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Au Mali, environ 70 % des populations vivent en milieu rural et dépendent de la culture de denrées, l’élevage de bétail et la pêche. L’élevage des poules fait partie de leur quotidien. Ces volailles se reproduisent vite, sont faciles à nourrir et ils rapportent des bénéfices. Les poules constituent une « banque ambulante » pour les villageois du Mali. L’argent de la vente des volailles leur permet de faire face aux dépenses occasionnelles de la famille.

Dans le cercle de Bougouni, l’aviculture est devenue l’activité principale des jeunes. Ces jeunes ont décidé de rester dans les villages parce que la vente des poules leur rapporte des revenus considérables qui leur permettent de subvenir aux principaux besoins de leurs familles.

C’est le cas de Soumaïla Diakité, un jeune de 28 ans qui, après avoir passé deux ans en ville a décidé de repartir au village pour élever des poules. Mais, comme la plupart des aviculteurs de la région, il a été confronté à la maladie de Newcastle. Cette maladie a un impact considérable sur les aviculteurs et les avicultrices, et ce, malgré les efforts consentis par le gouvernement et les ONG locales. La maladie de Newcastle est certes incurable, mais il existe un vaccin qui peut la prévenir. Le problème est en partie dû au fait que les paysans préfèrent s’occuper eux-mêmes de leurs poules plutôt que de demander de l’aide aux rares vétérinaires de la localité.

Dans ce texte, nous rendons visite à un jeune aviculteur dans un village du cercle de Bougouni, à 160 kilomètres de la capitale du Mali, Bamako. Le jour de notre visite, un technicien vétérinaire vaccine les poules de l’aviculteur contre la maladie de Newcastle qui a ravagé son troupeau l’année précédente.

Moussa Koné est le technicien-vétérinaire et aussi le responsable de l’élevage du cercle de Bougouni. Il vaccine et soigne par ailleurs les poules des villages voisins de Bougouni, et il donne des conseils aux aviculteurs et aux avicultrices sur la prévention des maladies de la volaille, en général, et celle du Newcastle en particulier, qu’il appelle « la maladie aviaire la plus dangereuse ». Dans ce texte radiophonique, il donne des conseils au jeune aviculteur qui avait demandé son aide pour sauver ses poules.

Vous pourriez décider de présenter le présent texte radiophonique dans le cadre de votre émission courante, en vous servant de comédiennes et de comédiens de doublage pour représenter les intervenantes et les intervenants. Si tel est le cas, assurez-vous d’informer votre auditoire au début de l’émission qu’il s’agit des voix desdits comédiens, et non celles des personnes avec lesquelles les entrevues originales ont été réalisées.

Vous pourriez vous servir de ce texte radiophonique comme document de recherche ou vous en inspirer pour réaliser votre propre émission sur les maladies des poules ou des thèmes similaires dans votre pays.

Entretenez-vous avec des aviculteurs, des avicultrices et des experts qui élèvent des poules ou qui connaissent très bien ces volailles. Vous pourriez leur poser les questions suivantes :

  • Les ménages de votre région élèvent-ils des poules?
  • Les aviculteurs et les avicultrices pratiquent-ils l’élevage en plein air ou confinent-ils leurs volatiles pendant une partie ou toute la durée de leur vie ?
  • Quels sont les principales maladies de poules qui posent problème dans votre région? Quelles solutions les aviculteurs et d’autres experts ont-ils trouvées à ces problèmes?

Outre les entretiens directs que vous aurez eus avec les aviculteurs et d’autres acteurs clés du secteur local agricole, vous pourriez vous inspirer de ces questions pour réaliser une tribune téléphonique ou une émission où les auditrices et les auditeurs peuvent envoyer des messages-textes.

Durée estimée de cet élément : 15-20 minutes avec musique d’intro et de sortie

Script

PERSONNAGES:

MARIAM KONÉ:
journaliste au journal L’Annonceur

SOUMAÏLA DIAKITÉ:
aviculteur au village de Flaboula

MOUSSA KONÉ:
technicien vétérinaire

 

MARIAM KONÉ :
Chers auditrices et auditeurs, bonsoir. Une fois encore, nous vous disons merci d’avoir choisi la Radio « La voix des paysans ». Bienvenue à « Développement rural », notre émission hebdomadaire. Aujourd’hui, nous vous proposons l’histoire d’un jeune aviculteur confronté à la maladie de Newcastle.

Je m’appelle MARIAM KONÉ et je suis journaliste à L’Annonceur, un journal entièrement dirigé par des femmes. Je vais vous conduire au village de Flaboula dans le cercle de Bougouni, à 160 kilomètres de Bamako. Dans cette émission, nous découvrons comment l’aviculteur SOUMAïLA DIAKITÉ a sauvé ses poules de la maladie de Newcastle, grâce aux conseils d’un technicien vétérinaire. Suite à une épidémie survenue dans sa ferme, le jeune aviculteur n’a pas baissé les bras, mais il a amené des nouvelles poules dans son poulailler. Cette fois-ci, il a décidé de faire appel à un technicien vétérinaire. Le technicien lui donne des conseils et vaccine ses poules. Écoutons l’histoire de l’aviculteur.

EFFETS SONORES:
BRUITS PROVENANT DE LA FERME PENDANT QUELQUES SECONDES, PUIS SONT COUVERTS PAR LES VOIX DES INTERVENANTS

MARIAM KONÉ :
Il est 12 h 30, et nous nous trouvons sur la ferme de SOUMAïLA DIAKITÉ. L’exploitation est située dans une zone boisée derrière le village. M. Diakité a défriché une partie du boisé pour y construire un impressionnant « château » en banco et en feuillage. Un arbre de karité se tient au beau milieu de la cour, et des poules, des pintades et quelques rares dindes s’y sont réfugiés pour se protéger d’un soleil de plomb. Mon guide et moi avons parcouru neuf kilomètres sous ce soleil pour interviewer le jeune aviculteur dans sa ferme avicole.

Le bruit de notre moto a réveillé les volailles qui se dispersèrent dans une cour bien sarclée. À l’extrémité de la cour se trouvent deux poulaillers recouverts de toits en paille ainsi que des tas de grains de maïs, de sorgho et de petits mil concassés, mélangés à du son de céréales. Au cours des minutes suivantes les poules et les pintades ont dispersé les céréales broyées à la recherche des grains.

La cour du jeune aviculteur est entourée d’un champ de maïs. Un homme grand de taille, habillé d’un pantalon gris et d’un T-shirt rouge troué, sort du champ. C’est SOUMAïLA DIAKITÉ. Il est marié, père de trois enfants, malgré son jeune âge. Il se dirige vers nous en souriant et dépose par terre les épis de maïs qu’il vient juste de cueillir. Il salue mon accompagnateur avant de me serrer la main avec courtoisie.

EFFETS SONORES:
DES CRIS D’OISEAUX SAUVAGES ET DE POULES SE MÊLENT À NOTRE CONVERSATION

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Bonjour madame. J’espère que le voyage ne vous a pas trop fatiguée. En cette période de l’année, nos routes sont presque impraticables.

MARIAM KONÉ :
Bonjour Soumaïla. Ça va, merci. Je suis MARIAM KONÉ du journal L’Annonceur. Je suis venue ici pour m’entretenir avec vous de la maladie de Newcastle. J’ai choisi votre ferme parce que selon les informations que j’ai eu dans le village, vous êtes un amoureux de l’aviculture, mais cette maladie vous empêche de progresser. Soumaïla, quelle est cette maladie que tous les villageois appellent ici la « grande endémie »?

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Nous l’appelons aussi le « bulldozer des poulaillers. » Quand la maladie entre dans un poulailler, elle n’y laisse que des plumes. D’autres l’appellent aussi la méningite des poules, car certaines poules deviennent paralysées, voire aveugles après avoir souffert d’une forte diarrhée. Il y a des poules qui deviennent folles.

MARIAM KONÉ :
Folles?

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Oui, elles titubent en marchant et poussent des cris assourdissants. Elles se comportent comme des fous perdus dans la jungle.

MARIAM KONE :
Quand avez-vous connu la maladie de Newcastle pour la première fois?

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Lorsque que j’ai commencé l’aviculture. Il s’agit d’une ancienne maladie que nous avons su gérer de génération en génération. Tous les aviculteurs et les avicultrices qui ont un poulailler sont confrontés à cette maladie, même s’ils ne sont pas de grands aviculteurs. C’est pourquoi, chaque année, les gens cherchent des nouveaux troupeaux pour encore peupler le poulailler avant que la maladie ne surgisse.

MARIAM KONÉ :
Quelle est la période de l’année durant laquelle survient la maladie survient-elle?

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Elle survient durant la période froide, entre novembre et février. C’est à ce moment que la plupart de mes voisins ont beaucoup de leurs poules qui tombent malades.

MARIAM KONÉ :
Vous ne vous êtes pas demandé pourquoi ce moment constitue un grand danger pour vos poules?

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Selon les anciens, c’est le vent qui amène cette maladie. Mais comme j’ai perdu un si grand nombre de poules que je suis allé à Bougouni pour demander au vétérinaire s’il pouvait venir voir mes poules et faire quelque chose pour que cette maladie ne frappe plus mon poulailler cette année.

MARIAM KONÉ :
Quelle a été l’ampleur des dégâts que cette maladie a causé à votre couvée la dernière fois?

SOUMAÏLA DIAKITÉ :
Il y a huit mois, mon poulailler contenait plus de 80 poules. La grande anémie des poules a ravagé mon troupeau. Maintenant, il ne me reste que 50 poules. La bonne nouvelle, c’est que cinq de mes poules ont eu des poussins il y a deux semaines.

MARIAM KONÉ :
Pourquoi avoir attendu tout ce temps avant de solliciter l’aide du vétérinaire?

SOUMAïLA DIAKITÉ :
J’avais l’habitude de vacciner moi-même mes poules très tôt au début de la saison avant que la maladie ne survienne. Mais la plupart du temps, les poules tombaient malades quelques jours plus tard et plusieurs d’entre elles mouraient.

MARIAM KONÉ :
Vous souvenez-vous du nombre qu’avez perdu après que vous avez vacciné vos poules la dernière fois?

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Une trentaine environ. C’était en février dernier.

MARIAM KONÉ :
Le vétérinaire vous donnait-il des conseils avant que vous n’administriez le vaccin?

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Non

MARIAM KONÉ :
Et vous ne lui avez demandé aucun conseil? Etes-vous sûr que c’est un vrai vétérinaire?

SOUMAïLA DIAKITÉ :
(RIRES) C’est vrai. Je me contente juste d’acheter les médicaments. Il me les vend sans conseils. Comme il vend des produits pour des animaux, tout le monde l’appelle « vétérinaire ».

MARIAM KONÉ :
À quel autre endroit achetez-vous les produits pour vacciner ou soigner vos poules?

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Je les achète souvent chez un vendeur ambulant qui vient au marché du village chaque semaine.

MARIAM KONÉ :
Quels types de produits vend-il?

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Il vend des médicaments pour d’autres maladies.

MARIAM KONÉ :
Comme…?

SOUMAïLA DIAKITÉ:
Il y a des flacons contre les poux et les parasites et surtout la trypanosomiase communément appelée buganw ka sumayia en bambara.

MARIAM KONÉ :
OK je crois que le technicien vétérinaire viendra nous donner des explications.

EFFETS SONORES:
BRUITS D’UNE MOTO QUI SE RAPPROCHE

MARIAM KONÉ :
Donc quand on parle du technicien vétérinaire…

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Il apparaît!

MARIAM KONÉ :
(RIRES) [Note de la rédaction : La journaliste fait allusion à l’adage : « Quand on parle du loup, on voit sa queue »]

EFFETS SONORES:
BRUIT D’UNE MOTO QUI SE RAPPROCHE LENTEMENT, PUIS S’ESTOMPE. BRUITS DE VOLATILES QUI COURENT DANS TOUS LES SENS, PUIS SE CALMENT

MARIAM KONÉ :
(À L’AUDITOIRE) Un homme court de taille gare son scooter rouge à l’ombre de l’arbre de karité au beau milieu de la cour. Il ôte son casque et dit bonjour

MOUSSA KONÉ :
Bonjour!

MARIAM et SOUMAïLA :
Bonjour!

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Mariam, je vous présente Moussa Koné, le technicien vétérinaire de Bougouni dont je vous avais parlé.

MARIAM KONÉ :
Bonjour. Enchantée. Je suis Mariam Koné, journaliste à l’Annonceur. Il parait que les poules meurent par dizaines ici. Je suis venu voir de plus près. Pourriez-vous m’accorder une entrevue pour nous parler davantage de cette maladie?

MOUSSA KONÉ :
Ce sera avec plaisir. Mais avant je vais examiner quelques volailles et inspecter les poulaillers de Soumaïla. Accepteriez-vous d’être mon assistante.

MARIAM KONÉ :
D’accord! Je fais quoi pour commencer, je prends votre trousse?

MOUSSA KONÉ :
Non, pour commencer vous m’observez.

MARIAM KONÉ :
(RIRES) Pas de soucis!

MARIAM KONÉ :
(À L’AUDITOIRE) Le vétérinaire se baisse légèrement, entre dans un premier poulailler et jette un coup d’œil rapide. Il fait de même dans le deuxième poulailler. Je me tiens dans une cabane où il fait excessivement chaud. Le sol du poulailler est recouvert de fiente de poules de couleurs blanchâtre et noire et la cabane dégage une odeur nauséabonde. Après avoir fait quelques pas MOUSSA KONÉ se précipite vers la porte et se dirige vers l’arbre de karité où quelques poules et pintades se sont mises à l’abri du soleil de plomb.

MOUSSA KONÉ :
(S’ADRESSANT A SOUMAÏLA). J’ai inspecté vos poulaillers, la première chose que vous devez faire, c’est de les désinfecter totalement. Votre poulailler est mal entretenu. Il y a de la moisissure, le sol est humide et l’endroit sent mauvais.

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Ah bon! Comment?

MOUSSA KONÉ :
Vous devez balayer les poulaillers et brûler les excréments, avant de pulvériser les poulaillers avec un désinfectant. En plus, je vous conseille de ne plus jamais soigner n’importe comment votre volaille. Vous dites que vous administrez vous-mêmes vos vaccins à vos poules et pintades. Mais il y a une procédure particulière que vous devez suivre pour prévenir la maladie de Newcastle. Il vous faudra suivre des formations et avoir des vaccins qui répondent à toutes les normes pour les faire vacciner. Pour protéger votre poulailler contre la maladie de Newcastle, il faut un respect strict du calendrier de vaccination, mais aussi des traitements.

SOUMAïLA DIAKITÉ :
D’accord. Je vous écoute.

MOUSSA KONÉ :
Premièrement, nous devons vacciner les poussins aussitôt après leur éclosion, puis il faut faire un rappel une semaine ou 15 jours plus tard. Après chaque vaccin, il faut leur donner un anti-stress. Ce anti-stress est fait d’antibiotiques et de vitamines. Il permet aux volailles de se remettre rapidement du stress causé par le vaccin et il minimise les échecs de vaccination Pour commencer, nous allons vacciner les poussins qui sont âgés de 15 jours ou plus.

MARIAM KONÉ :
(À L’AUDITOIRE) Sans dire un mot, le jeune aviculteur se dirige vers une case d’où il sort trois paniers confectionnés avec du bois de rônier. Ces paniers contiennent des poussins de poules et des pintades.

MARIAM KONÉ :
(À L’ÉLEVEUR) Vos vaccins sont-ils déjà préparés?

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Oui.

MOUSSA KONÉ :
Faites-moi voir. (BRUIT DE FLACONS QU’IL RETOURNE DANS SA MAIN) Oui, je vois bien un vaccin contre la maladie de Newcastle, mais l’autre est un médicament pour les ruminants, tels que les bovins et les chèvres. Celui-ci ne convient pas aux poules!

SOUMAïLA DIAKITÉ :
(INSISTANT) Pourtant c’est un ami qui se trouve dans un autre village qui me l’a donné. Lui, il le donne à ses poules et ses pintades, et elles se portent bien.

MOUSSA KONÉ :
Tu peux me donner son nom?

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Il s’appelle Amadou Coulibaly.

MOUSSA KONÉ :
Le même Amadou qui a une moto Djakarta bleue? [Note de la rédaction : « Djakarta » est le nom d’une marque de moto que les gens utilisent au Mali.] Si c’est lui, je suis allé la semaine vacciner ses poules et pintades. Ces poules se portent bien non pas parce qu’il leur donne ce médicament, mais parce qu’il suit à la lettre tous les conseils que je lui donne pour prévenir la maladie de Newcastle.

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Ah bon!

MOUSSA KONÉ :
Oui! Ce médicament est prescrit contre la maladie des vaches et on l’administre aux vaches qui pèsent 100 kilogrammes ou plus. Donc, je te conseille de ne plus vacciner tes poules avec ça.

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Je comprends.

MARIAM KONÉ :
Soumaïla, pourquoi avez-vous mis les poussins dans un panier?

SOUMAïLA DIAKITÉ:
Les poussins ne sont faciles à attraper. C’est pourquoi je les ai mis dans les paniers pour les faire vacciner.

MOUSSA KONÉ :
Mon assistante, pouvez- vous m’apportez le thermos attaché sur la moto

MARIAM KONÉ :
Oui, monsieur!

SOUMAïLA DIAKITÉ :
Quelle apprenante dynamique! (ÉCLATS DE RIRES)

MARIAM KONÉ :
(À L’AUDITOIRE) Je tiens un thermos au fond blanchâtre.

MOUSSA KONÉ :
Merci.

MARIAM KONÉ :
(À L’AUDITOIRE LENTEMENT) Le technicien vétérinaire ouvre le thermos et retire une petite ampoule identique à celle que Soumaïla tient. Il remplit une petite seringue. Soumaïla fait sortir un à un les poussins. Le technicien vétérinaire soulève leurs ailes fragiles. Les poussins se battent en poussant des cris pitoyables.

EFFETS SONORES:
BRUIT DE POUSSINS QUI POUSSENT DES CRIS PITOYABLES PENDANT QUELQUES SECONDES, AVANT DE S’ESTOMPER SOUS LA VOIX DES INTERVENANTS

MARIAM KONÉ :
Les paniers se vident au fur et à mesure que Soumaïla relâche chaque poussin après qu’il a reçu sa dose de vaccin. Dans un bruit assourdissant de poules dindons et de pintades, Soumaïla, aidé de sa femme et son jeune frère, amène des volailles pour les faire vacciner. Toute l’opération dure une quarantaine de minutes.

MARIAM KONÉ :
Mais, docteur, il en reste encore.

MOUSSA KONÉ :
Oui, ce flacon contient suffisamment de vaccin pour 100 volailles et vous devez donner à chacun d’eux seulement un vingtième d’un millilitre soit la moitié d’un millilitre.

SOUMAïLA DIAKITÉ :
J’utilisais deux flacons pour 60 volatiles. Je pense que je me trompais vraiment.

MARIAM KONÉ :
(À MOUSSA KONÉ) Je vois que vous conservez vos vaccins dans une glacière, contrairement à ceux de Soumaïla qui sont laissé sur une table de sa chambre. Cela est-il conseillé?

MOUSSA KONÉ :
Ni les conditions dans lesquelles Soumaïla conserve les vaccins, ni la dose qu’il injectait aux poules sont conformes aux normes vétérinaires. Ce vaccin doit être conservé à une température de huit degrés Celsius. S’il n’est pas conservé à cette température, il devient toxique pour les poules. Au lieu de les protéger contre la maladie, il les rend malades.

La plupart des aviculteurs refusent de vacciner leurs poules parce qu’ils croient que c’est le vaccin qui les tue. Mais, le vaccin ne tue pas; c’est le mauvais système de conservation et le non-respect de la dose qui constituent un grave danger pour la vie des volailles.

Je conseille à Soumaïla et aux aviculteurs de ne pas se fier aux dires des gens qui sont profanes. Les services vétérinaires sont à la disposition de tous les paysans. Il leur suffit de s’organiser pour trouver une journée qui leur convient et nous viendrons vacciner leurs volailles. Cela nous fera plaisir.

MARIAM KONÉ :
Parlez-moi davantage de la maladie de Newcastle.

MOUSSA KONÉ :
La maladie se présente sous trois formes ou types : le type qui est tout simplement un peu virulent et qui est très répandu, le type qui est modérément virulent et le celui qui est très virulent.

MARIAM KONÉ :
Qu’entendez-vous par « virulent »?

MOUSSA KONÉ :
Par « virulent », j’entends que cela est capable de provoquer de graves symptômes de la maladie. Ça dépend du type de virus, de maladie qu’il provoque, de la façon dont la maladie évolue et de ses conséquences, par exemple : le nombre de volatiles malades, le nombre de volatiles morts et la période d’incubation.

Dans certaines circonstances, les souches extrêmement virulentes peuvent tuer plusieurs volailles même si ces derniers présentent seulement quelques signes apparents de la maladie.

Dans le cas de la forme légèrement virulente, les poules peuvent également mourir sans présenter aucun autre symptôme en dehors des plumes ébouriffées, des ailes pendantes, ainsi que manque d’énergie et d’appétit.

MARIAM KONÉ :
Qu’en est-il de la forme modérément virulente ou extrêmement virulente? De quoi ont l’air les poules qui sont atteintes de ces formes et quels types de bruits émettent-elles?

MOUSSA KONÉ :
Les volailles atteintes de la forme modérément virulente ont des problèmes respiratoires tels qu’une respiration haletante, la toux, l’éternuement et de légers râles lorsqu’ils respirent. Un autre signe est le gonflement de la tête et du cou. Il arrive que les oiseaux aient une diarrhée verdâtre, et que la ponte baisse drastiquement. Parfois, les œufs sont déformés.

Les volailles atteintes de la forme extrêmement virulente peuvent avoir des tremblements ou des convulsions. Ils peuvent également avoir des problèmes de coordination au niveau des ailes et des pattes, marcher en cercle, avoir des spasmes et souffrir de paralysie. Il arrive qu’ils aient une diarrhée verdâtre, que la ponte des œufs s’arrête ou diminue, et les œufs peuvent avoir une couleur, une forme ou une coque inhabituelle.

Le taux de mortalité peut atteindre 100 %. Cette forme de la maladie de Newcastle peut être confondue à la grippe aviaire. La grippe aviaire est très contagieuse. Elle se propage rapidement et elle peut contaminer les êtres humains si ces derniers manipulent des volatiles malades ou du matériel souillé. La grippe aviaire peut tuer l’être humain. C’est pourquoi il faut signaler aux autorités compétentes tous les foyers où il y a un taux de mortalité élevé d’oiseaux domestiques ou sauvages.

MARIAM KONÉ :
Comment la maladie se propage-t-elle?

MOUSSA KONÉ :
Très souvent, la maladie de Newcastle se transmet soit par contact direct avec des volailles malades, soit au contact avec les fientes ou les sécrétions respiratoires telles que le mucus ou la salive, soit par les aliments, l’eau, les équipements ou les vêtements contaminés.

MARIAM KONÉ :
Quel sont les traitements que vous conseillés?

MOUSSA KONÉ :
La maladie de Newcastle ne se soigne pas. Le seul moyen de le prévenir, c’est de vacciner les volailles.

Les aviculteurs doivent s’assurer de vacciner les volailles tout de suite après l’éclosion et leur inoculer une dose de rappel une semaine plus tard, ou quinze jours après au plus tard. Cela peut les aider à être immunisés pendant cinq ou six mois contre la maladie de Newcastle. Le rappel permet de corriger les échecs enregistrés lors des premières vaccinations.

En outre, les éleveurs doivent mettre en place des procédures efficaces pour éviter que l’exploitation ne soit touchée par la maladie. Lorsque le virus fait son apparition parmi un troupeau qui n’est pas en bonne santé, les aviculteurs peuvent être sûrs que toutes leurs volailles seront infectées au bout de deux ou six jours.

MARIAM KONÉ :
Moussa Koné, vous avez pratiquement répondu à toutes mes questions. Avez-vous un dernier mot?

MOUSSA KONÉ :
La dernière chose que j’aimerais dire aux aviculteurs c’est de respecter le programme de vaccination. Les poussins doivent être vaccinés dès leur éclosion. Puis, il faut procéder à un rappel sept jours suivant le premier vaccin et un autre quinze jours après. Le dernier rappel doit être effectué le 21e jour

Après avoir vacciné les poules le premier jour, nous donnons des vitamines aux aviculteurs. Ils doivent les mélanger avec l’eau de boisson des poussins. Les aviculteurs doivent donner des vitamines et des antibiotiques aux poussins pendant toute la période de vaccination entre les journées de vaccination.

Donc, les poussins doivent recevoir une dose de rappel une fois par semaine pendant trois semaines suivant le premier vaccin si vous voulez qu’ils soient complètement immunisés contre la maladie de Newcastle. Les éleveurs ne doivent pas attendre la période froide pour préparer les volatiles. La maladie de Newcastle est partout, et il peut survenir à tout moment si les poules ne sont pas vaccinées.

MARIAM KONÉ :
Qu’allez-vous faire du reste du vaccin qui se trouve dans le flacon? Vous allez le jeter ou…?

MOUSSA KONÉ :
Non, je vais me rendre au village voisin pour vacciner les poules de trois aviculteurs. Je vous laisse. Merci pour votre aide! Vous êtes une bonne assistante! (RIRES)

EFFETS SONORES:
BRUIT D’UNE MOTO QUI S’ÉLOIGNE LENTEMENT. CRIS DE POULES PANIQUÉES, PUIS S’ESTOMPE LENTEMENT.

MARIAM KONÉ :
Chers auditeurs et auditrices, nous étions à Flaboula chez notre aviculteur. Pour sauver vos poules de la maladie de Newcastle, vous devez faire vacciner vos poussins dès le premier jour de l’éclosion jusqu’au 21è jour. Leur donner des vitamines tout au long de la période de vaccination. Nous vous rappelons que le rappel se fait chaque semaine. N’oublier surtout pas de nettoyer et de désinfecter les poulaillers constamment.

Il est toujours important de faire appel à un vétérinaire pour vacciner vos poules et de respecter tous les conseils du vétérinaire. Cela est capital pour sauver vos volailles de la maladie de Newcastle!

Merci de votre aimable attention. J’espère que vous avez eu un excellent moment d’écoute sur la Voix des paysans. À la semaine prochaine !

Acknowledgements

Rédaction : Mariam Koné, journaliste au journal L’Annonceur
Révision : Moussa Koné, (SLPIA), Bougouni, Mali

Information Sources

Sources d’information
Site Web du ministère malien du développement rural : www.developpementrural.gouv.ml

Interviews réalisées avec :
Soumaïla Diakité : aviculteur au village de Flaboula
Moussa Koné : technicien vétérinaire
Date des interviews : Le 11 septembre 2015

 

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