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« Muskuwaari » est un terme en langue fulfulde qui désigne le sorgho cultivé en saison sèche, et que l’on repique en fin de la saison pluvieuse. Les variétés courantes de muskuwaari englobent le safraari, le majeeri, le burguuri et l’ajagamaari.

On cultive le muskuwaari à travers une vaste région qui s’étend du Nigéria au Soudan. Au Nigeria, on l’appelle masakwa, et berbere au Tchad.

Les agricultrices et les agriculteurs repiquent jusqu’à 10 000 plants de pépinière sur un hectare en octobre à l’Extrême-Nord et dans deux districts de la région du nord du Cameroun, et ils peuvent récolter 1 000 kg ou plus par hectare. Ces régions ont une longue saison sèche qui dure sept à neuf mois. La pluviométrie y est médiocre, avec 100 à 300 millimètres d’eau par an. Elles ont des températures annuelles moyennes pouvant atteindre 32 degrés Celsius. La végétation est très clairsemée, avec peu d’arbres, ainsi que des buissons broussailleux et des herbes.

La culture du muskuwaari comporte les avantages suivants :

  • La capacité de produire des denrées sur des terrains argileux bas, à texture fine qui sont souvent inondés en saison pluvieuse. Le muskuwaari est repiqué sur de vastes superficies de sols argileux dénommés karal (ou kare au pluriel) sur lesquels il est difficile de cultiver lorsqu’il pleut.
  • La disponibilité de la main-d’œuvre en saison morte pour aider les cultivatrices et les cultivateurs à effectuer des travaux à forte intensité de main-d’œuvre, tels que le repiquage et la préparation des terres.
  • La production de denrées presque tout au long de l’année.
  • Un entreposage à long terme : le muskuwaari peut se conserver pendant longtemps, et même très bien jusqu’à la prochaine saison pluvieuse.
  • Une bonne rentabilité : les prix du marché sont très intéressants au moment de la récolte (mars-mai), car les réserves de la saison pluvieuses sont très faibles.
  • Durabilité : le muskuwaari n’épuise pas le sol et peut être cultivé dans les mêmes champs année après année. Cela peut être dû au fait que les crues annuelles regarnissent les sols en nutriments.

Vous pourriez décider de présenter le présent texte radiophonique dans le cadre de votre émission agricole ordinaire, en vous servant des voix d’actrices et d’acteurs pour représenter les oratrices et les orateurs. Si tel est le cas, assurez-vous de prévenir votre auditoire au début de l’émission que les voix sont celles d’actrices et d’acteurs et non celles des personnes avec lesquelles les entrevues originales ont été réalisées pour le texte radiophonique.

Vous pourriez également vous inspirer de ce texte radiophonique pour faire des recherches pour et réaliser une émission radiophonique sur le sorgho, d’autres cultures de saison sèche ou d’autres denrées qui ne se prêtent pas à la culture pendant les saisons climatiques difficiles de votre région.

Si vous décidez de vous servir de ce texte pour créer votre propre émission, vous pourriez vous entretenir avec des agricultrices, des agriculteurs et d’autres experts et leur poser les questions suivantes :

  • Cultivez-vous particulièrement un produit agricole dans votre région en saison sèche?
  • Dans l’affirmative, quelles sont les caractéristiques de ce produit qui lui permettent de bien pousser en saison sèche, et en quoi sont-ils avantageux pour les agricultrices et les agriculteurs?
  • Quels sont les problèmes que pose ce produit agricole, et quelles sont les solutions que les agricultrices et les agriculteurs ont trouvées pour y faire face?
  • Existe-t-il un bon marché pour ce produit?
  • Quels sont les autres produits qui sont particulièrement utiles aux agricultrices et aux agriculteurs de cette région?

Outre le fait de discuter directement avec les agricultrices, les agriculteurs et d’autres acteurs clés du secteur agricole local, vous pourriez utiliser ces questions dans le cadre d’une émission avec tribune téléphonique ou envoi de messages textes.

Durée estimée pour ce texte : 15 minutes avec la musique de début et de fin.

Script

Indicatif sonore

Animateur:
Bonjour chers auditeurs et auditrices. Aujourd’hui, nous entendrons comment des agriculteurs qui cultivent une sorte de sorgho de saison sèche réussissent à faire face aux périodes de soudure malgré le climat très sec. Ces agriculteurs vivent à l’Extrême-Nord du Cameroun, une région dans laquelle la saison sèche dure entre huit et neuf mois-

Il est très difficile de cultiver des produits agricoles comme le maïs dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Le sorgho de contre-saison que les agricultrices et les agriculteurs cultivent ici s’appelle le muskuwaari en langue locale.

Nous sommes avec Silas Moctia, un paysan qui s’investit dans la culture du muskuwaari depuis près de 12 ans. Pouvez-vous vous présenter à nos auditrices et auditeurs?

SILAS MOCTIA:
Bonjour. Je m’appelle Silas Moctia. Je suis agriculteur à Yonkolé, un village situé dans l’Extrême-Nord du Cameroun, à six kilomètres de la ville de Maroua.

Animateur:
Quand avez-vous commencé la culture du muskuwaari?

SILAS MOCTIA:
J’ai aujourd’hui 65 ans et j’ai commencé la culture du sorgho tout petit, aux côtés de mon père. Je ne sais plus exactement à quel âge.

Animateur:
Vous parlez du sorgho. Qu’en est-il du muskuwaari?

SILAS MOCTIA:
J’ai commencé le muskuwaari il y a 12 ans. J’ai abandonné la culture du coton pour le muskuwaari.

Animateur:
Vous dites avoir abandonné le coton pour le muskuwaari. Pourquoi l’avoir fait? Expliquez-nous ce choix.

SILAS MOCTIA:
Le coton aussi je le cultivais avec mon père depuis l’enfance, et j’ai continué à utiliser sa méthode en alternant le coton avec les céréales. Lorsque j’ai hérité de ses terres, j’ai continué de faire de même. Au départ j’étais assez satisfait de ce système. Mais avec le temps, ma satisfaction a baissé et s’est même transformée en réel mécontentement.

Je dépensais déjà beaucoup d’argent avec le coton. Parfois, c’est le plant qui ne supporte pas la forte sécheresse, d’autres fois ce sont les inondations qui freinent la croissance du plant. Un jour, on a des attaques de chenilles, un autre jour ce sont les attaques d’oiseaux. Avec le temps, je dormais sans dormir (RIRES). Chaque matin en me levant je me demandais: qu’est-ce que je vais encore trouver comme problème dans mon champ aujourd’hui.

Animateur:
Avez-vous cherché de l’aide face à ces problèmes?

SILAS MOCTIA:
Bien sûr que j’ai cherché de l’aide. Je suis allé voir plusieurs vulgarisateurs agricoles aussi bien au ministère de l’Agriculture que près des associations paysannes. Lorsque je vous disais que j’ai dépensé beaucoup d’argent, c’est parce que j’appliquais les conseils reçus. Il fallait parfois payer des gens pour aller chercher de l’eau et arroser les plants, il fallait acheter des insecticides, entre autres choses.

Animateur:
Et comment êtes-vous parti du coton pour le muskuwaari? Comment avez-vous connu le muskuwaari?

SILAS MOCTIA:
Le temps passait et je me suis rendu compte que ma production de coton baissait tandis que les dépenses augmentaient. Je n’avais plus de bénéfices, je tournais à perte. En même temps autour de moi, je voyais les cultivateurs de muskuwaari être satisfaits.

Je n’ai pas migré vers le muskuwaari tout d’un coup. Je l’ai d’abord essayé sur une petite portion de terre, pendant que je cultivais du coton sur un plus grand champ. Progressivement, j’ai augmenté la portion réservée au muskuwaari et c’est comme ça que j’ai finalement abandonné le coton pour le muskuwaari.

Bruits de pas. Bruits provenant d’une exploitation agricole.

Animateur:
Chers auditeurs, nous sommes dans le champ de Silas Moctia. Tout autour de nous, nous voyons une vaste étendue de terre blanchâtre sur laquelle on a l’impression que des traits ont été tracés. En fait, c’est le sol argileux qui se fendille sous l’effet de la sécheresse. On aperçoit aussi des lignes vertes. En se rapprochant, on se rend compte que ce sont des plants de muskuwaari.

EFFETS SONORES:
Bruit d’eau qu’on verse dans un trou de plantation

Animateur:
Silas Moctia a commencé le repiquage des plants de muskuwaari. D’une main il tient une touffe de jeunes plants et l’autre main sert à mettre le plan dans un trou préalablement creusé. Un assistant se tient à côté et verse un peu d’eau dans le trou avant que Silas n’y mette le jeune plant.

Animateur:
Silas Moctia, vous êtes en plein repiquage. D’où sortent les jeunes plants que vous tenez en main?

SILAS MOCTIA:
Ces plants sortent de ma pépinière. Je fais ma pépinière vers la fin de la saison des pluies, en août. En septembre on commence la préparation des sols en défrichant toute la végétation à l’aide d’une faux, en brûlant les restes et en creusant ensuite des trous de plantation. Ces travaux sont généralement effectués par la famille, car la plupart des agricultrices et des agriculteurs n’ont pas les moyens d’engager des ouvriers agricoles. Les plants croissent dans la pépinière pendant 40 jours, et puis en octobre on repique les plants dans le champ. La récolte commence vers fin janvier et je suis vraiment satisfait de ce qui sort de ce champ.

Animateur:
Quelle superficie de terre utilisez-vous pour repiquer les plants de muskuwaari et quel est votre rendement?

SILAS MOCTIA:
J’ai cinq hectares de muskuwaari repiqué. Je récolte en moyenne 16 sacs de 100 kilogrammes par hectare et je vends un sac en moyenne à 10000 francs CFA (18 $US). Le prix varie légèrement d’une année à l’autre.

Animateur:
Vous semblez satisfait.

SILAS MOCTIA:
Bien sûr que je suis satisfait du muskuwaari. Non seulement je dépense moins, mais en plus le muskuwaari permet d’avoir en permanence de quoi manger, même en saison sèche, puisque le sorgho nous permet d’avoir de quoi manger à notre faim chaque jour.

Bruit de pas

Animateur:
Chers auditeurs et auditrices, nous allons maintenant à la rencontre de Haoua Adji donc le champ est voisin de celui de Silas. Bonjour Haoua. Pouvez- vous vous présenter?

HAOUA ADJI:
Bonjour. Je m’appelle Haoua Adji. J’ai 36 ans et je suis cultivatrice de muskuwaari à Yonkolé.

Animateur:
Êtes-vous satisfaite du choix de cultiver le muskuwaari?

Haoua Adji:
Oui je suis vraiment satisfaite. Le muskuwaari résiste bien à la chaleur ce qui fait que je ne manque pas de nourriture pour ma famille. Il est difficile de cultiver le maïs, le mil, le riz ou d’autres aliments durant la saison sèche dans notre climat chaud et sec. C’est ce climat qui nous expose à la faim.

Animateur:
Le muskuwaari est très apprécié ici! Il semble avoir des propriétés particulières. Nous discuterons de cela avec un expert pour avoir de plus amples explications.

Bruit d’une porte qui s’ouvre et de chaises qu’on déplace.

Animateur:
Nous sommes ici à l’antenne régionale de Maroua de l’Institut de recherche agricole pour le développement ou IRAD. Nous sommes en compagnie de Venasius Lendzemo, le directeur de l’IRAD de la ville de Maroua. Venasius Lendzemo pouvez-vous nous parler de la particularité du muskuwaari?

VENASIUS LENDZEMO:
Pour parler simplement, on dira que le muskuwaari est le sorgho repiqué de saison sèche. On précise de saison sèche, car il existe aussi un sorgho pluvial couramment appelé mil rouge ou sorgho rouge pluvial.

Animateur:
Quelle est la particularité du muskuwaari?

VENASIUS LENDZEMO:
La principale particularité du muskuwaari est qu’il supporte très bien le stress hydrique. Le muskuwaari s’adapte bien sur le sol argileux de la région qui a très peu de petits trous à travers lesquels l’eau peut s’écouler. Au lieu de cela, le sol retient bien l’eau.

Dans cette région, la fertilité du sol compte moins que la capacité de rétention d’eau. Le plant de muskuwaari accomplit son cycle végétatif pendant la longue saison sèche, à savoir de la plantation à la récolte, en utilisant les réserves d’eau accumulées dans le sol argileux. Tout se joue donc au niveau de la capacité à retenir le peu d’eau disponible.

Au moment du repiquage, le paysan verse un peu d’eau dans le trou avant de poser le plant. La rétention d’eau aide le plant à grandir sans problèmes. Les racines de cette plante résistent à la sécheresse en absorbant les particules d’eau fixées dans les sols argileux. C’est une faculté que d’autres plantes n’ont pas toujours.

Cette capacité de résister au stress hydrique fait que le sol est occupé par le muskuwaari dès les mois de septembre, octobre au lieu de rester nu. Les cultures sont récoltées en fin janvier ou en début février. Comme le muskuwaari est ne supporte pas trop d’eau, on ne le cultive pas en saison des pluies, ce qui libère donc de l’espace pour d’autres cultures.

Animateur:
Les paysans disent que le muskuwaari aide à lutter contre la faim. Qu’en pensez-vous?

VENASIUS LENDZEMO:
En effet, le sorgho est à la base de l’alimentation des populations de l’Extrême-Nord du Cameroun. Le muskuwaari résiste assez bien à la plupart des problèmes liés aux organismes nuisibles, et ce, bien que les foreurs des tiges puissent cause d’importants dégâts et d’importantes pertes pour les agricultrices et les agriculteurs. En fonction des variétés, il a un rendement plutôt élevé et la durée du cycle est relativement courte. Le fait qu’il est cultivé en saison sèche, lorsque d’autres cultures ont du mal à pousser, nous aide à réapprovisionner nos réserves et permet donc d’assurer la disponibilité d’aliments en toute saison. Il est vrai que n’eût été la présence du muskuwaari, la région connaîtrait des périodes de soudure.

Animateur:
Chers auditeurs et auditrices, aujourd’hui nous avons découvert comment le muskuwaari, un sorgho cultivé en saison sèche et sur des sols argileux, peut supporter la chaleur, la sécheresse et le stress hydrique qui frappent les régions soudano-sahéliennes du Cameroun. Cette denrée de saison sèche permet de lutter contre la faim dans une région réputée pour connaître régulièrement des périodes de soudure en raison de l’extrême variabilité du climat.

Acknowledgements

Contributions : Anne Mireille Nzouankeu, journaliste indépendante, Yaoundé, Cameroun

Révision : Carine Mala, maître de conférences, Université de Maroua, Cameroun

Information Sources

Entrevues :

Silas Moctia : cultivateur de sorgho, 15 octobre 2014

Haoua Adji : cultivatrice de sorgho, 15 octobre 2014

Venatius Lendzemo : directeur de l’antenne régionale, Maroua, Extrême-Nord du Cameroun de l’Institut de Recherche agricole pour le développement ou IRAD, 16 octobre 2014

Carine Mala, maître de conférences, Université de Maroua

gac-logoProjet réalisé grâce à l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement (MAECD)

Ce texte radiophonique a été rédigé avec le soutien d’Irish Aid.