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Notes to broadcasters

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Les petits exploitants agricoles sont rarement à l’aise de parler à la radio. Ils pensent que les radiodiffuseurs et les experts devraient faire la conversation pendant qu’eux, les agriculteurs, font la culture.

Mais l’amélioration de l’agriculture à petite échelle a besoin que les agriculteurs eux-mêmes parlent activement des sujets qui sont importants pour eux. Les agriculteurs doivent décrire, discuter, débattre, proposer, critiquer, appuyer, célébrer – le tout avec leurs propres voix.

Et si certains agriculteurs parlent, davantage d’agriculteurs les entendront et auront le courage de parler pour eux-mêmes.

L’une de vos tâches les plus importantes consiste à aider les agriculteurs à s’exprimer sur des sujets importants pour eux. Nous appelons cela « faciliter la voix des agriculteurs ». Voici de quelle façon.

Script

Voulez-vous faciliter la voix des agriculteurs? Tout d’abord, vérifiez votre propre attitude au sujet des petits exploitants agricoles. Si vous pensez que les petits exploitants agricoles sont des gens paresseux et sans instruction, et donc ignorants, qui ne peuvent ou ne veulent pas améliorer leur agriculture, alors tendez le micro à quelqu’un d’autre!

Cependant, si vous considérez les petits exploitants agricoles comme des citoyens importants qui ont besoin d’avoir une voix dans le développement, alors vous êtes probablement fait pour le travail de radiodiffuseur agricole. Quelle est l’importance des agriculteurs? Eh bien, les petits exploitants agricoles ont inventé la sélection des plantes. Cela a mené à l’astronomie, aux calendriers et à la science. Sans les agriculteurs, il n’y aurait pas de science, pas de villes et pas de civilisation comme nous la connaissons aujourd’hui.

Voici comment le « V », dans nos normes VOICE, décrit l’attitude des émissions agricoles efficaces :
V pour Valeur – Les émissions ont une grande estime pour les petits agriculteurs et agricultrices. Elles respectent les agriculteurs pour leur travail acharné en vue de produire de la nourriture pour leurs familles et pour les marchés, souvent en relevant de gros défis. Elles rejoignent les agriculteurs pour comprendre leur situation et sont déterminées à les appuyer dans leurs travaux agricoles et dans leurs efforts pour améliorer la vie rurale.

En outre, vérifiez votre attitude au sujet de vous-même. Si vous pensez que vous êtes meilleur que les agriculteurs, ou si vous vous considérez comme quelqu’un qui peut tout régler en agriculture, si seulement les agriculteurs pouvaient prêter attention, alors la radiodiffusion agricole n’est peut-être pas la meilleure affectation pour vous. Cependant, si vous vous considérez comme une personne qui a le désir et les compétences pour servir les agriculteurs, vous pouvez devenir un bon facilitateur de la voix des agriculteurs.

Qu’est-ce que cela signifie de faciliter la voix des agriculteurs? Tout d’abord, pensez à la façon dont vous abordez un enjeu d’importance pour vous. Vous clarifiez l’enjeu, vous demandez conseil auprès d’amis respectés, vous décidez quoi faire. Vous agissez. Maintenant, pensez aux petits exploitants agricoles. Comment pouvez-vous les aider à clarifier l’enjeu, à obtenir de bons conseils et à décider quoi faire? C’est cela la facilitation. Faciliter signifie « rendre quelque chose facile ». Être un facilitateur, c’est rendre facile pour les agriculteurs de parler, de discuter, de décider et d’envisager d’agir sur des enjeux d’importance pour eux.

Une fois que vous savez que vous avez la bonne attitude pour être un facilitateur, envisagez de suivre ces six étapes :
1) Amenez les agriculteurs à parler de choses qui sont importantes pour eux.
2) Centrez l’attention sur le véritable enjeu et donnez-lui un nom.
3) Facilitez la discussion avec les agriculteurs qui sont à l’aise à la radio.
4) Encouragez les autres agriculteurs à parler avec clarté et confiance.
5) Aidez les agriculteurs à solutionner l’enjeu.
6) Donnez des rétroactions.

Étape 1) Amenez les agriculteurs à parler de choses importantes
La façon la plus facile de commencer à parler avec des agriculteurs consiste à bavarder avec eux sur les sujets faciles : la famille, les enfants, les sports, la cuisine, la récolte ou le temps. Cette conversation facile aidera les agriculteurs à se sentir à l’aise et les amènera à parler. Souvent, les agriculteurs apprendront aussi à faire confiance aux radiodiffuseurs grâce au partage d’expériences communes. Cependant, ne vous arrêtez pas là! Utilisez le lien confortable que vous avez tissé entre vous et les agriculteurs pour les faire parler de choses qui comptent vraiment pour eux et pour leurs familles. Posez des questions du genre « Les familles de votre région sont-elles bien nourries cette année? » Cela pourrait inciter un agriculteur à répondre « Non, le maïs n’a duré que huit mois, pas douze comme d’habitude. » Maintenant, vous avez le début d’un enjeu d’importance!

Étape 2) Centrez l’attention sur l’enjeu clé
Ensuite, vous devez aider les agriculteurs à clarifier l’enjeu de base. Prenez l’exemple précédent : Y a-t-il des animaux qui mangent le maïs sur pied? Des insectes forent-ils dans les épis qui mûrissent? Y a-t-il des voleurs qui le prennent dans les champs? Est-ce que des charançons l’attaquent dans les greniers à céréales? Ou bien y a-t-il simplement moins d’épis plus petits parce que le maïs a utilisé les nutriments essentiels dans le sol sans qu’ils aient été remplacés?

Parlez à plus d’agriculteurs et à des experts agricoles pour identifier un ou plusieurs enjeux sous-jacents. Supposons qu’en fin de compte ce ne sont pas des animaux, des insectes, des vandales ou des charançons. C’est la qualité moindre du sol. Convenez d’un nom pour cela – un nom clair et simple, descriptif, qui aidera à cibler la discussion avec les agriculteurs. Par exemple, « sol épuisé » pourrait être un nom clair qui suggère qu’une amélioration est possible, tandis que « mauvais sol » pourrait conduire les agriculteurs à penser que le problème est insoluble. Et avec l’aide d’agriculteurs et d’experts agricoles sensés, obtenez la recherche nécessaire sur les causes de l’épuisement du sol et les remèdes possibles à cette situation.

Étape 3) Facilitez la discussion avec les agriculteurs qui sont à l’aise à la radio
Maintenant que vous avez identifié un enjeu, rassemblez un groupe d’agriculteurs pour amorcer la discussion.

Votre tâche dans cette discussion consiste à faire parler les agriculteurs de leurs points de vue sur toutes les facettes de cet enjeu de base. Quel est l’impact sur la nutrition de leur famille? Dans leur région, qui a fait quelque chose pour améliorer la situation? L’agent de vulgarisation du gouvernement a-t-il été en mesure d’aider? Qu’est-ce qui empêche les agriculteurs d’apporter des améliorations à leur sol?

Avec le temps, vous voudrez peut-être sélectionner un panel régulier d’agriculteurs pour discuter les gros enjeux. Les membres du panel seraient choisis pour :
– la clarté de leur discours
– leur aptitude à converser sur un éventail d’enjeux
– leur disponibilité pour assister aux séances d’enregistrement sur une base régulière
– leur sens de l’humour
– leur aptitude à maintenir leurs positions pendant les discussions et à faire passer leurs points de vue

Attention! Assurez-vous que votre panel comporte des agriculteurs dont les situations sont semblables à celles des agriculteurs de votre auditoire. Ne vous fiez pas seulement à des agriculteurs modèles qui ont des tas de ressources et qui aiment parler de tout, mais dont la situation n’est pas typique de celle des petits exploitants agricoles de votre auditoire.

Une façon de rassembler votre panel consiste à utiliser des tribunes téléphoniques comme une audition. Tout en écoutant les divers appelants, jaugez-les par rapport aux qualités que vous souhaitez trouver chez un membre du panel.

Étape 4) Encouragez un groupe élargi d’agriculteurs à parler avec clarté et confiance
Votre prochain défi est colossal – faciliter les voix des agriculteurs qui n’ont pas l’habitude de parler à la radio. Le secret pour arriver à faire parler ces agriculteurs consiste à leur donner des tas d’encouragement. L’encouragement peut prendre maintes formes :
– Il commence avec vous. Transmettez l’attitude que vous croyez qu’ils sont des gens importants ayant besoin d’être entendus.
– Exprimez un sentiment d’espoir, l’espoir qu’en ajoutant leur voix, il y a une meilleure chance de pouvoir solutionner l’enjeu.
– Interviewez les agriculteurs d’un groupe dans leur propre environnement ou tenez une discussion en groupe avec eux dans le studio. Si vous parvenez à faire parler un membre du groupe, ensuite vous pourrez inciter un autre membre à réagir au commentaire du premier agriculteur ou à ajouter sa propre opinion. Cela pourrait donner l’élan nécessaire pour amener les autres à s’ouvrir et à parler. Entretemps, vous, en tant que facilitateur, pouvez encourager les membres silencieux à parler – ils pourraient avoir les commentaires les plus perspicaces de tous! Vos agriculteurs constateront que « la force réside dans le nombre ».

Puisque ces agriculteurs n’ont pas l’habitude de parler à la radio, ils pourraient ne pas savoir quels mots ou quelles phrases feront le meilleur effet. Écoutez soigneusement ce qu’ils disent et aidez-les à choisir les mots qui communiqueront le mieux leurs pensées à votre auditoire d’agriculteurs. Par exemple, si un agriculteur parle d’un « mauvais jardin », posez-lui des questions pour savoir ce que cela veut dire. Le jardin est-il envahi de mauvaises herbes ou ne reçoit-il pas du tout d’eau ou les nutriments dans le sol sont-ils épuisés! Ensuite, dans votre question suivante à cet agriculteur, utilisez le terme qui décrit très clairement le problème présent dans le jardin.

Les agricultrices en particulier éprouvent souvent des difficultés à s’exprimer. Mais il se peut que les femmes parlent plus librement dans des groupes de femmes que les hommes dans des groupes d’hommes. Et la radio peut contribuer à autonomiser les femmes. C’est très important puisque les femmes font le gros du travail agricole en Afrique!

Attention! Dans certaines cultures, les femmes sont menacées si elles s’expriment. Étant donné que vous ne pouvez pas protéger ces femmes, ne les encouragez pas à prendre des risques. Cependant, vous pouvez quand même les aider à partager leurs commentaires :
– Diffusez la voix de femmes qui peuvent parler en toute sécurité.
– Recueillez et diffusez des voix de femmes d’autres endroits et d’autres cultures.
– Interviewez des femmes et déguisez ensuite leurs voix pour qu’on ne puisse pas les identifier.
– Interviewez des femmes et mentionnez leurs commentaires sans les identifier.

Étape 5) Aidez les agriculteurs à solutionner l’enjeu
Votre prochaine tâche de facilitation consiste à aider les agriculteurs à solutionner l’enjeu, d’une façon ou d’une autre. Ils pourraient souhaiter :
– poursuivre les études et la discussion
– prendre une mesure quelconque : par ex.
– demander à l’association locale des agriculteurs de s’occuper de l’enjeu
– demander au service de vulgarisation de promouvoir la culture intercalaire de légumineuses avec le maïs
– s’organiser pour acheter des engrais
– ou ils pourraient tout simplement vouloir mettre l’enjeu de côté pour le moment, surtout s’il n’a généré aucun élan ou s’il y a un enjeu plus urgent à s’occuper.

Enrichissez cette discussion avec les renseignements que vous recueillez dans vos recherches. Selon des agriculteurs et des experts agricoles sensés, quelles sont les options pour améliorer un sol épuisé? Comment des agriculteurs d’autres endroits ayant un climat semblable ont-ils amélioré leurs sols? Y a-t-il des appuis de gouvernements et/ou d’ONG pour des activités visant à améliorer le sol? Recueillez ces informations/recherches et introduisez-les dans vos discussions avec les agriculteurs et demandez aux agriculteurs de réfléchir et d’envisager ce qui pourrait être fait dans votre région. Utilisez vos compétences en facilitation pour aider votre groupe de discussion composé d’agriculteurs à en arriver à une sorte de décision sur cet enjeu.

Étape 6) Donnez des rétroactions
Avoir une voix n’est pas très satisfaisant si cette voix n’est pas écoutée. Votre dernière tâche en tant que facilitateur consiste à faire entendre la voix des agriculteurs dans la collectivité élargie, à ériger un soutien et à transmettre le message des agriculteurs à des personnes en situations d’autorité, qui pourraient appuyer ou contrecarrer les intérêts des agriculteurs. Dans cet exemple, appelez un fonctionnaire responsable au ministère de l’Agriculture, soulevez cet enjeu et demandez-lui de s’adresser à votre panel d’agriculteurs et ensuite encouragez vos agriculteurs à réagir aux paroles de ce fonctionnaire.

Si la facilitation de la voix des agriculteurs aboutit à un succès quelconque, alors aidez les agriculteurs à célébrer ce succès en ondes. Si le département de vulgarisation commence à aider les agriculteurs à enrichir leur sol en favorisant la culture intercalaire des haricots avec le maïs, alors dites aux agriculteurs que leurs voix ont déclenché l’initiative. Si le gouvernement facilite l’obtention d’engrais pour les agriculteurs, célébrez ce succès et donnez le crédit aux agriculteurs qui ont appuyé l’enjeu.

Et si la voix des agriculteurs tombe dans des oreilles de sourds, faites en sorte qu’ils en parlent aussi. Dites que l’enjeu est beaucoup plus clair maintenant. Parlez du nombre d’agriculteurs supplémentaires qui comprennent désormais le véritable enjeu. Parlez de la possibilité de ne pas toujours connaître du succès, mais dites que vous n’allez nulle part si vous ne nommez pas l’enjeu et si vous ne jouez pas le jeu.

Dans les deux cas, aidez vos agriculteurs à comprendre qu’en ajoutant leur voix à l’enjeu, ils ont franchi une étape importante dans le travail permanent visant à améliorer la vie rurale dans leur région.

En conclusion
On peut résumer en quelques phrases vos principales contributions pour amener les agriculteurs à parler, pour facilitater la voix des agriculteurs : faire preuve de respect, prendre les agriculteurs au sérieux, clarifier les enjeux, encourager des commentaires réfléchis, encourager les agriculteurs à s’exprimer, célébrer les succès.

Si vous êtes capable de le faire, au fil des émissions, vous bâtirez une solide loyauté des agriculteurs dans votre région. Cette loyauté sera importante pour la réputation de votre station de radio dans son ensemble. Tout le monde est gagnant lorsque les agriculteurs-auditeurs savent que votre station est la voix de l’agriculteur.

Acknowledgements

Rédaction : Doug Ward, président du Conseil d’administration, Radios Rurales Internationales.

Révision : David Mowbray, gestionnaire, Formation et Normes, Radios Rurales Internationales.

Traduction : Jean-Luc Malherbe, Société Ardenn, Ottawa, Canada.