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En Afrique, la tradition veut que les hommes quittent le foyer pour aller travailler et que les femmes prennent soin de la maison. Cette mobilité des hommes et leur absence auprès de leurs épouses leur donnent la latitude de “faire des expériences” avec des femmes consentantes qui veulent gagner de l’argent. Un dicton favorise chez les hommes cette habitude de jouer les coureurs de jupons : “Un homme est une paire de shorts qui s’use à cause des voyages et une femme est un morceau de tissu qui reste à la maison.” Lorsqu’un homme contracte le virus du VIH, en fin de compte il le partage avec sa femme.

Même si la mobilité des hommes constitue un grave problème en matière d’infection par le VIH, le principal groupe d’hommes infectés ce ne sont pas des travailleurs migrants mais des hommes mariés ou concubins ayant des relations sexuelles avec d’autres femmes que leurs partenaires habituelles.

Le présent texte présente des histoires de femmes confrontées aux problèmes associés au VIH et au sida. La question qui se pose est la suivante : qui fait face à la majorité des problèmes que le VIH/sida amène à la maison – les femmes ou l’homme?

Il existe de nombreuses sortes de problèmes relatifs au VIH/sida et de nombreuses sortes de solutions. Par exemple, certains villages ont lancé des soins à domicile pour les femmes atteintes du sida ainsi que pour les orphelins, comme il est mentionné dans le présent texte. Dans votre zone d’écoute, quelqu’un a-t-il trouvé des solutions efficaces et créatives aux problèmes du VIH/sida? Vous pouvez adapter ce texte à vos besoins locaux en interviewant parmi vos auditeurs des gens qui se penchent sur ces enjeux et en entendant leurs problèmes et leurs solutions.

Script

Montée de l’indicatif musical et fondu enchainé sous la voix de l’animateur

Animateur :
Comment allez-vous aujourd’hui, chers auditeurs? Comme d’habitude, au micro Mercy Chipeta de retour avec votre émission favorite Mwana Alirenji (“auto-suffisance”) qui vous est présentée par The Story Workshop avec l’appui de l’Union européenne.

Montée de l’indicatif musical et fondu enchainé sous les paroles de l’animateur

Animateur :
Ce qui passe vite sans être remarqué effraie le chasseur car il craint que ce soit un lion ou un tigre. Ce sont des animaux qui peuvent vous dévorer même si vous avez vos armes à la main. Quand il s’agit de maladies, nous savons tous que le VIH/sida nous tue. La question qui se pose maintenant est la suivante : savons-nous que le VIH/sida affecte l’un des deux sexes davantage que l’autre? Aujourd’hui, nos reporters parlent avec trois femmes qui ont leurs propres opinions sur cette question.

Agnes Ndeule :
Je m’appelle Agnes Ndeule du district de Dedza. Je suis d’avis que très souvent ce sont nous, les femmes, qui sommes confrontées aux problèmes découlant de maladies prolongées comme le sida. Par exemple, je n’ai moi-même pas produit assez de nourriture cette année parce que j’ai eu à m’occuper d’un enfant malade pendant la saison des pluies. Cet enfant était séropositif. Malheureusement, je n’ai même pas réussi à lui sauver la vie. Mon dernier-né est mort.

Reporter :
Où était votre mari pendant que vous étiez occupée à prendre soin de l’enfant malade?

Agnes Ndeule :
Nous avons divorcé. Vous savez, les hommes ne se satisfont parfois pas d’une seule femme, alors il est parti et a épousé une autre femme. Je suis seule pour m’occuper des deux enfants survivants.

Reporter :
Ne pouviez-vous pas laisser l’enfant à la maison pour aller aux champs?

Agnes Ndeule :
Cela dépend de la gravité de la maladie. Souvent, l’enfant était gravement malade et était admis à l’hôpital pendant plusieurs semaines. Quand il recevait son congé, je passais quelque temps dans les champs puis je retournais à l’hôpital. C’était comme ça avec des hauts et des bas. Au fait, dans notre société, quand vous laissez les malades seuls à la maison, même pour une très bonne raison, les gens se moquent de vous. Ils disent que vous en avez assez de la vie de votre enfant. Imaginez ce qu’ils diraient si vous trouviez votre enfant malade mort en rentrant des champs. Mes autres enfants sont trop jeunes pour s’occuper d’un enfant qui est malade. C’est tout simplement difficile.

Reporter :
Oui, c’est vraiment difficile pour une personne de s’occuper des malades et d’aller aux champs en même temps. Qu’allez-vous faire pour survivre cette année?

Agnes Ndeule :
Actuellement, je n’ai vraiment rien à faire. J’essaierai de faire quelques bricoles, comme par exemple vendre des gâteaux traditionnels et du manioc cuit. Ce sera peut-être utile. L’argent que je récolterai servira à acheter de la nourriture.

Animateur :
(Pause) C’est l’un des nombreux problèmes auxquels font face les femmes dans les villages. Elles supportent la plus grosse part du problème du VIH/sida. Le saviez-vous? Notre reporter a trouvé une autre femme qui est confrontée aux problèmes du sida.

Mme Stayiline Chirwa :
Je m’appelle Mme Stayiline Chirwa du village de Londowala Botha dans l’autorité traditionnelle Siwande du district de Mzimba. Je suis allée passer des tests au Centre Tovwirane en 1998 et on m’a diagnostiquée séropositive. Je suis encore en vie aujourd’hui grâce aux conseils qui m’ont été prodigués au Centre. Nous, les personnes séropositives, nous rencontrons tous les mois au Centre Tovwirane pour partager les problèmes auxquels nous sommes confrontées.

Reporter :
Qu’est-ce qui vous a incitée à aller passer des tests?

Mme. Stayiline Chirwa :
Mon mari était un camionneur qui était souvent sur la route. Mais il ne se contentait pas de conduire des camions – c’était aussi un coureur de jupons. C’est après son décès que j’ai remarqué que j’étais plus faible et que je souffrais plus souvent. Je me suis souvenue des souffrances de mon mari, alors j’ai pensé à passer un test. À cette époque, Tovwirane avait déjà commencé à offrir un service de tests avec l’aide d’un organisme non gouvernemental appelé Africare. J’y suis allée et j’ai été diagnostiquée séropositive.

Reporter :
Combien d’enfants avez-vous?

Mme Stayiline Chirwa :
J’ai quatre enfants, deux mariés et deux célibataires.

Reporter :
Comment vous êtes-vous débrouillée pour vous occuper de ces enfants?

Mme Stayiline Chirwa :
C’était surtout un problème quand je n’étais pas au courant de mon état. À cette époque-là, mon ainée était plus jeune mais assez grande pour faire cuire de la nourriture et m’appuyer de maintes façons. La nourriture était un problème chez moi. Ma première fille manquait parfois l’école pour m’aider. C’est peut-être la raison pour laquelle elle s’est mariée jeune. Mes parents m’ont également été très utiles. Mes problèmes ont été atténués lorsque j’ai été testée séropositive parce que le Centre Tovwirane a commencé à me donner des suppléments alimentaires, comme de la farine de soja, d’autres aliments et quelques conseils en attendant que je récupère à nouveau. Désormais, tout va mieux.

Reporter :
Maintenant que vous connaissez votre état, que faites-vous pour vous assurer d’avoir assez de nourriture?

Mme Stayiline Chirwa :
On conseille aux personnes séropositives de ne pas se surmener. Alors, je fais le travail que je peux gérer en une journée et j’ai du temps pour me reposer. Lorsque j’ai un peu d’argent, je l’investis dans des petits animaux, comme des chèvres, qui se reproduisent facilement. Ils représentent mon compte bancaire quand je suis malade parce que je peux les vendre rapidement. Quand j’ai de l’argent, je m’assure d’acheter de l’engrais pour maximiser le rendement de mes cultures.

Reporter :
Quels aliments aimez-vous manger?

Mme Stayiline Chirwa :
Je mange du porridge de farine de soja le matin et de la farine de mais de grains entiers ou du msima (porridge de mais) avec des aliments riches en protéines. Je mange également des fruits naturels. On m’a conseillé de boire une boisson à l’orange. Comme je ne peux pas me permettre d’acheter une boisson industrielle, on m’a dit comment faire une boisson maison. C’est ce que je consomme.

Reporter :
Vos enfants savent-ils que vous êtes séropositive?

Mme Stayiline Chirwa :
Oui, ils le savent. Au début, ce fut difficile pour ma famille d’accepter que j’étais séropositive, surtout pour ma mère. Elle savait que le problème pouvait résulter du comportement de mon mari. Avant que je tombe malade, mon mari et moi avions réglé les questions concernant son habitude d’être un coureur de jupons.

Reporter :
Que s’est-il passé?

Mme Stayiline Chirwa :
Il continuait à courir les femmes avant sa mort. Mais ma parenté me disait d’être patiente avec son comportement parce qu’il changerait en vieillissant. J’ai suivi leurs conseils et j’ai décidé de rester parce que j’ai remarqué que, d’une certaine façon, il m’aimait encore. Il subvenait très bien aux besoins de ses enfants et prenait soin de moi en dehors de sa mauvaise habitude de courir les femmes. (Elle se met à pleurer)

Reporter :
Merci, madame, d’avoir partagé votre histoire avec nos auditeurs par le biais de cette émission.

Mme Stayiline Chirwa :
(reprenant ses esprits) Merci.

Courte pause musicale

Animateur :
C’était Mme Stayiline Chirwa du village de Londowala Botha dans l’autorité traditionnelle Siwande du district de Mzimba, qui expliquait son cheminement avec le VIH/sida. Les femmes font face à beaucoup d’autres problèmes à cause du VIH/sida, en dehors de s’occuper des enfants. Que se passe-t-il d’autre dans votre région, chers auditeurs? (Courte pause) Notre reporter s’entretient maintenant avec une autre femme qui connait des problèmes en relation avec le VIH/sida.

Mme Mary Nyakawiro :
Je suis Mary Nyakawiro du village de Lalika dans le district de Karonga. Je m’occupais de ma fille qui souffrait de cette maladie, le VIH/sida. Elle est décédée et m’a laissé son bébé, et maintenant je m’occupe de son enfant. Cette maladie n’est pas bonne. Voyez comme je suis vieille et je m’occupe de mon petit-enfant, un bébé que ma fille m’a laissé! Elle est venue chez moi en janvier quand elle était très gravement malade et elle est morte en octobre de cette année. L’allaitement du bébé a cessé et j’ai dû trouver du lait pour le bébé.

Reporter :
Quel âge avez-vous?

Mme Mary Nyakawiro :
Je ne me souviens pas de ma date de naissance, mais j’étais déjà mariée et j’avais un enfant lorsque notre premier président est arrivé de Londres au Malawi.

Reporter :
Vous avez plus de quatre-vingts ans et le bébé semble avoir moins d’un an! Où est le père de votre petit-enfant?

Mme Mary Nyakawiro :
Le père est à Blantyre. Lorsque notre fille était malade et enceinte, son mari l’a envoyée ici pour que nous prenions soin d’elle. Maintenant, je m’occupe aussi de cet enfant. Je dois acheter du lait pour nourrir ce bébé.

Animateur :
(Pause) Chers auditeurs, ne pensez-vous pas que certains des problèmes provoqués par le VIH/sida chez les femmes passent inaperçus? Ou encore, si vous étiez au courant de ces choses, qu’avez-vous fait pour atténuer ce problème dans votre village? Écoutons ce qu’a à nous dire un chef traditionnel à ce sujet.

Chef Mponda :
Je suis le chef Mponda de l’autorité sous-traditionnelle Mnyoka dans le district de Mchinji. Dans notre village, nous avons des soins à domicile qui viennent en aide aux malades dans leurs foyers. Nous aidons les familles dont un membre souffre de cette maladie, le sida.

Reporter :
Qu’est-ce qui vous a incité à lancer ces soins à domicile?

Chef Mponda :
Nous avons constaté que les femmes sont les principales victimes de la maladie. Ce qui arrive, c’est que lorsque l’homme est malade en ville, la femme peut prendre soin de lui jusqu’à ce qu’il aille mieux ou décède. Ils restent en ville ensemble s’ils peuvent se le permettre. Ils retournent au village s’ils n’ont plus les moyens de vivre en ville. Mais lorsque la femme est malade, le mari la ramène généralement chez ses parents au village et repart seul en ville. Il incombe aux grands-mères, habituellement vieilles, de s’occuper de leurs filles déjà grandes, qui sont mariées mais ne valent plus rien pour leurs maris en raison de leur maladie. À cause de cela, nous avons décidé de lancer des soins à domicile et une aide aux orphelins.

Reporter :
Comment vous y prenez-vous? Avez-vous une maison commune pour garder les malades?

Chef Mponda :
Les personnes malades restent chez elles. Nous leur donnons du savon et nous contribuons à leurs soins. Nous aidons aussi à laver les vêtements des patients. Nous aidons de la même façon les orphelins pendant qu’ils sont encore avec leurs grands-mères.

Animateur :
(Pause) Voilà ce que certains villages ont commencé à faire pour soulager la pression exercée sur les femmes. Que faites-vous dans votre village? Ne laissons pas passer inaperçues ces injustices envers les femmes causées par le VIH/sida. Faites quelque chose pour soulager nos grands-mères!

Montée de l’indicatif musical et maintien sous la voix de l’animateur

Animateur :
(Pause) Humm… Le SIDA cause vraiment des dégâts dans nos foyers et dans nos collectivités. Mais pourquoi les coureurs de jupons n’utilisent-ils pas de condoms? Pourquoi avoir des relations sexuelles extra-conjugales? Les hommes et les femmes devraient parler de ces choses ensemble. Parler de la vulnérabilité face au VIH ne peut qu’être utile, tout comme le fait de passer ensemble des tests et de se révéler les résultats. Cela contribuera à atténuer les problèmes dans votre famille. Le sida existe vraiment et touche les partenaires innocents.

Au micro Mercy Chipeta qui vous dit à la semaine prochaine au nom de mon réalisateur Gladson Makowa, qui a également recueilli les histoires sur le terrain. Je prétends que les problèmes partagés sont des problèmes à moitié résolus. Faites quelque chose pour réduire le fardeau imposé aux femmes par le VIH/sida. À la semaine prochaine.

Montée de l’indicatif musical et sortie en fondu enchainé

Acknowledgements

Rédaction : Gladson Makowa, The Story Workshop, Blantyre, Malawi.
Révision : Iain McClellan, expert-conseil.

Nota : Cette émission est une combinaison de deux émissions réalisées par The Story Workshop à Blantyre, au Malawi, une qui a été radiodiffusée en 2005 et une autre à la fin de 2006.