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Script 105.2

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Au Ghana, la culture du niébé occupe plus d’hectares que toute autre légumineuse, et c’est la deuxième légumineuse en termes de rendement. Cette denrée est une source de protéines importante et abordable pour les familles rurales et urbaines. En effet, le niébé est souvent considéré comme « la viande du pauvre » en raison de sa teneur très élevée en protéines. Le rendement potentiel du niébé avoisine 1,5 tonne par hectare, mais le rendement habituel enregistré au Ghana et dans les autres pays ouest-africains est inférieur à 500 kilogrammes par hectare.

Le niébé tolère l’ombre et peut, par conséquent, être cultivé en association avec le maïs, le mil, le sorgho et d’autres cultures. Cela explique le rôle important que joue le niébé dans les systèmes de cultures intercalaires traditionnels, surtout dans les zones arides de la savane. Dans ces régions, les tiges séchées du niébé constituent un aliment important pour le bétail.

Le niébé procure aux familles rurales de la nourriture, des aliments pour leurs animaux et de l’argent. Au nombre des produits transformés figurent la farine, les ‘gâteaux’ de niébé, les accras et les beignets de niébé. On retrouve ces produits sur les marchés des villages.

Dans le présent feuilleton radiophonique, deux agriculteurs vivent avec leurs familles dans la bourgade de Yenkyi. Ces deux familles entretiennent des liens d’amitié très étroits et se consultent par rapport à leurs exploitations agricoles et tous les autres aspects de leurs vies. C’est ainsi qu’elles ont décidé d’étendre leurs exploitations en cultivant des céréales en association avec le niébé.

Vous pourriez proposer ce feuilleton dans le cadre de votre émission agricole ordinaire, en faisant jouer le rôle des intervenants par des comédiens et des comédiennes de doublage. Si tel est le cas, assurez-vous d’informer votre auditoire au début de l’émission qu’il s’agit des voix de comédiens de doublage.

Vous pourriez également vous servir de ce texte comme document de recherche ou vous en inspirer pour réaliser vos propres émissions sur la culture du niébé ou d’autres thèmes similaires dans votre pays.

Entretenez-vous avec des agriculteurs, des agricultrices et des experts qui cultivent le niébé ou qui possèdent de solides connaissances sur cette culture. Vous pourriez leur poser les questions suivantes :

La culture intercalaire du niébé avec les céréales ou d’autres cultures est-elle courante dans votre région? Si oui, de quelles cultures s’agit-il? Et quels sont les résultats en termes de rendement, de revenu et de moyens de subsistance?

Quelles difficultés les agriculteurs et les agricultrices rencontrent-ils au niveau de la culture intercalaire du niébé avec d’autres cultures? Certains agriculteurs ont-ils trouvé des solutions à ces problèmes, dont ils pourraient parler dans votre émission? Que pensent les agents de vulgarisation agricole et d’autres experts de ces difficultés?

Durée estimative du texte radiophonique : 20 minutes, avec la musique de générique de début et de fin.

Script

PERSONNAGES

ABU: homme de 45 ans qui cultive du niébé et qui est une personne déterminée. Il a le sens de l’humour et est marié à Sarah

MUSA: homme de 47 ans qui cultive du niébé et est marié à Lydia. Il est timide, généralement réservé et modeste, contrairement à son ami Abu

SARAH: femme de 32 ans, mariée à Abu

LYDIA: femme de 30 ans, mariée à Musa

CHEF: homme de 60 ans et chef de la bourgade de Yenkyi

M. OPPONG: homme de 40 ans et agent de vulgarisation agricole de la bourgade

VILLAGEOIS: villageois 1 et 2 représentant les membres de la communauté de Yenkyi

NARRATEUR: celui qui raconte la pièce. Il transmet des renseignements essentiels sur la culture intercalaire du niébé avec les céréales.

NARRATEUR:
Bonjour. Je m’appelle Abdul, et vous pouvez m’appeler Ab le conteur.

Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire intéressante intitulée «Amitié et agriculture». Il y avait deux agriculteurs qui vivaient à Yenkyi une petite bourgade. Comme l’indique le titre, ils étaient de très bons amis, si proches que leurs femmes et leurs enfants entretenaient les mêmes liens d’amitié, au point que les deux familles se considéraient comme une seule famille.

Ils exercent également le même métier. L’agriculture était leur seul moyen de subsistance, et ils aimaient s’entraider dans leur champ respectif.

La culture du niébé était la principale occupation de leur bourgade, et les habitants ne pratiquaient que celle-ci. Personne n’osait cultiver d’autres denrées, car il en avait toujours été ainsi, et les gens n’aimaient pas le changement. Ils croyaient que leur sol était uniquement bon pour le niébé, et qu’aucune autre culture ne pouvait survivre sur leurs terres.

Les choses se passèrent ainsi jusqu’au jour où Abu décida qu’il en serait autrement. Il décida de cultiver des céréales en association avec le niébé, après avoir entendu à la radio que cela était possible. Il a même appris qu’il y avait des avantages à cultiver le niébé en association avec les céréales. Pourquoi ne pas essayer, se dit-il?

Maintenant, voyons comment il s’en sort avec sa décision. Réussira-t-il à changer la perception des habitants de la bourgade par rapport à l’agriculture?

Suivons-le pendant qu’il entreprend quelque chose de nouveau, et tirons des enseignements de ses réussites, ses échecs, ses limites et ses forces. Nous allons également prêter attention à son ami intime qui vient également prendre de ses nouvelles!

SCÈNE 1

DÉCOR: DOMICILE D’ABU

PERSONNAGES: MUSA, ABU

EFFETS SONORES:
GAZOUILLIS D’OISEAUX

MUSA:
Abu, tu dors encore? Ne vas-tu pas au champ aujourd’hui?

ABU:
J’irai, mais je me suis réveillé en retard.

MUSA:
Toi, dormir!

ABU:
Ce n’est pas de ma faute: ma femme est une tigresse la nuit! Oh là la, comme elle m’éreinte! (GLOUSSEMENTS)

MUSA:
Hahahaha … Tu vas toujours m’amuser. Cependant, garde tes histoires de chambre pour toi.

ABU:
Voyez qui veut jouer au pudique! N’oublie pas que je te connais comme ma poche.

MUSA:
Arrête de te vanter. Personne ne me connaît mieux que ma femme. Et tais-toi, car les enfants ne sont pas loin.

ABU:
Bien, c’était juste soi-disant en passant.

(PAUSE) Je pensais étendre mon champ. J’aimerais cultiver des céréales en association avec le niébé cette saison et j’ai besoin de conseils par rapport à ce que je dois faire. J’ai entendu à la radio que c’est possible.

MUSA:
Ah, mais pourquoi changer soudainement d’avis? Nous sommes des cultivateurs de niébé, toi, moi, ainsi que tous les agriculteurs et les agricultrices de cette bourgade. Tu ne peux pas cultiver de céréales. Elles ne résisteront pas à cette longue sécheresse.

ABU:
Ils y parviendront, mais seulement si je cultive mon niébé en association avec des céréales. Cela a de bons avantages. J’ai appris aussi que la céréale a de meilleures chances de résister à une longue sécheresse si on la cultive avec le niébé.

MUSA:
Humm … d’accord. Mais tu ne diras pas que je ne t’avais pas averti. Je préfère cultiver mon niébé comme d’habitude, mais je penserai à ta proposition plus tard.

ABU:
Qui t’a parlé de proposition? Je t’informais seulement de ma décision.

MUSA:
(RIRES) Tu ne changeras jamais. Je vais prendre congé maintenant.

SCÈNE 2

NARRATEUR:
Donc, Abu a décidé de cultiver du niébé avec des céréales. Et il ne bluffait pas. En effet, il a courageusement semé du niébé et du mil!

Mais avant de semer, il avait entendu dans une émission radiophonique que les variétés de niébé étaient nombreuses au Ghana. Il a choisi les variétés rampantes, car elles se prêtent mieux à la culture intercalaire, alors que les variétés dressées et semi-dressées se prêtent mieux à la monoculture.

Abu a fait beaucoup de progrès, même si chacun des agriculteurs de sa communauté s’attendait à ce qu’il échoue. Bien au contraire, Sarah, sa femme, était très ravie par le courage de son mari et n’avait de cesse de s’en vanter. Après tout, son mari était le premier agriculteur de la bourgade à avoir cessé de cultiver le niébé uniquement. Elle est convaincue que cette récolte leur rapportera beaucoup d’argent et est pressée de s’acheter une nouvelle paire de chaussures. Sarah rend visite à Lydia, la femme de Musa, et elles parlent de leurs époux.

DÉCOR: DOMICILE DE LYDIA

PERSONNAGES: SARAH, LYDIA, MUSA

SARAH:
Lydia, Lydia, tu es là?

LYDIA:
Si. Entre, Sarah. Je suis en train de préparer le plat préféré de mes enfants.

SARAH:
Tu prépares toujours du mpotompoto pour tes enfants? Je pensais qu’ils étaient devenus trop grands pour ça.

LYDIA:
C’est très drôle. On est jamais trop grand pour manger du mpotompoto! (Note de la rédaction: le mpotompoto est un plat ghanéen qui consiste en un mélange de soupe et de tubercule tel que l’igname, le taro, la patate douce, etc.). C’est toujours un délice pour la famille et tu sais que la vitamine A est importante pour tout le monde. La patate douce à chair orange est efficace.

SARAH:
Tant mieux pour toi, ma chère. En fait, je suis venue t’informer du succès qu’a obtenu mon mari avec le champ qu’il avait l’intention d’agrandir.

LYDIA:
Tu veux dire qu’il a finalement cultivé le niébé avec des céréales?

SARAH:
Exactement!

LYDIA:
Et ça a fonctionné?

SARAH:
Bien sûr que cela a fonctionné. Nous avons survécu à la sécheresse jusqu’à présent, et nous aurons une récolte abondante rapidement.

LYDIA:
Ouah, c’est courageux de sa part. J’ai toujours pensé qu’on pouvait cultiver beaucoup plus que le niébé … seulement j’ai l’impression que mon mari a peur du changement.

MUSA:
Qui craint le changement? Moi? Pas du tout. Je suis seulement prudent. Je sais à quel point cela peut être tragique de perdre vos cultures en prenant des décisions irréfléchies. Mais je vais m’inspirer de ton mari et tester quelque chose de différent la saison prochaine.

SARAH:
Copieur! Alors, qu’as-tu l’intention de faire? Copier mon mari? (RIRES)

MUSA:
Je ne suis pas un copieur. Je ne fais que suivre son exemple. Je préférais plutôt qu’il me devance afin que je puisse apprendre de ses erreurs. Je ne peux me permettre aucune perte cette saison: je dois payer mon loyer et j’ai besoin de l’argent de mon champ de niébé pour le payer.

LYDIA:
D’accord, ça suffit! J’ai suffisamment entendu de vos blablas! Ma spécialité gastronomique est prête!

SARAH:
Ouais!

MUSA:
Oui, j’ai faim.

Mais, parlons plus sérieusement, Sarah, est-il vrai qu’on n’a pas besoin d’épandre de l’engrais lorsqu’on cultive des céréales en association avec le niébé? J’ai entendu dire que le niébé était déjà riche en azote. Sais-tu si ton mari a épandu de l’engrais sur le sol?

SARAH:
(L’AIR SONGEUR) Humm, je ne peux pas te donner de réponse exacte, mais tu pourras poser la question à mon mari plus tard. Tout ce que je sais, c’est que nous avons économisé l’argent qui devait servir à l’achat des engrais, et l’avons donné à notre fille.

MUSA:
De quelle somme s’agit-il?

SARAH:
Musa, arrête de m’interroger. Ce que je sais, c’est que ce montant a suffi à payer les serviettes hygiéniques de ma fille pour un mois. Mais nous avons tout de même dû acheter de l’engrais … oui … du phosphore, nous en avons acheté plus. Mon mari dit que le phosphore aide le niébé à fixer son propre azote. Il est convaincu que cela augmentera le rendement. J’ai hâte de voir la récolte.

MUSA:
Wow, c’est une bonne nouvelle. Les engrais coûtent cher de nos jours.

SARAH:
C’est vrai. Mais assez parlé de choses sérieuses. Je me délecte de ce plat (EXALE DE SATISFACTION). Lydia, je ne partirais pas d’ici sans prendre un peu de ce délicieux mpotompoto pour mon mari.

TOUS:
ÉCLATS DE RIRE

SCÈNE 3

NARRATEUR:
Musa a effectué toutes ses enquêtes sur la nouvelle pratique agricole d’Abu. L’agent de vulgarisation agricole lui a dit qu’Abu n’avait pas à utiliser beaucoup d’engrais, car, lorsqu’on cultive le niébé en association avec une céréale, celui-ci transfère une partie de son azote à la céréale, permettant ainsi à cette dernière d’être robuste et de produire plus.

Il a également appris qu’il devait semer la deuxième culture de niébé tout de suite après avoir récolté la première. L’agent de vulgarisation agricole lui a dit qu’après chaque quatre rangées de niébé, il doit semer deux rangées de céréales. Cet espacement permet aux deux plantes de bien pousser et d’atténuer la rivalité entre les deux pour avoir les rayons de soleil, l’eau et les éléments nutritifs du sol.

Musa a été encore plus fasciné par le fait que les céréales sont plus susceptibles de résister aux calamités comme les sécheresses, les organismes nuisibles et les maladies lorsqu’elles sont cultivées en association avec le niébé. À ce moment, Musa a su qu’il était plus que prêt pour suivre les pas de son ami. Mais c’est la récolte phénoménale d’Abu qui a réellement motivé sa décision finale.

DÉCOR: CHAMP DE MUSA

PERSONNAGES: ABEL, MUSA

EFFETS SONORES:
GAZOUILLIS D’OISEAUX, BRUITS DE HOUES

ABEL:
Papa, pourquoi traces-tu des lignes?

MUSA:
Abu a fait l’erreur de semer à la volée. Je l’ai aidé à récolter ses cultures, et nous avons eu beaucoup de difficultés. Nous avons récolté un mélange de mil et de niébé, mais c’était totalement mélangé, et il nous a été difficile de les séparer.

ABEL:
Oh, donc cela explique pourquoi tous ses produits ont fini par devenir du Winnie mix. (RIRES) (Note de la rédaction: «Winnie mix» est un mélange en poudre de céréales, de légumineuses ou de grains qu’on considère généralement comme un aliment pour bébé au Ghana.)

MUSA:
Ce n’était pas aussi mauvais. Il a eu un peu d’argent, mais je ne veux pas faire la même erreur que lui.

ABEL:
Alors, qu’allons-nous faire?

MUSA:
Nous allons semer en lignes, comme nous l’a recommandé l’agent de vulgarisation agricole. Quatre rangées de niébé, puis deux rangées de sorgho.

ABEL:
D’accord, cela a du sens. Donc, tu es en train de dire que le semis en ligne est la meilleure méthode à utiliser lorsqu’on cultive le niébé en association avec des céréales.

MUSA:
C’est la meilleure technique à utiliser pour cultiver une quelconque denrée, et ce, qu’il s’agisse de la culture intercalaire ou la monoculture. Cela facilite l’épandage d’engrais.

Attends, ne commence pas à semer pour le moment. Tiens … tâte le sol. L’agent de vulgarisation agricole m’a dit que la culture intercalaire du niébé avec d’autres cultures pouvait nuire au rendement de la céréale lorsque le sol était sous stress.

ABEL:
(GAIEMENT) Oh, c’est une bonne chose que notre sol soit frais et humide. Mais pourquoi ne semons-nous pas le niébé aujourd’hui?

MUSA:
Bien, M. Oppong dit que, lorsqu’on cultive le sorgho en association avec le niébé, on doit semer le niébé trois semaines après avoir semé le sorgho.

Heureusement, notre sol est suffisamment humide pour permettre à notre céréale de bien produire. On doit également se rappeler que nous devons revenir dans deux semaines pour sarcler le champ. Nous devons empêcher les mauvaises herbes de pousser.

ABEL:
(APPLAUDISSEMENTS) Cela me paraît vraiment bien. Je ne veux pas que mes frais de scolarité soient payés en retard au prochain trimestre.

MUSA:
Quel retard? Ah, accorde-moi du crédit.

Souviens-toi que nous ne récolterons pas le niébé et la céréale en même temps. C’est la raison pour laquelle la distance entre les plants de niébé et de la céréale a une largeur d’un bras de plus que l’espace entre les lignes de niébé. De cette façon, nous n’endommagerons pas les plants de céréales durant la récolte du niébé, et vice versa.

ABEL:
D’accord, papa, mais tu sais que …

MUSA:
(L’INTERROMPANT) Mets-toi au travail. Tu bavardes trop. Tu comprendras mes difficultés financières lorsque tu seras suffisamment vieux pour être à ma place.

EFFETS SONORES:
GROMMELLEMENTS D’ABEL

SCÈNE 4

NARRATEUR:
La deuxième récolte d’Abu et la première récolte de Musa ont été abondantes. Ils ont semé leurs cultures dès le début des pluies, ce qui a empêché les graines d’être trempées par les eaux de pluie. En procédant aux semis au début des pluies, les agriculteurs se sont ainsi assuré que les cultures parviendraient à maturité et qu’elles auraient assez de temps pour bien sécher. Abu a semé son mil presque en même temps que son niébé, tandis que Musa a semé son niébé trois semaines après avoir semé son sorgho. M. Oppong leur a également appris qu’il fallait cultiver le maïs en association avec le niébé le même jour.

Les deux agriculteurs sont enthousiastes, car un acheteur de la ville veut acheter toute leur récolte pour une usine d’Accra. Une fête se déroule dans la bourgade.

Les habitants de la bourgade craignaient que les récoltes de niébé diminuent avec la culture intercalaire. Mais leurs craintes se sont évanouies lorsqu’ils ont su qu’une bonne gestion faisait en sorte que les rendements de culture ne diminuent pas.

Ils ont également appris que les deux cultures profitaient l’une à l’autre. Le niébé transfert son azote au sorgho et accroît son rendement. Et le sorgho ne nuit pas à la production du niébé. Lorsqu’on les cultive en association, les récoltes des deux cultures seront probablement plus importantes que si les agriculteurs cultivaient les deux séparément.

Tout le monde se réjouit des deux agriculteurs audacieux et du succès qu’ils ont eu. Les habitants de la bourgade sont réunis au palais du chef pour célébrer et s’instruire auprès des deux agriculteurs.

DÉCOR: PALAIS DU CHEF

PERSONNAGES: CHEF, ABEL, M. OPPONG, VILLAGEOIS 1 & 2

EFFETS SONORES:
MUSIQUE DE FOND

CHEF:
Nous sommes réunis ici pour célébrer la réussite de nos agriculteurs Abu et Musa, qui non seulement ont réussi à briser le mauvais sort qui selon nous était lié à la culture intercalaire, mais ont également saisi une grande occasion de gagner de l’argent. Cela nous a ouvert à tous une grande porte.

EFFETS SONORES:
APPLAUDISSEMENTS

CHEF:
Abu s’est arrangé pour cultiver du niébé et du mil tandis que Musa a cultivé du niébé et du sorgho. Ils ont eu une abondante récolte et nous sommes ici aujourd’hui pour encourager tous les agriculteurs et agricultrices de cette bourgade à tester quelque chose de différent.

VILLAGEOIS 1:
Je vous prie de bien vouloir m’excuser, Nana (Note de la rédaction: ‘Nana’ est le titre traditionnel par lequel on désigne les chefs au Ghana). Êtes-vous en train de dire qu’il est préférable de cultiver le niébé en association avec d’autres céréales plutôt que seul?

CHEF:
Pas du tout. Je suis en train de vous suggérer à tous d’adopter le changement. Vous savez tous que la culture intercalaire était un tabou dans cette communauté parce nous ne parvenions pas à appliquer avec succès cette technique dans nos champs. Aujourd’hui, ils nous ont démontré que nous avions tort, et nous devons tirer des enseignements de leur bravoure.

ABU:
Merci. Je suis très honoré par ce geste aimable, mon chef et vous tous présents ici. Je dois avouer que le parcours n’a pas été facile pour moi. Ma première récolte n’a pas été bonne, mais je n’ai pas baissé les bras. Au contraire, j’ai demandé de l’aide à M. Oppong, notre agent de vulgarisation agricole.

Il m’a expliqué que je devais semer en lignes et que l’espacement devait être suffisamment grand pour m’éviter d’endommager mes plantes durant la récolte. Le niébé a différents stades de maturation et certaines de mes plantes devront être récoltées plus tôt que d’autres. Alors, le fait de bien les espacer m’évite de perdre des récoltes.

VILLAGEOIS 2:
Pourquoi devons-nous semer en ligne? Cela constitue beaucoup trop de travail. J’ai toujours semé mes graines à la volée et cette technique me convient.

ABU:
Il est important de semer en ligne, car cela vous permet de bien gérer vos cultures. Vous savez exactement où vous avez semé votre niébé et où vous avez semé vos céréales. Cela vous aide à épandre l’engrais plus facilement, rend beaucoup plus aisée la pulvérisation du champ, en plus de faciliter davantage la lutte contre les mauvaises herbes.

M. OPPONG:
C’est exact. Vous devez vous assurer de contrôler votre champ régulièrement pour voir si la population d’organismes nuisibles n’a pas augmenté. Faites de votre mieux pour isoler tout coléoptère que vous trouverez avec la main. Je vous conseille de porter des gants parce que certains coléoptères produisent un liquide qui brûle la peau.

VILLAGEOIS 2:
Wow, tout ça doit être beaucoup de travail?

M. OPPONG:
Hahaha—Vous pouvez également pulvériser votre champ avec un produit à base d’extrait de graines de neem ou même répandre de la cendre là-dessus. Ces techniques sont efficaces aussi. Surtout, semez les graines de variétés qui résistent aux organismes nuisibles et aux maladies. Cette méthode est très fiable. Ces pratiques vous aideront à réduire les insectes ravageurs tels que le maruca vitrata et les insectes suceurs de cosses qui attaquent le niébé. Toutefois, si toutes ces méthodes échouent, alors vous pouvez envisager de pulvériser des insecticides pour augmenter la récolte.

La lutte contre les insectes vous aidera à accroître vos récoltes de niébé, et les céréales échapperont également à ces insectes.

Faites de votre mieux pour désherber votre champ deux semaines après les semis. Cela évitera que les mauvaises herbes poussent et rivalisent avec à vos cultures pour la lumière, l’eau et les éléments nutritifs du sol, parce que cela peut réduire considérablement vos rendements.

VILLAGEOIS 2:
Pourquoi deux semaines? Je pensais qu’on devait sarcler seulement quatre semaines après les semis.

M. OPPONG:
Je vous conseille de désherber après deux semaines, car les mauvaises herbes nuisent surtout au niébé durant les premiers stades. Il est préférable d’effectuer le sarclage au plus tard à la fin de la sixième semaine. Après ça, les plants de niébé recouvrent le sol, ce qui empêche les mauvaises herbes de pousser. Nous avons remarqué dans le champ de Musa que le sorgho avait bien poussé parce que le niébé avait fixé l’azote dans le sol. Mais cela n’a pas nui au rendement de son niébé, et comme il a laissé un espace de la longueur d’un bras entre ses cultures, il a pu contrôler la croissance des plants sans aucun problème.

CHEF:
Wow, tout ceci est très révélateur. Musa, peux-tu nous en dire plus?

ABU :
(PAUSE, PUIS SE RACLANT LA GORGE) Comme vous le savez tous, Musa est timide, mais je vais parler pour lui. (RIRES DE LA FOULE) Même si nous avons travaillé avec deux céréales différentes, nous avons utilisé presque les mêmes méthodes.

Nous avons tous les deux décidé d’aller demander de l’aide à M. Oppong et il nous a menés à la victoire. Vos récoltes ne diminueront pas tout simplement parce que vous pratiquez la culture intercalaire. Vous pouvez compenser la rivalité entre les deux plantes grâce à une bonne gestion agricole. Si vous gérez bien les deux plantes, les résultats seront gratifiants. Assurez-vous de bien connaître la céréale que vous voulez cultiver, que ce soit le maïs, le sorgho ou le mil. Cela vous permettra d’équilibrer la récolte que vous obtiendrez des deux cultures.

EFFETS SONORES:
applaudissements de la foule

CHEF:
Nous avons été éclairés. J’implore chaque agriculteur et agricultrice ici présents à aller voir M. Oppong pour avoir plus d’informations et des réponses à vos questions. Écoutons maintenant les joueurs de tambours et que la fête continue.

EFFETS SONORES:
applaudissements, rires et cris de la foule

Acknowledgements

Rédaction : Abena Dansoa Danso, Radios Rurales Internationales, bureau du Ghana.

Révision : Prof. Samuel Adjei-Nsiah, Institut international d’agriculture tropicale, Tamale, Ghana

 

 

Information Sources

Savannah Agriculture Research Institute (SARI), 2012. Production Guide on Cowpea. (Guide de production du niébé) https://csirsavannah.wordpress.com/2012/12/04/production-guide-on-cowpea-vigna-unguiculata-l-walp/

SARI, non daté. Guide de production du niébé (fichier PDF, non disponible en ligne)

Interviews :

Danley Colecraft Aidoo, assistant de recherche au cycle supérieur, Université du Ghana, Legon, mai et juin 2016

Fitatalu Abdul (femme), Edjura, Ghana, membre de Freedom Farmer. Elle cultive le maïs et le niébé. Mai 2016

Hawa Bawani, Edjura, Ghana, agricultrice d’exploitation familiale et membre du Christian Farmers. Elle cultive le niébé, le maïs et les arachides. Mai 2016.

Salifu Zongo, Edjura, Ghana, agriculteur d’exploitation familiale et membre du Mayeden Farmers. Il cultive le riz, le niébé et le maïs. Mais 2016.

Abdul Rahman, Edjura, Ghana, agriculteur d’exploitation familiale et membre du Nokwadie Farmers. Il cultive le niébé, le maïs, le riz et le mil. Juin 2016.

 

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