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Script 95.12

Notes to broadcasters

Le présent texte repose sur des entrevues réelles. Vous pouvez vous inspirer de ce texte pour faire des recherches et rédiger un texte sur un sujet semblable dans votre région. Ou encore vous pourriez choisir de produire ce texte dans votre station de radio en utilisant des voix d’acteurs pour représenter les gens qui parlent. Si tel est le cas, veuillez vous assurer de préciser, au début de l’émission, que les voix sont celles des acteurs et pas des personnes initialement impliquées dans les entrevues.

Script

ANIMATRICE :
Bienvenue, chers auditeurs et chères auditrices, à notre émission Dunia hamisim, qui signifie « les changements climatiques mondiaux ». Que vous les appeliez changements climatiques mondiaux, réchauffement climatique ou changement climatique, c’est une question qui préoccupe grandement les agriculteurs du nord du Ghana. Cela est particulièrement vrai pour les collectivités et les exploitations agricoles situées le long du fleuve de la Volta Blanche qui coule du Burkina Faso jusqu’au nord du Ghana.

Je suis allée dans certaines collectivités agricoles du nord du Ghana réputées pour la culture du millet. Parmi elles figurent Binde, dans le district de Mamprusi-Est de la région du Nord, Zebilla, dans le district de Bawku-Ouest, et Zaare, qui se trouve près du grand barrage de Vea dans le district de Bolgatanga.

Même s’ils se trouvent dans différentes parties de la région, les agriculteurs de ces collectivités ont des défis similaires à relever pour cultiver le millet.

Que pensez-vous, chers auditeurs et auditrices, du réchauffement climatique ou du changement climatique? Restez à l’écoute avec moi, votre animatrice Lydia Ajono, pour en savoir plus.

Montée de l’indicatif musical et fondu enchaîné

ANIMATRICE:
Dans la langue parlée de Manpruli, dans le district de Mamprusi-Est, on nomme cela dunia hamisim, ce qui veut dire « météo mondiale ». Dans la langue parlée de Gurune aux environs de Bolgatanga, cela s’appelle sanga teere, ce qui signifie « changement de saisons ou de calendriers ». Et dans la langue de Kusaal parlée autour de Bawku-Ouest, on l’appelle tenlebgre, autrement dit « changements dans l’environnement ».

Rejoignez-moi pour savoir comment les agriculteurs de ces régions perçoivent le changement climatique. Nous entendrons tout d’abord l’agriculteur Dimonso de Binde, dans le district de Mamprusi-Est. Nous donnerons ensuite la parole à deux agriculteurs de Zebilla et de Zaare. Mais, en premier lieu, j’ai demandé à l’agriculteur Dimonso de me parler de son expérience du changement climatique.

AGRICULTEUR DIMONSO :
Ces dernières années, nous avons été confrontés à des phénomènes naturels qui ont eu des répercussions sur nos fermes et sur notre production animale. Les rendements des cultures ont considérablement baissé en raison de l’absence prolongée de précipitations. Quand la pluie tombe, elle inonde nos fermes, ce qui nuit à la survie des cultures. Les feux de brousse sont récurrents et contribuent au problème. Nous pensons que le changement climatique est à l’origine des périodes de sécheresse et des inondations que nous connaissons chaque année. Ces bouleversements climatiques contribuent de plus à noyer les récoltes.

ANIMATRICE:
La plupart des agriculteurs de Zebilla dépendent de la Volta Noire qui fournit les moyens de subsistance à bon nombre de collectivités situées le long de ses rives. Écoutons l’agriculteur Kugre qui va nous dire de quelle manière les agriculteurs de Zebilla s’adaptent à certaines des répercussions causées par le changement climatique.

AGRICULTEUR KUGRE :
Nous vivons actuellement dans la peur d’être emportés par les inondations durant la saison des pluies et nous craignons que nos fermes et les biens du ménage soient détruits par les feux de brousse pendant la saison sèche. Cette peur fait maintenant partie de notre vie ici dans les villages. Ce n’était pas comme ça il y a environ 10 ou 15 ans. Au cours des dernières années, l’agriculture n’a pas constitué un moyen de subsistance attrayant à cause de la rareté des précipitations. C’est pourquoi la plupart des jeunes vont chercher des emplois dans les villes du sud du pays.

ANIMATRICE :
De Zebilla, nous avons entendu ce que l’agriculteur Kugre a dit au sujet du changement climatique et des vents secs qui peuvent provoquer des feux de brousse. Écoutons maintenant l’agriculteur Ayamga qui vient de Zaare, dans le district de Bolgatanga.

AGRICULTEUR AYAMGA :
Il y a 20 ans environ, la production agricole était très bonne ici, en particulier le millet précoce. Mais, de nos jours, vous pouvez mettre autant d’énergie que vous pouvez dans la ferme, en fin de compte vous n’obtiendrez que très peu de récoltes ou pas de récoltes du tout. C’est pourquoi nous pensons que quelque chose a changé dans le ciel.

Le changement climatique influence le calendrier des travaux agricoles. Je ne sais vraiment pas comment vous l’expliquer pour que vous compreniez bien… (Pause) Nous avions l’habitude de voir certaines espèces d’insectes ou de fourmis. Nos ancêtres prétendaient que ces créatures nous donnaient des indications sur le genre de saison et sur la santé du sol. Mais, aujourd’hui, ces créatures bienveillantes ont disparu. Nos fermes sont plutôt envahies par des parasites ravageurs.

ANIMATRICE :
Après avoir entendu ces témoignages, nous avons eu une discussion avec un groupe d’agriculteurs de Zaare. Mais prenons tout d’abord plaisir à écouter une chanson des femmes de Zaare. À notre retour à l’antenne, nous assisterons à une entrevue avec deux membres du groupe d’agriculteurs de Zaare. L’entrevue s’est déroulée sous un immense baobab se trouvant à proximité de l’école.

Insérez un chant interprété par des femmes de la collectivité

ANIMATRICE:
Bienvenue de nouveau. Vous êtes à l’écoute de notre émission Dunia hamisim ou Sanga teere. Rejoignez-moi à présent à Zaare alors que je suis en compagnie des agriculteurs Ayamga et Nsoh. Ils nous parleront des répercussions réelles du réchauffement climatique et de la manière dont nous pouvons faire face à ses effets sur la production du millet, surtout dans cette partie du Ghana. Pendant que nous écouterons la discussion, n’oubliez pas de nous faire partager vos anecdotes personnelles sur la façon dont vous et votre collectivité avez réussi à vous adapter aux effets du changement climatique. Nous donnerons tout d’abord la parole à l’agriculteur Nsoh.

AGRICULTEUR NSOH :
Ces dernières années, de moins en moins d’agriculteurs cultivent le millet en raison de la longue sécheresse. Une fois qu’il est semé, le millet a besoin d’eau. La pluie est tout aussi nécessaire quand les graines commencent à se former et une dernière pluie est essentielle avant la récolte. Mais cela ne s’est plus produit depuis 10 ou 20 ans. Le cycle des précipitations a changé radicalement.

INTERVIEWEUR :
Quelle a été la belle époque de la culture du millet?

AGRICULTEUR NSOH:
Je dirais il y a 50 ans environ, quand j’étais un jeune agriculteur et que je travaillais dans l’exploitation agricole aux côtés de mon père. Nous récoltions beaucoup de millet, en particulier du millet à chandelle qui arrive à maturation en l’espace de deux ou trois mois. Mais, au fil des ans, les choses ont changé et le millet précoce ne donne pas bien.

INTERVIEWEUR :
Comment avez-vous fait face à ces changements? Agriculteur Ayamga?

AGRICULTEUR AYAMGA :
Ici, à Zaare, les agriculteurs ont maintenant constitué des groupes de 20 personnes pour se soutenir mutuellement à la fois lors des périodes de culture pluviale et de la saison sèche. Le millet précoce est cultivé la plupart du temps sur des sites d’irrigation. Ces sites, développés par le gouvernement dans les années 1970, couvrent plus de 20 collectivités dans le district de Bolgatanga. Les sites ont des canaux permettant d’irriguer le sol pendant la saison sèche. Durant la saison des pluies, chaque exploitant agricole de la collectivité pratique des cultures traditionnelles ainsi que d’autres cultures.

Sur ces sites, il y a toujours de l’humidité, même quand la pluie ne tombe pas régulièrement durant la saison des pluies. Pendant la saison sèche, nous utilisons ces terres pour la culture du soja, des tomates et d’autres légumes. Les engrais naturels conviennent plus au millet que les engrais chimiques. Les résidus de légumes, de haricots et de tomates améliorent le sol pour la culture du millet. En outre, on épand du fumier animal sur le sol. Après les premières pluies, on laboure la terre et on sème le millet.

INTERVIEWEUR:
Est-ce que cela signifie que vous êtes carrément passés de la culture pluviale à la culture irriguée?

AGRICULTEUR AYAMGA:
Nous pratiquons les deux, mais le millet se cultive plus durant la saison des pluies étant donné que les précipitations ne sont pas suffisantes au bon moment pour le millet précoce. Les oiseaux qui mangent le millet précoce posent également un problème.

INTERVIEWEUR:
Combien de types de cultures pratiquez-vous?

AGRICULTEUR AYAMGA :
Nous cultivons le riz, le gros mil ou sorgho, les arachides, les haricots et diverses sortes de légumes. Quelques personnes cultivent du maïs mais uniquement la variété qui mûrit en trois mois. Le maïs permet de répondre à la pénurie alimentaire durant la saison des pluies, au moment où nous pratiquons le désherbage à la ferme. Nous en vendons même parfois un peu pour couvrir les frais de scolarité de nos enfants.

INTEVIEWEUR :
Permettez-moi de vous poser une question Nsoh … Si on vous demandait d’arrêter complètement la culture du millet et de vous concentrer sur la culture du soja pour gagner plus d’argent pour vous et votre famille, que répondriez-vous?

AGRICULTEUR NSOH :
Si j’arrêtais la culture du millet, en particulier du millet précoce, cela voudrait dire que je perdrais mon identité en tant qu’agriculteur. Ceux qui vivent dans le Haut Ghana oriental, notamment les Frafras, cultivent le millet précoce. Même si nos champs ne rendent pas bien, nous faisons encore tout notre possible pour continuer à le cultiver.

INTERVIEWEUR :
Combien d’acres avez-vous consacrées cette année à la culture du millet?

AGRICULTEUR NSOH :
J’ai environ deux acres sur le site irrigué. J’ai utilisé une acre pour le millet précoce et le sorgho et j’ai fait pousser du riz sur l’autre acre.

INTERVIEWEUR :
Pourquoi avez-vous intercalé le millet précoce et le sorgho?

AGRICULTEUR NSOH :
C’est une bonne idée de faire cela. Le millet précoce arrivera à maturité d’abord et je le récolterai. D’ici un ou deux mois, le sorgho sera également prêt à être récolté sur le même champ où j’ai épandu du fumier animal.

INTERVIEWEUR :
Ce doit être un travail difficile. Comment gérez-vous la ferme?

AGRICULEUR AYAMGA :
Oh, ce n’est pas le travail d’une seule personne. C’est pourquoi nous avons formé un groupe d’agriculteurs – pour nous entraider lors du désherbage et de la préparation de la terre pour les prochaines cultures.

INTERVIEWEUR :
Qu’en est-il de vos familles? Est-ce que vos femmes vous aident?

AGRICULTEUR AYAMGA :
Oui, elles nous aident durant la période d’ensemencement et en chassant les oiseaux. Mais elles ont également leurs propres activités agricoles et nous leur donnons un coup de main.

INTERVIEWEUR :
En dehors du fait que vous encouragez la culture du millet pour protéger de l’extinction la variété locale de millet, à quelles autres activités prenez-vous part, vos collègues et vous, pour vous adapter au changement climatique?

AAGRICULTEUR AYAMGA :
De fait, au sein de presque tous les ménages de Zaare, les membres de la collectivité – les hommes et les femmes – se livrent maintenant à la vannerie. La fabrication de paniers représente en réalité un meilleur moyen de subsistance que l’agriculture pour la collectivité. Ce sont les changements environnementaux et le bouleversement climatique qui ont fait de l’agriculture une entreprise déficitaire.

INTERVIEWEUR :
Quelle importance revêtira la culture du millet d’ici 10 ans?

AGRICULTEUR AYAMGA :
Honnêtement, si les fonctionnaires des bureaux agricoles ne parviennent pas à apporter un soutien technique et financier aux agriculteurs de la région, nous ne pourrons plus produire autant de millet que dans les années 50. Nous espérons pouvoir continuer à cultiver le millet sur les parcelles de terre irriguées et donc avoir de quoi nourrir nos familles. Mais cela ne suffit pas à nourrir la majorité des habitants de la région de Bolgatanga. Par conséquent, nous avons besoin de l’aide du gouvernement et de celle des autres partenaires ayant l’agriculture à cœur.

INTERVIEWEUR :
Et si on vous donnait régulièrement des informations sur le changement climatique et ses répercussions, tout en vous faisant des suggestions sur des stratégies de culture, pensez-vous que cela vous encouragerait à poursuivre la culture du millet?

AGRICULTEUR AYAMGA :
Interagir avec des gens de la radio comme vous nous a donné quelques idées que nous pouvons exposer au cours de nos réunions d’agriculteurs. Cela nous permet également de discuter des défis à relever avec d’autres partenaires appelés à nous rendre visite.

INTERVIEWEUR :
Je vous remercie d’avoir bien voulu me faire partager vos points de vue. Nous allons continuer à vous donner encore plus d’informations sur le changement climatique à la radio.

AGRICULTEUR AYAMGA :
Nous vous remercions également.

ANIMATRICE :
Dunia hamisim ou Sanga teere inaugurait une série d’émissions portant sur le changement climatique. La discussion d’aujourd’hui portait sur les effets du changement climatique sur le millet et notre premier village concerné s’appelait Zaare. Il se trouve dans la zone de Bolgatanga, dans la région du Haut Ghana oriental.

Je vous dis à la prochaine et je remercie tous les membres de la collectivité ainsi que l’équipe technique qui m’ont aidée à produire cette émission.

Montée de l’indicatif musical et sortie en fondu enchaîné pour conclure l’émission

Acknowledgements

Rédaction : Lydia Ajono, Radio Gurune, Ghana.
Révision : John FitzSimons, professeur agrégé, École de design environnemental et de développement rural, Université de Guelph, Canada.
Traduction : Jean-Luc Malherbe, Société Ardenn, Ottawa, Canada.

Information Sources

Entrevues avec :
Dinmoso Dagansa, Binde, district de Mamprusi-Est, 10 octobre 2011
Kugre Ben, district de Zebilla, 12 octobre 2011
Abaa Ayamba et Nsoh Joseph, Zaare, district de Bolgatanga, 23 décembre 2011