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Script 57.9

Notes to broadcasters

Message principal de l’émission:  Cette scène illustre certains problèmes et questions dans le domaine complexe du droit à la propriété. Bien que les femmes travaillent quotidiennement pendant de longues heures sur les terres, l’accès à la propriété leur est souvent refusé.  Limiter l’accès des femmes à la propriété revient à limiter leur capacité à produire de la nourriture et affecte le bien-être de leurs familles et de leurs communautés.  Les femmes cherchent à attirer l’attention sur ce droit.  Certaines demandent la révision de lois et de coutumes qui limitent leur droit de posséder et d’hériter de la terre sur laquelle elles travaillent.

Suggestions:  Dans la scène qui suit, la discussion entre Grace et son mari Simon, présente les différents points de vue des hommes et des femmes.  Terminez votre émission par des questions pour lancer des débats sur ce thème ou invitez des auditrices et auditeurs à donner leurs opinions.  Préparez une seconde émission pour présenter ces opinions.  Vous pouvez aussi terminer cette émission  par un débat avec des hommes et des femmes de votre communauté.  Ce texte est plus long que nos textes habituels; vous souhaiterez peut-être le diffuser en deux parties.

Script

Les personnages

Le narrateur: L’animateur.
Grace: Fermière. Elle est préoccupée par les droits des femmes à hériter des terres.
Simon: Mari de Grace.

MUSIQUE (Passer le générique pendant 10 secondes… baisser au début de l’émission).

Le narrateur
-Aujourd’hui, notre émission porte sur le refus du droit à la propriété, une émission qui explique pourquoi les femmes ont besoin d’accéder à la population.
MUSIQUE (Passer le générique pendant 10 secondes).
Introduction (Le narrateur)
: Elles travaillent la terre, la labourent, la cultivent et l’arrosent. Elles la désherbent et la mettent en valeur. Elles récoltent les cultures pour fabriquer des médicaments et pour nourrir leurs familles, leurs communautés et le monde. Les femmes travaillent la terre de différentes façons. Le lien qui unit les femmes à la terre existe depuis toujours.

Pourtant, l’accès à la propriété leur est souvent refusé et elles ne peuvent donc ni posséder, ni hériter des terres. Produire de la nourriture devient plus difficile.

Nous allons entendre une conversation entre Grace et son mari Simon au sujet de la propriété des terres.
TRANSITION MUSICALE.
[Note: Grace et Simon sont les narrateurs dans la première partie du dialogue.]

Grace
-Je venais de terminer ma lessive et j’étais en train de la mettre à sécher au soleil quand j’ai vu un jeune garçon se diriger vers notre maison. Je ne l’ai pas reconnu tout de suite. Il était très maigre, il semblait faible et fatigué. Mais j’avais l’impression de l’avoir déjà vu. Alors j’ai continué à le regarder. D’abord, j’ai pensé qu’il allait passer devant notre maison pour se rendre chez les voisins mais il s’approcha de notre porte. J’ai cru qu’il allait avoir un malaise. A ce moment là, je l’ai reconnu et je me suis précipitée vers lui en criant “Robert!”. “Ma tante,” dit-il. Sa voix était faible. “Ma tante.”

TRANSITION (Passer de la voix de Robert à celle de Simon).

Simon
– Ce n’est que plus tard ce soir là, après m’être occupé du bétail, après le dîner et une fois les enfants couchés que ma femme me raconta ce qui s’était passé. Robert est le fils aîné de ma belle sœur Miriam. Le mari de Miriam est mort l’année dernière. Miriam et ses enfants vivent dans le village voisin. Ce jour là, Miriam avait envoyé son fils Robert voir ma femme Grace.

Grace
– Je l’ai à peine reconnu. Il était très maigre et en haillons. Je ne m’attendais pas à cela. Robert m’avait apporté une lettre de ma sœur qui expliquait tout.

Simon
– Peu après le décès du mari de Miriam, un autre homme, Aka, voulait l’épouser. Aka avait vécu en ville les derniers temps. Miriam ne voulait pas l’épouser parce l’année passée, une de ses compagnes était morte du SIDA. Miriam pensait qu’il pouvait avoir le SIDA. Elle avait peur de le contracter aussi.

Grace
– Quand Aka réalisa qu’il ne pouvait pas épouser Miriam, il devint furieux et décida de se venger. Aka commença à raconter des mensonges au sujet de Miriam et retourna la famille de Joseph, son défunt mari, contre elle.

Simon
– Miriam a toujours été une femme fidèle et une mère dévouée. Elle travaillait aussi très dur. Malgré son dévouement, la famille de Joseph lui a tourné le dos.

Grace
– Aka commença à dire qu’elle était une sorcière et qu’elle avait provoqué la mort de Joseph pour pouvoir se remarier et prendre possession des terres de sa famille. Il dit que Miriam avait jeté un sort sur Joseph avant sa mort pour qu’il lui lègue certains champs de cacao. Les proches de Joseph l’ont cru et ont évité Miriam. Très vite, les rumeurs se sont répandues dans tout le village.

Simon
– La famille refusa de céder l’héritage à Miriam et à ses enfants. Elle n’avait aucun soutien familial, ni aucun soutien communautaire. Ses enfants et elle en souffraient. Elle a donc vendu tout ce qu’elle possédait. Elle avait peur de parler à Grace et à ses proches parce qu’elle avait honte. Pourtant, quand son plus jeune enfant tomba malade, elle décida d’envoyer Robert chez nous chercher de l’aide.

Grace
– Ce qui est arrivé à Miriam m’a fait réfléchir et j’ai commencé à me faire du souci. Un soir, j’ai décidé de parler à mon mari de mes inquiétudes.

[Note: La prochaine partie du texte est un dialogue entre les deux personnages.]

Simon
– Grace, je te trouve très silencieuse ce soir. A quoi penses-tu?

Grace
– Je pense à Miriam. Dieu fasse que rien de tel ne m’arrive à moi et aux enfants.

Simon
– Ne dis pas n’importe quoi. Ma famille n’est pas comme celle de Joseph. Tu sais que l’on s’occuperait bien de toi.

Grace
– N’aurions-nous pas dit la même chose pour Miriam il n’y a peu de temps? Je suis certaine qu’elle était en confiance avec la famille de Joseph.

Simon
– La famille de Joseph et la mienne ne se ressemblent pas.

Grace
– Oui et non. Rappelles-toi que tous n’étaient pas heureux que tu m’épouses.

Simon
– Pourquoi ressasses-tu le passé ? Ils ne te connaissaient pas avant. Maintenant, ils savent combien tu es importante pour notre famille. Tu fais des miracles dans les champs. Tes légumes et tes fruits sont parmi les meilleurs du marché. Tu es une bonne mère et une bonne épouse.

Grace
– Tout de même, s’il t’arrivait quelque chose, je n’aurai que ce que ta famille voudra bien m’accorder. Je ne suis pas mieux que Miriam et regarde ce qui lui est arrivé. Il n’est pas juste de lui interdire l’accès à sa terre et de lui interdire d’hériter des champs de cacao et cela parce qu’elle est une femme.

Simon
– Qu’est ce que tu veux dire? Bien sûr qu’elle est une femme. C’est malheureux que la famille de Joseph ait cru ces mensonges puis la priver de l’héritage. Parfois, il n’y a aucun moyen d’éviter de tels problèmes.

Grace
– Pourquoi une femme devrait-elle dépendre de sa famille ou de son mari pour être propriétaire ou pour hériter de la propriété d’une personne?

Simon
– Que signifie cette question? Tu sais que les traditions et les coutumes veulent que le mari s’occupe de sa femme et que, s’il s’absente, la famille de son mari s’occupera d’elle.

Grace
– Mais pourquoi doit-il en être ainsi? Est-ce que tu t’es déjà demandé pourquoi nous respectons toujours ces traditions?

Simon
– Nos traditions sont importantes et je n’ai pas besoin de me poser des questions à ce sujet. Il est clair qu’une femme a besoin d’un homme qui s’occupe d’elle et c’est le devoir de la famille de celui-ci de prendre soin d’elle quand son mari est absent. Une femme ne peut pas prendre soin d’elle si elle est seule. Puisqu’elle a un mari et sa famille, elle n’a pas besoin d’accéder à la propriété.

Grace
– Ce n’est pas vrai! Une femme peut prendre soin d’elle. Les femmes prennent soin de leurs familles tous les jours. Nous nous levons tôt et nous travaillons toute la journée. Nous portons les enfants et nous prenons soin d’eux. Nous ramassons du bois de chauffage. Nous travaillons dans les champs pour produire de la nourriture pour leur famille. Parfois, nous vendons ce que nous récoltons sur le marché. Nous lavons les vêtements. Nous…

Simon
– Est-ce que tu vas continuer à dire n’importe quoi encore longtemps?

Grace
– Ce n’est pas n’importe quoi. La liste de ce que nous faisons quotidiennement pour nos familles est si longue que je pourrais en parler toute la nuit!

Simon
– Alors, tu penses maintenant que les femmes sont tellement importantes qu’elles n’ont plus besoin de leurs maris?

Grace
– Non, Simon. Ce n’est pas que nous n’ayons pas besoin de nos maris, ou des pères pour nos enfants. Je ne dis pas qu’une femme doit prendre le rôle de son mari mais tu sais que je travaille dur pour prendre soin de notre famille. Dieu fasse qu’il ne t’arrive rien Simon, j’ai besoin de toi. Nous avons tous besoin de toi. Mais il est vrai que je peux prendre soin de moi-même autant que tu peux prendre soin de toi. Nous pouvons prendre soin l’un de l’autre, Simon. C’est pour cela que nous sommes une famille.

Simon
– Mon ami Boyer a raison. Je suis trop bon avec toi. C’est pour cela que tu dis de telles choses.

Grace
– Tu n’es pas trop bon, Simon. Tu es un homme juste. Je pense donc que si tu y réfléchis, nous serons d’accord pour dire que les femmes devraient avoir droit à la propriété et le droit d’hériter.

Simon
– Je suppose que tu penses que les femmes devraient pouvoir hériter des terres de leurs pères comme de celles de leurs maris?

Grace
– Et pourquoi pas?

Simon
– Cela va à l’encontre de nos traditions! Si la femme hérite de toutes les terres, que restera-t-il pour les fils?

Grace
– Je ne pense pas que les droits des femmes devraient empiéter sur ceux de leurs frères, de leurs fils ou de leurs maris. Mais si un père a un fils et une fille, pourquoi ne pas partager les terres de façon équitable? La femme aura quelque chose à son nom.

Simon
– Qui donc te met des notions de droits de la femme dans la tête?

Grace
– Personne ne me met quoi que ce soit dans la tête, Simon. J’y ai beaucoup pensé. Pourquoi n’ai-je pas hérité des terres de mon père quand nous nous sommes mariés? N’aurait t’il pas été préférable que j’aie des terres à apporter à ta famille? J’ai toujours pensé qu’il était injuste que mes frères héritent de toutes les terres de notre père. Miriam n’aurait pas tous ces problèmes si nous pouvions hériter des terres de nos pères. Au moins, nous aurions quelque chose et nous ne serions pas obligées de mendier. Ce n’est pas ce que je veux pour mes enfants.

Simon
– Que viennent faire nos enfants là-dedans?

Grace
– Réfléchis, Simon. David va hériter de tes terres mais pas notre fille, Sara. Est-ce que c’est juste? Tu sais qu’elle est aussi intelligente et travailleuse que lui. Elle a aussi plus de discipline. J’ai peur qu’elle soit dépendante de la famille de son futur mari. Elle devrait recevoir une partie de nos terres. J’aime nos deux enfants de la même façon. Je ne veux pas défavoriser David au profit de Sara, mais nous devons protéger le futur de Sara aussi. Je sais que tu aimes ta fille et que tu veux ce qu’il y a de mieux pour elle.

Simon
– Il y a du vrai dans ce que tu dis Grace, mais nous ne pouvons pas briser nos traditions et nos coutumes.

Grace
– Il est peut-être temps de réfléchir à certaines de nos traditions. Je pense que nos familles seront encore plus fortes si les femmes ont les moyens de se protéger et de protéger leurs enfants. Il faut que les lois coutumières soient plus fortes pour que les femmes ne soient pas privées de leurs héritages. Nous devons faire en sorte qu’il soit plus simple pour les femmes de posséder des terres.

Simon
– Es-tu celle que j’ai épousé Grace?

Grace
– Celle que tu as épousée veut seulement être traitée correctement. Est-ce trop demander que d’hériter de ce qui me revient? Je n’ai pas changé Simon, je suis juste plus vieille et plus sage.

Simon
– La place d’une femme est auprès de son mari, de sa famille et de sa communauté. Quel besoin a-t-elle de la propriété? Comment peut-elle avoir une propriété alors qu’elle est elle-même un objet de propriété? Une vache peut-elle être propriétaire?

Grace
– Es-tu en train de dire que je ne suis qu’une vache pour toi? Est-ce qu’une vache peut te préparer ta soupe aux noix préférée? Est-ce qu’une vache peut porter tes enfants et te donner des fils en bonne santé?

Simon
– Calme-toi, calme-toi! Je n’ai pas dit que tu étais une vache.

Grace
– Simon, j’ai l’impression que tu n’as pas écouté un seul mot de ce que je t’ai dit ce soir. Si je ne parviens pas à te convaincre, toi,
un homme de bon sens, quel espoir reste-t-il aux femmes? Quel espoir reste-t-il pour nos enfants?

Simon
– Grace, ma chérie, je t’ai écoutée. Mais même si tu arrivais à me convaincre, comment pourrais-je aller contre nos traditions et nos coutumes?

Grace
– Il ne s’agit pas d’aller contre quoi que ce soit. Pourrions-nous créer de nouvelles traditions. Te souviens-tu que nous allions voir seulement le guérisseur traditionnel quand nous étions malades? Maintenant, nous voyons le guérisseur et l’infirmière. Nous utilisons des herbes traditionnelles et nous prenons des médicaments. Les deux agissent ensemble. Nous devons travailler ensemble pour renforcer nos traditions et en créer de nouvelles qui protègeront nos enfants.

Simon
– Tu sais Grace, tout ce que tu dis est intéressant mais il faudrait convaincre notre chef.

Grace
– (Semblant heureuse que son mari se range de son côté) Je pense que nous y arriverons Simon! Nous pourrions lui en parler ensemble!

Simon
– Peut-être devrions-nous en reparler…
(BAISSER LA VOIX).
…Tu sais que cela ne sera pas facile.
[Le ton change. Après ce dialogue, Grace fait une conclusion en tant que narratrice]
Grace: Simon et moi avons parlé tard cette nuit-là. Quand on parle des droits de la femme et de la propriété, il y a beaucoup à dire.

Acknowledgements

Contribution: Adiat Junaid, Chercheur/Auteur, Toronto, Canada.

Information Sources

Land and property rights remain a dream for African women,” Lily Rose Adhiambo, Dispatch Online, lundi 4 mai 1998, www.dispatch.co.za/1998/05/04/editoria/LAND.htm

Africa Policy Information Center (APIC) site web: www.africapolicy.org/docs99/wes9907.htm

Landownership and access to farm inputs by rural women in Nigeria,” D.O. Chikwendu et J.O. Arokoyo, National Agricultural Extension and Research Liaison Services, Ahmadu Bello University, Zaria, Nigeria, www.fao.org/DOCREP/V9828b/v9828b08.htm

Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO): www.fao.org

Women and Access to Land Rights in Communal Areas,” R. Gaidzanwa, extrait de “Land and Economic Empowerment of Women: A Gendered Analysis,” SAFERE: Southern African

Feminist Review 1 (1995), pages 1-12, http://landow.stg.brown.edu/post/zimbabwe/politics/landgender.html

Legal rights: property and inheritance rights for women,” Jean Njeri Kamu, Position paper for the “AIDS, Livelihood and Social Change in Africa” conference, Wageningen, Les Pays-Bas, 15-16 avril 1999, www.sls.wau.nl/crds/congress/thm_03.html

Alert from the Sisterhood Is Global Institute, avril 1999: www.sas.upenn.edu/African_Studies/Urgent_Action/apic_71499.html

Is Food for All in the Year 2010 Utopia?: reflections on the question using the Tanzanian Case,” Anna Tibaijuka, Report from the Seminar on Food Security and Biodiversity, Oslo, Norvège, 3 et 4 juin 1996, www.u-fondet.no/engelsk/tema/konf/3-5.html

UN Radio Feature Programs: Weekly Program on Women’s Issues: www.un.org/unradio/index/html

Women Watch:  United Nations website on women’s issues: www.un.org/womenwatch/