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Les difficultés pluviométriques au niveau de certaines zones du Sénégal riment avec l’insuffisance des récoltes. Fissel, une communauté rurale située dans le département de Mbour, région de Thiès, prés de la zone du bassin arachidier ne fait pas exception à cette règle. Pour s’adapter à cette donne, les agriculteurs ont initiés des méthodes de culture pour parer aux changements climatiques lors de la 9e édition de la Foire Internationale de l’Agriculture et des Ressources Animales Fiara qui s’est tenue en fin février à Dakar. Nous avons rencontré Ousseynou Gueye, chargé des programmes de la Fédération des organisations non gouvernementales FONCS Action Paysanne de Jig – Jam / Fissel qui représentait sa communauté à cette foire. M. Gueye nous explique la méthode de travail des agriculteurs de sa localité. Depuis la sécheresse des années 70, il trouve l’aide accordée par l’État pour relancer l’agriculture dans cette zone très insuffisante. Nous entendrons aussi Sidi Bâ, un conseiller politique du cadre de concertation des producteurs d’arachide des régions de Kaolack Tamba et Fatick.

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ANIMATEUR :
Monsieur Gueye, quelles sont aujourd’hui les difficultés que rencontrent les agriculteurs de la communauté rurale de Fissel ?

OUSSEYNOU GUEYE :
Nous faisons face à trois difficultés majeures. La première des difficultés c’est d’abord la pauvreté des terres. Comme vous le savez les terres ont été exploitées depuis des années et par contre il n’y a pas eu de retour, c’est-à-dire les terres ne sont plus fertiles. Également, il y a la disparition des arbres qui est due à l’activité de l’homme et également à la nature. L’autre difficulté c’est également d’accéder aux semences de qualité. Nous avons aussi la vétusté du matériel. Voilà aujourd’hui les difficultés qui freinent l’agriculture au niveau de la communauté rurale de Fissel.

ANIMATEUR :
Est-ce que les agriculteurs reçoivent l’aide du gouvernement pour mieux faire leur travail ?

OUSSEYNOU GUEYE :
Les semences que les producteurs reçoivent du gouvernement ce ne sont pas des semences de qualité, mais également elles sont insuffisantes. Des intrants on n’en trouve presque pas, bien qu’ils soient subventionnés par l’Etat. Mais la mise en place de ses intrants pose problème. Également il y a le matériel agricole qui est subventionné par l’Etat mais qui ne représente absolument rien. Dans une communauté rurale où vous amenez par exemple trente machines, trente houes ou vingt charrettes ça ne représente rien pour une population de trente mille à quarante mille habitants. On ne dit pas que l’Etat ne fait rien, mais il doit d’avantage s’impliquer pour relancer l’agriculture dans cette zone.

ANIMATEUR :
On voit de plus en plus fréquemment des changements climatiques. Comment arrivez-vous à cultiver normalement dans ces circonstances?

OUSSEYNOU GUEYE :
Je pense que pour les changements climatiques, nous avons deux possibilités que nous sommes entrain de faire. D’abord, les familles peuvent travailler sur de petites exploitations, sur lesquelles il est facile de maîtriser la terre et l’eau. Lorsque les familles font l’agriculture sur les petites exploitations, ils peuvent récolter assez de nourriture pour leur famille, même si les cultures de rente qu’ils font pousser sur de plus grandes exploitations ne donnent pas de bons résultats à cause des changements climatiques et d’autres problèmes. La deuxième solution est le reboisement. Vous savez que toutes nos forêts sont parties. Donc, il faut vraiment penser au reboisement. Nous avons une méthode de reboisement intercalaire. C’est-à-dire que nous plantons des arbres très proches les uns des autres tout autour de l’exploitation. Ces arbres protègent tant le sol que les cultures de la chaleur et du vent. Il y a aussi une troisième solution. À la fin de la récolte, on ne ramasse pas la paille. On la laisse couvrir la surface de la terre pour atténuer un peu la chaleur.

ANIMATEUR :
Fissel se trouve dans une zone très sèche. Quel genre de culture faites-vous ?

OUSSEYNOU GUEYE :
Dans cette zone, nous faisons la culture du mil. C’est une plante qui résiste à ses conditions. Il y a également l’arachide qui est entrain de disparaître petit à petit. Elle disparait parce qu’il y a pas beaucoup de producteurs qui ne peuvent disposer de beaucoup de semences. On a également des cultures de substitution comme la pastèque, le bissap (Note du rédacteur : Hibiscus sabdariffa, probablement plus connu sous le nom de roselle en Afrique de l’Ouest anglophone) et le manioc. Le manioc résiste à ces terres et surtout le sorgho qui lui aussi aime les sols durs et arides.

ANIMATEUR :
Vous pratiquez aussi la culture sur table Mr Gueye?

OUSSEYNOU GUEYE :
Pour la culture sur table, vous prenez une table de 4 mètres sur 2, vous y mettez du sable, vous y mettez aussi des déchets d’animaux, de la boue et là ça vous permet d’arroser, de gagner votre temps, et vous mettez ça sous l’ombre également. Donc les plantes sont protégées par la chaleur bien qu’il y ait des plantes qui ont besoin de la chaleur, mais les rayons solaires qui traversent les arbres viennent directement sur la table. Ça nous permet également d’avoir une bonne alimentation avec le maraîchage surtout.

ANIMATEUR :
Maintenant, nous allons entendre Sidi Bâ, le conseiller politique du cadre de concertation des producteurs d’arachide des régions de Kaolack Tamba et Fatick. M. Bâ, comment pensez-vous que les agriculteurs feront face aux changements climatiques?

M. BA :
Plusieurs mettent l’accent sur l’accroissement de la population et les aléas climatiques pour expliquer les racines de la crise de l’agriculture sénégalaise. A cela on ajoute le retard technique des paysans et leur manque d’esprit d’entreprise. Finalement, certains pointent leurs doigts vers l’État qui a longtemps encadré et contrôlé les marchés.

Toutes ces raisons sont réelles, mais elles n’expliquent pas les raisons essentielles de la crise. Il faudrait souligner que la sécheresse n’est pas un phénomène nouveau au Sahel. Les sécheresses ne sont pas plus fréquentes qu’elles ne l’ont été durant les trois dernières décennies. Quoique le Sénégal ait connu une baisse significative des précipitations totales durant les années 70, on ne constate pas de déclin depuis 20 ans.

ANIMATEUR :
C’est plutôt surprenant. Qu’est-ce qui explique les changements de précipitations constatés par les agriculteurs ?

M. BA:
Plutôt, la distribution des pluies est devenue plus irrégulière et cela affecte certaines espèces et variétés plus que d’autres. Il faudrait aussi analyser la contribution humaine au fléau climatique. Plusieurs spécialistes affirment que le massif déboisement de l’Afrique de l’Ouest depuis le début du siècle a une forte responsabilité sur l’intensification des sécheresses. On constate aussi que les effets de la sécheresse, comme l’érosion des sols, sont plus dramatiques que dans le passé. Cela est dû au fait que les sécheresses et d’autres évènements climatiques agissent sur des environnements où de nombreux équilibres écologiques ont été perturbés lors de la mise en œuvre des systèmes modernes d’agriculture et d’élevage.

ANIMATEUR :
Mr Bâ, quelles méthodes sont employées pour parer aux changements climatiques ?

M. BA :
Les systèmes actuellement employés au Sénégal sont en partie traditionnels et en partie modernes, selon les régions et cultures. Beaucoup de scientifiques se tournent aujourd’hui vers des techniques telles que: la jachère, la jachère améliorée, l’utilisation de fumure organique, les semences sélectionnées selon les caractéristiques des différentes zones agricoles, la rotation de cultures, la diversification de cultures, l’intégration de l’élevage et de la foresterie avec l’agriculture, la gestion économe de l’eau, l’utilisation de plantes comme des engrais verts, le cordons pierreux, les cultures en courbes de niveaux et le recyclage des restes de culture.

ANIMATEUR :
M. Bâ, quelles sont les conséquences de ces difficultés que nous rencontrons sur le monde rural ?

M. BA :
Cela provoque des migrations en zone urbaine qui entraîne, aujourd’hui, un transfert de la pauvreté puisque les chances de trouver un emploi stable et adéquatement rémunéré dans les villes sont limitées. Même si cette migration peut alléger les pressions sur l’environnement, et éventuellement augmenter les revenus familiaux, elle réduit la main d’œuvre en milieu rural. Cela implique une production agricole décroissante et une décapitalisation croissante de la paysannerie entraînant un cercle vicieux qui mène à la destruction du secteur agricole.

ANIMATEUR :
Merci, M. Bâ. Chers auditeurs, vous venez d’entendre quels méthodes sont utilisées en agriculture pour faire face aux changements climatiques. M. Gueye nous a parlé de certaines cultures et quelques méthodes qu’il utilise en tant qu’agriculteur. M. Bâ a mentionné d’autres méthodes et nous rappelle des conséquences des difficultés dans le secteur agricole au Sénégal. Nous espérons que ses mots vous aideront à comprendre l’importance de s’adapter aux changements climatiques et qu’ils vous inspireront de faire des actions positives. Merci de nous avoir écouté et au revoir.

Acknowledgements

Rédaction : Mariama Sy Coulibaly, journaliste, Radio Convergence Panafricaine, Sénégal

Révision : John FitzSimons, professeur agrégé, École de design environnemental et de développement rural, Université de Guelph, Canada