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Notes to broadcasters

Le manioc est apparu en Ouganda au milieu des années 1800 et est actuellement l’un des aliments de base les plus consommés dans le pays. On le cultive en association avec une variété de légumineuses et de céréales sur des superficies mesurant en moyenne 2 à 5 hectares.

La production de manioc est demeurée excédentaire en Ouganda jusqu’au milieu des années 90. Cependant, une épidémie de maladie de la mosaïque du manioc a entraîné une baisse de cette capacité de production excédentaire, faisant passer celle-ci à moins de 700 000 tonnes en 1994, de 1¼ de million de tonnes environ qu’elle était auparavant. L’épidémie de 1988 a fait disparaître quasiment le manioc de plusieurs localités du pays.

La production de manioc connaît un nouvel essor en Ouganda depuis 2010. Actuellement, le pays produit plus de quatre millions de tonnes de manioc par an, dont 60 pour cent sont cultivés au nord. La production annuelle devrait augmenter avec l’installation d’une usine de fabrication d’éthanol dans le nord du pays.
Toutefois, une forme plus dangereuse de la maladie de la mosaïque du manioc est apparue récemment, et cause des ravages parmi certaines variétés indigènes et nouvelles variétés. Des rapports soulignent que cette forme fait subir à l’économie ougandaise des pertes annuelles de 81,7 milliards de shillings ougandais (22,4 millions de dollars américains).

Le présent texte radiophonique pourrait vous servir de document de recherche ou être une source d’inspiration pour la réalisation de votre propre émission sur la lutte contre la maladie de la mosaïque du manioc ou d’autres problèmes concernant le manioc et d’autres cultures.

Entretenez-vous avec des agriculteurs, des agricultrices et des spécialistes confrontés à ces difficultés. Vous pourriez leur poser les questions suivantes :

Les familles de leurs régions cultivent-elles du manioc?
Quelles difficultés rencontrent-elles au niveau de la culture du manioc?
Existe-t-il des solutions à ces problèmes?
Quelles actions les experts mènent-ils par rapport à cette maladie?

Durée estimée du texte radiophonique : 15 minutes avec la musique d’intro et de fin.

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ANIMATEUR :
Bonjour chers auditeurs et auditrices, et bienvenue à cette émission radiophonique. Aujourd’hui, nous parlerons des répercussions de la maladie de la mosaïque en Ouganda et des meilleurs moyens de lutte contre celle-ci.

Le manioc est un des aliments de base les plus consommés en Ouganda. En fait, manioc a longtemps rimé avec sécurité alimentaire, au point que les termes « manioc » et « sécurité alimentaire » sont presque utilisés de manière interchangeable.

Le manioc est apparu en Tanzanie à la fin des années 1800 et sa culture a rapidement pris de l’ampleur en Ouganda. Cependant, en 1988, une forme grave de la maladie de la mosaïque du manioc, ou MMM, a décimé le manioc dans plusieurs localités du pays quasiment. En vue de relancer la production, le gouvernement a lancé un programme qui a permis d’accroître avec succès la production du manioc.

Toutefois, la maladie de la mosaïque est réapparue il y a quelque temps sous une forme plus dangereuse, ravageant sur son passage certaines variétés indigènes, sans pour autant épargner les nouvelles variétés. Cette maladie occasionne des pertes annuelles évaluées à 81,7 milliards de shillings ougandais (environ 22,4 millions de dollars américains).

En 2015, l’Institut national de recherche sur les ressources végétales a développé de nouvelles variétés à haut rendement qui résistent mieux à la MMM.

Pour avoir une idée des conséquences de la MMM, nous nous entretiendrons avec des agriculteurs du nord de l’Ouganda, une région qui produit 60 pour cent du manioc du pays. Ils nous expliqueront comment ils luttent contre la MMM, ainsi que les meilleures techniques de gestion de la maladie. Un de ces agriculteurs est Anna Oken, une femme de 45 ans qui réside dans le sous-comté d’Acaba, dans le district d’Oyam.

EFFETS SONORES:

BRUITS PROVENANT D’UNE HABITATION, VOIX D’ENFANTS QUI JOUENT

ANIMATEUR:
Bonjour, madame! J’espère que vous avez suffisamment de temps à nous consacrer pour notre interview.
ANNA OKENG:
Bonjour et merci d’être venu. C’est la saison sèche actuellement, donc je peux me permettre de prendre une petite pause au niveau des travaux champêtres.
ANIMATEUR:
Bienvenue à cette émission. Je suis Denis Ongeng, journaliste au quotidien New Vision. Je suis là pour vous interviewer à propos de la maladie de la mosaïque du manioc. Parlez-nous de votre intérêt pour la culture du manioc.
ANNA OKENG:
Cela fait des années que je cultive du manioc, car il procure une certaine sécurité alimentaire à ma famille. L’espoir nous motive à cultiver plus de manioc.
EFFETS SONORES:
BRUITS DU VENT QUI SOUFFLE, DE CHANTS D’OISEAUX QUI S’AFFAIBLISSENT EN ARRIÈRE-PLAN.
ANIMATEUR :
Je vois que vous avez une nouvelle variété de manioc dans votre champ. Comment vous l’êtes-vous procurée?
ANNA OKENG :
Ça fait la deuxième année que je cultive cette variété. Il s’agit du NASE 14, et je l’ai eu chez un de mes amis. L’an dernier, j’en ai planté sur un demi-hectare, et j’ai gagné plus de 800 000 shillings (environ 220 $US). Mais la saison dernière, mon champ a été attaqué par la maladie de la mosaïque du manioc. Les feuilles des plants étaient difformes. Puis, lorsque j’ai déterré les plants, les tubercules étaient très petits, et ce, même après six mois.

ANIMATEUR:
Comment ripostez-vous contre la MMM?

ANNA OKENG:
Je ne fais pas grand-chose, si ce n’est que déterrer les plants infectés et de les enfouir. Il est difficile de trouver des éléments végétaux sains, car ce village est très infecté par le virus.

ANIMATEUR:
Avez-vous suivi une formation quelconque sur la lutte contre la MMM?
ANNA OKENG:
Non. Mais je serai reconnaissante qu’on m’offre une telle possibilité.
ANIMATEUR:
Avez-vous autre chose à ajouter?
ANNA OKENG:
Si. Comme je l’ai mentionné, il est difficile de trouver des matériaux végétaux résistants aux maladies. La plupart des variétés locales ont disparu et notre seul espoir repose sur les variétés améliorées. Toutefois, nous ne savons pas où en trouver.
ANIMATEUR:
Merci, Mme Anna Oken de nous avoir raconté votre expérience.
(INTERMÈDE) Les nouvelles variétés sont de plus en plus utilisées en Ouganda. Mais certaines variétés introduites plus tôt sont plus vulnérables à la maladie de la mosaïque. Écoutons Ojede Patrick, un agriculteur de 51 ans originaire du village d’Awaka, dans le district d’Oyam. Il a cultivé la variété 192/0067. Bienvenue, Patrick.
OJEDE PATRICK:
Merci. Cela fait quatre ans que je cultive cette variété, communément appelée Omongole. C’est une bonne variété, mais elle pose également certaines difficultés.
ANIMATEUR:
Avant de parler des avantages et des inconvénients, décrivez-moi le procédé que vous suivez de la plantation à la récolte de cette variété.
OJEDE PATRICK:
J’ai cultivé cette variété sur un demi-hectare. J’ai mis en terre 2 000 plants. Si un agriculteur ou une agricultrice veut obtenir de bons tubercules, il est important de désherber. Généralement, il faut commencer à sarcler après trois semaines. Après le troisième sarclage, les plants de manioc seront grands et n’auront plus besoin d’autant de sarclage. Les tubercules seront prêts à être consommés après six mois.
ANIMATEUR:
Pourquoi avoir préféré l’Omongole à la variété locale?
OJEDE PATRICK:
C’est une variété hâtive et cette qualité nous permet de nourrir une famille de cinq enfants. Les recettes des ventes de manioc nous aident également à payer les frais de scolarité de nos enfants.
ANIMATEUR:
Quelles difficultés rencontrez-vous avec cette variété?
OJEDE PATRICK:
La plus grande difficulté que nous avons, c’est la maladie de la mosaïque du manioc. Nous avons subi une grave invasion de MMM. Par conséquent, j’ai perdu 3 000 000 de shillings ougandais (près de 820 $US) à cause du mauvais rendement.
ANIMATEUR:
Quels moyens avez-vous utilisés pour venir à bout de la MMM?
OJEDE PATRICK:
On nous a conseillé seulement de déterrer les plants infectés du champ et de les enfouir, mais ça n’a pas pu réellement régler la situation.
ANIMATEUR:
Merci, Patrick, de nous avoir fait part de votre expérience concernant la lutte contre la MMM.
Notre prochaine agricultrice cultive des variétés locales de manioc. Elle a cultivé la variété locale de manioc appelée Bao sur un hectare de terre. Elle hésitait à planter les nouvelles variétés. Christine Oloi réside à Amuca, dans le district de Lira, à 380 kilomètres de Kampala. Bienvenue, Christine.
CHRISTINE OLOI:
Merci de me donner l’occasion de parler.
ANIMATEUR:
Dites-nous ce que vous savez des variétés locales de manioc.
CHRISTINE OLOI:
J’ai cultivé les variétés locales telles que l’Ajude et l’Olepo pendant longtemps sans trop de problèmes. Elles sont très résistantes aux mauvaises herbes et elles peuvent produire de gros tubercules même lorsqu’elles sont envahies par de mauvaises herbes. Il faut plus d’une année à la variété locale pour parvenir à maturité. Par conséquent, nous devons sarcler longtemps.
ANIMATEUR:
Je vois qu’il y a très peu de plants de manioc dans votre champ. Que s’est-il passé?
CHRISTINE OLOI:
J’ai perdu toute ma production de manioc local. Je me suis procuré les éléments végétaux chez un parent dans un autre district, espérant que cela fonctionnerait pour moi. Mais lorsque j’ai planté le Bao, la majorité des plants a été attaquée par la maladie de la mosaïque du manioc et j’ai perdu jusqu’à 200 000 shillings (environ 55 $US). Il ne m’est resté que quelques tiges.
ANIMATEUR:
Pourquoi être allé dans un autre district pour chercher des matériaux végétaux?
CHRISTINE OLOI:
Il n’est jamais facile de trouver des éléments végétaux locaux exempts de maladie. Les variétés indigènes locales disparaissent parce que la maladie de la mosaïque du manioc en a détruit plusieurs au fil des ans.
ANIMATEUR:
Avez-vous autre chose à ajouter?
CHRISTINE OLOI:
De nombreux agriculteurs ne savent pas comment gérer cette maladie. Cela aurait été bon s’ils disposaient de telles connaissances.
ANIMATEUR:
Merci de nous avoir fait part de votre expérience en matière de lutte contre la MMM. Maintenant, il est temps de rencontrer un spécialiste qui nous expliquera comment lutter contre cette maladie.
EFFETS SONORES:
BRUIT D’UNE PERSONNE PÉDALANT UNE BICYCLETTE TAXI APPELÉE BODA-BODA
ANIMATEUR:
Une bicyclette boda-boda vient juste de me conduire au Zonal Agricultural Research and Development Institute situé à près de 10 kilomètres de la ville de Lira, au nord de l’Ouganda. J’y suis pour rencontrer le directeur de recherche de l’institut, le Dr Turyagyenda Laban Frank.
Bonjour, monsieur. Je suis Denis Ongeng, journaliste à New Vision qui vous a appelé il y a quelques jours.
DR LABAN:
En effet, Denis, soyez le bienvenu.
ANIMATEUR:
J’ai rencontré un certain nombre d’agriculteurs dans les villages et ils s’inquiètent de la maladie de la mosaïque du manioc. Quel est le degré de gravité de cette maladie?
DR LABAN:
La maladie de la mosaïque a été maîtrisée en Ouganda en 2006, mais elle demeure un énorme problème pour les agriculteurs, surtout en ce qui concerne les variétés locales de manioc. Elle peut causer une baisse les récoltes, et ce, jusqu’à 50 pour cent au moins.
ANIMATEUR:
En quoi nuit-elle à la plante?
DR LABAN:
Les plantes rabougrissent et se détériorent en général. Plus les symptômes sont graves, plus les rendements sont faibles. La maladie est transmise par des mouches blanches qui attaquent seulement les feuilles et les plissent en plus de les déformer. Cela empêche la photosynthèse, ce qui signifie que les feuilles ne peuvent pas fournir suffisamment de nutriments à la plante. Par conséquent, le rendement baisse. La majorité des variétés locales sont déjà atteintes la MMM.
ANIMATEUR:
Que peuvent faire les agriculteurs pour maîtriser la MMM?
DR LABAN:
La MMM est une infection virale. Il y a deux principales actions que les agriculteurs peuvent mener. La première consiste à s’assurer que leurs sources d’approvisionnement en boutures de manioc sont bonnes et qu’elles n’ont jamais connu de problème de maladie. Lorsque vous plantez du matériel végétal infecté, les plants seront malades.

Deuxièmement, les agriculteurs doivent utiliser des variétés qui résistent à la MMM. L’Organisation nationale de la recherche a développé plusieurs variétés résistantes au fil des ans, dont le NASE 1, le NASE 2, le NASE 3, et bien d’autres. Récemment, le NAROCAS 1 et le NAROCAS 2 ont fait leur apparition. Ces variétés résistent à la MMM, ont de meilleurs rendements et parviennent rapidement à maturité.

ANIMATEUR:
Existe-t-il d’autres moyens qui sont conseillés pour maîtriser la MMM?
DR LABAN:
Les agriculteurs doivent éviter de cultiver différentes variétés dans le même champ. Certaines variétés sont plus vulnérables aux ravageurs et aux maladies que d’autres, et la maladie peut se propager à partir des variétés vulnérables. Si vous disposez de suffisamment de terre et devez cultiver une autre variété, celle-ci doit être plantée à environ 500 mètres de la première variété.

Extirpez les plants malades des champs de manioc et détruisez-les. Plantez uniquement des tiges de manioc approuvées par les spécialistes et distribuées par des fournisseurs d’intrants agricoles homologués. Il est également conseillé d’alterner le manioc avec des cultures comme le maïs, les arachides et le niébé parce que la maladie ou les mouches blanches ne s’attaquent pas à elles. Ainsi, cela réduit la charge créée par la maladie. De plus, ne plantez que les variétés approuvées par le ministère de l’Agriculture. Celles-ci sont généralement disponibles chez les fournisseurs d’intrants agricoles homologués. Peut-être qu’il existe d’autres sources disposant d’un certificat d’inspection du ministère, mais elles sont très rares en Ouganda.

ANIMATEUR:
Certains agriculteurs disent que les nouvelles variétés ne sont pas faciles à trouver. Comment peuvent-ils avoir accès à ça?
DR LABAN:
Les variétés sont disponibles à notre station de recherche, ainsi qu’au marché, mais la quantité est insuffisante pour le nombre d’agriculteurs qu’il y a. Pour pallier cette insuffisance, nous travaillons avec l’Organisation nationale de la recherche agricole en vue de lancer un gros projet de distribution de nouvelles variétés dans les villages. Le manioc est une des cinq denrées dont nous ferons la promotion dans le cadre de ce projet. Nous espérons que d’ici la fin du projet, dans 18 mois, plusieurs agriculteurs pourront se procurer ces nouvelles variétés. Vous pouvez trouver les nouvelles variétés chez les producteurs de semences ayant reçu des matériaux végétaux certifiés, approuvés par le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et des Ressources halieutiques.
ANIMATEUR:
Merci, Dr Laban.
Nos auditeurs et auditrices savent désormais que la maladie de la mosaïque du manioc peut être combattue par la plantation de matériaux végétaux sains, l’extirpation et l’enfouissement des plants touchés, ainsi que par l’utilisation de variétés résistantes à la MMM. Même si les variétés indigènes ne sont pas déconseillées, il est recommandé aux agriculteurs d’exploiter les avantages que procurent les nouvelles variétés.

J’espère que vous passez un formidable moment en écoutant cette émission. Continuez à cultiver le manioc et soyez encore à l’écoute la prochaine fois. Merci.

Acknowledgements

Rédaction : Denis Ongeng, journaliste, quotidien New Vision
Révision : Kawooya Ronald, agent de recherches, agronome, Organisation nationale pour la recherche agricole (NARO), Rwebitaba Zone Agricultural Research and Development Institute

Information Sources

Interviews :
Anna Okeng, interviewée le 27 décembre 2016
Oloi Christine, interviewée le 29 décembre 2016
Dr Laban, interviewé le 4 janvier 2017

Le présent texte radiophonique a été produit avec le soutien de CABI Plantwise par l’entremise de Farm Radio Trust.

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