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Ce texte aborde plusieurs des OMD, notamment l’objectif 1 (réduire l’extrême pauvreté), l’objectif 3 (promouvoir l’égalité et l’autonomisation des femmes) et l’objectif 4 (réduire la mortalité infantile). Le texte est une dramatique qui se déroule dans un tribunal imaginaire. Dans cette salle d’audience, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et d’autres défendeurs sont en procès. Ils sont accusés de prendre des mesures qui, au lieu de bénéficier aux nations pauvres qu’ils prétendent aider, causent en fait d’autres dommages aux collectivités et aux économies déjà fragiles, tout en aggravant la pauvreté et l’inégalité économique.

Les paroles et les opinions exprimées dans ce texte sont celles des membres de l’équipe de rédaction et tout le monde n’est peut-être pas d’accord. Elles représentent des critiques graves à l’égard d’institutions mondiales et nationales. Bien que les arguments soient parfois durs et radicaux, ils méritent d’être entendus et discutés d’une façon raisonnable.


Script

Personnages

Narrateur
Greffier du tribunal
Procureur de la poursuite
Procureur de la défense
Sini Casi, étudiant
Représentant de la Banque mondiale
Gnageba, agriculteur
Représentant du Fonds monétaire international
Gnanieba, chef de village
Représentant du G8
Femme
Représentant du gouvernement du Mali
Activiste

Animateur de l’émission:
Bonjour (bonsoir) et bienvenue à notre émission. Aujourd’hui, nous allons présenter une dramatique radiophonique intitulée “Le procès du système monétaire international” qui énonce quelques points de vue intéressants mais parfois controversés sur la politique internationale. Les paroles et les opinions exprimées dans ce texte sont celles de l’équipe de rédaction et pas nécessairement celles de cette station. (Pause) Nous sommes prêts à commencer et nous espérons que vous apprécierez.

Narrateur:
Nous nous trouvons en plein cœur d’une importante affaire judiciaire. Des poursuites ont été intentées contre la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et d’autres défendeurs. Le premier témoin de la poursuite, un étudiant, est sur le point de témoigner contre les défendeurs. Écoutons bien.

Bruits d’une salle d’audience – papiers froissés, toussotements occasionnels, etc. Sortie en fondu sous la voix de l’orateur.

Procureur de la poursuite:
Pourriez-vous nous décrire le programme type d’une de vos journées?

Sini Casi:
Je me lève à 5 heures du matin pour arriver tôt à l’université. Je prends l’autobus et je paie mon billet tous les matins car il n’y a pas de service de transport pour les étudiants. Nous sommes entassés à près de 300 dans une salle et nous n’avons pas de fournitures scolaires. Très souvent, le professeur arrive en retard ou ne vient pas du tout. S’il vient, il est de mauvaise humeur et donne son cours comme s’il vendait du savon. C’est normal car les enseignants sont mal payés, à moins d’être employés dans une école privée. Il y a souvent des grèves des professeurs, ce qui nous complique la vie pour passer nos examens. Les cours se terminent vers 20 heures et je rentre à la maison pour dormir.

Je suis trop fatigué pour travailler.

Procureur de la poursuite:
Quelles sont les perspectives d’avenir pour un étudiant comme vous?

Sini Casi:
La plupart d’entre nous finissent au chômage. D’autres font des petits boulots qui n’ont rien à voir avec leurs études. Et, malheureusement, nous savons tous jusqu’où peut vous mener le désespoir de ne pas trouver de travail: la drogue, la prostitution, la criminalité….

Procureur de la poursuite:
À votre avis, l’endettement du pays contribue-t-il au mauvais état de l’éducation?

Sini Casi:
Depuis longtemps, j’attends des améliorations mais je ne vois rien venir. Mise à part la privatisation de l’éducation, je ne vois pas d’autres changements et la privatisation n’a malheureusement pas donné les meilleurs résultats.

Procureur de la poursuite:
Dans ces conditions-là, êtes-vous prêt à continuer de rembourser votre dette étudiante?

Sini Casi:
Certainement pas!

Greffier du tribunal:
Le témoin est excusé. (Pause) Le tribunal appelle le premier témoin pour la défense, la Banque mondiale.

Pause pendant que le témoin s’avance jusqu’à l’avant de la salle d’audience. Montée des bruits de la salle d’audience puis sortie en fondu sous le témoignage.

Procureur de la défense:
Est-il possible d’annuler la dette du Mali?

La Banque mondiale:
Ce n’est pas nous qui décidons. Les décisions sont prises par les pays créanciers du Nord. Le Mali a déjà bénéficié d’un allègement important de sa dette suite à l’initiative concernant les Pays Pauvres Très Endettés. C’est un grand pas en avant.

Procureur de la défense:
Au Mali, beaucoup de gens critiquent les programmes d’ajustement structurel conçus par la Banque mondiale. Ils disent qu’ils ont entraîné une réduction des dépenses publiques et beaucoup de privatisations. Que pensez-vous de ces programmes?

La Banque mondiale:
Les programmes d’ajustement structurel ont été mis en place, grâce à nos conseils, pour aider le Mali à rembourser sa dette. Avant notre implication, la gestion du budget était désastreuse. Par exemple, il y avait beaucoup trop de fonctionnaires et ils étaient trop bien payés. Mais, grâce à nous, la situation s’est améliorée et les privatisations sont une très bonne chose.

Procureur de la défense:
Mais est-ce que cela n’a pas provoqué beaucoup de chômeurs?

La Banque mondiale:
Un peu, bien sûr, mais ils vont vite retrouver du travail car la croissance économique sera plus forte.

Procureur de la défense:
Quels sont les projets qui ont été financés par la Banque mondiale?

La Banque mondiale:
Les projets financés par la Banque mondiale ont beaucoup aidé le Mali. Nos programmes ont permis de construire des routes, des écoles, des centres de santé et beaucoup d’autres choses très bénéfiques.

Procureur de la défense:
Selon une étude effectuée par les Nations Unies en 2001, les deux tiers des habitants du Mali vivent sous le seuil de la pauvreté et plus d’un enfant sur cinq meurt avant l’âge de cinq ans au Mali. Pourquoi vos programmes semblent-ils augmenter la pauvreté plutôt que de la réduire?

La Banque mondiale:
Nos programmes sont bons, mais ils sont mal gérés par les dirigeants maliens. Il y a beaucoup trop de corruption. Si les programmes étaient gérés par des gens honnêtes et compétents, tout irait mieux pour le pays. Prenez exemple sur l’honnêteté des dirigeants des pays riches, qui sont rarement impliqués dans des scandales financiers.

Greffier du tribunal:
Le témoin est excusé. (Pause) Le tribunal appelle le deuxième témoin pour la poursuite: Gnagneba, agriculteur.

Pause pendant que le témoin s’avance jusqu’à l’avant de la salle d’audience. Montée des bruits de la salle d’audience puis sortie en fondu sous le témoignage.

Procureur de la poursuite:
Pouvez-vous nous décrire une journée type dans la vie d’un agriculteur?

Gnageba:
Le matin, je me lève à 6 heures et nous mangeons les restes du dîner de la veille. Ensuite, comme mon père, mon grand-père et mes ancêtres, je prends ma petite daba (houe) et je pars aux champs accompagné de mes enfants. Nous travaillons jusqu’à 13 heures et nous faisons une pause d’une demi-heure, puis nous reprenons le travail jusqu’à 17 heures. À ce moment-là, mes enfants rentrent à la maison et je reste pour couper du bois. Après le dîner, je m’endors profondément.

Procureur de la poursuite:
Que cultivez-vous?

Gnageba:
Des arachides – c’est ce qui pousse le mieux dans la région. À côté de cela, je cultive du mil pour ma consommation personnelle.

Procureur de la poursuite:
Avez-vous toujours cultivé des arachides?

Gnageba:
Au début, je cultivais du mil et du fonio, mais on m’a dit que les arachides rapportaient beaucoup, alors j’ai commencé à en cultiver. Ensuite, on m’a conseillé de me mettre au coton parce que le coton est bien payé et que c’est bon pour le pays d’exporter beaucoup de coton. Mais, il y a deux ans, le prix a chuté et je suis retourné aux arachides afin de pouvoir rembourser mes dettes.

Procureur de la poursuite:
Comment vous êtes-vous endetté?

Gnageba:
Le prix du coton était trop bas et je n’ai pas gagné assez d’argent pour payer les semences, les pesticides et le matériel. J’ai dû emprunter. J’ai également dû investir pour réparer le système d’irrigation.

Procureur de la poursuite:
Mais vous n’avez reçu aucune subvention de l’État?

Gnageba:
Non, je n’ai jamais reçu aucun soutien. À mon avis, l’argent a été mangé par quelqu’un, mais en tout cas pas par nous!

Greffier du tribunal:
Le témoin est excusé. (Pause) Le tribunal appelle le deuxième témoin pour la défense, le Fonds monétaire international.

Pause pendant que le témoin s’avance jusqu’à l’avant de la salle d’audience. Montée des bruits de la salle d’audience puis sortie en fondu sous le témoignage.

Narrateur:
(à voix basse par-dessus les bruits de la salle d’audience) Le Fonds monétaire international est un organisme qui s’efforce de promouvoir la croissance économique, surtout dans les pays plus pauvres. Il donne souvent des conseils aux gouvernements des pays pauvres sur la façon de gérer leur économie pour réduire leur endettement extérieur. Le procureur de la défense est prêt à questionner le représentant du FMI. Écoutons bien.

Procureur de la défense:
Selon vous, est-il possible d’annuler la dette du Mali?

FMI:
Nous avons déjà annulé une partie de la dette grâce à l’initiative concernant les Pays Pauvres Très Endettés. C’est très généreux de notre part et cela a permis de résoudre le problème de la dette du Mali. Nous avons prêté à ce pays des sommes d’argent considérables pour financer son développement et maintenant vous voudriez que l’on annule tout? Ce n’est pas raisonnable! Lorsqu’une banque vous prête de l’argent pour construire votre maison, vous devez le rembourser; lorsque vous prêtez de l’argent à un pays, c’est la même chose. Si le Fonds monétaire international annule toute la dette, le système financier international va s’effondrer et les pays du Nord vont perdre beaucoup d’argent. Dans tous les cas, si nous décidons d’annuler en totalité la dette, nous le ferons en imposant certaines conditions et nous mettrons en œuvre d’autres programmes d’ajustement structurel.

Procureur de la défense:
Les taux d’intérêt sont très élevés, ce qui fait que ce pays a déjà remboursé plusieurs fois les sommes prêtées. L’Afrique sub-saharienne a remboursé quatre fois sa dette depuis 1980 mais elle est trois fois plus endettée qu’il y a 25 ans. Qu’en pensez-vous?

FMI:
Les taux d’intérêt sont fixés par le marché financier international. Ce pays est sous-développé et les taux d’intérêt sont forcément élevés car il y a beaucoup de risques.

Procureur de la défense:
Le Mali dépense plus d’argent pour rembourser sa dette que pour les services sociaux, l’éducation et la santé. Que pensez-vous de cette situation?

FMI:
Ce n’est pas mon problème; c’est celui du Mali. C’est à vous de vous débrouiller!

Greffier du tribunal:
Le témoin est excusé. (Pause) Le tribunal appelle le troisième témoin pour la poursuite: Gnanieba, le chef du village.

Pause pendant que le témoin s’avance jusqu’à l’avant de la salle d’audience. Montée des bruits de la salle d’audience puis sortie en fondu sous le témoignage.

Procureur de la poursuite:
Quelles sont les fonctions d’un chef de village?

Gnanieba:
Je supervise les activités du village et je m’assure du respect des décisions prises. Le chef du village est également le garant des traditions.

Procureur de la poursuite:
Un centre de santé a été construit il y a deux ans. Comment cela s’est-il passé?

Gnanieba:
Le centre de santé a été réalisé grâce aux efforts des fils et des filles du village. Il a été financé par les économies des villageois. Nous n’avons reçu aucune aide du gouvernement, ni de personne d’autre.

Procureur de la poursuite:
Comment se compose le personnel de votre centre de santé?

Gnanieba:
Une femme gère le centre et nous avons la chance d’avoir, parmi les habitants du village, une personne qui possède une formation en sciences vétérinaires. Il se charge des petites urgences et des premiers soins. Pour les cas plus graves, nous nous débrouillons pour louer une moto pour emmener les patients vers le centre compétent qui se trouve à 25 km d’ici. Malheureusement, nous mettons deux heures pour parcourir cette distance car les pistes sont très mauvaises. Et cela par beau temps! Durant la saison des pluies, nous ne pouvons pas aller très loin du village.

Procureur de la poursuite:
Avez-vous déjà entendu parler des fonds financés par la dette pour la construction de centres de santé?

Gnanieba:
Non, jamais. L’argent doit être bloqué quelque part dans la capitale.

Greffier du tribunal:
Le témoin est excusé. (Pause) Le tribunal appelle le troisième témoin pour la défense, le G8.

Pause pendant que le témoin s’avance jusqu’à l’avant de la salle d’audience. Montée des bruits de la salle d’audience puis sortie en fondu sous le témoignage.

Narrateur
(à voix basse par-dessus les bruits de la salle d’audience): Le G8 est un forum informel dans le cadre duquel les chefs d’État des huit pays les plus industrialisés au monde se réunissent pour parler des enjeux internationaux. Il exerce un pouvoir considérable. Le procureur de la défense est prêt à questionner le représentant du G8. Écoutons bien.

Procureur de la défense:
Est-il possible d’annuler le fardeau de la dette du Mali?

G8:
Les ministres des Finances des pays riches ont déjà parlé d’annuler la dette détenue par le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et d’autres banques de développement internationales et régionales. Nous ne pouvons pas faire plus. Nous sommes déjà très généreux avec le Mali en lui donnant beaucoup d’argent pour l’aide au développement.

Procureur de la défense:
Le Mali et beaucoup d’autres pays dans le monde n’ont pas assez de revenus pour rembourser leur dette et répondre en même temps aux autres besoins du pays. Ils sont obligés d’emprunter de nouveau, ce qui augmente leur dette totale. Qu’en pensez-vous?

G8:
Nous ne sommes pas une association humanitaire; nous sommes le groupe des pays les plus puissants du monde. Si le Mali n’a pas assez d’argent, c’est malheureux et il doit augmenter sa production de coton et d’or pour obtenir des devises étrangères. C’est ça le commerce international!

Procureur de la défense:
Mais n’est-il pas vrai que le prix du coton a chuté considérablement au cours des dernières années?

G8:
Ce n’est pas notre responsabilité. C’est le marché international qui fixe les prix. C’est la loi de l’offre et de la demande. Les pays du G8 fabriquent les meilleurs produits et tout le monde veut donc les acheter. Nous ne pouvons pas empêcher les Maliens d’acheter nos produits, pas plus que nous ne pouvons obliger les pays du Nord à acheter du coton malien! Il faut accepter les règles du système capitaliste. Nous sommes riches, vous êtes pauvres; c’est comme ça et nous n’y pouvons rien.

Greffier du tribunal:
Le témoin est excusé. (Pause) Le tribunal appelle le quatrième témoin pour la poursuite, la femme.

Pause pendant que le témoin s’avance jusqu’à l’avant de la salle d’audience. Montée des bruits de la salle d’audience puis sortie en fondu sous le témoignage.

Procureur de la poursuite:
Pouvez-vous nous décrire une de vos journées?

Femme:
À 6 heures, je vais chercher de l’eau et je prépare le petit déjeuner. Ensuite, je dois piler le mil. Après cela, je dois aller chercher du bois, faire la lessive et, bien sûr, pendant tout ce temps-là il faut s’occuper des enfants! J’ai cinq enfants à nourrir. Pendant la période des récoltes, je vais aider aux champs. Je produis également un peu de karité avec la coopérative des femmes du village. La coopérative veut aussi cultiver une parcelle de terre pour le maraîchage afin de diversifier la nourriture de nos enfants. Un médecin nous a dit que nos enfants avaient besoin de légumes, qu’ils souffraient de “malnutrition” ou de quelque chose du genre. Nous sommes disposées à le faire mais l’irrigation pose un problème. Les puits sont trop éloignés du village et il n’y a pas de système d’irrigation. Il faut des heures pour aller chercher de l’eau pour la famille et je dois transporter les seaux sur ma tête. C’est très lourd et c’est fatigant, surtout quand je suis enceinte. Pendant la saison sèche, les puits du village sont à sec et il faut aller encore plus loin.

Procureur de la poursuite:
Pourquoi ne forez-vous pas davantage de puits?

Femme:
C’est ce que tout le village voulait faire depuis des années, mais nous n’avons pas assez d’argent. L’année dernière, la pompe du puits est tombée en panne et il a fallu attendre six mois avant d’avoir assez d’argent pour la faire réparer. Comment voulez-vous que nous trouvions de l’argent pour forer un puits?

Procureur de la poursuite:
Le village ne peut-il pas bénéficier d’un soutien de l’État? N’y a-t-il pas des programmes financés par la dette pour forer davantage de puits?

Femme:
Nous avons demandé un soutien. Le village a envoyé des demandes mais nous n’avons jamais reçu de réponses. Je ne suis pas au courant s’il y a de l’argent de la dette disponible pour forer des puits mais, si c’est vrai, où est cet argent? En tout cas, il n’est pas arrivé jusqu’au village.

Greffier du tribunal:
Le témoin est excusé. (Pause) Le tribunal appelle le quatrième témoin pour la défense, le gouvernement du Mali.

Pause pendant que le témoin s’avance jusqu’à l’avant de la salle d’audience. Montée des bruits de la salle d’audience puis sortie en fondu sous le témoignage.

Procureur de la défense:
La Banque mondiale et le FMI vous accusent de corruption et de mauvaise gestion: qu’avez-vous à répondre à cela?

Gouvernement du Mali:
Je ne comprends pas. Nous avons appliqué le modèle proposé par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Nous avons coupé dans le budget de l’État et nous privatisons nos ressources. Bien sûr, le processus de privatisation est lent, mais la population s’y oppose. Il faut lui donner l’impression qu’on l’écoute. On ne veut pas avoir à gérer des grèves ou une révolution.

Procureur de la défense:
Avez-vous fait des études pour mesurer les impacts sociaux et économiques de la privatisation des entreprises nationales, comme l’électricité et le transport ferroviaire?

Gouvernement du Mali:
Certes, la privatisation a coûté des emplois. Mais elle diminue les dépenses de l’État. C’est ce qu’on nous demande de faire! Je n’ai fait que suivre les plans d’ajustement structurel – ce n’est pas moi qui les fait. On a réduit le nombre de fonctionnaires. Personne n’a le temps ni l’argent pour faire des études sur les impacts.

Procureur de la défense:
Comment le Mali a-t-il l’intention de sortir de ce lourd endettement?

Gouvernement du Mali:
Nous continuerons de suivre les bons conseils du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Si nous sommes de bons élèves, ils nous ont promis d’alléger notre dette. Nous avons de bonnes ressources naturelles, comme l’or et le coton, et nous devons augmenter leur exploitation. On nous a recommandé de cultiver du coton génétiquement modifié pour augmenter notre productivité. Les semences génétiquement modifiées coûtent un peu plus cher aux agriculteurs et ils doivent les acheter tous les ans. Mais si cela rapporte des devises étrangères à l’État… pourquoi pas?

Greffier du tribunal:
Le témoin est excusé. (Pause) Le tribunal appelle le cinquième témoin pour la poursuite, l’activiste militant de la société civile.

Procureur de la poursuite:
Quelles sont vos activités (madame ou monsieur)?

Activiste:
Je suis un activiste militant au sein de la Coalition des alternatives africaines Dette et développement. Depuis des années, nous militons pour l’annulation totale et inconditionnelle de la dette du Mali.

Procureur de la poursuite:
Selon vous, est-il possible d’annuler la dette du Mali?

Activiste:
Mais bien sûr! C’est uniquement une question de volonté politique de la part des pays du Nord. Tout d’abord, le Mali a déjà remboursé plusieurs fois sa dette à cause des intérêts élevés qu’il paie chaque année. Nous ne devons plus rien! Nos dirigeants ont été poussés à s’endetter par les pays du Nord. Ils ont accepté cette situation en pensant que c’était une bonne chose pour eux.

Procureur de la poursuite:
Est-il vrai qu’il faut investir des fonds gouvernementaux pour lutter contre la pauvreté, avec l’allègement de la dette décidé dans le cadre de l’initiative concernant les Pays Pauvres Très Endettés?

Activiste:
Oui, c’est vrai en théorie. Mais, en pratique, nous ne savons rien de l’utilisation réelle de ces fonds. Il est très difficile d’avoir des informations précises sur l’affectation de ces fonds. En tout cas, sur le terrain nous ne voyons pas de progrès au niveau de l’éducation, ni de la santé, ni des services sociaux de base.

Procureur de la poursuite:
Selon vous, le problème vient-il de la mauvaise gestion de la dette?

Activiste:
Non, pas seulement. Le plus gros problème vient du fait que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international insistent pour que l’argent soit utilisé dans des programmes très coûteux qui ne servent à rien ou qui servent simplement à enrichir les entreprises multinationales qui reçoivent les contrats, sans se soucier de l’impact social ou écologique des projets. Ce qui intéresse surtout la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, ce n’est pas la réduction de la pauvreté. C’est de l’hypocrisie! Ce qui les intéresse, c’est d’enrichir les pays du Nord sur le dos de l’Afrique. Ils nous imposent leurs programmes d’ajustement structurel qui ne font qu’appauvrir les pays africains.

Procureur de la poursuite:
Que pensez-vous des programmes d’ajustement structurel?

Activiste:
Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale nous imposent des programmes d’ajustement structurel sous prétexte qu’il faut assainir la situation financière pour que le Mali puisse rembourser sa dette. En fait, la formule des programmes d’ajustement structurel est simple, à savoir que l’État doit dépenser moins pour pouvoir rembourser davantage sa dette. Le résultat est la privatisation quasi totale de l’économie malienne. Qui rachète ces entreprises? Ce ne sont pas des gens de mon pays, mais des multinationales qui ne pensent qu’à leurs propres bénéfices et rapatrient tous leurs fonds dans les pays du Nord.

Procureur de la poursuite:
Mais quelle est la solution de rechange? Que proposez-vous?

Activiste:
Tout d’abord, nous demandons une annulation complète et inconditionnelle de la totalité de la dette du Mali. Ensuite, il faut réfléchir à un modèle de développement vraiment adapté à notre pays et assurant une meilleure répartition de la richesse. Mon pays a des ressources naturelles, comme l’or et le coton, mais elles ne profitent pas vraiment à notre population. Il faut bâtir un système commercial plus juste, qui ne soit pas fondé uniquement sur le profit et la spéculation. Nous demandons également une plus grande consultation de la société civile sur tous ces enjeux.

Greffier du tribunal:
Merci à tous les témoins. C’est la fin des témoignages. Le président du tribunal demande aux procureurs de faire leur plaidoyer final. La parole est donnée en premier lieu au procureur de la défense.

Pause pendant que le procureur de la défense s’avance jusqu’à l’avant de la salle d’audience. Montée des bruits de la salle d’audience puis sortie en fondu sous la voix du procureur.

Procureur de la défense:
Il faut que la société civile cesse de diaboliser les institutions internationales et ses propres gouvernements. Ces institutions souhaitent uniquement renforcer les liens entre la famille des pays développés et celle des pays sous-développés. Elles ne font que leur devoir. Les témoignages apportés par la poursuite sont certes émouvants, mais ils illustrent seulement les impacts négatifs des décisions prises par le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et le gouvernement du Mali. Du côté positif, les consommateurs africains ont désormais un large éventail de produits de consommation auxquels ils n’avaient pas accès par le passé. Ces institutions veulent abolir les barrières économiques afin de faciliter les échanges internationaux. Pour le bien-être de l’humanité et de l’économie.

Les accords de partenariat économique, les programmes d’ajustement structurel et les politiques néolibérales favorisent le développement d’une société axée sur le progrès et la croissance. Le système libéral a fait ses preuves dans les pays riches. Ne sont-ils pas des exemples du Mali que nous souhaitons voir? Des milliers de Maliens s’en vont vivre dans les pays occidentaux. Nous leur fournissons des emplois dans nos meilleures usines de fabrication de coton – utilisant du coton importé de vos pays! Le Mali a des produits de qualité, mais pas les compétences et la capacité nécessaires pour les transformer. Alors, nous sommes obligés de le faire. L’économie doit rouler et nous n’avons pas le temps de nous arrêter pour entendre vos craintes et vos peurs.

La richesse, mes frères et sœurs, la richesse! C’est ce que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale travaillent d’arrache-pied à vous vendre depuis des années. Ils réfléchissent fort sur les politiques que doivent adopter les pays en développement pour atteindre ces objectifs. Année après année, ils ont une réunion au sommet pour réfléchir et discuter de vos problèmes. Les peuples africains sont demeurés désavantagés depuis des siècles parce qu’ils n’ont pas démontré leur capacité à faire les choses pour eux-mêmes. Vos problèmes de corruption et de gestion, doublés de votre paresse, forcent notre implication.

Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale sont les meilleures institutions de gestion que les pays sous-développés peuvent espérer à l’heure actuelle. Même si elles décident à votre place, elles sont à l’écoute de vos besoins et de vos demandes. La preuve, nous avons intégré l’Afrique dans le Sommet du G8. Nous avons laissé du temps de parole aux politiciens des pays de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique lors de la dernière rencontre avec l’Union européenne. Nous agissons de bonne foi et c’est à vous de nous prouver vos capacités à intégrer nos plans. (Pause) Je vous remercie.

Greffier du tribunal:
Procureur de la poursuite, la parole est à vous.

Pause pendant que le procureur de la poursuite s’avance jusqu’à l’avant de la salle d’audience. Montée des bruits de la salle d’audience puis sortie en fondu sous la voix du procureur.

Procureur de la poursuite:
Après tous ces témoignages, vous pouvez constater – et je ne m’adresse pas à vous, mesdames et messieurs les jurés puisque vous connaissez et vivez tous les jours ces situations… mais je m’adresse plutôt à tous ces gens-là, assis sur le banc des accusés – vous pouvez constater les dégâts causés par vos politiques.

À ce moment précis, je voudrais exprimer un sentiment partagé par de nombreuses personnes qui connaissent l’histoire de ce continent et de son peuple. Je dédie cette réflexion à la jeunesse africaine, chez laquelle j’aimerais susciter l’espoir et la volonté d’accéder à des jours meilleurs.

Nos frères européens nous expliquent que toute dette se paie avec des intérêts, quand bien même il faudrait pour cela vendre des êtres humains et des pays entiers, sans leur demander leur consentement. Mais nous aussi nous pouvons réclamer notre dû, nous aussi nous pouvons réclamer des intérêts.

Combien l’esclavagisme et la colonisation ont-ils rapporté aux États riches sur le dos du peuple africain? Comment devrions-nous appeler cela – du pillage? Devrions-nous plutôt parler de spoliation? De génocide? Ce serait alors donner du crédit à des gens qui affirment que les États européens se sont développés grâce au sang et à la sueur de nos frères en Afrique et ailleurs.

Après tant de siècles de ce prêt de l’Afrique à l’Europe, nous sommes en droit de nous poser des questions. Nos frères européens ont-ils fait une utilisation rationnelle, responsable ou tout au moins productive des ressources si généreusement prêtées par le FMA, le Fonds monétaire africain? (Pause pendant cinq secondes)

Nous sommes au regret de répondre non. D’un point de vue stratégique, ces fonds ont été dilapidés dans des guerres. Les pays européens ont montré qu’ils ne peuvent pas se passer des rentes monétaires, des matières premières et de l’énergie bon marché des pays du Sud.

Ceci étant dit, nous sommes dans l’obligation de réclamer le remboursement du capital et des intérêts, paiement que nous avons généreusement reporté de siècle en siècle. Il est clair que nous ne nous abaisserons pas à réclamer à nos frères européens les taux d’intérêt odieux et cruels de 20 à 30 % qu’ils ont demandés à nos peuples. Nous nous limiterons à exiger la restitution de tous les capitaux qui ont généré des revenus dans le Nord, plus un modique intérêt fixe de 10 % par an, composé sur les 300 dernières années.

Alléguer que l’Europe, en plusieurs siècles, n’est pas parvenue à générer des richesses suffisantes pour régler ce modique intérêt reviendrait à admettre son échec financier absolu ou l’irrationalité du capitalisme.

Par conséquent, nous exigeons la signature immédiate d’une lettre d’intention qui impose aux pays du continent européen de rembourser leur dette en entreprenant une privatisation rapide de l’Europe, afin que cette Europe nous soit livrée, toute entière, au titre du premier règlement d’une dette historique.

(Pause, et sur un ton plus doux) Mesdames et messieurs, nous savons, vous et moi, que tout cela n’arrivera jamais. Mais nous pouvons tout au moins espérer mieux de la part des pays qui nous ont, trop souvent, dit ce qu’il était bon de faire.

Pour toutes ces raisons, je demande donc l’annulation complète et inconditionnelle de la dette de l’Afrique et j’exige des gouvernements africains que, désormais, tout investissement soit effectué en collaboration avec les peuples africains et leurs représentants, qu’ils soient de la société politique ou de la société civile. Je vous remercie.

Montée des bruis de la salle d’audience, maintien pendant 10 secondes, puis sortie en fondu.

Narrateur de l’émission:
Merci d’avoir écouté la dramatique radiophonique d’aujourd’hui intitulée “Le procès du système monétaire international”. N’oubliez pas que les paroles et les opinions exprimées dans ce texte sont celles des membres de l’équipe de rédaction et non pas de cette station radiophonique. Elles représentent des critiques graves à l’égard d’institutions mondiales et nationales et tout le monde ne sera peut-être pas d’accord. Bien que les arguments soient parfois durs et radicaux, ils méritent d’être entendus et discutés d’une façon raisonnable.

Avez-vous un commentaire à formuler sur la dramatique de cette semaine et sur les questions qu’elle soulève? Dans l’affirmative, appelez à la station radiophonique au numéro (insérez le numéro de téléphone). Nous aimerions connaître votre opinion. Merci et bonne nuit (bonne matinée, bon après-midi, bonne soirée)!


Acknowledgements

  • Rédaction : Membres de l’Alliance des radios communautaires du Mali (ARCOM)
  • Révision : Charles Jennings, stagiaire en éducation, Greenwood College School, Toronto, Canada