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Les changements climatiques sont de nos jours une réalité indéniable aussi bien pour les scientifiques, les chercheurs que pour les communautés rurales. Des actions concrètes au niveau international, régional, national et local sont entreprises pour aider les agriculteurs et les communautés rurales les plus déshéritées afin de réduire leur vulnérabilité et de les aider à mieux s’adapter aux changements climatiques.

C’est dans cette logique que l’Organisme non-gouvernemental Initiatives pour un Développement Intégré Durable (IDID) a mis en œuvre le Projet de renforcement des capacités d’adaptation des acteurs ruraux béninois face aux changements climatiques (PARBCC). Le programme d’Adaptation aux Changements Climatiques en Afrique (ACCA) est une initiative conjointement financée par le UK Department for International Development (DFID) et le Centre de Recherche pour le Développement International (CRDI). Ce projet a pour objectif de renforcer les capacités d’adaptation des acteurs ruraux béninois face aux changements climatiques afin de réduire l’insécurité alimentaire et la pauvreté rurale au Bénin.

Le présent texte vise à faire partager des exemples d’adaptation réussies afin d’aider les agriculteurs d’autres pays en développement à s’en inspirer pour mieux faire face aux effets des changements climatiques.

Script

PERSONNAGES :

ANIMATEUR DE L’ÉMISSION : Félix Houinsou
INVITES DE L’ÉMISSION :
– SAÏD HOUNKPONOU: chargé du projet PARBCC
– GLÉGON CODJO : Agriculteur – témoin et bénéficiaire du projet
– TINARA KOUAGOU : Agriculteur – témoin et bénéficiaire du projet
Montée de l’indicatif musical, puis fondu enchaîné

ANIMATEUR :
Chers amis du bout des ondes, bonjour et soyez les bienvenus à notre émission consacrée à l’agriculture. Nous recevons dans ce studio deux agriculteurs qui vont nous parler de leurs expériences d’adaptation aux changements climatiques. Nous allons également parler à M. Saïd Hounkponou, le chargé du Projet PARBCC qui appuie ces essais. Il nous présentera le profil de son projet.

Au micro, il y a moi-même, votre humble serviteur Félix Houinsou, pour animer cette émission.

Montée de la musique instrumentale, puis fondu enchaîné

ANIMATEUR :
L’économie du Bénin est basée essentiellement sur l’agriculture – une agriculture tributaire de la pluie. Mais depuis quelques années les pluies cessent de tomber comme auparavant. On observe notamment dans la zone nord du pays une réduction et une inégale répartition des pluies au cours de la saison. Mais, au centre, c’est plutôt la sécheresse et la tendance vers une seule saison des pluies au lieu de deux qui s’observent. Par contre dans le sud, on remarque des vents violents et le retard du début de la saison des pluies. Tout cela perturbe sérieusement la production agricole, et entraine de surcroit des risques de famine. C’est dans cette logique que s’inscrit l’ONG Initiatives pour un Développement Intégré Durable (IDID) en mettant en œuvre le Projet de renforcement des capacités d’adaptation des acteurs ruraux béninois face aux changements climatiques. Mr. Hounkponou, qu’est-ce que vous pouvez nous dire à propos de ce projet?

SAÏD HOUNKPONOU :
Oui! Les agriculteurs au Bénin sont fortement dépendants du climat et se trouve sérieusement menacé par les changements climatiques. Il y a beaucoup de changements dans les pluies, alternant périodes sèches et périodes humides. Cette variabilité augmente à cause des changements climatiques qui se passent à l’échelle mondiale. Pour aider les populations et surtout les agriculteurs à mieux faire face à ces changements climatiques, notre projet est né. L’objectif de ce projet est de renforcer les capacités d’adaptation des acteurs ruraux béninois à mieux s’adapter aux changements climatiques afin de réduire l’insécurité alimentaire et la pauvreté rurale au Bénin.

ANIMATEUR :
Qui bénéficient du projet?

SAÏD HOUNKPONOU :
Les agriculteurs et les élus locaux sont les principaux bénéficiaires du projet. Nous travaillons dans 35 des 77 communes du Bénin.

ANIMATEUR :
Décrivez-nous les activités que le projet mène avec chacun de ces bénéficiaires.

SAÏD HOUNKPONOU :
Avec les agriculteurs, nous effectuons des expérimentations dans des champs pour identifier les pratiques agricoles et les savoirs locaux qui vont permettre aux agriculteurs de s’adapter aux changements climatiques. Les activités se déroulent dans une ambiance de dialogue et d’échange où il n’y a ni enseignant ni apprenant. Tous ensemble, nous discutons et retenons de commun accord les propositions faites par les uns et les autres. Nous n’intervenons donc pas comme des donneurs de leçons pour leur imposer des choses; mais nous intervenons plutôt comme des facilitateurs.

Nous apportons également des informations sur la façon dont le climat a changé au cours des derniers mois, et les prévisions pour les prochains mois. Cette information est compilée et interprétée tous les deux mois par un comité qui comprend le service météorologique national, les membres des différents ministères gouvernementaux, et d’autres organisations. L’information est ensuite examinée par des comités dans chaque commune, puis des recommandations sont diffusées aux agriculteurs sur les ondes des stations de radio communautaires. Les agriculteurs participent aussi à ces comités.

À l’endroit des élus locaux le projet fait un plaidoyer. Étant donné que ce sont les élus locaux qui élaborent et mettent en œuvre les politiques de développement au niveau des communes, nous avons jugé nécessaire de les impliquer pour la pérennisation des acquis du projet. En impliquant des élus locaux dans la conduite des comités communaux que j’ai déjà mentionnés, le projet veille à ce que les élus locaux et d’autres autorités politiques soient bien conscients des enjeux et des rôles qu’ils peuvent jouer. Certaines mesures d’adaptation ne peuvent pas être mises en œuvre par les agriculteurs eux-mêmes. Il s’agit notamment des petits barrages, de la plantation de grandes lignes d’arbres qui jouent le rôle de brise-vent, et beaucoup d’autres. Dans certaines communes, l’administration des mairies a même inclus ces mesures dans son propre plan d’action.

ANIMATEUR :
Quelles sont les options d’adaptation que vous avez retenues de commun accord avec les agriculteurs?

SAÏD HOUNKPONOU:
L’actualisation des dates de semis, la gestion de la fertilité des sols, la pratique des techniques de retenues d’eaux de pluies pour une meilleure utilisation agricole de l’eau, et la gestion intégrée des cultures.

Pause musicale de 10 secondes puis fondu enchaîné sous la voix de l’animateur

ANIMATEUR :
Je viens maintenant à vous, M. Glégnon Codjo. Vous êtes agriculteur, et vous êtes l’un des bénéficiaires du projet. Quand on parle de changement climatique, qu’est-ce que cela signifie pour vous?

GLÉGON CODJO :
Ce qui saute premièrement à l’œil c’est la perturbation de la saison des pluies. Nous avons maintenant une longue durée de la saison sèche et une courte durée de la saison des pluies. Les pluies tombent à des moments qu’on ne s’y attend pas.

ANIMATEUR :
Avant l’intervention du projet, que faisiez-vous pour vous adapter à l’instabilité du climat?

GLÉGON CODJO :
Nous ne savions pas que le changement climatique est un phénomène naturel. Nous attribuions cela à la colère de nos divinités. Et nous faisions des sacrifices pour implorer leur clémence afin de faire tomber la pluie. A cause du décalage du début de la saison des pluies, nous faisons le semis tardif. Cela nous permet d’éviter la séquence sèche régulièrement observée après les premières pluies.

À cause des changements qui ont mené à une seule saison de pluies au cours de l’année, nous ne cultivons plus le coton. Nous diversifions les cultures vivrières. Au détriment de la culture du coton, nous faisons beaucoup plus la culture du soja qui exige moins d’eau, de pesticides, d’engrais et résiste mieux à la sécheresse.

Nous cultivons de plus en plus l’arachide à grande échelle avant que les pluies ne commencent. Nous faisons de même la culture intensive de manioc. Ce sont des cultures qui résistent mieux à la sécheresse que le coton.

ANIMATEUR :
Maintenant que le projet intervient, que faites-vous pour vous adapter aux problèmes de pluie causés par les changements climatiques?

GLÉGON CODJO :
À l’arrivée du projet, nous avons fait des assemblées villageoises au cours desquelles nous avons identifié des options d’adaptation aux changements climatiques. C’est donc par rapport à ces discussions que nous les agriculteursavons choisi de faire la culture en couloir du maїs et du mucuna ou la culture du soja et de l’arachide.
Ce sont de nouvelles pratiques pour nous.

Pause musicale de 10 secondes puis fondu enchaîné sous la voix de l’animateur

ANIMATEUR :
M. Tinara Kouagou, vous aussi vous êtes l’un des agriculteurs qui expérimentent avec le projet des pratiques d’adaptation aux changements climatiques. Vous n’avez rien à reprocher aux activités du projet?

TINARA KOUAGOU :
Pas des reproches, mais plutôt de très bonnes appréciations.

ANIMATEUR :
Quelles sont ces appréciations?

TINARA KOUAGOU :
C’est de très bonnes appréciations; car avec l’appui du projet nous menons des expérimentations très concluantes avec de très bonnes récoltes malgré l’instabilité des pluies. Sincèrement nous nous en réjouissons tous.

ANIMATEUR :
Racontez-nous quelques expérimentations que vous faites avec le projet, svp.

TINARA KOUAGOU :
Ici au nord du Bénin il y a moins de pluie au cours de la saison. Il y a aussi une inégale répartition des pluies. Le pois d’angol et le soja résistant mieux à la sècheresse, nous faisons d’abord leur culture lorsque la saison des pluies tarde à commencer. Et lorsque les pluies commencent nous faisons en intercalaire la culture de maïs.
Comme nos sols ne sont plus fertiles, le projet nous apprend à faire la culture en couloir. Cette technique est très utile pour améliorer les sols pauvres. Ça protège les sols des effets des fortes pluies et protège les cultures contre le vent. Par exemple, au début de la saison des pluies passées, nous avons planté directement dans le sol, tous les cinq mètres environ, des rangées de graines d’arbres. Entre les rangées d’arbres, nous avons fait pousser des légumes. Nous avons planté les rangées d’arbres le long des courbes de niveau, en travers de la pente. La culture en couloir offre une protection du sol lors de pluies irrégulières car les rangées d’arbres permettent de garder les eaux de pluie dans le sol.

ANIMATEUR :
Le problème de l’eau est le principal problème dont souffre l’agriculture en Afrique. C’est donc une bonne chose si vous avez appris la gestion rationnelle des eaux de pluie pour une meilleure utilisation agricole. Alors, pour partager vos connaissances en la matière avec les agriculteurs qui nous écoutent actuellement, expliquez nous ce que vous avez appris à ce propos.

TINARA KOUAGOU :
Souvent en saison pluvieuse les eaux de pluies remplissent les champs situés dans le bas-fond, et cela inonde les cultures. Pour éviter cette inondation, on fait la technique de Zaïre.

Cette technique consiste à creuser de petits trous entre les plants cultivés pour permettre à l’eau de s’infiltrer dans le sol. Lors de la pluie les eaux de ruissellement bouchent les trous avec des brindilles et du sable. Ainsi donc, après chaque pluie on vient curer en enlevant les brindilles et le sable. Cette technique est plus efficace sur les sols argileux, parce que les sols argileux retiennent plus d’eau que les autres types de sols. Elle permet d’éviter que les eaux de pluie submergent les cultures semées dans les bas-fonds.

ANIMATEUR :
(S’adressant au chargé du projet) Et ceux dont les champs se trouvent sur un plateau et qui ne sont pas victimes d’inondations, que doivent-ils faire pour retenir l’eau dans leur champ? Monsieur le chargé du projet.

SAÏD HOUNKPONOU:
C’est la technique de paillage que nous recommandons à ceux là. Le paillage consiste à faire l’étalage de cultures résiduels ou d’autres plantes sur la surface du sol pour empêcher l’eau de s’évaporer du sol. Le paillage convient mieux au sol sableux et poreux. Lorsque la pluie s’arrête, le sol s’assèche rapidement. L’eau s’infiltre dans le sol et s’éloigne des racines des plantes.

Le meilleur moment pour faire le paillage c’est au moment de la floraison de la plante. Cela permet de garder l’humidité et retarde l’enherbement.

Nous recommandons également d’utiliser autant d’engrais organique que possible. Les engrais organiques peuvent aider à garder l’eau dans le sol et sont souvent plus abordables que les engrais chimiques.

Montée et baisse légère de l’indicatif de fin sous la voix de l’animateur

ANIMATEUR:
La culture de variétés résistantes à la chaleur et la sécheresse, pratique de cultures en association, et mobilisation des ressources en eau sont entre autres les stratégies qu’expérimentent les agriculteurs du Bénin avec l’appui du projet PARBCC pour s’adapter aux effets des changements climatiques. Après seulement un an d’essai, les résultats obtenus se révèlent bien concluants. L’exemple de ce projet mérite d’être répliqué dans d’autres pays africains.

Chers ami(e)s auditrices et auditeurs, merci d’avoir suivi cette émission. J’espère qu’elle vous a plu et vous a renseigné sur quelques pratiques d’adaptation aux changements climatiques. Au revoir!

Acknowledgements

Rédaction : Félix S Houinsou, Radio Immaculée Conception, Bénin, un partenaire de radiodiffusion de Radios Rurales Internationales.
Révision : Nathalie Beaulieu, Administratrice de Programme, Adaptation aux Changements Climatiques en Afrique (ACCA), Bureau Régional de l’Afrique du Centre et de l’Ouest (BRACO), CRDI.

Information Sources

Hounkponou Saïd, Coordonnateur de PARBCC / IDID ONG
Gnidé Gildas, Animateur de PARBCC dans le département des Collines au Bénin
Site web de IDID ONG