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Plusieurs cerveaux valent mieux qu’un : L’histoire de la coopérative de Ngolowindo

Animateur : Bienvenue, chers auditeurs et auditrices, à l’émission (nom de l’émission) qui vous est présentée tous les (nommez le jour) sur votre station de radio. Comme d’habitude, c’est moi (nom du radiodiffuseur) qui anime l’émission.

Montée de l’indicatif musical et fondu enchaîné sous la voix de l’animateur

Animateur : Chers auditeurs et auditrices, nous allons vous raconter aujourd’hui l’histoire authentique de la coopérative de Ngolowindo, connue également sous le nom « la tomate toujours souriante ». Nous découvrirons ensemble comment cette coopérative a vu le jour, quels obstacles elle a eu à franchir et quels ont été les principaux ingrédients de sa réussite. Quels types de problèmes les membres des coopératives ont dû affronter au cours des 27 dernières années. Vont-ils survivre aux sérieux problèmes auxquels ils sont confrontés? Telles sont les questions que nous allons aborder dans notre émission d’aujourd’hui.

(Pause) Ngolowindo se trouve dans la région centrale du Malawi, à environ 10 kilomètres à l’est de Salima. J’ai visité plusieurs fois la coopérative de Ngolowindo. C’est une coopérative dynamique et pleine de ressources possédant un fort potentiel. Vous aurez l’occasion de vous en rendre compte au cours de l’entrevue qui suit. Je vous laisse avec notre reporteur qui s’apprête à s’entretenir avec la présidente de la coopérative.

Musique pendant 10 secondes, puis sortie en fondu

Reporteur : Bonjour Madame! Je m’appelle Gladson Makowa. J’aimerais vous parler de votre coopérative. Auriez-vous l’obligeance de vous présenter?

Eluby : Je me nomme Eluby Tseke.

Reporteur : Quel poste occupez-vous au sein de la coopérative de Ngolowindo?

Eluby : Je suis la présidente de la coopérative de Ngolowindo.

Reporteur : Quand cette coopérative a-t-elle vu le jour?

Eluby : On a tout d’abord, en 1984, mis en place un système d’irrigation. Mais les vrais débuts de la coopérative datent de 2001.

Reporteur : Comment a-t-on amorcé le projet d’irrigation?

Eluby : Ce projet s’est mis en place comme n’importe quel projet de développement élaboré par le gouvernement. Il a pris forme avec l’Assemblée de district. Par la suite, le ministère de l’Agriculture et de l’Irrigation, c’est ainsi qu’il s’appelait à l’époque, a donné son feu vert. Les représentants du Ministère ont rencontré l’Autorité traditionnelle en vue de l’informer et ils ont ensuite parlé du projet à tous les chefs de village. L’Union européenne a versé un peu d’argent et le gouvernement du Malawi s’est chargé de la gestion du projet.

Reporteur : Comment est venue l’idée de se transformer en coopérative?

Eluby : En 1998, le ministère de l’Irrigation a confié la responsabilité des systèmes d’irrigation à la population. Nous avons donc continué à travailler seuls. Puis, nous avons reçu quelques visiteurs du Collège de Bunda. Après nous avoir vu travailler d’arrache-pied et s’être rendu compte à quel point nous étions unis, ceux-ci nous ont conseillé de nous transformer en coopérative ou en association. Ils nous ont invités à communiquer avec le ministère de l’Industrie et du Commerce et à lui demander d’envoyer des représentants capables de nous donner de l’information sur les coopératives et les associations.

Reporteur : Qu’avez-vous choisi?

Eluby : Nous avons décidé de devenir une coopérative. Nous avions entendu dire qu’une coopérative était un groupe constitué de gens venus de leur plein gré et que les besoins et les problèmes de chacun étaient traités de manière égale. Les membres d’une coopérative contribuent financièrement au capital et partagent leurs idées, leurs intérêts et leur temps. Que la coopérative réalise des bénéfices ou enregistre des pertes, les membres partagent tout. Par conséquent, les gens ont voté à l’unanimité pour la création d’une coopérative.

Reporteur : Quel est le secret du succès de votre coopérative et comment expliquer la longévité de votre groupe supérieure à 25 ans?

Eluby : Une telle longévité s’explique par le fait que notre organisation répond aux besoins des gens. De plus, nous nous appuyons, au sein de la coopérative, sur différents comités responsables de questions diverses.

Reporteur : Quels sont ces comités?

Eluby : Nous avons un comité de gestion et, sous lui, d’autres sous-comités tels que ceux de l’irrigation, de la commercialisation, de discipline, du crédit, de l’éducation et des actifs.

Reporteur : Quelles sont les tâches de ces sous-comités?

Eluby : Le sous-comité des actifs s’occupe de tout ce qui touche aux outils et au matériel de la coopérative. Il loue des outils et s’assure que l’on retourne tout le matériel. Le sous-comité de discipline applique les règles et fait régner l’ordre parmi les membres.

Reporteur : Quelles sont les règles de la coopérative?

Eluby : Tu ne voleras point. Si un membre est surpris en flagrant délit de vol, il est aussitôt congédié. Tu ne commettras point d’adultère. Nous essayons de prévenir la pandémie de VIH et de sida parmi les membres. Nous veillons à ce que personne n’ait de relations sexuelles avec un autre membre du groupe. Si vous passez outre cet interdit, vous êtes automatiquement renvoyé.

Reporteur : Cela veut-il dire qu’il est défendu d’épouser un autre membre du groupe?

Eluby : Non. Nous voulons éviter toute promiscuité sexuelle au sein du groupe. Si un homme marié a des rapports sexuels avec une femme célibataire ou une femme mariée, c’est le renvoi immédiat des deux partenaires. Et si une femme mariée a des relations sexuelles avec un homme marié ou célibataire, tous deux sont également congédiés. Nous ne voulons pas que la coopérative soit la source de maladies transmissibles sexuellement, telles que le VIH et le sida, ni brise des mariages.

Reporteur : Est-ce que les gens apprécient ces règles?

Eluby : Oui, ils en sont très heureux. Et ce sont eux qui ont établi ces règles. Ce sont quelques-unes des règles qui permettent à la coopérative de bien fonctionner.

Reporteur : En quoi consistent les tâches du sous-comité de la commercialisation?

Eluby : Le sous-comité de la commercialisation achète les récoltes que les membres de la coopérative font pousser et les vend ensuite sur les marchés.

Reporteur : Comment le sous-comité trouve-t-il ces marchés?

Eluby : On trouve parfois les marchés avant même de commencer à cultiver et quelquefois au moment des récoltes. Nous nous entendons, avant le début de la saison agricole, sur la superficie qui sera cultivée, sur la quantité qui sera produite et sur nos acheteurs potentiels.

Reporteur : D’autres agriculteurs ont du mal à trouver des marchés. Comment vous en sortez-vous?

Eluby : Nous nous en sortons dans la mesure où la plupart de nos gros acheteurs nous connaissent bien. Ils savent qui nous sommes et que nous produisons des fruits et des légumes de grande qualité.

Reporteur : Y a-t-il des différences entre les agriculteurs qui sont membres d’une coopérative et ceux qui ne le sont pas?

Eluby : Oh oui, il y a de nombreuses différences! Les membres réalisent de bons profits, ce qui leur permet d’acheter et d’entretenir leur maison. Parfois, il ne pleut pas assez et les cultures vivrières de l’année sont insuffisantes, alors l’argent fait défaut. Quand cela arrive, nous sommes en mesure d’aider les membres à semer et à faire pousser davantage de cultures vivrières et aussi à gagner de l’argent grâce à un fonds alimenté par les profits tirés de la vente des produits agricoles d’hiver.

Reporteur : Si un membre de la coopérative ne parvient pas à produire suffisamment durant la saison hivernale en raison de problèmes imprévus, avez-vous une assurance qui le couvre?

Eluby : Nous n’avons jamais eu de problèmes liés au non-remboursement de prêts. Les agriculteurs se sont toujours arrangés pour rembourser tous leurs prêts.

Reporteur : Oh, alors vous bénéficiez de prêts et de crédit!

Eluby : Oui. Le sous-comité du crédit gère les prêts. Il distribue les prêts et collecte les remboursements auprès des membres de la coopérative.
Reporteur : Quels genres de prêts?

Eluby : La coopérative achète des intrants en vrac pour bénéficier de remises. Ensuite, elle distribue ces intrants à ses membres sous forme de prêt. Nous déduisons les remboursements de ces prêts au moment des récoltes. Nous accordons également des prêts afin que les membres s’approvisionnent en électricité pour le pompage de l’eau. La coopérative doit payer les redevances d’eau tous les mois. Les frais d’électricité pour le pompage de l’eau sont également comptabilisés dans le remboursement des prêts consentis aux agriculteurs.

Reporteur : Comment collectez-vous l’argent pour payer l’électricité?

Eluby : Nous facturons chaque billon. Nous établissons chaque année le nombre d’hectares que nous allons attribuer à chaque culture. Par exemple, si nous envisageons de cultiver deux hectares de tomates, nous facturons un montant fixe par billon. Chaque billon mesure 100 mètres de long.

Reporteur : À combien se chiffrent les frais d’électricité par billon?

Eluby : Actuellement, nous facturons 650 kwachas malawiens par billon, soit environ quatre dollars américains.

Reporteur : Auparavant, quand j’étais venu visiter Ngolowindo, vous m’aviez dit que votre principal problème était lié aux frais d’électricité. Qu’en est-il aujourd’hui?

Eluby : Les tarifs élevés d’électricité constituent encore un grave problème. Nous demandons  toujours au gouvernement de finaliser les négociations avec le fournisseur d’électricité pour que nous puissions bénéficier d’une subvention sur le prix de l’électricité. Nos factures sont toujours très élevées.

Reporteur : Combien payez-vous par mois?

Eluby : Quand nous n’utilisons qu’une pompe, nous payons autour de 125 000 kwachas par mois (Note de la rédaction : environ 820 $US).

Reporteur : Combien vous versent les membres tous les mois?

Eluby : Nous ne collectons pas l’argent tous les mois mais à chaque récolte, environ tous les trois mois pour les cultures irriguées. Les cultures irriguées sont récoltées tous les trois mois pendant la saison sèche. Puis, nous recueillons pas moins de 300 000 kwachas par récolte (Note de la rédaction : environ 2 000 $US).

Reporteur : Est-ce que 300 000 kwachas constituent une somme suffisante pour payer toute la facture d’électricité?

Eluby : Ce n’est pas assez. Nous parvenons à payer toute la facture d’électricité uniquement quand nous faisons pousser des cultures de grande valeur comme les tomates. Mais nous perdons de l’argent quand nous utilisons les pompes pour arroser le maïs. Le maïs n’est pas extrêmement rentable en comparaison avec des cultures de grande valeur comme les tomates.
Reporteur : La coopérative a tenu pendant longtemps sans s’effondrer en dépit des tarifs d’électricité élevés. Qui vous soutient?

Eluby : Avec l’appui du gouvernement, nous sommes – toujours – en négociation avec la compagnie qui nous fournit l’électricité. Cette compagnie nous dit qu’elle peut baisser ses tarifs si nous acceptons d’utiliser l’électricité seulement la nuit.

Reporteur : Quand allez-vous signer cet accord?

Eluby : Nous attendons que le ministère de l’Irrigation mette la touche finale aux négociations en notre nom.

Reporteur : Avez-vous des employés auxquels vous versez un salaire?

Eluby : Oui, nous en avons quelques-uns – un chauffeur, un caissier, un magasinier et deux gardiens.

Reporteur : Si vous avez un chauffeur, cela signifie que vous avez une voiture. Comment vous l’êtes-vous procurée?

Eluby : Entre 2002 et 2004, une organisation non gouvernementale italienne, du nom de Coopération pour le développement des pays émergents, a été financée par l’Union européenne. Et grâce à cette organisation, nous avons pu disposer d’une camionnette.

Reporteur : Quoi d’autre cette ONG a-t-elle fait pour vous aider?

Eluby : Les membres de cette ONG nous ont acheté ce véhicule; ils ont construit un entrepôt, une chambre froide, creusé un puits et installé une pompe. Ils ont agrandi le réservoir de stockage d’eau et accru la superficie des parcelles irriguées par des canaux, qui est passée de 14 à 17 hectares. Nous avons en outre reçu une formation en gestion de coopératives pendant six mois. Les activités se sont étalées sur trois ans.

Reporteur : Comment vous assurez-vous que vos dépenses liées à l’eau sont alignées sur votre revenu?

Eluby : Nous recueillons l’argent des agriculteurs durant la vente des récoltes. Habituellement, nous nous mettons d’accord avec les membres sur le prix d’achat avant qu’ils ne cultivent la terre. Le prix auquel nous achetons leurs récoltes est fixé par la coopérative. Ce prix est légèrement inférieur au cours réel du marché. C’est parce que les fonds utilisés par la coopérative pour payer ses employés et régler les autres frais généraux sont prélevés à la source. Nous déduisons également en amont les coûts de l’électricité, des intrants et les autres dépenses.

Reporteur : Pouvez-vous nous donner un exemple des prix que vous offrez aux agriculteurs et de vos prix de vente sur d’autres marchés?

Eluby : Nos prix de vente dépendent de la demande sur le marché. Mais nous tâchons de vendre à un prix plus élevé que celui d’autres négociants. Par exemple, si l’offre sur le marché est de 80 kwachas le kilo, il est possible de payer à l’agriculteur 60 kwachas par kilo. Nous utilisons une balance et nous payons au kilo, tandis que d’autres petits négociants achètent « à vue de nez ». Les agriculteurs savent que nous sommes plus justes que d’autres vendeurs. Nous ne marchandons pas; nos prix sont fixes. Nous achetons tous les produits de nos membres et nous tirons ensuite des plans pour savoir quoi faire avec les prochaines récoltes. Les autres vendeurs achètent juste assez pour eux-mêmes, autant qu’ils sont capables de gérer.

Reporteur : Vous avez parlé de prêts consentis aux agriculteurs. En quoi diffèrent-ils des prêts des autres banques?

Eluby : Nous achetons les choses en vrac à un prix avantageux. Sur ce prix d’achat bon marché, nous faisons payer 15 % d’intérêt alors que les banques exigent entre 25 et 35 % d’intérêt. Rappelez-vous, nous ne prêtons qu’à nos membres.

Reporteur : Est-ce que les membres bénéficient de cette aubaine?

Eluby : Les agriculteurs sont satisfaits. Certains ont construit des maisons, acheté du bétail, payé les frais de scolarité au secondaire pour leurs enfants et d’autres personnes à charge et ils ont bénéficié de plein d’autres avantages.

Reporteur : Puisque les gens apprécient de faire partie de la coopérative, combien de membres comptez-vous?

Eluby : Nous avons 145 membres et nous sommes en train d’examiner attentivement les demandes de 25 autres membres potentiels.

Reporteur : Quelles sont les qualités que vous recherchez chez un membre?

Eluby : Nous ne voulons pas de personnes reconnues coupables de vols, ni de gens atteints d’épilepsie. Nous avons un réservoir à eau qui est toujours ouvert ainsi que de grands canaux, alors nous ne voulons pas avoir d’accidents avec des personnes atteintes d’épilepsie. Nous voulons des gens qui travaillent dur. Nous les connaissons du fait que ce sont des gens avec lesquels nous vivons dans les villages.

Reporteur : Si un membre de la coopérative a perdu un des ses proches et a des problèmes, quel appui reçoit-il?

Eluby : Nous avons un compte d’aide sociale auquel tous les membres contribuent. Ce compte permet de venir en aide à ceux qui ont de graves problèmes, tel que l’enterrement d’un proche, qu’il s’agisse d’un enfant, d’une femme ou d’un mari. Notre coopérative a des membres chrétiens et musulmans. Nous accordons notre soutien à nos membres en accord avec leur foi.

Reporteur : Quels sont les problèmes majeurs auxquels la coopérative est confrontée?

Eluby : À l’heure actuelle, les trois pompes de nos trois puits sont en panne. Par conséquent, cette année nous n’avons pas encore commencé les cultures irriguées. Nous avons planté, mais il y a eu une pénurie d’eau à cause des pompes endommagées. Nous sommes toujours à la recherche de nouvelles pompes. C’est le plus terrible problème que nous ayons jamais connu. Rappelez-vous qu’une grande partie de nos revenus sert à payer les frais d’électricité très élevés et que nous sommes toujours en négociation avec notre fournisseur d’électricité pour faire baisser ces tarifs. De plus, nous ne pouvons pas compter sur une clientèle stable capable d’acheter tous nos produits. Nous avons quelques acheteurs mais nous avons besoin d’avoir accès à davantage de marchés. Et les marchés que nous avons trouvés n’offrent pas de possibilités d’agriculture sous contrat. Voilà nos problèmes majeurs!

Reporteur : Si vous n’avez pas commencé sérieusement les travaux agricoles cette année, qu’allez-vous faire pour vous assurer de faire pousser des cultures d’hiver ?

Eluby : Nous avons porté les pompes chez des électriciens et des mécaniciens mais ils nous ont dit qu’elles étaient complètement usées et que nous devions les remplacer. Nous voulons en acheter des nouvelles avant la fin de la saison d’irrigation. Nous discutons toujours de ce sujet dans notre groupe.

Reporteur : Le gouvernement achète des pompes pour d’autres petits exploitants agricoles… est-ce que cela vous a aidés ?

Eluby : Le gouvernement ne nous a pas encore accordé son aide. Peut-être qu’il est toujours en train d’examiner de quelle façon il peut nous aider.

Reporteur : Quel est le prix des pompes sur le marché?

Eluby : Une petite pompe durable se vend 300 000 kwacha (2 000 $US). Les grosses pompes, comme celles que nous utilisons, coûtent environ 800 000 kwachas (5 250 $US).

Reporteur : Allez-vous pratiquer la culture irriguée cette année?

Eluby : Notre saison d’hiver débute en février. Nous avons planté des tomates en février mais cela n’a pas donné le résultat escompté en raison de la pénurie d’eau. En ce moment, nous cherchons toujours des moyens de trouver une pompe.

Reporteur : Avez-vous suffisamment de fonds dans le compte de votre coopérative pour continuer à fonctionner?

Eluby : Je ne vous révèlerai pas le montant mais ce n’est pas la fin de l’existence de la coopérative. Nous nous rencontrons encore pour tenter de régler ce problème des pompes à eau. Nous allons essayer de négocier avec plusieurs compagnies pour qu’elles acceptent le versement d’un acompte et le paiement du solde plus tard. C’est une de nos options.

Reporteur : Mais, au moins, vous avez assez d’argent pour verser un acompte à une compagnie – c’est bien cela?

Eluby : Nous avons assez d’argent pour verser un acompte pour une petite pompe, mais nous estimons que ce n’est pas un bon choix pour un « grand jardin » comme le nôtre. Nous avons besoin d’une plus grosse pompe. C’est pourquoi je vous dis que nous cherchons toujours d’autres solutions.

Reporteur : Pourriez-vous utiliser des pompes à essence?

Eluby : Non, absolument pas. Elles ne peuvent pas faire le travail dont nous avons besoin. Nos puits ont 70 mètres de profondeur et les pompes à essence ne peuvent pas effectuer cette tâche. Et même si elles y parvenaient, le coût de fonctionnement serait plus élevé.

Reporteur : Finalement, qu’allez-vous faire pour que Ngolowindo, la tomate toujours souriante, continue de sourire, comme le dit votre devise?

Eluby : J’encourage tous les membres à rester unis et à contribuer à l’achat de la pompe qui nous est nécessaire afin que nous puissions continuer à profiter de la vie comme par le passé. Je demande aussi à tous les amis qui nous veulent du bien de nous aider à résoudre ce problème.

Reporteur : Je vous remercie d’avoir partagé ces moments avec nous. Aujourd’hui, nous avons entendu Madame Eluby Tsekwe, présidente de la coopérative de Ngolowindo à Salima, au Malawi, qui nous a éclairés sur la gestion des coopératives, sur leurs avantages, mais aussi sur quelques-uns des défis auxquels elles sont confrontées.

N’oubliez pas que, dans une coopérative, vous échangez des idées et partagez les gains et les pertes. Comme le disaient les vieux sages : plusieurs cerveaux valent mieux qu’un et il est préférable de se joindre à un groupe où vous pouvez apprendre quelque chose. Formez des clubs et améliorez vos connaissances et votre pouvoir de négociation. Au micro votre reporteur, Gladson Makowa.

La Coopérative Amizero aide les ménages rwandais à gérer leurs déchets domestiques

Montée de l’indicatif musical pendant 20 secondes, puis fondu enchaîné sous la voix de l’animateur
Animateur : Chers amis auditeurs de Radio Salus, bonjour et bienvenue à l’émission d’aujourd’hui, une émission qui parle, comme d’habitude, d’environnement. Le titre de l’émission d’aujourd’hui est « Les femmes gagnent leur vie en aidant les ménages à gérer leurs déchets domestiques ». Dans cette émission, nous discuterons comment les femmes s’efforcent de faire la gestion des déchets domestiques dans la ville de Kigali, à l’Association Amizero. Nous allons aussi discuter comment ce projet permet aux femmes d’Amizero de gagner leur vie. L’émission est préparée et présentée par Jean Paul Ntezimana. Restez à l’écoute!

Montée de la musique de fond pendant cinq secondes, puis fondu

Animateur : Chers auditeurs, plus de la moitié de la population rwandaise est constituée de femmes. Les femmes qui s’occupent de la famille de nombreuses façons. Ces femmes incluent des veuves, des cheftaines de familles, des femmes avec une déficience physique, des femmes traumatisées, des femmes en bonne santé et des femmes de toutes conditions. Mais toutes les femmes n’ont pas la même capacité économique. L’émission d’aujourd’hui parle de femmes qui gagnent leur vie en aidant les ménages à gérer leurs déchets domestiques. Nous parlerons avec des membres du groupe Abakunda isuku, qui fait partie de l’Association Coopérative Amizero. Abakunda isuku veut dire « ceux qui aiment la propreté et l’hygiène ».

Mais avant de parler aux membres de l’Association Amizero sur le terrain, nous écouterons Floride Mukarubuga, la Présidente de l’Association Amizero. Mme Mukarubuga a aussi fondé Abakunda Isuku et d’autres coopératives. Elle nous parle brièvement de l’Association Amizero.

Floride : L’Association Amizero est un groupe sans but lucratif, fondée avant même le génocide de 1994. Notre objectif est de venir en aide à toutes sortes de femmes en détresse – les veuves du génocide, les veuves du sida, les femmes en difficulté, toutes sortes de femmes en détresse!

Parce que nos bénéficiaires sont très nombreuses, nous avons formé des groupements pour mieux organiser les activités que les femmes peuvent faire pour s’aider elles-mêmes. Nous avons beaucoup de groupements. Nous avons formé nos bénéficiaires en matière d’agriculture, de tressage de cheveux, de vannerie, de petit commerce et de gestion des déchets domestiques.

Nous avons aussi pensé que ce serait une bonne idée d’encadrer les enfants des femmes, en l’absence de leurs mères. Avant, les femmes allaient travailler mais leurs enfants restaient à la maison. C’était un problème. Alors, nous avons créé un centre d’encadrement pour les enfants de nos bénéficiaires.

Montée de voix off, soutenues pendant 10 secondes, puis fondu soutenu sous : Prends, attends, ok, passe-moi un autre sac, là, oh c’est lourd…

Animateur : Nous sommes à Kacyiru, un quartier de la ville de Kigali. Des sacs de déchets domestiques sont entassés le long de la rue. Les femmes et les filles viennent ajouter d’autres sacs sur les piles. Les mouches circulent autour des sacs. À une centaine de mètres, un camion est garé, et on assiste à une activité intense, tout autour.

Montée de voix off pendant cinq secondes, puis fondu
Animateur : Une dame d’une quarantaine d’années supervise les travaux. Son nom est Madame Kantengwa Marianne.

Marianne : Le chargé de l’hygiène ici à Kacyiru nous a invitées pour qu’on les aide à charger ces déchets domestiques dans le camion et à les amener au dépotoir principal à Kigali. Je ne sais pas si nous allons finir aujourd’hui parce qu’ils ont beaucoup de déchets. Il paraît qu’il y a longtemps qu’ils ont débarrassé leurs ménages de ces déchets.

Animateur : Madame Marianne, pourquoi travaillez-vous dans le secteur des déchets domestiques?

Marianne : C’est pour combattre la saleté, c’est une question d’hygiène, et c’est une question de santé! Nous avons pensé à ce projet il y a bien longtemps, et avons commencé vers l’année 2001, quand nous avons constaté un problème d’hygiène ici dans la ville. En ce temps-là, nous avons démarré un projet de gestion des déchets dans le district de Nyarugenge. Le nettoyage des ménages implique une combinaison d’activités : participer au nettoyage de la ville, transformer les déchets en combustible afin que les habitants ne coupent plus les arbres pour avoir du bois de chauffe et qu’ils cessent de détruire les forêts, et trouver du compost pour fertiliser nos jardins dans la vallée du district de Kicukiro ici, à Kigali. Amizero fabrique des petites briques pour remplacer le bois utilisé pour les feux de cuisson. Tout ceci vise à améliorer nos conditions de vie.

Animateur : Vous avez beaucoup de projets! Est-ce que tous ces projets sont encore en cours?

Marianne : Ce n’est pas facile! Avec la loi nationale de 2005 sur la protection de l’environnement, le district a confisqué les parcelles de terrain qui appartenaient aux femmes, dans la vallée. Ainsi, les activités de fabrication du fumier ont ralenti et se sont arrêtées. Aujourd’hui, nous avons un chercheur belge qui est en train d’étudier comment nous pouvons améliorer la production de combustible domestique à partir de déchets afin que nous puissions remplacer presque totalement l’utilisation de bois de chauffe. Nous avons amélioré la façon dont nous transportons les déchets. Comme vous le voyez, nous utilisons un camion, et c’est notre camion!

Animateur : Quelle est l’importance de ce travail pour vous, Marianne, personnellement?

Marianne : Où puis-je commencer? Ceci est le seul travail que j’ai jamais eu. J’ai trois enfants, ce travail m’a aidée à éduquer mes enfants. Deux d’entre eux sont à l’école secondaire ; l’autre a déjà terminé ses études secondaires.

Ce travail m’aide à construire et à soutenir ma famille. Ma famille ne souffre pas de pauvreté comme avant. J’ai appris à discuter de certaines choses avec les autres. Je n’ai plus peur de m’exprimer. Il est très important de discuter de certaines choses. Je reçois beaucoup de conseils en discutant avec les autres femmes. Je ne suis plus seule.

Avant, je ne sais pas si je pourrais dire que j’avais un quelconque revenu. Quand nous avons commencé le projet, j’avais un revenu mensuel de 10 000 francs rwandais (Note de l’éditeur : environ 17 dollars US). Aujourd’hui, parce que nous avons connu une croissance spectaculaire, je touche 25 000 francs (environ 42 dollars US). C’est quand même quelque chose pour moi!

Animateur : Merci Marianne. Mais avant de vous laisser retourner à votre travail, avez-vous quelque chose d’autre à ajouter sur l’importance de ce travail?

Marianne : Vraiment, je ne sais pas comment en parler! C’est tellement important. Je vous ai dit qu’avant je n’avais pas de revenu, et aujourd’hui j’en reçois. De plus, j’ai une assurance santé, et j’ai été formée dans plusieurs domaines: santé, gestion de famille, et planning familial!

Montée de la musique de fond puis fondu

Animateur : Chers auditeurs de Radio Salus, vous écoutez notre émission sur l’environnement. Le titre de notre programme du jour est « Les femmes gagnent leur vie en aidant les ménages à gérer leurs déchets domestiques ». Nous sommes avec les membres de la coopérative Abakunda isuku, une branche de l’Association Amizero. Un grand merci à Marianne! Puisque elle nous quitte pour continuer son travail, nous saisirons cette opportunité pour parler aux gens de ce quartier.

Jeanne Umurerwa : Je m’appelle Jeanne Umurerwa et j’habite ici, à Kacyiru. Comme vous le voyez nous n’avons pas d’endroit où jeter nos déchets domestiques. C’est la ville, ici. À la campagne on fait du compost avec les déchets domestiques mais ici, c’est impossible. Nous gardons les déchets dans des sacs. Quand le camion de ramassage des ordures ne vient pas vite, l’odeur monte à la maison. Quand il y a  deux ou trois sacs de poubelle à la maison, l’odeur est désagréable. Ce qui soulage un peu, c’est qu’Amizero ne demande pas beaucoup d’argent. Nous payons 1000 francs (Note de l’éditeur : environ 1,70 dollar US) par mois par ménage, alors ce n’est pas cher! Ça, c’est très important. Amizero nous aide énormément!

Animateur : Merci Jeanne et bonne journée.

Montée de la musique de fond puis fondu

Animateur : Avant de quitter Kacyiru, chers auditeurs, voici une autre dame très active, qui travaille à l’arrière du camion. Elle est debout à côté d’un homme d’une trentaine d’années, et ils portent tous les deux des salopettes rouges en guise d’uniformes. Une casquette traditionnelle sur la tête, avec de la sueur sur son front, Domitille Uwafurika continue son travail. Elle reçoit des sacs de déchets domestiques puis elle les vide, trie les déchets, et rend les sacs aux résidents. Voici ce qu’on entend quand elle travaille.

Voix off : Prend, attends, ok, passes moi un autre sac, tiens, viens toi aussiok, encore, qui reste? Moi! Viens, viens!

Voix en fondu soutenu sous la voix de Domitille

Domitille : Je suis en train de trier les déchets biodégradables, les plastiques et les métaux. C’est un ordre des gens de l’environnement. Ce n’est pas facile du tout, mais nous le faisons pour observer leurs instructions. Cette loi a rendu notre travail un peu plus lent. Au lieu de faire quatre voire même six allers-retours en véhicule pour le dépotoir, maintenant, nous en faisons seulement trois par jour. Cependant, nous nous sommes engagées à travailler pour un environnement sain! Après avoir collecté les déchets, nous transportons les déchets triés au grand dépotoir, dans la ville de Nyanza.

Montée de bruits de fond pendant cinq secondes puis fondu 

Domitille : C’est un travail très dur, l’odeur, la force qu’il nous faut utiliser, c’est vraiment difficile. Cependant, nous en bénéficions. Mon travail m’aide à éduquer mes trois enfants et je contribue pour la famille, aux côtés de mon mari. Mais aujourd’hui, les prix montent et ils sont plus élevés que mon salaire. Quand nous avons commencé avec la coopérative, je gagnais 700 francs par jour (environ 1,17 dollars US). Aujourd’hui, je travaille pour 800 francs (environ 1,35 dollars US), mais la valeur reste la même, voire même moindre. Mais, ce que je dois souligner, c’est que ma vie a changé à cause de nombreuses formations, offertes par Amizero. J’ai 42 ans et j’ai seulement trois enfants. Si je n’étais pas membre d’Amizero, et si je n’avais pas bénéficié de ses formations, j’aurais beaucoup d’enfants, vous savez sans doute que les familles rwandaises typiques ont beaucoup d’enfants, n’est-ce pas?

Montée de bruits de fond soutenus pendant cinq secondes, puis fondu enchaîné suivi d’une courte pause musicale

Animateur : Chers auditeurs, nous sommes presque à la fin de notre émission sur l’environnement. Mais avant de clôturer, Floride va nous parler de la vision d’Amizero.

Floride : Parce que le gouvernement voulait promouvoir la production commerciale et l’entreprenariat, nous avons transformé nos groupements en coopératives commerciales. Notre vision concerne surtout le renforcement des coopératives. Aujourd’hui, l’assistance technique que nous offrons à ces coopératives est moindre parce que nous voulons que les coopératives deviennent plus indépendantes et auto-suffisantes. Nous restons au niveau stratégique seulement, en offrant de la formation, des conseils en matière de gestion et d’opérations, et en faisant de l’analyse de projets. Nous voulons focaliser sur la conception de projets pour le développement de coopératives. Nous travaillons aussi avec un chercheur belge pour améliorer la fabrication des combustibles à partir des déchets. Si nous réussissons ce projet, ça sera vraiment grandiose.

Animateur : Chers auditeurs, la gestion des déchets domestique est très importante pour l’environnement et pour la santé. Espérons que vous, les auditeurs, allez trier vos déchets chez vous pour mettre à part les biodégradables, les plastiques et les métaux comme le fait Amizero. Espérons aussi que personne ne va mépriser le travail. Toute chose qui est faite correctement peut apporter des bénéfices, comme le disent les membres d’Amizero.

Merci à tous les membres d’Amizero pour vos efforts en matière de nettoyage des ménages et de la ville en général. C’est un effort coopératif de plus qui facilite la vie des membres et aide l’environnement, pour le bien de tous. Merci, chers auditeurs, de nous avoir suivis. Vous étiez en compagnie de Jean Paul Ntezimana. À la prochaine!

Uriri Farmers Co-operative Society Limited

Personnages :
Animateur
Intervieweur
Président Alfred Mdeizi
Coordonnateur Chris Onyango
Mama Jacinta Anyango, membre et bénéficiaire du projet
M. Ayub Mdachi, bénéficiaire du projet

Animateur : Bonsoir chers auditeurs et auditrices et bienvenue à notre émission d’aujourd’hui sur les entreprises coopératives! Nous allons nous rendre dans la partie occidentale du Kenya, dans un endroit appelé Stella. Ce lieu est situé dans le district de Migori qui fait partie de la province de Nyanza. Ici, la Uriri Farmers Co-operative Society a franchi bien des obstacles avant de connaître la réussite. Chers auditeurs, si vous avez des questions à poser sur les coopératives agricoles, attendez-vous à obtenir des réponses aujourd’hui. Mais, avant de visiter la coopérative, place à une pause musicale. Ensuite, notre intervieweur, qui est sur place, vous présentera des gens qui évoqueront tout ce que la coopérative a accompli. Restez à l’écoute.

Pause musicale

Intervieweur : Je vous souhaite de nouveau la bienvenue, mes chers auditeurs. Je voudrais tout d’abord accueillir le président de la Uriri Farmers Co-operative Society, M. Alfred Mdeizi. Monsieur Mdeizi, sentez-vous tout à fait le bienvenu et dites à nos auditeurs comment votre coopérative a été créée, qui l’a lancée et quelle est sa raison d’être?

Le président Mdeizi : Merci de votre accueil. Les membres de la Uriri Farmers Co-operative Society se sont tout d’abord réunis en 2003 de manière informelle. Le groupe était composé d’un noyau de dix personnes ayant la même vision des choses, ainsi que de vingt autres agriculteurs. Le tabac et la canne à sucre constituaient les principales cultures commerciales de la région. Mais tous les membres du groupe étaient préoccupés par l’effet du tabac sur l’environnement et sur la santé. De plus, la mauvaise gestion du secteur de la canne à sucre, dans la région, générait une autre source d’inquiétude. Les agriculteurs estimaient que les responsables de la gestion du secteur de la canne à sucre ne répondaient à leurs besoins qu’après une longue période d’attente ou uniquement après des protestations de leur part. Certains agriculteurs ont brûlé leurs plantations de canne à sucre du fait qu’ils n’étaient pas payés à temps par lesdits gestionnaires qui n’expliquaient pas la raison du retard des paiements. Certains agriculteurs ont abandonné la culture de la canne à sucre sans se demander quel autre type de culture pourrait être rentable. Les tabaculteurs criaient également au scandale du fait que la culture du tabac comportait des risques. En outre, la culture du tabac épuise le sol. Ne voyant pas de solutions immédiates, nous nous sommes tous réunis chez moi pour discuter de la manière de faire avancer les choses.

Intervieweur : Lors de vos réunions, avez-vous songé à une activité pouvant générer des revenus?

Le président Mdeizi : Nous avons mis de l’argent dans une cagnotte, mais ce n’était pas suffisant. Dans l’intervalle, j’ai consulté un ami dont la fille connaissait une organisation internationale appelée Tropical Soil Biology and Fertility Institute ou TSBF. Elle a pensé que le TSBF pourrait établir un partenariat avec notre groupe d’agriculteurs. Elle nous a donc aidés à tisser des liens avec le TSBF en 2005. Cet institut favorisait la culture du soja et était intéressé à faire des tests sur le terrain avec des agriculteurs. Les responsables du TSBF voulaient voir si le soja donnerait de bons résultats dans cette région et souhaitaient vérifier quelles variétés auraient le meilleur rendement.

À cette époque, nous n’avions pas de structures officielles, ni même de bureau. Nous nous réunissions chez moi. Le groupe a accepté de s’inscrire en tant que Uriri Farmers Co-operative Society Limited sous l’égide du ministère du Développement coopératif et de la Commercialisation. Nous avons ensuite trouvé un accord avec le TSBF et nous avons effectué, ensemble, des essais sur le terrain à des fins de recherche.

Intervieweur : D’après ce que vous nous avez dit, vous êtes à la fois président et fondateur de la Uriri Farmers Co-operative Society Limited, c’est bien cela?

Le président Mdeizi : Oui, effectivement. J’ai été l’élément moteur de la création de la coopérative car j’avais déjà été impliqué dans le mouvement des agriculteurs au Kenya.

Intervieweur : A-t-il été facile de convaincre les agriculteurs de délaisser d’autres cultures au profit du soja?

Le président Mdeizi : Cela n’a pas été très facile. Mais les agriculteurs ont réalisé que le soja offrait bien des avantages par rapport aux autres cultures. Le soja mûrit plus vite que la canne à sucre qui met deux ans. Et le tabac n’est pas sain tant pour le sol que pour la santé humaine. Le soja est adapté à l’usage domestique, tandis que la canne à sucre et le tabac ne peuvent pas être utilisés comme denrées alimentaires.

Intervieweur : En quoi cette coopérative est-elle unique?

Le président Mdeizi : Cette coopérative est unique du fait que sa création n’a nécessité aucune mise de fonds. La principale priorité était d’améliorer les moyens de subsistance des agriculteurs et de les aider à résoudre les problèmes auxquels ils étaient confrontés. L’objectif de la plupart des coopératives est de faire de l’argent, mais le bien de la collectivité se trouvait dans notre esprit et dans nos cœurs.

Intervieweur : Comment fonctionnez-vous?

Le président Mdeizi : Nous sommes présents dans sept zones. Dans chaque zone, il y a un représentant qui rejoint les membres de la collectivité élargie. Ces derniers représentent, à leur tour, les agriculteurs locaux membres. Tous sont des cultivateurs de soja.

Intervieweur : Est-ce que le nombre des membres a augmenté?

Le président Mdeizi : Oui. Nous avons commencé avec 30 et nous comptons actuellement plus de 750 membres inscrits, ainsi que plus de 1 500 non inscrits. Notre coordonnateur Chris Onyango pourra vous en dire plus long à ce sujet.

Chris Onyango : Nous avons, dans les sept zones, organisé des réunions de sensibilisation, des barazas du chef, ainsi que des journées champêtres pour présenter la coopérative aux membres non inscrits (Note de la rédaction : une baraza est une rencontre durant laquelle on discute de toutes sortes d’enjeux et de problèmes). Nous avons également mis sur pied des écoles d’agriculture où les agriculteurs n’appartenant pas aux groupes d’agriculteurs peuvent se renseigner sur la production du soja – de la préparation du sol jusqu’à la récolte.

Intervieweur : Quels sont les défis que vous avez eu à relever?

Coordonnateur : Convaincre les agriculteurs de commencer la culture du soja a constitué un des obstacles. Cela a été difficile et a pris du temps. La concurrence avec les compagnies de tabac et de sucre a été âpre. Ces dernières allaient jusqu’à rendre visite aux agriculteurs pour leur donner tous les intrants dont ils avaient besoin. Nous n’avions pas les ressources pour agir de la sorte. Donc, les agriculteurs qui recherchaient la facilité ont opté pour les sociétés productrices de sucre et de tabac.

Auparavant, il avait fallu aussi trouver les fonds pour rejoindre les agriculteurs qui n’étaient pas à distance de marche. Mais c’est plus facile maintenant. La coopérative dépend du produit de ses ventes pour payer son personnel. La vulgarisation constitue un défi. Nous devons rejoindre plus de deux mille agriculteurs et nous avons un seul et unique agent de vulgarisation pour coordonner toutes les activités. J’ai essayé de limiter, autant que possible, le nombre des visites de sensibilisation en rencontrant les agriculteurs en groupes. Cela permet d’alléger la charge de travail.

Intervieweur : Il semble que vous coordonnez une grande partie du travail sur le terrain. Et je me doute que vous communiquez beaucoup avec les agriculteurs. Pourriez-vous mentionner quelques-uns des avantages que la collectivité a retirés de la culture du soja.

Coordonnateur : Ils sont nombreux. Le soja est une culture commerciale pour les agriculteurs. De plus, le soja est adapté à un usage domestique et contribue donc à la sécurité alimentaire. En dehors de la vente du soja comme élément végétal à variété unique ou comme variétés mélangées destinées à la transformation et à la consommation des ménages, vous pouvez ajouter de la valeur au soja. Il peut être transformé en produits tels que le lait de soja, le yogourt au soja, les boissons au soja, les samosas au soja, les gâteaux, les beignets, les chapatis et en de nombreux autres produits.

La canne à sucre met deux ans à mûrir. Puis, les agriculteurs doivent attendre encore plus longtemps pour être payés par l’usine, après la récolte. En revanche, si vous semez continuellement du soja sur la même parcelle de terre, après deux ans vous recevrez plus de trois fois le revenu que vous auriez retiré de la vente de la canne à sucre. Le soja restaure également le sol. À l’opposé, le tabac et la canne à sucre sont de gros consommateurs d’azote et ont besoin d’engrais coûteux.

Intervieweur : Vous avez parlé d’expériences réussies. Est-ce que ces réussites sont visibles? Si je me rendais dans la collectivité, est-ce que cela se verrait?

Coordonnateur : Je peux parler de cas de réussite au sein de la collectivité. Je réalise que les moyens de subsistance se sont nettement améliorés. Outre les actions de la coopérative, certains agriculteurs ajoutent de la valeur dans leur propre ménage.

La coopérative offre un programme scolaire qui distribue du lait de soja et du yogourt au soja. Le programme cible les enfants séropositifs. Leurs aidants naturels peuvent témoigner que les enfants sont plus forts depuis qu’ils mangent des aliments à base de soja qui stimulent le système immunitaire. Autre raison de cette réussite : la coopérative peut acheter des semences directement aux agriculteurs. Du même coup, les agriculteurs gagnent du temps et économisent de l’argent puisqu’ils n’ont pas à se rendre jusqu’à la coopérative.

Je vous suggère de vous adresser directement à tous ceux qui tirent parti de ces avantages. Après une courte pause, nous rendrons visite à Mama Jacinta Anyango et à M. Ayub Mdachi.

Pause musicale

Animateur : Bienvenue de nouveau chers auditeurs et auditrices! L’intervieweur et le président de la coopérative se sont rendus en voiture à l’atelier de couture de Mama Jacinta, qui se trouve à environ trois kilomètres. Le président présente l’intervieweur à Mama Jacinta. Elle raconte sa version des faits.

Mama Jacinta Anyango : Je m’appelle Jacinta Anyango et je suis bénéficiaire du programme de culture du soja. Je me suis impliquée dès la phase initiale du programme et j’ai de plus le privilège d’être la trésorière de l’entreprise coopérative. Depuis que j’ai commencé, j’ai été initiée – par le TSBF – à la production du soja, à la gestion et à la valeur ajoutée. J’étais très intéressée par l’ajout de valeur. À présent, j’apporte non seulement mon soutien à la coopérative mais je suis également invitée à faire des gâteaux à l’occasion de certains mariages.

Je dois être honnête et vous avouer que j’ai appris à faire des gâteaux grâce à la coopérative. Je ne savais pas comment faire un gâteau auparavant, même avec des produits autres que le soja. Je fais aussi, de temps à autre, des gâteaux sur commande. J’ai gagné beaucoup d’argent étant donné que je suis payée directement par les gens auxquels j’offre mes services. Mon engagement au sein de la coopérative m’a valu de me faire un nom et une bonne réputation. Et c’est si facile de me trouver. Il suffit de demander le gâteau de Mama. C’est d’autant plus facile de me trouver si vous êtes au centre commercial de Rapogi.

Intervieweur : Mama Jacinta, pensez-vous que ce que vous faites actuellement est suffisant? Est-ce que cela répond à la demande de la collectivité?

Mama Jacinta Anyango : Ce n’est pas suffisant. C’est pourquoi nous continuons à mener des campagnes de sensibilisation au moyen de rencontres ou de forums. Je voudrais que la plupart des gens, à défaut de tout le monde, comprennent que le soja permet de réduire les dépenses des ménages. Juste à partir du soja, vous pouvez préparer une boisson pour le petit déjeuner en l’accompagnant – et le tout au soja – de croquants, de gâteaux, de mandazis, de samosas ou de chapatis (Note de la rédaction : les croquants sont faits à partir de soja frit et les mandazis sont une sorte de pain frit).
Intervieweur : Quel est le niveau de participation des femmes?

Mama Jacinta Anyango : Il n’est pas mauvais mais les hommes sont toujours plus nombreux que les femmes dans les sept zones où nous travaillons.

Intervieweur : Merci beaucoup, Mama Jacinta.

Animateur : Le coordonnateur et l’intervieweur se dirigent ensuite à pied vers la maison de M. Ayub Mdachi qui vient de rentrer de la ferme. Le coordonnateur fait les présentations et la conversation se poursuit.

M. Ayub Mdachi : Je fais partie de la coopérative depuis maintenant trois ans. J’avais entendu parler de la Uriri Farmers Co-operative Society auparavant. Mais j’ai découvert le soja uniquement quand on en a fait la promotion lors d’un forum de sensibilisation. J’ai accepté volontiers de commencer la culture du soja vu que j’achetais déjà des produits à base de soja au supermarché. En effet, je ne bois pas de thé mais je bois des boissons au soja.

L’agriculture est mon seul gagne-pain. Mais, depuis que j’ai commencé la culture du soja, je peux aisément payer les frais de scolarité. Aujourd’hui, je sais que, au lieu d’acheter du pain tous les jours, il est plus économique de consommer du soja. Je peux utiliser une boîte de deux kilos de soja durant cinq jours pour 100 ou 120 shillings. Si je devais acheter du pain tous les jours, je consommerais dix miches en cinq jours à raison de 40 shillings l’unité, ce qui est cher. Cela me reviendrait en tout à environ 400 shillings. En outre, le soja a une plus grande valeur nutritive que le pain.

Intervieweur : Votre témoignage est intéressant. Mais une autre question me vient à l’esprit. Avez-vous constaté une différence dans vos autres activités agricoles en utilisant du soja?

M. Ayub Mdachi : En tant que producteur laitier, j’ai fait un essai qui a bien fonctionné. Je nourris mon bétail avec de l’okara de soja (Note de la rédaction : l’okara peut aussi être appelé gruau de soja. Ce sont les restes du lait de soja). J’ai appris à fabriquer des aliments pour les bovins laitiers en utilisant du soja, un peu de maïs et un peu de sel, ce qui est meilleur que les aliments pour bovins laitiers achetés aux agro-négociants.

Je me suis livré à une comparaison en nourrissant mes vaches laitières avec les deux produits différents. Quand j’utilise la moulée achetée dans des agro-boutiques, une vache me donne 10 litres de lait par jour. Mais, quand j’utilise la moulée à base de soja, la même vache me donne 18 litres par jour. Je suis un homme heureux parce que je peux subvenir aux besoins de ma famille avec une seule culture, le soja. Au début, j’ignorais que l’on pouvait utiliser le soja pour nourrir les bovins laitiers – et même la volaille. Mais, à présent, je peux témoigner de la valeur étonnante du soja. Sans compter tous les produits à base de soja que nous consommons à la maison.

Intervieweur : Je sais, chers auditeurs, qu’après avoir entendu les merveilleux témoignages de Mama Jacinta et d’Ayub, vous pourriez être intéressés à faire comme eux.
Chris, j’aimerais vous poser d’autres questions. En entendant ces témoignages, on se dit que ces expériences sont très positives. Est-ce que, à titre de coordonnateur, vous avez – outre les connaissances – la capacité d’initier les membres à la valeur ajoutée et à la transformation des aliments?

Coordonnateur : Oui, nous avons à la fois les connaissances et les capacités. J’ai beaucoup appris et certains des agriculteurs sont venus me consulter directement plutôt que de passer par le TSBF. La compagnie Sprint Kenya Limited fabrique de la moulée pour les bovins laitiers à base de soja et j’ai appris, à travers cette compagnie, à faire la même chose.

Intervieweur : Pourriez-vous me nommer quelques-unes des stratégies mises en place pour que la coopérative soit durable?

Coordonnateur : Pour aider à soutenir le projet, nous avons établi une stratégie de remboursement des semences. On donne aux agriculteurs des graines à semer. Ceux-ci doivent, après la récolte, retourner le double de la quantité de graines qu’on leur a donnée.

La coopérative cible actuellement le sud de Nyanza – qui occupe la moitié de la province – avant d’essayer d’aller plus loin et de cibler les marchés nationaux et internationaux. De plus, la coopérative a des interlocuteurs engagés comme le ministère de l’Agriculture, le TSBF et le ministère du Développement coopératif et de la Commercialisation. Ces organismes ont joué un rôle déterminant dans la réussite de la coopérative.

Intervieweur : Est-ce que, avec tous vos produits, vous arrivez à répondre à la demande de vos acheteurs?

Coordonnateur : Actuellement, nous produisons 60 litres de yogourt au soja par jour. Mais du fait d’une plus forte demande, nous cherchons à acheter une machine d’une plus grande capacité. Ensuite, nous pourrons servir nos clients plus efficacement.

Intervieweur : Avez-vous dressé des plans pour permettre une expansion du projet?

Coordonnateur : Nous utilisons maintenant un moulin posho normal (Note de la rédaction : Un moulin posho transforme en farine les grains de maïs et autres) mais nous espérons faire l’acquisition d’un moulin conçu spécialement pour la transformation du soja. Nous avons déjà identifié un marché plus vaste, de sorte que nous ne nous inquiétons pas quant à la commercialisation des semences et des graines.

Intervieweur : Manifestement, le projet est une réussite sur le plan économique. Nous avons pu constater, à travers les témoignages, de quelle manière il permet d’augmenter les revenus et de réduire les dépenses. Est-ce que le projet a les faveurs de la collectivité et reçoit-il un soutien politique?

Coordonnateur : Oui, bien sûr. Je dis cela parce qu’il y a différentes tribus dans cette région, en fait quatre qui sont activement impliquées dans le projet. De plus, les hommes et les femmes peuvent pratiquer la culture du soja. Les femmes sont principalement préparées à la notion de valeur ajoutée car elles comprennent mieux les problèmes nutritionnels. Les jeunes peuvent participer à tous les aspects du projet et notamment à la production, à la gestion et à l’ajout de valeur. Pour ce qui est de la volonté politique, je n’ai jamais entendu ou vécu personnellement des malentendus avec des politiciens. Par conséquent, je dirais que ces derniers soutiennent le projet. De fait, certains membres de leurs familles sont des bénéficiaires du projet.

Intervieweur : Un dernier mot, Chris?

Coordonnateur : Continuons à parler de ce projet de coopérative qui attire les gens de différentes origines, des gens de tous les horizons. Cette coopérative au sein de laquelle les gens peuvent réaliser que de nouvelles cultures, dans leurs collectivités, peuvent être pratiquées à la fois pour leur alimentation et comme cultures commerciales. Et ces mêmes personnes peuvent aussi apprendre des pratiques agricoles qui contribuent au bien de tous. Autrement, que Dieu vous bénisse et revenez nous voir!

Pause musicale

Intervieweur : Je remercie infiniment Chris, le président de la coopérative, ainsi que tous ceux et celles que nous avons entendus aujourd’hui.

Chers auditeurs et auditrices, nous voici à la fin de notre émission sur les coopératives. Nous avons parlé aujourd’hui de la Uriri Farmers Co-operative Society qui se trouve dans la partie ouest du Kenya. Comme vous l’avez entendu, la principale activité de la coopérative a trait à la production, à la gestion, à la valeur ajoutée et à la commercialisation du soja. Tous les membres de cette coopérative ont travaillé main dans la main avec le Tropical Soil Biology and Fertility Institute. Au revoir et à la prochaine!

L’adhésion à des organisations d’agriculteurs apporte aux agriculteurs des avantages économiques, sociaux et politiques

Animateur: Les petits exploitants agricoles du Burkina Faso s’organisent pour améliorer leur production agricole et leur vie depuis plus de trois décennies. « Un seul doigt ne peut pas ramasser de la farine », dit le proverbe. Aujourd’hui, les partenariats, les coopératives, les fédérations et les confédérations foisonnent dans le paysage rural du pays.

L’Union Départementale des Producteurs Agricoles de Boudry ou UDPA-B est l’une de ces organisations des paysans. Notre reporter, Adama Zongo, a rencontré et a interviewé deux  membres de l’UDPA-B.

Prosper est membre du groupement des producteurs agricoles de Yaïka, un village situé dans le département de Boudry, au centre du Burkina Faso. Bien qu’il ait plus de quarante ans, son visage n’en laisse rien paraître, et reflète une certaine confiance en soi. Il est marié et père de deux jeunes filles et de trois garçons. Son groupement a adhéré à l’UDPA-B il y a cinq ans.

Prosper: Nous savons maintenant que le proverbe populaire qui dit: « L’union fait la force » a bien du sens. Avant d’adhérer à l’UDPA-B, notre groupement ne parvenait pas à bénéficier de l’appui dont d’autres groupements de l’organisation profitaient. En effet, les membres de ces groupes recevaient des semences, des engrais et de petits prêts pour soutenir leurs activités agricoles. Nous ne pouvions pas rester indifférents à cette situation. Alors nous avons décidé d’adhérer à l’UDPA-B afin de bénéficier des avantages qu’elle offre à ses membres.

Animateur: Aujourd’hui, l’UDPA-B compte soixante-dix groupements dont vingt sont des groupes de femmes. L’organisation représente environ deux mille productrices et producteurs  Les gens que nous avons rencontrés dans deux villages de Boudry semblent satisfaits des actions que l’UDPA-B a entreprises pour eux. Elisabeth est une jeune femme du groupement de Boéna, un membre fondateur de l’UDPA-B. Voici ce qu’elle avait à dire:

Elisabeth: (D’une voix enthousiaste et enjouée) C’’est grâce à l’UDPA-B et à mon groupement que je vous accorde cette interview. Vous savez qu’il est difficile pour une femme de prendre la parole. Et c’est encore pire de parler devant un micro! Mais le groupement et l’UDPA-B m’ont transformée, de sorte qu’aujourd’hui, j’ai confiance en moi quand je parle. Je n’ai plus peur.

Animateur: Elisabeth brûle d’impatience de partager avec nous son expérience à l’UDPA-B.

Elisabeth: (Enthousiaste et enjouée) Je ne peux vous dire tout le bien que le groupement nous a fait, par le biais de l’UDPA-B. Tenez, chaque année, j’achète les fournitures scolaires pour ma fille. Cela fait trois ans qu’elle va à l’école. J’espère qu’elle pourra étudier longtemps afin de pouvoir occuper de grandes fonctions à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Je contribue aussi à l’achat des médicaments quand mes enfants, mon mari ou moi-même tombons malades. Aujourd’hui, j’ai une garde-robe, et c’est avec une certaine sérénité que je me rends aux cérémonies de mariage et de baptême et aux réunions d’information. Les différentes contributions auxquelles je dois participer ne sont plus un cauchemar pour moi. Je ne dis pas que je suis riche, mais je ne me plains pas trop. Je rends grâce à Dieu.

Animateur: Comme vous l’avez entendu, Elisabeth est heureuse même si elle n’est pas riche. En effet, rappelons-nous ce proverbe: « L’argent ne fait pas le bonheur ». Elisabeth est  une femme travailleuse. Elle gagne sa vie à la sueur de son front.

Elisabeth: J’ai obtenu un lopin de terre dans un marécage réhabilité et parcellé. Il mesure vingt mètres de long sur dix mètres de large. Sur cette terre, je cultive de l’oignon en saison sèche et du riz pendant l’hiver. Cela me permet de gagner de l’argent et de satisfaire quelques besoins. Grâce à l’UDPA-B, j’ai obtenu un petit prêt auprès de la caisse populaire d’épargne et de crédit. Avec cet argent, j’ai acheté du sorgho que je fais germer pendant quelques jours, puis que je vends aux femmes qui font le dolo (NDLR: bière de mil). Cela me permet de faire quelques bénéfices. Ainsi, au bout du compte, j’arrive à me faire un peu d’argent quand la saison et les prix sont bons.

Animateur: Revenons à Prosper, qui ne tarit pas d’éloges à l’endroit de son groupement et de l’UDPA-B. Prosper a été formé en tant que producteur de semences de niébé. Il attribue son succès à l’UDPA-B et à son groupement.

Prosper: L’UDPA-B a organisé des formations pour les membres des différents groupements. Par exemple, moi, je suis devenu producteur de semences de niébés. D’autres producteurs sont devenus des animateurs qui tiennent des sessions d’information et de sensibilisation sur les violences faites aux femmes, les infections sexuellement transmissibles et le VIH/Sida, et la lutte contre la mutilation génitale féminine. Pour ma part, je fais de la sensibilisation sur l’adoption de semences améliorées. Nous sommes très exposés aux aléas climatiques, par ici. Nous ne sommes plus sûrs du cycle des saisons. C’est une des principales raisons pour lesquelles l’UDPA-B aide ses membres à obtenir des intrants à des taux raisonnables.

Animateur: En plus d’améliorer la situation économique et sociale de ses membres, l’UDPA-B les aide également à devenir plus responsables dans la vie. Prosper est fier de l’audience dont il jouit aujourd’hui dans sa région. Il nous en dit davantage.

Prosper: Grâce à l’UDPA-B, j’ai une audience quand il s’agit de parler de semences de niébé. Je suis écouté quand je parle et je sens que j’ai une responsabilité. Certains membres représentent l’UDPA-B lors de rencontres dans la capitale. Certains d’entre eux se sont fait beaucoup d’amis et ont acquis une notoriété alors qu’ils animaient des séances. D’autres se sentent pousser des ailes et cherchent à remporter les prochaines élections municipales. Tout cela est devenu possible grâce aux groupements, avec le soutien et sous la conduite de l’UDPA-B. Je ne sais pas ce que nous serions devenus sans ces organisations. J’invite les uns et les autres à se donner la main afin que nous marchions côte à côte dans notre quête pour une vie meilleure.

Animateur: Nous avons écouté Elisabeth et Prosper, des membres de deux groupements qui font partie de l’Union départementale des producteurs agricoles de Boudry, ou UDPA-B. Nous avons le sentiment, d’après leurs témoignages, d’avoir rencontré des personnes comblées. Nous souhaitons beaucoup de courage aux organisations qui œuvrent inlassablement pour la promotion économique, sociale et politique des populations rurales.

Des éleveurs laitiers récoltent les fruits de leur collaboration dans une société coopérative

Montée de l’indicatif musical pendant 10 secondes, puis fondu enchaîné sous la voix de l’animateur

Animateur : Bonsoir, chers auditeurs et auditrices. Bienvenue à votre émission agricole favorite. Aujourd’hui, nous allons examiner le rôle que les coopératives et le développement coopératif jouent dans l’amélioration des moyens de subsistance des éleveurs dans les régions rurales.

EFFETS SPÉCIAUX : Bruit de vaches pendant cinq secondes, puis fondu enchaîné

Narrateur : Sur les hautes terres du district d’Uasin Ngishu dans la province de Rift Valley au Kenya, une révolution tranquille est en cours. Il y a deux ans, les éleveurs laitiers de la région ont décidé de mettre leurs ressources en commun et de démarrer une société coopérative qu’ils ont appelée Kabiyet Dairies. Deux ans plus tard, les éleveurs produisent plus de lait et obtiennent un prix plus que doublé pour leur lait.

EFFETS SPÉCIAUX : Bruit de personnes bavardant pendant cinq secondes, puis fondu enchaîné

Narrateur : Nous sommes en milieu de matinée à Kabiyet, village situé à environ 70 kilomètres de la ville d’Eldoret. Il y a un vent d’excitation chez les gens rassemblés au marché. Pour les agriculteurs de cette région, c’est une journée spéciale. La société coopérative locale paie les éleveurs pour le lait qu’ils ont livré à la coopérative durant tout le mois.

Mme Cecilia Jepchumba est l’une des nombreuses productrices laitières rassemblées ici. Elle a deux vaches et livre 25 litres de lait par jour à la coopérative. L’argent qu’elle va recevoir aujourd’hui lui servira à acheter des produits de première nécessité et à payer les frais de scolarité de son fils aîné qui est en première année dans une école secondaire proche.

Pourtant, un tel revenu régulier n’a pas toujours été la norme pour Mme Jepchumba.

Agricultrice Jepchumba : Si vous regardez autour de vous, vous remarquerez que nos fermes présentent bien. Les conditions sont idéales pour l’agriculture. Ici les gens n’ont jamais faim. Mais ils ont été pauvres. Ceux qui ont de grosses fermes sèment du blé et gagnent beaucoup d’argent. Mais la majorité d’entre nous possèdent de petites parcelles de terre et nous semons du maïs et des fèves. Ces cultures se vendent à bas prix sur le marché parce que les agriculteurs récoltent leurs denrées et les vendent immédiatement. Au moment de la récolte, un sac de 90 kilos de maïs se vend pour aussi peu que 400 shillings kenyans (Note de la rédaction : environ 5 $US). Nous obtenons donc très peu d’argent pour nos produits frais.

Narrateur : Mme Jepchumba a été convaincue par un voisin de devenir membre du nouveau groupe auquel les agriculteurs du village adhéraient en grand nombre.

Agricultrice Jepchumba : J’avais une seule vache qui nous donnait 10 litres de lait. Nous vendions le lait à des vendeurs, qui le revendaient ensuite à la ville d’Eldoret. Le revenu du lait et de notre ferme de deux acres ne suffisait pas pour couvrir les besoins de nos trois enfants. Mon voisin m’a raconté que la société coopérative nous fournirait un autre marché pour notre lait. Lorsque nous avons livré du lait à la société coopérative, nous avons vu que le prix était bon. Alors, nous avons décidé d’acheter une deuxième vache. Nous avons cherché une race améliorée. Elle nous a coûté cher mais nous savions que nous pourrions gagner plus l’argent en vendant son lait.

Narrateur : C’était il y a deux ans. Aujourd’hui, elle a deux vaches adultes et une génisse en gestation. Pour Mme Jepchumba et pour d’autres femmes de la coopérative, malgré les temps difficiles l’autonomisation est arrivée dans leurs ménages.

Agricultrice Jepchumba : Dans la collectivité de Kalenjin (Note de la rédaction : les Kalenjin vivent dans la région de Rift Valley dans l’ouest du Kenya), les vaches sont considérées comme l’affaire des hommes. Lorsque je me suis inscrite comme membre, de nombreux hommes ont déclaré que je ne durerais pas longtemps dans le groupe. Mais mes enfants m’ont encouragée et ils ont promis de prendre bien soin de nos vaches pour qu’elles puissent donner plus de lait. Lorsqu’ils en ont le temps, comme après l’école, mes garçons coupent de l’herbe à éléphant pour les vaches.

Les femmes de ce village qui sont membres de la coopérative se réunissent tous les mois pour discuter et partager des idées sur la façon d’améliorer notre élevage laitier.

EFFETS SPÉCIAUX: Bruit d’un agriculteur labourant pendant cinq secondes, puis sortie en fondu enchaîné

Narrateur : Loin des marchés, Vincent Maritim est occupé à désherber son herbe à éléphant, principal fourrage de ses quatre vaches. Il livre environ 42 litres de lait chaque jour à la société coopérative. Il affirme que la coopérative a amélioré sa vie.

Agriculteur Vincent : Je gagne plus d’argent qu’auparavant. Je suis en mesure de prendre soin des besoins de ma famille. C’est risible de constater qu’il y a deux ans, je vendais un litre de lait pour neufs shillings kenyans. Ce que j’obtiens maintenant est bien plus qu’un éleveur moyen de mon village peut espérer.

De plus, je dépense moins en transport, à la fois en termes d’espèces et aussi du temps qu’il me faut pour porter le lait au point de ramassage central. Imaginez 2 000 d’entre nous passant au moins 30 minutes tous les jours pour livrer le lait à la laiterie. Cela fait tellement d’heures gaspillées! Au lieu de cela, nous pourrions faire des choses à la ferme qui accroissent notre production de lait. La laiterie possède un camion qui fait la tournée tous les matins et tous les soirs pour ramasser le lait des éleveurs et le livrer à la laiterie. Je trais mes vaches et j’attends le camion au bord du chemin qui, par chance, passe devant ma ferme. C’est plus facile, moins cher et moins de soucis pour nous les éleveurs.

Narrateur : Les avantages se limitent-ils à l’argent que vous obtenez et à l’argent que vous économisez?

Agriculteur Vincent : Les avantages dépassent les questions monétaires. La coopérative me donne la possibilité de partager les expériences d’autres agriculteurs – pour voir comment ils prennent soin de leurs animaux et résolvent les problèmes de parasites et de maladies. Je parle d’un véritable échange de connaissances.

Il y a aussi le sentiment de faire quelque chose ensemble comme village, comme communauté, comme habitants de Kabiyet. Nous sommes plus forts quand nous sommes ensemble que lorsque nous faisons nos propres choses individuellement.

Narrateur : Pour Vincent et les autres membres de la Société coopérative de Kabiyet qui livrent leur lait à Kabiyet Dairies, l’avenir semble prometteur grâce à leur projet de travail en collaboration.

EFFETS SPÉCIAUX : Bruit d’un tracteur et bruit de contenants de lait pendant cinq secondes, puis fondu enchaîné

Animateur : Voici les histoires de deux éleveurs laitiers prospères à Kabiyet. Nous sommes privilégiés d’avoir en studio avec nous deux autres personnes qui contribuent à ce succès : le président de Kabiyet Dairies Limited, M. Abraham Rugut, ainsi que M. Eliud Makhoka, formateur d’agriculteurs.

Bienvenue dans le studio.

Invités : Merci.

Animateur : Commençons par vous, M. Abraham Rugut. Quand a démarré la société coopérative?

Président : Nous avons amorcé notre projet en 2008. À cette époque-là, la moitié des habitants de la région vivaient dans la pauvreté. Notre entreprise a démarré le 1er juin 2009. Ce jour-là, nous avons reçu une glacière pour refroidir notre lait. La glacière est un don du projet East Africa Dairy Development. Mais, ce jour-là, nous ne savions pas si nous allions obtenir du lait! Heureusement, nous avons réussi à recueillir plus de 1 600 litres de lait. Nous parlions aux éleveurs depuis 2008. Je dois vous dire que les éleveurs de notre région sont connus pour être des gens avec lesquels il est très difficile de traiter! (Rires)

Animateur : De quelles façons est-il difficile de traiter avec ces gens-là?

Président : Permettez-moi de vous faire un bref historique. Les habitants de Kabiyet sont venus de Tinderet. Ce sont les gens qui ont donné du fil à retordre aux Européens lorsqu’ils construisaient la voie ferrée Kenya-Ouganda de Mombasa à Kisumu près de la frontière ougandaise. (Rires généralisés)

Mais nous étions préparés; nous savions que les choses ne seraient pas faciles. Nous leur avons parlé pendant environ quatre mois avant qu’ils acceptent d’adhérer à la coopérative. Et comme nous étions ouverts dans nos discussions, les éleveurs étaient très positifs à l’égard de l’initiative. C’est pour cela que nous avons pu ramasser plus de 1 600 litres de lait durant notre premier jour en activité. Et les quantités ont augmenté. Le deuxième jour, nous avons recueilli plus de 2 200 litres et le troisième jour nous avons atteint la barre des 3 000 litres. C’était très impressionnant!

Cette tendance s’est poursuivie et, en décembre 2009, nous ramassions environ 25 000 litres de lait par jour. À l’heure actuelle, la laiterie recueille 36 000 litres de lait chaque jour.

Animateur : Combien de membres compte la société coopérative?

Président : Nous avons comme membres environ 4 200 agriculteurs. Les trois quarts d’entre eux ont versé le prix de la part sociale de 5 000 shillings kenyans (Note de la rédaction : environ 60 $US). Les autres en ont payé une partie et poursuivent leurs versements.

Animateur : Vous avez mentionné que vous avez débuté en ramassant quelque 1600 litres de lait par jour et qu’en peu de temps cette quantité est passée à plus de 30 000 litres. Qu’est-ce qui explique cette augmentation faramineuse?

Président : Premièrement, nous avons travaillé très fort pour enseigner aux éleveurs de bonnes méthodes de production du lait, afin d’avoir du lait en plus grande quantité et de meilleure qualité.

Deuxièmement, nous avons fait plusieurs choses qui ont motivé les éleveurs à adhérer en grand nombre à la coopérative. Les éleveurs membres de la coopérative paient 800 shillings kenyans pour les services d’insémination artificielle au lieu du tarif habituel de 2 500 shillings (Note de la rédaction : 800 shillings kenyanséquivalent à environ 10 $US et 2 500 shillings kenyans valent environ 30 $US). Nous avons également un magasin de produits agro-vétérinaires dans lequel les éleveurs achètent les intrants à des prix légèrement inférieurs aux tarifs du marché. Ils peuvent également obtenir les intrants à crédit. Les coûts des intrants sont déduits du versement que l’éleveur obtient à la fin du mois pour le lait livré à la société coopérative.

La troisième chose que nous avons faite comme incitatif pour nos éleveurs fut d’ouvrir une banque villageoise dans laquelle nos éleveurs peuvent déposer, épargner et retirer leur argent. Les éleveurs n’ont pas le souci de se rendre à Eldoret ou à Kapsabet pour les services bancaires. Ces villes sont à environ 70 kilomètres de distance, ce qui représente une grande économie de temps et d’argent.

Animateur : Quels avantages les éleveurs locaux ont-ils tirés de cette coopérative laitière?

Président : Regardez la quantité de lait : 36 000 litres de lait chaque jour, cela représente beaucoup d’argent. Cet argent a changé la vie des gens. On peut dire sans crainte que le nombre de gens vivant dans la pauvreté a diminué. Avant le début de ce projet, le lait à Kabiyet se vendait de huit à 10 shillings kenyans le litre. Après le début du projet, le prix a augmenté graduellement à 24 shillings le litre. C’est une énorme amélioration pour les revenus des éleveurs de cette région.

Lorsque les agriculteurs se regroupent, ils peuvent demander de meilleurs prix car ils disposent de quantités supérieures. Par exemple, si j’avais 20 litres de lait, je pourrais seulement les vendre sur le marché local. Si j’étais dans l’incapacité de les vendre sur le marché local, alors je les vendrais à des intermédiaires. Mais, avec une coopérative comme la nôtre, nous pouvons contourner les intermédiaires qui nous exploitent. Kabiyet Dairies agit comme une agence. Nous sommes capables de négocier et de vendre directement à Kenya Co-operative Creameries, le plus gros transformateur de lait au pays.

Animateur : Quelles leçons avez-vous apprises en mettant sur pied cette coopérative d’éleveurs?

Président : Nous avons mis l’accent sur le regroupement d’agriculteurs ayant un intérêt commun. Toutefois, ce seul facteur n’est pas garant du succès. Kabiyet Dairies a fait des progrès impressionnants en utilisant de meilleures technologies pour rehausser le statut de nos éleveurs. J’aimerais vous donner deux exemples. Tout d’abord, nos éleveurs améliorent la qualité de leurs troupeaux par l’insémination artificielle. Cela signifie qu’ils s’éloignent des races traditionnelles à faible rendement et obtiennent une meilleure production de lait. L’autre exemple, c’est l’installation d’un refroidisseur de lait, grâce à un partenariat avec le projet East Africa Dairy Development. Nous ne pourrions pas manipuler une telle quantité de lait sans un refroidisseur. C’est ainsi que la technologie contribue au succès de la société coopérative.

Animateur : M. Eliud Makhoka est directeur du Lengo Agriculture and Demonstration Centre, situé à Eldoret. Il a été engagé à contrat par le Kenya Dairy Board pour aider les éleveurs de Kabiyet à améliorer la qualité de leurs cultures fourragères. M. Makhoka, à quoi devraient penser les éleveurs qui souhaitent démarrer et gérer une société coopérative rentable?

M. Makhoka : On dit que deux hommes ne peuvent pas marcher ensemble à moins d’être en accord. C’est le principe le plus important du mouvement coopératif : à savoir que les personnes qui se regroupent pour former une coopérative doivent avoir un intérêt commun. Ce peut être la seule chose qui les maintiendra ensemble en cas de conflit ou quand le groupe traversera des périodes difficiles. Les membres doivent savoir exactement pourquoi la coopérative a été formée et quelles contributions on attend d’eux.

Permettez-moi d’ajouter que la corruption est l’un des plus grands fléaux des sociétés coopératives. Les exemples de corruption englobent les cas où les leaders du mouvement coopératif dépensent les fonds des agriculteurs pour des frais qui n’ont pas été approuvés ou pour des achats qui récompensent les leaders fraudeurs et ne rapportent pas de dividendes aux membres. Les agriculteurs doivent s’assurer que la coopérative a une planification financière prudente et un leadership avant-gardiste.

Animateur : Quel est l’avenir du mouvement coopératif au Kenya?

M. Makhoka : Les sociétés coopératives seront très pertinentes et importantes pour les petits exploitants agricoles au Kenya et dans toute l’Afrique. Sur ce continent, les petits exploitants agricoles font face à de nombreux défis que seuls des efforts collectifs peuvent surmonter. Par exemple, les éleveurs laitiers dans un groupe peuvent mettre des ressources en commun et acheter un mélangeur d’aliments pour animaux. Ils peuvent acheter et partager différentes sortes de matériel.

En même temps, les sociétés coopératives améliorent la force et la résilience des collectivités dans les régions rurales. Les organismes de développement vous diront qu’il est beaucoup plus facile de mettre en œuvre un projet sanitaire ou éducatif dans une région où il y a une société coopérative prospère. Les coopératives aident les gens à mieux comprendre le bien commun. Par conséquent, ils sont plus disposés à prendre part à des initiatives qui profitent à la collectivité élargie, au lieu de penser à leurs propres familles.

Animateur : Une dernière question à vous tous : que faut-il faire pour s’assurer que les avantages dont vous avez parlé soient étendus aux agriculteurs dans tout le pays?

Président : J’ai deux inquiétudes : l’une consiste à augmenter la viabilité des groupes d’agriculteurs existants et, dans la mesure du possible, à les alimenter et à les transformer en  sociétés coopératives à part entière. Cela contribuera à répandre les avantages qui découlent du travail en commun des agriculteurs d’une façon organisée. En outre, il est vrai que les agriculteurs manquent de compétences en matière de planification, de gestion et de finances. Les coopératives peuvent remédier à ces manques en offrant aux agriculteurs des occasions d’acquérir ces compétences.

Animateur : M. Makhoka, laissez-moi vous poser votre question différemment : que faut-il faire pour s’assurer que le mouvement coopératif passe au niveau suivant?

M. Eliud Makhoka : Nous devons être créatifs dans la gestion des sociétés coopératives. Parfois, la somme qui est nécessaire pour acheter les intrants signifie que les agriculteurs ont peu d’argent dans leurs poches. Ajouter une valeur aux récoltes agricoles brutes est une façon d’aborder ce manque de liquidités. Les agriculteurs gagnent davantage si un plus grand nombre de leurs sociétés coopératives sont en mesure de vendre des produits à valeur ajoutée directement sur le marché.

Permettez-moi de conclure en disant que, même si de nombreux efforts ont été déployés pour établir de nouvelles coopératives, nous devons aussi examiner des façons de développer encore davantage de nouveaux marchés et les infrastructures nécessaires pour atteindre ces marchés. Donc, d’un côté, les coopératives doivent s’efforcer d’ajouter de la valeur à leurs produits et investir dans le marketing, même si cela signifie collaborer avec d’autres coopératives ayant des intérêts communs. De l’autre, le gouvernement devrait investir davantage dans les infrastructures comme les routes, les voies ferrées et les technologies de l’information pour permettre aux agriculteurs d’atteindre ces marchés.

Animateur : Chers auditeurs et auditrices, ceci conclut pour aujourd’hui notre discussion portant sur la façon dont les coopératives peuvent contribuer à accroître les revenus des agriculteurs. Si vous souhaitez démarrer un groupe d’agriculteurs, un groupe conjoint de mise en marché ou une société coopérative, parlez à l’agent de vulgarisation responsable de l’agriculture ou du bétail dans votre région ou bien rendez-vous aux bureaux du ministère du Développement des coopératives et de la Commercialisation de votre district.

Au revoir et à la semaine prochaine à la même heure.

Montée de l’indicatif musical et sortie en fondu enchaîné

Intégration de la dimension de genre dans une coopérative agricole : Au Ghana, des groupes atteignent la sécurité alimentaire pour les petits exploitants agricoles

Montée de l’indicatif pendant 10 secondes puis fondu sous la voix de l’animatrice

Animatrice : Bienvenue, chers auditeurs et auditrices, à votre émission favorite Vom Yella,qui signifie en langue frafra « Les questions de la vie quotidienne ». L’émission d’aujourd’hui porte sur l’intégration de la dimension de genre dans les groupes d’agriculteurs ruraux. On parle généralement de la dimension de genre dans les bureaux gouvernementaux ou au niveau de la conception des politiques, mais pas tellement chez les agriculteurs ruraux. Au micro, votre animatrice Lydia Ajono, qui vous parle de la station Radio Style. Aujourd’hui, nous allons nous joindre à un groupe coopératif d’agriculteurs à Kanlade dans la ville de Salaga de la région du Nord. Nous entendrons parler de leur programme de sensibilisation au genre et de leurs efforts pour diversifier leurs cultures. Restez à l’écoute.

Montée de l’indicatif pendant deux secondes puis fondu

Animatrice : Bienvenue de nouveau. Aujourd’hui, nous allons nous concentrer sur le genre et l’agriculture comme moyen d’atteindre les objectifs nationaux d’égalité des genres et d’autonomisation des femmes, surtout dans la région de Salaga. Joignez-vous à moi alors que je vais m’entretenir avec Madame Margaret Ajokumah et Monsieur Sebewie Lawali. Tout d’abord, nous allons jeter un éclairage sur la motivation de Madame Ajokumah pour se joindre au groupe d’agriculteurs et partager de l’information sur l’égalité des genres dans les groupes coopératifs d’agriculteurs.

Margaret Ajokumah : Merci. Tout d’abord, permettez-moi de remercier SEND-Ghana et la station de radio qui nous donnent cette occasion de partager notre histoire. Dans notre langue, nous avons un proverbe : « Si vous voyez un chien courir, quelque chose le poursuit ou bien il poursuit quelque chose ». Mon mariage a presque été détruit il y a environ deux ans et j’avais quasiment abandonné cette relation. Mais je remercie le groupe coopératif d’agriculteurs qui a sauvé mon mariage. Je me suis jointe au groupe avec mon mari. Il a assisté à la première réunion d’agriculteurs et il m’a dit de l’accompagner à la réunion suivante. Lorsque j’ai assisté à la réunion, je me suis rendu compte qu’une des conditions du groupe coopératif exigeait que tous les membres soient des couples.

Animatrice : Qu’avez-vous appris à la réunion ce jour-là?

Margaret Ajokumah : Traditionnellement, les hommes sont chargés de toutes les cultures commerciales, surtout les ignames qui constituent l’aliment de première nécessité de la famille. Mais j’ai appris ce jour-là que les femmes pouvaient aussi faire pousser du soja et transformer les fèves en produits commercialisables comme des épices de soja dawadawa ou du kebab de soja. J’étais si heureuse d’entendre cela que mon mari et moi nous nous sommes inscrits rapidement et nous avons payé par la suite les frais de cinq cedis ghanéens (Note de la rédaction : environ 3,30 $US).

Animatrice : Que faisiez-vous avec votre mari à la ferme avant de vous joindre au groupe coopératif pour couples dans votre collectivité?

Margaret Ajokumah : Mon mari ne m’aidait jamais avec les tâches du ménage. Mais depuis les discussions éducatives régulières au groupe coopératif d’agriculteurs, il m’aide pour donner le bain aux enfants et pour les préparer pour l’école. Il va également chercher de l’eau pour la maison en vélo. Il achète des vêtements pour moi et pour les enfants.

Avant le groupe coopératif d’agriculteurs, il me traitait comme si je ne comptais pas.  Il y avait toujours des disputes à la maison parce que mes enfants et moi-même devions nous battre sans cesse pour avoir notre repas quotidien.

Maintenant, j’achète et je vends des aliments au grand marché de Salaga. Avec l’argent que je gagne ainsi, nous remboursons nos prêts à la caisse populaire communautaire mise sur pied par SEND. Nous avons aussi assez de nourriture pour nourrir la famille et payer les frais de scolarité des enfants.

Animatrice : Combien d’enfants avez-vous?
Margaret Ajokumah : Nous avons trois enfants – deux garçons et une fille. Actuellement, le premier garçon est à l’École polytechnique de Tamale, l’autre est au deuxième cycle de l’école secondaire à Tamale et la dernière est encore au premier cycle de l’école secondaire à Salaga.

Animatrice : Plus tôt, vous avez disucté de l’atmosphère pacifique dans votre ménage. Quelle est votre définition de la paix?

Margaret Ajokumah : Quand je parle de paix, je veux dire qu’il y a suffisamment pour nourrir les enfants, suffisamment pour leur acheter des vêtements, pour payer leurs frais de scolarité, pour leur procurer les livres nécessaires et pour payer leur assurance-santé. Et qu’il y a suffisamment pour mettre un peu d’argent de côté en cas d’urgence ou pour contribuer aux besoins de mon père ou de la famille élargie de mon mari.

Animatrice : Voyons maintenant le rôle que vous jouez dans la coopérative d’agriculteurs pour couples. Vous avez mentionné durant notre discussion préliminaire que vous aviez parlé à des ami(e)s de vous joindre au groupe. Comment faites-vous cela?

Margaret Ajokumah : Je rejoins les ami(e)s qui viennent m’acheter des choses au marché et aussi aux funérailles et aux mariages. En dehors de cela, nous avons organisé des réunions de sensibilisation une fois par mois pour donner des causeries sur la maternité, l’assainissement et d’autres questions.

Animatrice : Citez-moi quelques-uns des défis que vous rencontrez pour essayer d’atteindre vos objectifs avec le groupe coopératif?

Margaret Ajokumah : Nous avons de nombreux défis agricoles. Mais les principaux sont les conditions climatiques peu fiables. Parfois, les pluies n’arrivent pas assez tôt ou bien elles arrivent trop fort et inondent les récoltes.

L’autre préoccupation est le coût des engrais chimiques pour faire pousser du maïs et du riz, ainsi que le coût des tracteurs. La commercialisation est un autre défi. Après la récolte, le marché pour les ignames et le soja est particulièrement mauvais.

Animatrice : À votre avis, que pourrait-on faire pour contribuer à atténuer ou à résoudre ces problèmes?

Margaret Ajokumah : Je pense que nous devrions poursuivre les activités éducatives qu’effectue le groupe parce que, malgré tous ces défis, les couples membres des groupes coopératifs réussissent bien mieux que ceux qui n’en font pas partie.

Animatrice : Merci d’avoir partagé votre belle histoire.

Margaret Ajokumah : Je l’apprécie et j’espère que vous continuerez à venir dans notre collectivité.

Animatrice : Au cas où vous viendriez tout juste de prendre l’antenne, vous écoutez Vom Yella. Durant l’émission d’aujourd’hui, nous parlons du modèle coopératif d’agriculteurs pour couples dans la région de Salaga du district d’East Gonja dans le nord du Ghana. Une membre du groupe, du nom de Margaret Ajokumah, vient tout juste de nous raconter comment elle a bénéficié du programme lancé par SEND-Ghana. Afin de poursuivre la discussion, nous accueillons maintenant Monsieur Sebewie Lawali, président du groupe. Mais apprécions tout d’abord cette musique traditionnelle.

Musique traditionnelle pendant deux minutes

Animatrice :Me revoilà. Avant la pause, nous avons entendu les propos de Madame Ajokumah. Et maintenant Monsieur Sebewie Lawali, président du groupe coopératif pour couples de Kanlade, est ici afin de poursuivre notre discussion. Tout d’abord, quel était le principal objectif de la mise sur pied de la coopérative d’agriculteurs de Kanlade?

Sebewie Lawali : Merci. Avant de continuer, j’aimerais saisir cette occasion pour reconnaître le rôle joué par nos épouses et nos mères dans le groupe, surtout Mme Ajokumah. Elle n’a jamais regretté depuis son arrivée dans le groupe avec son mari il y a deux ans.

L’idée d’une coopérative d’agriculteurs pour couples a été lancée pour appuyer nos familles et nos collectivités en vue d’éviter la famine permanente et de donner une éducation de qualité à nos enfants.

Le coopérative d’agriculteurs de Kanlade a été formée il y a environ dix ans pour encourager les agriculteurs – surtout les hommes – à apprécier le rôle que jouent leurs femmes dans l’agriculture et la gestion du foyer. Les valeurs du groupe reposent sur l’amour, la confiance, l’unité, la transparence et la responsabilité, ainsi que sur une coexistence pacifique.

Animatrice : Quel lien faites-vous entre ces valeurs et vos activités?

Sebewie Lawali : La première condition d’adhésion c’est que tous les membres soient des couples, des veuves ou des veufs. Pour appartenir au groupe, vous devez être une personne qui est prête à respecter les règles du groupe. Cela signifie que vous êtes disposé à promouvoir l’amour, l’unité et la paix dans votre foyer et à démontrer que vous êtes non seulement un mari, mais aussi un ami pour votre femme et vos enfants.

En respectant et en observant ces règles de base, nous atteignons progressivement certains des objectifs que nous nous sommes fixés en agriculture et en développement communautaire.

Animatrice : Citez-nous quelques-unes des réalisations de la coopérative?

Sebewie Lawali : Il y en a qui ne sont pas faciles à quantifier. Par exemple, la paix. Je sais que certains de mes collègues avaient l’habitude de se disputer presque tous les jours avec leurs femmes ou ne se préoccupaient pas de l’éducation de leurs enfants. Mais tout cela a changé. Je peux également dire que presque tous les membres de notre groupe démontrent ces qualités d’amour, d’unité et de paix. C’est le résultat de l’éducation sensible à l’égalité des sexes qui prévaut en tout temps dans les réunions du groupe.

Nous avons également abandonné la pratique agricole traditionnelle de la culture itinérante et adopté les cultures intercalaires et la rotation des cultures. Ce changement aide de nombreuses familles parce qu’il y a une telle pénurie de terres que les familles ne peuvent pas se permettre de les laisser en jachère. Même quand les terres sont disponibles, elles sont moins fertiles qu’il y a 20 ans ou 50 ans.

Nous avons divisé la coopérative en petits groupes pour nos activités d’éducation sensible à l’égalité des sexes. Chaque petit groupe est composé de 18 hommes et 18 femmes. Un petit groupe compte 12 hommes et 12 femmes. Au total, nous avons plus de 200 membres dans le plus important groupe coopératif pour couples de Kanlade.

Animatrice : Quelles autres activités organisez-vous, en plus de l’agriculture durable?

Sebewie Lawali : En dehors de la production de cultures, nous avons aussi des activités commerciales qui comprennent le petit commerce, la confection de vêtements, la coiffure et la transformation alimentaire. Parmi les autres activités génératrices de revenus, mentionnons la transformation du beurre de karité, des arachides et de l’huile et la production de dawadawa (Note de la rédaction : le dawadawa est un goûter en forme de cube fait de pâte de graines de fruits fermentées). Ce sont là quelques-unes de nos stratégies pour garantir la sécurité alimentaire à la maison et pour réduire la pauvreté.

Animatrice : Lorsque vous jetez un coup d’œil sur votre situation personnelle antérieure, quel a été l’avantage pour votre famille et pour vous?

Sebewie Lawali : Le principal avantage des groupes est la sensibilisation au genre. Aujourd’hui, je suis autonomisé. Je peux maintenant conseiller mes camarades hommes sur les questions de genre. Je peux les informer que le genre ne concerne pas seulement les femmes ou le contrôle des femmes sur leurs maris, comme le pensaient certains hommes. Je peux témoigner que j’avais l’habitude de laisser tout le travail de la maison à ma femme, mais que dorénavant je partage le travail avec elle. Par exemple, faire la cuisine et donner le bain aux enfants et même laver le linge de ma femme. Je n’avais jamais fait cela avant la formation du groupe. J’ai été élevé dans l’idée que la cuisine était réservée à ma femme. Si un homme faisait cela, il n’était pas respecté par ses collègues.

Mais on peut changer cette perception. Et les avantages de comprendre l’égalité des genres et de la mettre en pratique sont énormes, au lieu d’avoir des croyances qui favorisent les conflits et la pauvreté au foyer.

Animatrice : Quels défis a rencontrés le groupe?

Sebewie Lawali : Les défis dans la production des cultures englobent les pluies irrégulières, parce que l’agriculture dépend largement des précipitations. Lorsque les pluies n’arrivent pas au bon moment, nous obtenons de faibles rendements pour nos récoltes. Ou lorsqu’elles tombent trop tôt, au moment où les cultures n’ont pas besoin d’eau, il y en a trop et cela peut même provoquer des inondations.

L’autre défi consiste à obtenir des services de tracteur ou de transport pour transporter les produits frais de la ferme à la maison après la récolte. Nous sommes également confrontés à de faibles prix du marché pour nos produits frais. Nous sommes toujours roulés par les négociants intermédiaires des grosses villes.

En dehors de ces défis agricoles, le plus gros problème dans la collectivité est la consommation excessive d’alcool, surtout chez les jeunes. Cela provoque beaucoup de tensions dans les familles.

Animatrice : Que faites-vous pour résoudre ce problème?

Sebewie Lawali : Nous organisons des activités de mobilisation et de sensibilisation de la collectivité impliquant le bureau agricole du district, SEND-Ghana et d’autres groupes de la société civile. Ils nous aideront à poursuivre l’éducation de nos gens et des jeunes au sujet de certains de ces problèmes sociaux.

Nous avons également fait appel au ministère de l’Agriculture par l’entremise de notre Assemblée du district. Nous lui avons demandé d’appuyer les agriculteurs avec des subventions pour les services de tracteur et les engrais et aussi pour encourager la culture irriguée pendant la saison sèche.

Ce qui fonctionne et donne des résultats, ce sont les coopératives d’agriculteurs pour couples. Nous continuerons à promouvoir ce modèle jusqu’à ce que tous les agriculteurs du district l’adoptent.

Voici donc quelques-unes des mesures que le groupe met en œuvre. Mais nous manquons de capacité ou de connaissances. Nous recherchons donc l’appui de partenaires qui pourraient avoir des connaissances dans ces secteurs ou les ressources nécessaires pour appuyer le groupe.

Animatrice : Merci beaucoup.

Sebewie Lawali : Je vous remercie pour cette invitation.

Montée de l’indicatif pendant deux secondes puis fondu sous la voix de l’animatrice et sortie

Animatrice : Nous avons appris beaucoup de choses aujourd’hui, surtout comment les groupes coopératifs pour couples ont aidé de nombreuses familles à Kanlade dans la ville de Salaga au nord du Ghana. Nous avons appris comment le groupe a aidé à assurer la paix dans les familles et à réduire les pénuries alimentaires permanentes. La compréhension de l’égalité des genres par les couples et leur démonstration pratique de cette situation dans leurs foyers ont contribué à renforcer les liens et les mariages.

Je pense que vous avez également appris quelque chose aujourd’hui pour améliorer votre vie. Ne manquez pas le prochain épisode de l’émission Vom Yella sur Radio Style.

Bonne journée. Au revoir et à la prochaine!

Montée de l’indicatif pendant 10 secondes puis sortie en fondu