings kényans (1,70 $ US). Le truc consiste à commencer à faire ou acheter du fourrage lorsqu’il y a beaucoup de fourrage vert dont peuvent se nourrir les animaux.

ANIMATEUR:
Cela signifie que vous pouvez constamment produire du lait en saison sèche lorsque le fourrage se fait rare et que la demande pour le lait est élevée et que les prix sont bons. Quelle différence y a-t-il entre le prix du lait en saison pluvieuse et en saison sèche?

MADAME MUCHAI:
Eh bien! Pour ceux d’entre nous qui livrent à Fresha, les prix ne varient pas considérablement. Ils vont de 32 à 40 shillings kényans (0,32 $ US et 0,40 $ US). Mais pour les autres éleveurs, c’est énorme. Pendant l’hivernage, ils vendent le kilogramme à pas plus de 24 shillings. Et, parfois, ils n’ont rien du tout à vendre. Cependant, si nous sommes capables de conserver assez d’aliments pour nos animaux, alors nous pouvons gagner plus en saison sèche.

ANIMATEUR:
Sous quelles formes servez-vous l’herbe aux vaches?

MADAME MUCHAI:
Nous avons un hachoir à herbe motorisé. Nous pouvons donner l’herbe directement aux bêtes, mais par expérience, nous avons appris à hacher l’herbe en petits morceaux pour qu’elle soit plus facile à mastiquer et à avaler. Cela facilite la digestion et réduit le gaspillage.

Avant de les nourrir, nous trempons l’herbe sèche dans de l’eau et la mélangeons avec de l’herbe à éléphant vert hachée pour la rendre plus appétissante et délicieuse pour les vaches. Au début, on trempait l’herbe sèche dans de la mélasse toute la nuit pour la rendre plus délicieuse. Mais quand nous n’avons pas de mélasse, les vaches ne mangent pas l’herbe!

Nous mélangeons trois balles d’herbes avec une balle de foin de luzerne. Nous donnons également aux vaches un supplément de repas et des sels minéraux, en fonction de leur production de lait et leur poids.

ANIMATEUR:
Comment savez-vous que le foin que vous achetez est de bonne qualité?

MADAME MUCHAI:
J’achète chez des agriculteurs fiables qui prennent soin de leurs champs d’herbe. Un foin de bonne qualité est feuillu et de couleur verdâtre. Comme je l’ai dit, le foin récolté après décembre est généralement moins feuillu et n’est que de la paille de qualité inférieure. Un bon foin contient très peu ou aucun corps étranger. Ce qui signifie que l’exploitation agricole où il a poussé était exempte de mauvaise herbe. Il n’a pas d’odeur non plus. Si le foin sent mauvais, alors il se peut qu’il ait été mis en balle avant d’avoir séché au champ pour réduire la teneur en eau. Cela n’est pas bon pour les vaches. Nous devons nous assurer de conserver le foin dans un endroit sec, à l’abri de la pluie. Nous avons un entrepôt qui peut contenir jusqu’à 5000 balles de foin.

ANIMATEUR:
C’était la productrice laitière madame Mary Muchai du village de Ndathiine, à Githunguri, qui nous expliquait comment elle s’arrange pour maintenir constamment la production de lait dans sa ferme laitière tout au long de la saison sèche.

Avoir une activité laitière fructueuse exige une étroite collaboration avec les agents de vulgarisation en matière d’élevage et d’autres prestataires de services. Monsieur Mathew Muigai est agent de vulgarisation en matière d’élevage dans la région, et il m’a accompagné lors de cette visite à la ferme de madame Mary Muchai. Il explique trois importants critères à prendre en compte dans la production laitière.

MONSIEUR MUIGAI:
Il y a trois éléments importants à prendre en compte pour avoir une ferme laitière prospère. Le premier et la gestion de la qualité. Les aliments de qualité sont le deuxième élément et la génétique de qualité est le troisième élément. La gestion de la qualité inclut toutes les consignes de routine, y compris l’habitat, pour mettre les animaux à l’aise et à l’abri des organismes nuisibles et des maladies. Une alimentation de qualité consiste à fournir aux bêtes un régime alimentaire équilibré pour maintenir leurs principales fonctions physiques, telles que la croissance et la reproduction, et développer une bonne production de lait.

La génétique de qualité implique l’amélioration du potentiel génétique des animaux pour leur permettre de produire de grosses quantités de lait. Dans les systèmes avec zéro-pâturage comme la ferme de madame Muchai, il est financièrement intéressant d’élever des animaux qui ont la capacité de produire au moins 20 kilogrammes de lait par jour. Nous conseillons aux éleveurs d’utiliser du sperme provenant de techniciens et de fournisseurs certifiés en insémination artificielle. L’utilisation de taureaux de village ne garantit pas l’amélioration du potentiel génétique de la vache à produire du lait.

ANIMATEUR:
Que voulez-vous dire par régime alimentaire équilibré? Pouvez-vous expliquer s’il vous plaît?

MONSIEUR MUIGAI:
Un régime alimentaire équilibré inclut le régime de base, les aliments concentrés pour animaux, les sels minéraux, ainsi que de l’eau potable en quantité suffisante. Le régime de base comprend les matières végétales fibreuses appelées fourrages qui incluent l’herbe fraîche, le foin, la paille et les épis de maïs débarrassés des grains. Ces aliments comblent les besoins énergétiques des bêtes et constituent le gros du régime, à savoir 30 à 70 %, en fonction de la qualité des aliments. Avec un bon régime de base, une vache laitière doit vous procurer sept kilogrammes de lait par jour sans avoir consommé d’aliments concentrés. Après ça, pour chaque kilogramme supplémentaire d’aliments concentrés, la vache doit vous fournir plus de 1,5 kg de lait pour chaque kilogramme d’aliment concentré qu’elle consomme. Les éleveurs doivent cesser d’augmenter les aliments concentrés lorsqu’ils n’obtiennent pas l’augmentation correspondante au niveau de la production laitière, et quand le revenu de la quantité supplémentaire de lait ne compense pas le coût des aliments donnés en complément.

ANIMATEUR:
C’était monsieur Mathew Muigai, un agent de vulgarisation en matière d’élevage à Githunguri.

EFFETS SONORES:
BRUIT D’UNE VOITURE QUI DÉMARRE. AUGMENTE PENDANT TROIS SECONDES PUIS BAISSE. DISPARAÎT SOUS LA VOIX DE L’ANIMATEUR, PUIS BRUIT D’UN TRACTEUR QUI SE FAIT ENTENDRE SOUS LA VOIX DE L’ANIMATEUR.

ANIMATEUR:
Je quitte la ferme laitière de Mary Muchai et me dirige vers le nord pour me rendre dans le comté agricole de Nakuru, vers les berges herbeuses du fleuve Rongai, au village de Koisamo, dans le sous-comté de Rongai.

EFFETS SONORES:
MONTÉE DE BRUITS PENDANT TROIS SECONDES, PUIS BAISSE SOUS LA VOIX DE L’ANIMATEUR.

ANIMATEUR:
Je rencontre monsieur Frank Chesingei qui supervise de jeunes hommes qui chargent des balles de foin sur un tracteur-remorque. Un tracteur traînant une presse à fourrage est en train de finir un bout de la ferme, avec environ 20 acres d’herbes coupées soigneusement. Il risque de pleuvoir d’une minute à l’autre, et monsieur Chesingei crie aux jeunes de travailler plus vite.

EFFETS SONORES:
LE BRUIT DU TRACTEUR AUGMENTE, PUIS BAISSE SOUS LA VOIX DE L’ANIMATEUR.

ANIMATEUR:
On dirait qu’il va pleuvoir aujourd’hui!

MONSIEUR CHESINGEI:
En effet. Mais si ça pouvait attendre une heure encore, ce serait une bonne chose. Je vais mettre ce lot à l’abri et ensuite j’attendrai que l’herbe coupée repousse. S’il pleut suffisamment, je couperai à nouveau après quatre mois.

ANIMATEUR:
De quelles sortes d’herbes s’agit-il?

MONSIEUR CHESINGEI:
J’ai de l’herbe de Rhodes Boma et de l’herbe étoile locale. Ce ne sont pas toutes les herbes qui sont bonnes pour faire du foin. L’herbe de Rhodes Boma est bonne pour les éleveurs qui ont des vaches laitières. Nous gardons l’herbe étoile pour nos bêtes pendant les mois de sécheresse de janvier à mars. Elle est bonne pour les bœufs.

ANIMATEUR:
Combien faut-il de temps pour faire des balles avec l’herbe de cette ferme?

MONSIEUR CHESINGEI:
Le tracteur est en bon état, donc une journée suffit. Nous commençons tôt le matin! Nous laissons l’herbe sécher dans le champ pendant une journée.

ANIMATEUR:
< Pourquoi récoltez-vous l’herbe? Pourquoi ne pas laisser vos bêtes paître librement?
MONSIEUR CHESINGEI:
Le lait ne se vend pas à de bons prix ici. Autrefois, j’élevais du bétail, mais les rendements n’étaient pas bons. Les bêtes rapportent plus lorsqu’on les vend pour leur viande plutôt que lorsqu’on les élève pour le lait. Après un ami d’un autre village m’a informé qu’il y a un marché pour l’herbe de Rhodes Boma mise en balles. J’ai fait un test et les rendements n’ont pas été aussi décevants que l’élevage des vaches pour le lait. Nous avons deux saisons pluvieuses ici, dont une qui dure d’avril à août et l’autre d’octobre à novembre. Nous avons deux récoltes d’herbe et une seule récolte de maïs. Nous possédons toujours de grands lopins de terre et la demande des producteurs laitiers pour l’herbe est élevée dans les hauts plateaux, près de Nairobi. Nous vendons la balle d’herbe de Rhodes Boma à 150 shillings kényans (1,50 $ US) et parfois jusqu’à 300 shillings kényans (3 $ US) lorsque nous l’entreposons pour la saison sèche. C’est une bonne affaire.

ANIMATEUR:
Que faut-il pour produire un foin de haute qualité?

MONSIEUR CHESINGEI:
Il faut d’abord avoir des semences de bonne qualité, labourer la terre pour qu’elle ait une bonne texture, et bien gérer le champ pour s’assurer que les champs d’herbes sont en bonne santé et qu’il ne s’y trouve pas de mauvaises herbes. Pour l’élevage laitier, le Rhodes Boma est la variété d’herbe recommandée pour la fabrication de foin dans cette région du Kenya. Il procure un rendement plus élevé par acre. Avec une bonne gestion, une acre produit jusqu’à 200 balles de 15 kilogrammes. Nous récoltons quand l’herbe est en fleur. Quand vous observez le champ, vous pouvez voir un mélange de plants en pleine floraison et ceux dont les glands s’apprêtent à s’ouvrir. Si nous voulons des semences, nous les laissons fleurir complètement, puis nous récoltons les graines avant de couper l’herbe.

Comme j’ai une grande terre, j’utilise un tracteur pour gagner du temps et économiser les coûts. Mais vous pouvez couper l’herbe manuellement en employant une main-d’œuvre humaine ou des tondeuses attelées à un tracteur.

ANIMATEUR:
À quoi reconnaissez-vous que l’herbe est prête à être mise en balles.

MONSIEUR CHESINGEI:
Nous la laissons généralement sécher dans le champ pendant deux jours avant de la mettre en balles. Le moyen idéal est de la faire sécher sous un toit, afin qu’elle ne perde pas sa couleur verte et ses éléments nutritifs. Pour vérifier si l’herbe est prête à être mise en balle, prenez une tige d’herbe et essayez de la casser. Si elle plie trop sans se casser, alors elle n’est pas prête à être mise en balles. Si elle se casse facilement, alors c’est qu’elle est trop sèche.

ANIMATEUR:
Quelles possibilités s’offrent aux petits producteurs de balles qui ne veulent pas vendre leur herbe, mais préfèrent les conserver pour une utilisation ultérieure?

MONSIEUR CHESINGEI:
J’apprends généralement à mes camarades agriculteurs à faire des balles manuellement. Nous utilisons une boîte de foin en bois qui a 85 centimètres de long, 55 centimètres de largeur et 45 centimètres de profondeur, et qui s’ouvre aux deux extrémités. Cette boîte produit une balle qui pèse environ 20 kilogrammes. Cependant, si des agriculteurs conservent du foin pour leurs propres besoins, ils peuvent en faire de plus gros. Étendez les cordes à l’intérieur de la boîte, placez l’herbe dans la boîte, puis attachez-la avec les cordes, et voilà vous avez votre balle de foin. Nous conservons les balles dans un entrepôt pour les mettre à l’abri de la pluie, de la lumière naturelle directe et des rongeurs comme les rats qui peuvent endommager le foin.

ANIMATEUR:
Jusqu’à quel point sèchent-elles dans cette région?

MONSIEUR CHESINGEI:
Elles deviennent très sèches de décembre jusqu’au début de la longue saison pluvieuse, en avril. Mais nous nous arrangeons pour régler le problème de l’insuffisance des herbes. Lorsque la saison sèche est rude et longue, une balle d’herbe peut coûter jusqu’à 400 shillings kényans (4 $ US). L’eau demeure un gros problème pour nous. Nous dépendons du fleuve Rongai, mais les fermes horticoles et l’horticulture pratiquée en amont ont rendu le débit fluvial saisonnier et font beaucoup souffrir les éleveurs de bétail installés en aval. Les gens sont obligés de faire parcourir de longues distances à leurs bêtes pour avoir de l’eau. Pouvez-vous imaginer une situation où vous n’avez ni eau ni herbe ? C’est une double calamité.

ANIMATEUR:
En effet. C’est un véritable cauchemar pour les agriculteurs. Au moins, en stockant du fourrage, vous avez réglé la moitié du problème.

Je remercie monsieur Frank Chesingei et lui souhaite bon courage alors qu’il s’apprête à pleuvoir. Nous allons nous abriter dans un de ses entrepôts d’herbe.

EFFETS SONORES:
BRUIT DE PLUIE PENDANT TROIS SECONDES PUIS BAISSE. COURT INTERMÈDE MUSICAL.

ANIMATEUR:
Bienvenue à l’émission. Nous avons vu comment les agriculteurs gèrent le manque de fourrage pour leurs animaux en mettant en balles et en entreposant l’herbe sous forme de foin. D’autres agriculteurs préfèrent l’ensilage qui est plus nourrissant.

Madame Sarah Makokha est éleveuse, formatrice au Centre agricole et de démonstration d’Eldoret, au Kenya, à environ 400 kilomètres au nord de Nairobi. Elle est également une productrice laitière. Je lui ai rendu visite dans sa ferme au centre commercial de Maili Nne, près de la ville effervescente d’Eldoret. Elle élève quatre vaches laitières sans recourir aux pâturages, et explique comment elle fait de l’ensilage pour ses vaches.

MADAME MAKOKHA:
Nous faisons de l’ensilage pour nos animaux, car il est plus nourrissant que l’herbe, et c’est un bon supplément pour notre foin et l’herbe à éléphant. L’ensilage nous aide à réduire la quantité d’aliments concentrés pour animaux que nous donnons à nos vaches. Nous utilisons le maïs vert qui est en fait la meilleure culture pour la fabrication de l’ensilage, car il n’a pas besoin qu’on y ajoute d’additifs comme la mélasse afin d’accélérer la fermentation. Vous pouvez aussi faire de l’ensilage avec le sorgho, l’avoine, l’herbe à éléphant, le desmodium ou la luzerne. Nous hachons et stockons ces cultures dans des sacs en polyéthylène hermétiques lorsque nous voulons utiliser l’ensilage deux ou quatre mois plus tard. Si nous voulons conserver de quantités plus importantes plus longtemps, nous utilisons une fosse d’ensilage. Puis, nous pouvons utiliser le contenu de la fosse d’ensilage en saison sèche.

ANIMATEUR:
Le processus de fermentation empêche la matière hachée de se décomposer et vous permet de conserver le fourrage plus longtemps. À quel stade récoltez-vous la culture pour faire l’ensilage?

MADAME MAKOKHA:
Nous coupons le maïs quand les grains sont au stade laiteux. (Note de la rédaction: Les grains sont au stade laiteux pâteux lorsque vous pressez ou écrasez le grain et qu’il en sort du lait. À ce stade, les grains contiennent assez de sucres solubles dans l’eau pour faire de l’ensilage.) Si la culture contient beaucoup d’eau, alors nous la laissons sécher au soleil pendant une journée pour réduire la teneur en eau.

Nous hachons la plante en entier à la main ou avec des hacheurs mécaniques pour obtenir de petits morceaux d’environ un pouce de long. Les petits morceaux facilitent le compactage de la matière et l’expulsion de l’air. L’air peut amener la matière à se décomposer plutôt qu’à fermenter. En règle générale, tous les fourrages d’animaux doivent être hachés de sorte à ne pas être plus longs que le museau de la vache pour permettre à celle-ci de le mastiquer plus facilement.

ANIMATEUR:
Vous avez parlé d’additifs. Pourquoi sont-ils nécessaires?

MADAME MAKOKHA:
Normalement, nous utilisons de la mélasse faite à base de canne à sucre pour accélérer le processus de fermentation et donner un bon goût à l’ensilage. Nous utilisons quatre kilogrammes de mélasse pour chaque 100 kilogrammes de fourrage devant être transformés en ensilage, ce qui signifie qu’il doit être stocké dans un conteneur pour servir d’ensilage plus tard. Quand nous utilisons de la mélasse, l’ensilage est prêt pour utilisation un mois après.

ANIMATEUR:
Comment faites-vous le véritable ensilage?

MADAME MAKOKHA:
Nous utilisons des sacs en polyéthylène. Nous remplissons les sacs, compactons la matière hachée, puis attachons l’ouverture du sac avec une corde pour que l’air ne puisse pas entrer. Nous nous assurons que les sacs ne sont pas percés pour être certains qu’il n’y a pas d’air qui entre. Lorsque nous voulons conserver de plus grandes quantités pour la saison sèche, nous les ensilons soit dans une fosse ou sur le sol.

ANIMATEUR:
L’industrie laitière est en pleine expansion et un plus grand nombre d’agriculteurs veulent apprendre à ensiler de plus grandes quantités de fourrage. Comment faites-vous la fosse d’ensilage?

MADAME MAKOKHA:
Quand nous creusons les fosses, nous le faisons sur la partie de l’exploitation qui est bien drainée. Le site de la fosse de l’ensilage ne doit pas être gorgé d’eau. Si l’eau s’infiltre dans le fourrage, alors le produit sera endommagé.

Nous creusons une fosse d’un mètre de large sur deux mètres de long et d’une profondeur d’un mètre. Elle peut contenir une tonne de fourrage. Quand nous utilisons de la mélasse, nous utilisons 10 litres de mélasse non diluée et une bâche en polyéthylène d’environ 21 mètres carrés. Vous placez des bâches en polyéthylène de 1000 jauges (Note de la rédaction: un polyéthylène de 1000 jauges fait une épaisseur de 0,25 mm) sur le sol, les côtés et au-dessus pour couvrir le produit ensilé de tous les côtés. Dans certains cas, vous saupoudrez le sol de la fosse avec du sel pour empêcher les fourmis d’envahir le produit ensilé.

ANIMATEUR:
Vous semblez très à l’aise avec les chiffres. Ce n’est pas si simple pour les agriculteurs et les agricultrices d’exploitations familiales avec lesquels j’interagis. Ces chiffres peuvent-ils être simplifiés davantage?

MADAME MAKOKHA:
Ces mesures sont celles dont je dispose ici. Au Kenya, tout agriculteur intéressé à faire de l’ensilage peut demander conseil à l’agent de vulgarisation en matière d’élevage du sous-comté qui se trouve au bureau régional du sous-comté.

ANIMATEUR:
Comment servez-vous l’ensilage à vos vaches laitières?

MADAME MAKOKHA:
Nous ouvrons les sacs en polyéthylène, enlevons une quantité suffisante, puis rattachons le sac. Si nous les nourrissons avec le contenu de la fosse, nous retirons la couverture en polyéthylène, prélevons une quantité suffisante pour la journée, puis replaçons la couverture pour le maintenir hermétiquement fermé. Nous donnons l’ensilage aux vaches au moins deux heures avant ou après la traite pour éviter que le lait ait un goût indésirable.

ANIMATEUR:
Cela a été très enrichissant pour moi, et je crois que nos auditeurs et auditrices ont trouvé ces informations utiles. Entre le foin et l’ensilage, dans quoi investiriez-vous votre argent?

MADAME MAKOKHA:
(RIANT). Ça dépend de ce que l’agriculteur ou l’agricultrice peut faire. Je préfère l’ensilage. Mais si je ne peux pas avoir d’ensilage, je leur donne du foin. Mais cela signifie que je dois acheter plus d’aliments concentrés pour animaux. Et je ne peux en acheter plus que si le prix du lait est bon.

EFFETS SONORES:
BRUITS DE VACHES LAITIÈRES (MEUGLEMENT DE VACHES, DE CHÈVRE ET TRAITE)

ANIMATEUR:
Merci infiniment, madame Makokha. Chers auditeurs et auditrices, nous avons effectué un voyage au cœur du secteur fourrager du Kenya, en partant de la maison de Fresha à Githunguri via les pâturages de Nakuru jusqu’au comté céréalier au nord de la vallée du Rift. Nous avons entendu ce que les producteurs laitiers font pour tirer profit des bons prix du lait en saison sèche. Ils stockent assez de fourrage pour que leurs vaches en aient à manger en saison sèche. Ils coupent, font sécher et mettent en balles leurs herbes. Ils conservent également le fourrage rempli d’eau sous forme d’ensilage. Ils coupent, hachent et conservent le fourrage dans des sacs d’ensilage ou des fosses d’ensilage. Vous pouvez le faire également.

Merci d’avoir écouté.

EFFETS SONORES:
INDICATIF SONORE

Acknowledgements

Rédaction : John Cheburet, réalisateur de radio, Nakuru Kenya.
Révision : Josephat Chengole Mulindo, agent de recherche, Kenya Agricultural and Livestock Research Organization (KALRO), Kakamega, Kenya

Information Sources

Interviews :
Madame Mary Muchai, productrice laitière, Githunguri, comté de Kiambu
Monsieur Mathew Muigai, agent de vulgarisation en matière d’élevage, Githunguri, comté de Kiambu
Monsieur Frank Chesingei, agriculteur, Rongai, comté de Nakuru
Madame Sarah Makokha, éleveuse/formatrice, Eldoret, comté de Nakuru

Toutes les interviews ont été réalisées en août 2018.