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Script 94.7

Notes to broadcasters

Les agriculteurs travaillent fort pour obtenir une bonne récolte. Après tout leur labeur, des acheteurs viennent parfois à leurs fermes ou les rencontrent au marché et leur versent des montants nettement inférieurs à leurs besoins pour survivre.

Que peuvent faire les agriculteurs face à cette situation? Comment peuvent-ils s’informer sur les cultures qui leur donneront le meilleur prix? Il y a quelques réponses à ces deux questions. L’une d’elles consiste à écouter les émissions portant sur les Services de renseignements sur les marchés (SRM) à une station de radio locale. Les émissions sur les SRM mentionnent aux agriculteurs les prix courants sur les marchés, afin de pouvoir entamer le processus de négociation en possession de connaissances à jour sur les prix et les conditions du marché. Ainsi informés, les agriculteurs peuvent décider d’amener leurs produits frais sur le marché local. Ou bien ils peuvent se rendre à un marché voisin qui offre de meilleurs prix. Mais ces options ne sont possibles que si la station de radio locale offre une émission sur les SRM. Malheureusement, c’est un gros « si ».

De 2007 à 2010, Radios Rurales Internationales a mené à bien un projet intitulé Initiative de recherche sur les radios rurales en Afrique ou IRRRA. Le projet a été fortement participatif, en partie parce qu’il a demandé aux agriculteurs d’identifier les enjeux qui étaient très importants pour eux. De nombreuses pratiques agricoles sont devenues le centre d’intérêt d’une Campagne Radio Participative ou CRP. En plus des sujets agricoles, les agriculteurs ont mentionné qu’ils s’intéressaient beaucoup aux Services de renseignements sur les marchés (SRM). En réponse, l’IRRRA a collaboré avec cinq stations de radio dans quatre pays pour radiodiffuser de meilleurs SRM. Le présent texte dresse un bilan de ces émissions.

Ce texte parle des émissions créatives et efficaces sur les SRM qui ont été radiodiffusées dans le cadre de l’IRRRA. Ces émissions font plus que lire simplement les prix du marché à l’antenne. Elles enseignent aux agriculteurs comment planifier pour la prochaine année, elles les informent des tendances des prix pour les différentes cultures et elles leur disent quelles denrées de base sont « en vogue » et lesquelles ne le sont pas. Durant certaines émissions, les agriculteurs peuvent téléphoner aux radiodiffuseurs et poser des questions aux agents de vulgarisation. Dans d’autres émissions, les radiodiffuseurs contribuent à établir des liens entre les acheteurs et les vendeurs.

Voici la première partie d’une série en deux volets portant sur les SRM. Le présent texte parle d’émissions SRM au Mali et au Ghana. La deuxième partie parlera d’émissions en Ouganda et en Tanzanie et fera quelques observations sur les meilleures façons de diffuser une émission sur les SRM.

Script

Animateur 1 :
Bonjour chers auditeurs et auditrices. Voici la première partie d’une émission en deux volets diffusée à la radio et portant sur les Services de renseignements sur les marchés. Les SRM recueillent, distribuent et parfois analysent les prix et d’autres informations sur les marchés. Ce genre de renseignements est très utile pour les cultivateurs et les éleveurs et aussi pour les négociants, les transformateurs et quiconque est impliqué dans la manipulation des produits agricoles. Avec les nouvelles technologies, comme les téléphones mobiles, qui sont maintenant facilement disponibles, une émission sur les SRM peut encore aider plus efficacement les agriculteurs à augmenter leur revenu et à améliorer leur sécurité alimentaire.

Animateur 2 :
C’est exact. (Pause)Radios Rurales Internationalesest une ONG canadienne qui travaille avec les radiodiffuseurs ruraux africains. Entre 2007 et 2010, l’organisme a réalisé un projet appelé Initiative de recherche sur les radios rurales en Afrique ou IRRRA. Les premières recherches effectuées pour le projet avaient constaté que les agriculteurs souhaitaient s’informer sur les pratiques agricoles qui accroîtraient leur sécurité alimentaire. Mais ils étaient également assoiffés de connaissances sur la façon de commercialiser plus efficacement leurs produits agricoles. L’IRRRA a donc aidé les stations de radio à mener des campagnes radiophoniques sur les SRM dans quatre pays de l’IRRRA. Dans ces quatre pays, cinq stations de radio ont diffusé une émission sur les SRM destinée aux petits exploitants agricoles.

La présente émission donne un aperçu des campagnes sur les SRM diffusées par les stations au Mali, au Ghana, en Ouganda et en Tanzanie. Durantla première partie de l’émission, nous allons parler des campagnes au Mali et au Ghana. Durant la deuxième partie, nous parlerons de l’Ouganda et de la Tanzanie.

Animateur 1 :
Commençons avec le Mali. Les recherches au Mali ont démontré que les agriculteurs étaient intéressés à apprendre comment tirer un meilleur revenu de la vente de leur bétail sur les marchés. Ce revenu les aiderait à intensifier leur production de bétail et de céréales.

Animateur 2 :
Radio Fanaka émet à partir de la ville de Fana au sud du Mali. La station a diffusé une émission sur les SRM intituléeAw Ni Sugu, qui signifie «Merci d’être au marché». L’émission a été diffusée de mars à juin 2010 et a été réalisée et animée par le radiodiffuseur Fatogoma Sanogo.

Animateur 1 :
M. Sanogo visitait les marchés voisins les mercredis et les dimanches. Il interviewait les négociants et les agriculteurs sur les prix des produits qu’ils vendaient et sur les avantages et les défis de la mise en marché. Il enregistrait ces entrevues pour les diffuser, en utilisant les bruits du marché comme toile de fond pour transmettre l’énergie et l’atmosphère du marché. À côté de ces entrevues en direct, l’émission utilisait toute une gamme de formats radiophoniques pour mobiliser les agriculteurs, notamment des tribunes sélectives et libres et des entrevues en studio.

Il donnait les prix d’un large éventail de cultures et d’animaux, mais l’émission se concentrait sur les céréales, les volailles et les autres petits animaux. Après la diffusion, l’animateur prenait les appels téléphoniques et les messages textes des auditeurs posant des questions précises, comme les prix ou les étals du marché qu’il avait visités.

Animateur 2 :
Avant la campagne sur les SRM, il y avait très peu de discussions sur les marchés et les prix à la radio au Mali. Maintenant, déclare M. Sanogo, les agriculteurs discutent des prix et des défis du marché avec d’autres agriculteurs en ondes.

L’animateur se rappelle un fait saillant de l’émission : il s’était rendu au village proche de Dien pour interviewer Tarafa Fomba, un agriculteur local et un vaccinateur de poulets. Fomba a expliqué qu’il aidait les agriculteurs à tirer plus d’argent de leurs poulets en les vaccinant. Il a déclaré à l’auditoire que les agriculteurs peuvent augmenter le prix de vente de leurs poulets en les faisant vacciner. Après l’annonce de son service à l’émission, Tarafa Fomba fut très occupé et, par conséquent, réalisa une expansion de sa petite entreprise.

Animateur 1 :
Voici un autre cas de réussite. Mariam Traoré est une des 60 femmes locales qui font pousser des légumes-feuilles. Avant la campagne sur les SRM, elle trouvait qu’il était difficile de gagner un revenu décent. Même si son mari et ses enfants appréciaient le fruit de son travail, elle voulait gagner davantage en vendant ses légumes de bonne qualité au marché. Mais les frais de déplacement jusqu’au marché étaient élevés, tout comme les taxes sur la vente des produits sur le marché.

L’émission de Radio Fanaka portant sur les SRM a interviewé Madame Traoré sur sa ferme. L’animateur a décrit ses produits frais à la radio. Il a même dégusté ses produits frais en ondes, en décrivant le goût, la qualité et la texture. Des agriculteurs ont téléphoné à l’émission en demandant où ils pourraient acheter les produits frais et en voulant obtenir les coordonnées de Madame Traoré. Les gens commencèrent à se rendre à sa ferme pour acheter des légumes-feuilles.

Mariam Traoré gagne maintenant jusqu’à 1500 CFA (3,20$US) par semaine, soit le double de son revenu antérieur qui était de 500 à 750 CFA (1,05 à 1,60$US). Elle est bien connue aux environs de Wolodo pour la très bonne qualité de ses légumes-feuilles. Elle gagne dorénavant assez d’argent dans sa ferme pour payer ses frais de transport jusqu’au marché pour vendre ses produits frais. Elle partage les frais de déplacement et les taxes avec d’autres agricultrices de son village et elles vont au marché ensemble. L’histoire de Mariam Traoré et de son groupe de femmes démontre comment une émission sur les SRM peut accroître le revenu en utilisant des façons créatives pour établir des liens entre les vendeurs et les acheteurs.

Animateur 2 :
L’IRRRA et Radio Fana ont évalué l’émission sur les SRM après l’achèvement de la campagne. Un sondage a révélé que 68% des habitants des communautés qui pouvaient entendre les émissions et qui avaient reçu des conseils supplémentaires en matière de vulgarisation avaient écouté les émissions. Dans les communautés qui pouvaient écouter l’émission mais sans recevoir de conseils en matière de vulgarisation, 41% des agriculteurs avaient écouté l’émission sur les SRM. Cette émission sur les SRM était donc assez bien connue dans la zone d’écoute de Radio Fanaka. On a estimé que l’émission avait 114000 auditeurs. Parmi eux, 95% des membres de la communauté ont trouvé l’information de l’émission sur les SRM «toujours utile». Il est également apparu que la radio diffusait de l’information que les agriculteurs voulaient entendre. Plus de 80% des répondants au sondage ont déclaré qu’ils étaient très intéressés à entendre les prix locaux des marchés de la région. Un pourcentage très semblable de répondants a déclaré qu’ils avaient vraiment entendu les prix locaux à l’émission.
Fatogoma Sanogo continue de réaliser et de diffuser une émission sur les SRM à Radio Fana. Toutefois, avec la fin de l’IRRRA, sa capacité de déplacement sur les marchés en dehors de Fana a diminué.

Animateur 1 : Prenons une courte pause. Au retour, nous parlerons des SRM au Ghana.

Courte pause musicale

Animateur 1 :
Bienvenue à nouveau. Avant le lancement de la campagne sur les SRM au Ghana, les agriculteurs étaient aux prises avec le coût du transport de leurs marchandises jusqu’au marché et avec le rôle dominant des «reines du marché» et des autres intermédiaires sur le marché. La nouvelle campagne sur les SRM a abordé directement ces problèmes.

Animateur 2 :
Deux stations ont diffusé une campagne sur les SRM au Ghana : Radio Ada et Volta Star. À Radio Ada, le personnel de la station recueillait les prix et décrivait les conditions du marché sur quatre marchés différents. Volta Star avait deux émissions distinctes, une en langue Akan et l’autre en langue Ewe. L’animateur de l’émission en langue Akan interviewait des négociants et des agriculteurs au marché principal et utilisait des bénévoles pour recueillir les prix sur quatre autres marchés. L’animateur de la version en langue Ewe recueillait l’information des marchés dans cinq communautés et interviewait des agriculteurs sur leurs défis en matière de commercialisation

Animateur 1 :
L’émission à Radio Ada ciblait les cultures et le bétail, plus le poisson et les intrants agricoles. Elle diffusait les prix des principales cultures locales. Certains segments se concentraient sur le conflit entre les agriculteurs et les intermédiaires masculins et féminins. L’émission de Volta Star se penchait sur la façon d’éliminer certains défis précis du marché, notamment un système de mesure jugé inéquitable par les agriculteurs et un mécanisme désorganisé de régulation du marché qui compliquait la tâche des agriculteurs pour vendre leurs produits frais.

Animateur 2 :
L’émission de Radio Ada offrait 30 minutes pour les tribunes libres et recevait jusqu’à 12 appels par émission. Il y avait à l’occasion des tribunes sélectives et l’animateur recevait aussi sur son téléphone mobile hors ondes des appels d’agriculteurs posant des questions et demandant des clarifications. L’émission de Volta Star enregistrait les voix d’agriculteurs dans leurs fermes et sur le marché et diffusait leurs préoccupations. L’animateur envoyait des messages textes à plus de 50 agriculteurs pour les prévenir du début de l’émission. Ces agriculteurs relayaient ensuite l’avertissement à d’autres agriculteurs dans leurs communautés.

Animateur 2 :
Le personnel à Radio Ada estime que l’émission de l’IRRRA sur les SRM a amélioré une émission antérieure sur les SRM parce qu’elle a impliqué les agriculteurs et les négociants. Les prix étaient mentionnés dans des émissions antérieures, mais ils n’étaient pas jugés très utiles pour les agriculteurs. Actuellement, l’émission de Radio Ada sur les SRM n’est plus à l’antenne et les agriculteurs insistent pour son retour en ondes.

Le personnel de Volta Star pense aussi que l’implication des agriculteurs dans le choix des sujets à discuter a apporté la plus grande amélioration à leur émission sur les SRM. Un animateur affirme que l’émission sur les SRM a facilité l’accès des agriculteurs au marché en bâtissant un consensus entre les agriculteurs et leurs acheteurs et en éliminant la suspicion et la méfiance, tout en améliorant la circulation de l’information sur le marché. Les émissions de Volta Star sont également hors d’ondes en ce moment et les agriculteurs ont demandé leur retour.

Animateur 1 :
Très bien, écoutons maintenant quelques agriculteurs ghanéens. Emelia Awakese cultive des légumes et élève de la volaille dans une communauté au sein de la zone de diffusion de Radio Ada. Elle vend ses produits frais à des femmes intermédiaires sur plusieurs marchés. Son plus grand défi réside dans les bas prix provoqués par une surabondance de produits frais sur le marché. Parfois, la situation est si désastreuse qu’elle rapporte ses produits frais à la maison et se rend à un autre marché le lendemain. Elle dit que l’émission sur les SRM lui a été d’une grande aide.

Emelia Awakese :
J’écoute les renseignements sur les marchés et je vais dans les endroits où les prix sont bas pour acheter des produits agricoles frais et ensuite je me rends sur les marchés où les prix sont élevés pour les revendre. Les gains tirés de la vente de mes propres produits agricoles frais ont doublé grâce à l’émission. En une seule saison, J’ai réussi à gagner 3000 cédis ghanéens (Note de la rédaction : environ 1880$US), dont une partie a servi à payer les frais de scolarité de ma fille et de mes deux fils. J’ai également utilisé 700 cédis ghanéens pour acheter des tôles en vue de recouvrir le toit de ma nouvelle maison. Et j’ai également économisé 1000 cédis ghanéens à la banque. Je suis très enthousiaste.

Animateur 2 :
Edwin Saho cultive de l’okroet du maïs dans la communauté de Hipko, au sein de la zone d’écoute de Volta Star. Il était également mécontent des intermédiaires. Mais l’émission sur les SRM l’a aidé à savoir où vendre ses récoltes et quelles variétés de cultures étaient nécessaires.

Edwin Saho :
Grâce à l’émission, nous en sommes venus à savoir que le marché voulait les variétéslabadietabalavid’okro. Elles donnent de meilleurs rendements, ont une durée de conservation plus longue et les négociants en donnent un meilleur prix… Nous avons donc modifié nos semences et nous gagnons dorénavant plus d’argent… Élément encore plus important, la radio a rendu les agriculteurs de Hikpo populaires. Hikpo est mentionnée en ondes car nous avons tellement d’okroà un prix plus avantageux et nous avions besoin de négociants pour venir acheter en vrac. Grâce à l’émission, j’ai réalisé un bénéfice de 300 cédis ghanéens, soit trois fois ce que j’aurais gagné sans l’émission. L’émission est tellement bonne qu’elle doit être poursuivie.

Animateur 2 :
Un système appeléFarmers’ Phonea été mis en place au Ghana. Il a permis aux agriculteurs d’appeler trois numéros différents. Ces numéros reliaient les agriculteurs à des émissions de la campagne et aux prix des marchés préenregistrés. Ils pouvaient également laisser un message à l’animateur de l’émission. Entre la fin de janvier et la fin de mai 2010,Farmers’ Phonea reçu plus de 4300 appels de tout le pays. Près de la moitié d’entre eux se rapportaient aux prix du marché. Cela démontre la popularité des services qui offrent les prix du marché et d’autres renseignements sur la commercialisation. Cela illustre également le potentiel des nouvelles technologies, comme les téléphones mobiles, pour appuyer une programmation plus efficace des SRM au Ghana.
Animateur 1 :
Comme au Mali, une évaluation a été effectuée à la fin de la campagne. Le sondage a montré que les auditeurs de Radio Ada et de Volta Star ont apprécié le nouveau genre de SRM parce qu’ils ont fait plus qu’annoncer les prix du marché. Les émissions ont discuté des problèmes des agriculteurs, interagi avec les agriculteurs et abordé les défis du transport et des intermédiaires sur les marchés. En écoutant les discussions sur les conditions du marché directement en provenance des marchés, les agriculteurs pouvaient planifier leur transport à l’avance. Ils pouvaient décider quel marché leur donnerait les meilleurs prix pour leurs produits frais et quels marchés avaient les plus bas prix pour y acheter des produits frais.

Animateur 1 :
Vous êtes à l’écoute d’une émission portant sur les Services de renseignements sur les marchés au Mali et au Ghana. La prochaine fois, nous vous présenterons la deuxième partie de notre série sur les SRM et nous examinerons les SRM en Ouganda et en Tanzanie. Et maintenant, nous vous disons au revoir.

Animateur 2 :
Au revoir.

Acknowledgements

Rédaction : Vijay Cuddeford, rédacteur en chef, Radios Rurales Internationales
Révision : Sheila Huggins-Rao, gestionnaire, Programmation d’impact, Radios Rurales Internationales
Traduction : Jean-Luc Malherbe, Société Ardenn, Ottawa, Canada.

Information Sources

L’information contenue dans ce texte est tirée d’un rapport de l’IRRRA intitulé Marketing on the Airwaves: Marketing information services (MIS) and radio. Ce rapport est disponible (en anglais seulement pour le moment) à l’adresse http://bit.ly/farmradiomis